On le sait les religions ont souvent comme caractéristique commune, outre de proposer différentes variantes d’une croyance en une sorte de Père Noël surpuissant, d’imposer des interdits alimentaires à leurs ouailles.

Ces interdits, si ils ont jamais eu le moindre fondement rationnel à une époque, n’en ont absolument plus aucun de nos jours. Ainsi, on retrouve des périodes de restriction ou de jeûnes dans la plupart de ces religions, que ce soit le Carême chez les catholiques, le Ramadan chez les musulmans ou la cure de jus de raisin détox chez les bobos new age. Ils sont souvent très en désaccord entre eux sur la manière de contrôler la vie des gens et d’imposer / de s’imposer  des pratiques arbitraires, sans fondement logique  et passablement ridicules, mais ils sont d’accord entre eux sur le fait que c’est bien de le faire. Les uns (les chrétiens qui sont à fond dedans) mangent du poisson plutôt que de la viande le vendredi  - pourquoi le vendredi  et pas les jeudi des semaines impaires????? Les voies du Seigneur sont impénétrables…-, alors que les autres (les musulmans et les juifs qui sont à fond dedans ) ne mangent jamais de porc - pourquoi pas de porc plutôt que pas de mouton ? Les voies de Yahvé et d’Allah sont tout aussi obscures que celles de leur pendant chrétien. Pendant ce temps, chez les hindous, la vache est sacrée et c’est elle que tu ne mangeras pas... D'ailleurs, on peut trouver des hindous prêts à tuer des musulmans qui ne mangent pas de porc parce qu'ils ont mangé de la vache à la place, hé oui, on en est (toujours) là :
http://www.lefigaro.fr/international/2015/09/30/01003-20150930ARTFIG00396-inde-accuse-d-avoir-mange-du-boeuf-un-musulman-est-battu-a-mort-par-la-foule.php 

Je ne résiste pas au plaisir vous livrer en guise d’amuse-gueule  la liste des interdits alimentaires chez les juifs, et de leur « justification » tels que décrits sur le bien nommé site  Harissa.com . Attention, c’est assez fendard :

« Les mammifères terrestres

Ne sont considérés comme purs que les animaux ruminants ayant des sabots fourchus (Dt 14:6). La Bible en nomme dix expressément: le bœuf, le mouton, la chèvre, le cerf, la gazelle, le daim, le bouquetin, l'antilope, l'oryx et le mouflon. (Dt 14:4-5). Tous les autres mammifères à qui il manque une de ces caractéristiques ou les deux sont impurs, donc interdits. C’est le cas du chameau, du lapin et du daman qui ruminent mais n'ont pas de sabots fourchus, et du porc qui a le sabot fourchu mais ne rumine pas (Dt 14:7-8). La Bible nomme dans cette dernière catégorie 42 animaux impurs.

Les oiseaux

Les oiseaux sont purs à l'exception de 24 espèces considérées impures dont la liste est compilée à partir du Lv 11:13-19 (qui en nomme 20) et Dt 14:12-18 (qui en nomme 21), entre autres l'aigle, l'autruche, le pélican, la cigogne, le hibou, etc. Dans la pratique sont considérés comme purs les oiseaux domestiques (poule, caille, canard, oie, etc.) et comme impurs les oiseaux sauvages et en particulier les oiseaux de proie. Il n'est pas aisé aujourd'hui d'identifier tous ces oiseaux interdits. Aussi, certains canards et pigeons sont consommés après identification de l'espèce par un connaisseur[1][4]. Le faisan est considéré comme pur par la communauté juive allemande, et impur par les autres. Les oeufs des oiseaux impurs sont impurs. Le Talmud donne comme indice pour les oeufs impurs le fait qu'ils soient ronds.

Les animaux aquatiques

Ne sont purs que les animaux aquatiques qui ont des nageoires et des écailles (Lv 11:9-12). Tous les poissons à qui il manque soit nageoires, soit écailles ou les deux ainsi que tous les crustacés, les coquillages, les fruits de mer sont impurs. L’espadon a posé problème. Les Sépharades le permettent, alors que les Ashkénazes d'Angleterre l'interdisent

Toutes les autres espèces

Toutes les autres espèces comme les rongeurs, les reptiles, les batraciens, les insectes et les invertébrés sont impures. La Bible cependant excepte quatre sortes de sauterelles comestibles (Lv 11:22). Mais il est difficile de les identifier aujourd'hui[2][5]. Et bien que l'abeille soit un animal interdit, son miel peut être mangé. »

Source : http://harissa.com/D_forum/Culture_Tune/lesinterdits.htm

Bon tout ça est du pur bullshit et n’a pas le moindre commencement de début de cohérence, mais je me dis que ça doit justement servir à apprendre aux gens à obéir et à faire des trucs sans réfléchir, ce qui est à la base une fonction essentielle des religions, rappelons-le. Ce sera donc :   Tais toi, arrête de réfléchir,  et mange comme on t’a dit de manger !

Tiens, anticipons : ce bordel incohérent, c’est un peu comme en agriculture bio : les produits de synthèse, t’as pas le droit, c’est pas casher, mais la bouillie bordelaise (= du sulfate de cuivre, soit un produit de synthèse), t’as le droit… Demande pas, c’est comme ça… Tais-toi, arrête de réfléchir, et plante comme on t’a dit de planter.

 Parmi les régimes alimentaires à la mode et à base d’interdits et de recommandations arbitraires, j’en vois deux qui ont plus particulièrement le vent en poupe dans les rayons de supermarchés, à savoir le bio et le halal.

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Notez d’ailleurs d'emblée que ces deux modes ne s’arrêtent pas au frontières des rayons bouffe, et, nécessité de toujours renouveler le marché oblige, ces labels se répandent aussi sur d’autres produits. Ainsi l’industrie du cosmétique bio se porte très bien, merci pour elle :

http://businessofeminin.com/feature/cosmetiques-bio-des-entrepri

Source : http://generationcosmethique.com/jean-christophe-une-cosmetique-intelligente-et-sincere-rencontre-avec-le-createur/ 

mais, aussi surprenant que cela puisse paraître,  c’est également le cas des cosmétiques halal, qui eux aussi gagnent des parts de marché :

http://oumma.com/222927/cosmetiques-halal-une-percee-notable-lindustrie-de-be

 

 

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Or, Libération a publié il y a quelques temps une interview très intéressante d’une anthropologue qui a étudié le phénomène halal. Le titre extrait de ses propos est très explicite : « Le halal est né industriel, fruit  du néolibéralisme et du fondamentalisme » :

http://www.liberation.fr/debats/2017/01/05/florence-bergeaud-blackler-le-halal-est-ne-industriel-fruit-du-neoliberalisme-et-du-fondamentalisme_1539349

Elle y explique comment le halal s’est développé au tournant des années 1970 et 1980, tout en se donnant des airs de tradition ancienne, ce qui m’a rappelé la manière dont le régime maoïste avait inventé la dite « Médecine Traditionnelle Chinoise » :

https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/251013/le-grand-timonier-et-linvention-de-la-medecine-traditionnelle-chinoise

Florence Bergeaud-Blackler, l’anthropologue en question, développe plein de choses intéressantes sur la manière dont les labels ont été mis en place et contrôlés par des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, pour lesquels il s’agissait de diffuser leur idéologie et leur influence,  mais aussi, comme souvent avec les labels, de développer une forme de protectionnisme :

« Lorsque Khomeiny arrive au pouvoir en Iran, il interdit toutes les viandes importées d’Occident au motif qu’elles sont illicites. Mais sa décision menace l’équilibre alimentaire de son pays. Ce chef d’Etat se ravise et impose un contrôle halal. Concrètement, l’Iran envoie des mollahs pour mettre en place un protocole islamique sur des chaînes industrielles tayloristes de Nouvelle-Zélande ou d’Australie. D’autres pays musulmans, comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite, vont eux aussi imposer leur contrôle «islamique» pour ne pas être en reste. »

Au-delà de ces aspects économiques et  géopolitiques, la mode du halal correspond au développement d’une approche fondamentaliste  et communautariste qui vise à séparer les « purs » des « impurs » :

« Dès le départ, cette pratique est donc une idée fondamentaliste, qui va devenir, dans son développement ultérieur, quasi totalitaire : elle doit gouverner l’ensemble de la vie du croyant. Bien sûr, ce n’est pas toujours dit de cette façon, les manuels de marketing islamique parlent plutôt de halal way of life. »

« Diviser en deux l’espace entre le permis et l’interdit crée une certaine anxiété sociale et conduit à des conduites d’évitement. Quand vous mangez exclusivement halal, vous pouvez éviter d’inviter quelqu’un qui ne mange halal chez vous par crainte qu’il vous invite à son tour. C’est d’autant plus vrai que ces conduites d’évitement sont accompagnées d’un discours de rejet de la nourriture «impure». La confusion entre halal et pureté est préoccupante. Heureusement, ce n’est pas toujours le cas. »

Ce n’est heureusement pas toujours le cas, mais on voit dans la foulée de la nourriture halal se développer des comportements obsédés par cette pureté religieuse, comme un refus des vaccins non halal qui a été constaté dans des écoles en Angleterre :

http://www.lactualite.com/sante-et-science/charte-voulez-vous-des-vaccins-halal/

 C'est très très con, je vous le concède, mais bon, c'est toujours nettement moins con et nettement moins dangereux que les adeptes du naturel qui ne veulent pas de vaccin du tout, ce qui justement leur fait un point commun avec les Talibans
https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/220114/le-magasin-bio-les-talibans-et-lanti-vaccination

La description que fait Florence Bergeaud-Blackler du développement récent d’un label qui sert à vendre plus à ceux qui se veulent plus purs que les autres, même si ça ne repose sur aucune logique, m’avait immédiatement fait penser au label « bio ».  En effet, celui-ci n’a pour sa part aucune cohérence en termes de développement durable et il repose plutôt sur l’idée largement religieuse selon laquelle le « naturel » serait meilleur que le « chimique », tout en  séduisant lui aussi une clientèle en quête à la fois de distinction et de conformité ave des préceptes spirituels arbitraires. Le parallèle est à mes yeux assez frappant entre le bio d’un côté et le casher ou la halal de l’autre, même si il y a une différence notable :  malgré les pressions qui existent et dont on peut discuter, les adeptes du casher et du halal nous emmerdent moins que ceux du bio dans les cantines scolaires et n’essaient pas d’imposer leur truc à tout le monde, c'est déjà ça.

Pourtant, une fois n’est pas coutume, je viens de découvrir que deux trucs que je voyais parallèles peuvent en fait se croiser, et même fusionner, avec l’ouverture récente d’une ligne de boucherie qui est à la fois halal et bio, qu’Allah et Mère Nature en soient remerciés.

 Et ce nouveau syncrétisme qu’on ne voyait pas venir, c’est encore Libé qui nous le fait découvrir dans son édition en ligne du 24 janvier :

http://www.liberation.fr/france/2017/01/24/aux-lilas-des-jumeaux-pionniers-du-halal-bio_1531981

Le halal bio, le voilà le truc marketing qui vise un cœur de cible prêt à claquer du pognon pour être 150% pur, plus pur que pur, afin d'avoir accès à un Paradis plus Vert et une Vie Eternelle plus Durable. Les deux idéologies alimentaires sont en fait tellement compatibles qu’il sera possible de passer outre un truc qui était jusqu’ici le seul intérêt réel de la viande bio, à savoir une meilleure prise en compte de la question de la souffrance animale (si l’on met de côté une forme de maltraitance prévue par le cahier des charges du bio qui consiste à de préférence traiter  les animaux malades avec de la poudre de perlimpinpin homéopathique plutôt qu’avec de vrais médicaments) :

« Mais du halal bio, est-ce réellement possible ? Pour qu'une viande soit labellisée par les organismes de certification, la règle stipule que «toute souffrance, y compris la mutilation, est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage». Une définition suffisamment floue pour que les animaux abattus sans étourdissement, comme pratiqué habituellement dans la filière halal, puissent être bio. »

Bah, tant que l’animal est égorgé « naturellement », sans être étourdi mais en  regardant vers la Mecque (but why ????), ça passera, allez….

Les jumeaux de Libé ne sont en fait pas les premiers à se lancer, et d'autres occupent déja ce créneau porteur, comme la société Bionoor
http://www.saphirnews.com/Le-bio-halal-s-implante-doucement-en-France_a20520.html 

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Du coup, ça doit cogiter dur dans des starts-ups de l'agroalimentaire pour trouver la nouvelle mode alimentaire à la con qui permettra d’ouvrir un nouveau rayon dans les magasins.

 Voyons….

OK, ça y est, j’ai trouvé !

Je propose le label « Casher sans OGM »


Ou alors, mieux, eurêka :

  « Les hosties détox aux  compléments vitaminiques », celles qui font circuler plus facilement le corps du Christ en toi, que ça te lave de tes pêchés et de tes toxines à la fois.

 L’idée, ça serait de demander à Séralini de monter un protocole et de publier une étude qui prouvera que ça marche bien comme c’est marqué sur la boîte, il sait faire, Gilles-Eric. Et on dira qu’on fera ces hostie détox avec de la farine de quinoa, comme ça on pourra élargir le marché aux mélenchonistes et aux adorateurs de la Pacha Mama, on va forcément directos conquérir le marché de l’ « alter ».

 Bon, je vous laisse, je vais de ce pas contacter Carrefour et le Vatican pour voir si ils sont prêts à investir dans le projet…

Yann Kindo

 


 

 

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Je mange et  vois fort bien, merci ! Je sais même  lire et analyser un texte : la proximité (rectifiée ! ...mdr...) de deux images a du sens et il y avait bien contamination possible entre les deux images pour des lecteurs/trices ne connaissant pas ces produits. Ce que je dénonçais.

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