Une étude démontre que les anti-OGM s'occupent mal des animaux

Une étude australienne sur des porcs vient d'être publiée en juin, et elle démontrerait que les porcs nourris aux OGM auraient plus d'inflammation de l'estomac que ceux  nourris sans OGM. Etrangement, elle n'a pas (pas encore ?) eu dans l'Hexagone le retentissement incroyable qu'avait eu celle de Séralini sur des rats, alors que sur le fond elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Est-ce parce que les médias sont un peu échaudés et ont décidé de ne plus se faire avoir – on peut toujours rêver.. -  ?  Est ce parce que cette étude n'est même pas française, ou alors parce que ses auteurs n'avaient pas mis en place un plan média digne d'un blockbuster façon Criigen ?

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/220912/gilles-eric-seralini-ou-le-cirque-publicitaire

Même InfOGM et le Criigen n'ont pas encore présenté l'étude sur leur site au moment où ces lignes sont écrites... mais que se passe-t-il ?????

 

Bref, parlons-en quand même rapidement ici, car cette étude fait son petit buzz dans le monde anglophone, et parlons-en à partir du débunkage qui en est fait par Mark Lynas (le fameux ex de Greenpeace qui a retourné sa veste et défend maintenant la science, pour aller vite)

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/070113/le-debut-de-la-fin-du-mouvement-anti-ogm

 

 

Les anglophones peuvent directement aller voir le texte d 'origine de Mark Lynas, plutôt que de lire mon commentaire du commentaire, qui n'apporte rien si ce n'est de pousser un peu la comparaison avec les pratiques séraliniennes :

http://www.marklynas.org/2013/06/gmo-pigs-study-more-junk-science/

 

Pour les autres, les  non anglophones, je résume donc en français ce qu'il en est....

 

Lynas est allé voir l'étude en question, qui  est disponible ici pour les anglophones passionnés :

http://www.organic-systems.org/journal/81/8106.pdf

 

Il a fait le genre de vérifs auxquelles on pense tout de suite, maintenant qu'on est rôdés par les papiers successifs de Séralini. Et sans surprise, on retrouve dans le papier des australiens (publiés en peer-reviewed, lui aussi... sic) tout ce qui entachait ceux de Séralini,  au point que c'en est consternant.

 

  1. Les auteurs déclarent innocemment une absence de conflits d'intérêts, et sans surprise ils en sont bourrés, comme Séralini : ils sont militants anti-OGM ; ils publient dans une revue financée par la fédération australienne de l'agriculture bio ; leur étude est elle  financée par  une compagnie qui vend des produits pour  l'agriculture bio [un des auteurs en est même directement salarié]  et par une ONG anti-OGM ; et leurs remerciements ont des airs de who's who de l'activisme anti-OGM (avec mention du grand Jeffrey Smith, dont l'histoire retiendra la contribution au hoax de « l'étude russe qui montre que les hamsters nouris aux OGM ont des poils qui poussent dans la bouche » http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/111010/la-peur-des-ogm-construction-mediatique-dune-paranoia )

    Tout cela n'empêche donc évidemment pas les auteurs d'écrire en fin de  papier que « The authors declare that there are no conflicts of interest. », et pis c'est tout.

  2. L'usage de statistiques est du même genre que celui de Séralini, avec cette fameuse méthode qui consiste à mettre sur la table plein de variables, et à sélectionner dans les commentaires celles que l'on souhaite en oubliant les autres qui arrangent moins. C'est un grand classique, qui s'appelle le « statistical fishing » ou « la pêche dans les statistiques », qui est souvent utilisée par les anti-OGM

    http://www.imposteurs.org/pages/Tout_ou_presque_sur_le_CRIIGEN-4536267.html

    mais aussi les antinucléaires

    http://www.imposteurs.org/article-une-etude-epidemiologique-detournee-par-les-anti-nucleaires-98519480.html

    ou les anti ondes

    http://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/00/01/F4/D7/document_actu_pro.phtml

      

    Mark Lynas constate que quand on regarde les chiffres fournis par les auteurs eux mêmes, on pourrait tout aussi bien retenir de l'étude que les porcs nourris aux OGM ont en moyenne un cœur ou un foie qui est  en meilleur état que leurs homologues privés d'OGM, et on pourrait donc faire campagne sur le thème « Une alimentation à base d'OGM, c'est bon pour la santé » [ce qui n'aurait pas plus de sens que l'inverse, cela va sans dire]. Ce qui est encore plus intéressant, c'est de constater que sur la question des inflammations de l'estomac, les auteurs ont choisi de présenter leurs résultats en distinguant différents types d'inflammation, selon leur degré de gravité. Ils ont pioché ensuite dans ces sous-catégorie d'un paramètre (retenu parmi d'autres qui allaient en sens inverse de leurs attentes), et ont encore manipulé ces sous-catégories pour  pouvoir annoncer un résultat qui inquiète et alerte sur les OGM. Sauf que, globalement, Mark Lynas constate que dans l'étude, au total, toutes catégories d'inflammations confondues, les porcs nourris aux OGM avaient MOINS d'inflammations à l'estomac que ceux du groupe témoin !!!
    Bref, comme chez Séralini, on ne fait pas une étude pour tester une hypothèse précise sur un problème qui pourrait se poser en fonction d'un mécanisme biologique que l'on a en tête, mais on fait une expérience en regardant en même temps tout ce qu'on peut pour pouvoir au final isoler ce que l'on a envie de voir (car il y aura évidemment toujours un truc, le contraire serait hautement improbable.).


    3) Pour finir, comme pour l'étude de Séralini, on constate que les ennemis des OGM ne sont pas forcément les amis des animaux. On se souvient en effet que Séralini n'avait pas respecté les bonnes procédures de laboratoire et euthanasié ses rats qui commençaient à développer des tumeurs, et ce afin d'avoir la tumeur la plus grosse possible à exhiber en photo aux médias béats (évidemment, il n'avait pas montré la gueule des tumeurs des rats non nourris aux OGM...). Ici, Mark Lynas constate que les cochons qui ont été l'objet de l'étude ont l'air, d'après les indicateurs fournis, de ne pas être en bonne santé du tout, et ce  quel que soit leur groupe. Je reprends et traduis donc sa conclusion sur ce point :

 

« Près de 60% des cochons des deux groupes souffraient de pneumonie au moment de leur mise à mort - un autre indice classique de mauvais élevage. S'ils n'avaient pas été euthanasiés, tous ces cochons seraient rapidement morts de toutes façons. Aucune conclusion ne peut-être tirée de cette étude, si ce n'est celle-ci : en vue du bien-être animal, il devrait y avoir des contrôles plus serrés sur les expériences sur animaux faits par des militants anti-biotechnologies. ».

 
Voilà pourquoi je ne confierai pas mes chèvres à n'importe qui cet été, et aucun militant anti-OGM ne sera autorisé à s'en approcher en mon absence.

Yann Kindo

 

Rajouts progressifs : autres articles débunkant l'étude australienne :

http://weedcontrolfreaks.com/2013/06/gmo-pig/

http://gmopundit.blogspot.fr/

Et celui, en français. Dans la partie sur les conflits d'intérêts, je découvre que le membere de l'équipe qui a fait l'étude dont j'avais compris qu'il était salarié d'une boîte qui vend des de produits pour l'agriculture bio n'en est en fait  pas seulement salarié, il en est le président :
http://blogues.lapresse.ca/sciences/2013/06/12/les-conflits-dinteret-nexistent-plus-en-tout-cas-pas-pour-denoncer-les-ogm/

 

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