L’ère Macron : le grand tapis rouge pour le capitalisme actionnarial

Depuis plusieurs mois, à grand renfort médiatique, nos dirigeants politiques actuels et passés essayent de nous vendre abusivement l’idée qu’une trajectoire de sortie prochaine et progressive du chômage de masse serait enfin engagée. Malheureusement, nous voilà une fois de plus dans le registre des belles escroqueries intellectuelles de la part de la novlangue néo-libérale.

Depuis plusieurs mois, à grand renfort médiatique, nos dirigeants politiques actuels et passés essayent de nous vendre abusivement l’idée qu’une trajectoire de sortie prochaine et progressive du chômage de masse serait enfin engagée. Malheureusement, nous voilà une fois de plus encore dans le registre des belles escroqueries intellectuelles de la part de la novlangue néo-libérale.

Comme le montrent les derniers résultats sur le front du chômage publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) - lire ici -, la timide reprise de l’activité économique de ces derniers mois n’a eu que très peu d’effets sur l’emploi et le chômage. Après un mouvement baissier amorcé à partir du troisième trimestre 2015, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) connaît une nouvelle progression de 0,2 point au troisième trimestre 2017 par rapport au trimestre précédent, pour la France entière (hors Mayotte). L’économie française flirte donc toujours avec un taux de chômage officiel de près de 10 % (9,4 % pour la seule France métropolitaine), et donc certainement près des 20 %, si l’on s’écarte de la vision restrictive adoptée par les normes du BIT mises en œuvre par l‘Insee - aveu même concédé par la Banque centrale européenne selon laquelle il faudrait doubler le taux de chômage officiel pour avoir une vision plus réaliste de l’ampleur du chômage !

Même en dehors du cercle des économistes, on connaît maintenant presque par cœur les éternelles incohérences théoriques, de surcroît aujourd’hui clairement mises en évidence empiriquement par les études de l'OCDE et même du très libéral Fonds monétaire international (!), des mesures traditionnelles préconisées par les libéraux en matière de lutte contre le chômage. En particulier, contrairement aux affirmations des libéraux diffusées en boucle par les pseudos « journalistes économiques » des médias dominants, il n’existe pas de corrélation statistique claire, d‘une part, entre le taux d‘emploi et le degré de flexibilité du marché du travail, d‘autre part, entre l‘imposition du capital et la compétitivité des entreprises. Mais c’est pourtant avec un zèle renouvelé et un spectaculaire aveuglement que notre nouveau président de la République reprend toutes les vieilles recettes libérales, toutes aussi inefficaces les unes que les autres, si l’on en juge par l’explosion du chômage de masse ces dernières décennies : approfondissement de la dérégulation du marché du travail avec la réforme du Code de travail par ordonnances, nouvelle montée en puissance de la baisse des cotisations sociales patronales sur les bas salaires avec la transformation du Crédit impôt pour l'emploi et la compétitivité (Cice), enrichissement du "premier de cordée" via des cadeaux fiscaux pour les riches, réduction des emplois aidés, baisse de la fiscalité sur le capital, etc., .....et ce, pour couronner le tout (!), dans le cadre d'une politique budgétaire restrictive visant à poursuivre les efforts de réduction du poids des déficits publics, engagés par François hollande et qui ont coûté très cher à la France en termes de chômage : rappelons tout de même que, sous la mandature hollandaise, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi (toutes catégories confondues de A à E) a augmenté de plus d’un million !....et d'autant durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. 

La politique du gouvernement d’Édouard Philippe relève donc d’une approche néolibérale « pur sucre » du marché du travail qui ne pourra nourrir qu’un peu plus un « capitalisme de précariat », se traduisant inévitablement par une progression des travailleurs pauvres et du halo du chômage (1)....avec ou sans baisse du « chômage officiel » (i.e. au sens du BIT). Un capitalisme de précariat qui affaiblira toujours davantage le pouvoir de négociation salariale des travailleurs et les syndicats, entretenant ainsi de façon permanente des forces déflationnistes et, de ce fait, grippant de façon structurelle la demande, l'un des moteurs essentiels de la croissance économique. Incohérence totale lorsque cette même approche libérale ne jure que par la religion productiviste de la croissance économique pour régler le problème du chômage de masse ! Et summum de la stupidité d’une politique enfermée dans la prison du logiciel libéral-productiviste, l’aggravation des inégalités qu’elle va engendrer, affaiblira cette fameuse croissance économique que nos néolibéraux attendent…depuis quarante ans ! En effet, là encore les études empiriques réalisées pour les pays de l’OCDE sont sans conteste, le degré des inégalités de revenu et de patrimoine a atteint aujourd’hui un seuil au-delà duquel toute nouvelle détérioration ne peut qu’impacter négativement les deux réacteurs principaux de la croissance économique : la productivité du travail (la dégradation de la cohésion sociale, avec l’aggravation des inégalités, nuit aux gains de productivité du travail) et la demande (plus d’inégalités, c’est aussi moins de consommation et d’investissement, compte tenu du différentiel des propensions à consommer entre les ménages défavorisés et aisés).

La précarisation de l'emploi recherchée depuis les années 80 par nos dirigeants politiques libéraux, des LR jusqu'aux LREM en passant par la case Parti socialiste, apparaît bien comme l'un des bras armés du capitalisme actionnarial qui se met également en place au même moment, et pour lequel le gouvernement actuel entend bien continuer à dérouler le tapis rouge, en commençant les grandes festivités avec la suppression de l'impôt sur la fortune mobilière, et la suppression de la progressivité de l‘imposition sur les revenus du capital par l‘instauration d‘un prélèvement forfaitaire de 30 % . Capitalisme de précariat et capitalisme actionnarial marchent du même pas, main dans la main, et la droite « relookée » qui a pris le pouvoir en mai dernier entend bien donner un nouveau souffle à cette mécanique infernale pour, tout à la fois, transformer le chômage en pauvreté laborieuse et enrichir les actionnaires.

Dans ces conditions, non seulement l'objectif d’Emmanuel Macron de ramener le taux de chômage (officiel) à 7 % d'ici à 2022 apparaît donc comme bien optimiste mais, de surcroît, à supposer qu’il soit vraiment atteint, il laissera toujours la société française dans une situation de chômage de masse……avec un chômage officiel toujours à un niveau élevé et un chômage « caché », lui, en hausse ! Avant même la fin de son mandat, l'histoire est déjà malheureusement écrite sur le terrain du chômage : même sans nouvelle turbulence financière mondiale, à l’image de la crise financière de 2007, Emmanuel Macron, au même titre que ses cinq derniers prédécesseurs, sera bien le nouveau président du Chômage en France (cf. graphique ici)....en sus du président des Riches. Me direz-vous, en période de crise durable, lorsque les capitalisme patrimonial et financier sont rois, difficile d’imaginer autrement que ces deux présidents n'en font qu'un....

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(1) Personnes souhaitant travailler mais qui sont classées comme inactives, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi.

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