Intermittents du spectacle : là où il ne faut pas habiter !

Cet article s'inscrit dans le cadre de la loi n°2016-1691 du 9 décembre 2016, dite "Loi Sapin 2" sur les lanceurs d'alerte.

Tous les jours nous profitons, toutes et tous, du travail des professionnels du spectacle : quand nous regardons la télé, quand nous écoutons de la musique, quand nous allons au cinéma ou au théâtre, etc.

Les intermittents du spectacle sont donc essentiels dans notre vie quotidienne, pour notre bien-être et notre productivité ! Et puis, au-delà de l'économie du spectacle, ils contribuent largement à l'économie des lieux où ils se produisent (restauration, hébergement, transport, etc.) donc il ne faut pas regarder seulement le coût, pour la collectivité, du régime d'indemnisation mais également le profit, qu'il soit humain ou financier. Compte tenu des contrats éparses et très courts des intermittents, nous n'avons de toutes façons pas d'autre choix qu'un régime spécifique si nous ne voulons pas "consommer" que de la culture bas-de-gamme et étrangère, américaine par exemple. Enfin ce coût pour la collectivité ne fait pas des intermittents des "enfants gâtés" : leur parcours professionnel est continuellement précaire, leur revenu modeste et leur retraite assez misérable.

En matière d'accompagnement de leurs parcours professionnels, pour les aider à trouver du travail, ils méritent les mêmes services que tout autre professionnel. Pour cela Pôle emploi a une mission de service public inscrite dans le Code du travail (article L5312-1) et par ailleurs, comme le consacrent les articles 1 et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et l’article 1 de la Constitution française, chaque citoyen·ne inscrit·e à Pôle emploi doit bénéficier du même traitement.

Or il se trouve qu'une multitude de spécificités communes aux parcours des intermittents du spectacle, et pas seulement en matière d'indemnisation, nécessite que les conseillers Pôle emploi disposent d'un solide bagage de compétences appropriées et qu'ils exercent quotidiennement auprès de ces professionnels pour entretenir ces compétences.

Problème : dans 8 régions métropolitaines sur 13, Pôle emploi honore bien ses obligations en matière de conseils à l'emploi et à la formation auprès des intermittents du spectacle, grâce à des services individuels et collectifs, mais dans les 5 autres régions les intermittents n'ont aucun interlocuteur compétent en agence ! Ils sont ainsi livrés à eux-mêmes, dans l'épais brouillard de leur marché caché, exposés à de nombreux pièges et ignorants de nombreux secours.

Les régions où Pôle emploi abandonne les intermittents à leur solitude de salariés sans service RH sont la Bretagne, la Normandie, le Centre-Val de Loire, la Bourgogne-Franche-Comté et la Corse.

Pour avoir un aperçu des services apportés dans les autres régions, voici quelques pages Facebook :

Ile de France

Occitanie

Auvergne Rhône-Alpes

Région Sud (ex-PACA)

Nouvelle Aquitaine

Les préjudices sont multiples pour les intermittents du spectacle qui n'ont pas de conseillers Pôle emploi spécialisés :

1. Le secteur fonctionnant principalement en réseau, il y a très peu d'offres d'emploi diffusées sur internet et, a fortiori, sur pole-emploi.fr. Or des conseillers spécialisés, outre un travail de collecte des offres auprès des employeurs, peuvent communiquer aux intermittents des listes d'employeurs du secteur, des adresses de sites web ou d'organismes facilitant la mise en relation, organiser des sessions de recrutement (castings, auditions, etc.), alimenter un fichier spécifique au service des employeurs, etc. Tout cela, les intermittents des régions "désertes" ne l'ont pas.

2. La formation continue est importante pour l'évolution professionnelle des intermittents comme pour tout autre catégorie de travailleurs mais les formations dans le spectacle sont très spécifiques, souvent non-finançables par le Compte Personnel de Formation et fréquemment en dehors de la région de résidence. Des conseillers spécialisés peuvent mobiliser des fonds Pôle emploi pour une offre de formation adaptée, ils connaissent également les solutions spécifiques de financement (AFDAS, Fonds de Professionnalisation et de Solidarité, fondations & concours). Tout cela, les intermittents des régions "désertes" ne l'ont pas.

3. Il existe de nombreux dispositifs particuliers d'aides financières pour épauler les intermittents dans leurs projets ou tout simplement sécuriser leurs parcours de vie, des dispositifs de subventions & autres appels à projets (fonds régionaux, dispositif Cafés Cultures, etc.) et des aides sociales spécifiques (Fonds de Professionnalisation et de Solidarité, Fonds National d'Activités Sociales, Congés Spectacles, etc.). Des conseillers spécialisés apportent des informations précieuses et parfois décisives sur ces aides mobilisables. Tout cela, les intermittents des régions "désertes" ne l'ont pas.

4. Enfin pour les professionnels du spectacle qui ne bénéficient pas ou plus du régime de l'intermittence, par exemple celles et ceux qui sont au régime général peu adapté à leur parcours (d'où l'article L5424-22 article du Code du travail), il est essentiel que des conseillers spécialisés les éclairent sur la composition passée et à venir de leur parcours en matière d'emplois et de formations, au risque de se retrouver bloqués dans un régime qui ne sécurise pas leur évolution professionnelle. Tout cela, les intermittents des régions "désertes" ne l'ont pas.

Certains intermittents en sont rendus à payer des sociétés privées pour les services qui devraient être délivrés par Pôle emploi, alors qu'ils payent déjà les services de Pôle emploi par leurs cotisations salariales (qui n'ont pas été supprimées contrairement à la plupart des salariés) et autres contributions fiscales.

En 2012, Pôle emploi avait été condamné par le Tribunal administratif suite à la plainte d'une demandeuse d'emploi concernant une information qui ne lui avait pas été communiquée et suite à la plainte d'un demandeur d'emploi concernant son accompagnement vers l'emploi : https://www.village-justice.com/articles/Emploi-condamne-chomeurs-rebiffent,12899.html

Si vous êtes concerné·e, vous pouvez exiger de Pôle emploi des services spécialisés pour votre territoire. Voici un article sur les possibilités de recours contre Pôle emploi : https://blogs.mediapart.fr/yann-gaudin/blog/251119/quels-recours-face-pole-emploi

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