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Billet de blog 25 janv. 2012

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Le modèle allemand : la fin d’un mythe?

Les économistes d’inspiration néolibérale et nos gouvernants actuels, notre président de la République en première ligne, n’ont de cesse de vanter les mérites de l’économie allemande pour ses performances en termes de croissance économique, de chômage, de commerce extérieur et de maîtrise de la dette publique.

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Les économistes d’inspiration néolibérale et nos gouvernants actuels, notre président de la République en première ligne, n’ont de cesse de vanter les mérites de l’économie allemande pour ses performances en termes de croissance économique, de chômage, de commerce extérieur et de maîtrise de la dette publique. Il est vrai, qu’en la matière, les statistiques peuvent séduire, avec notamment une croissance économique de 3 % en 2011 et un taux de chômage de 5,5 % en novembre 2011. Pour autant, ce succès ne saurait occulter des interrogations légitimes sur le bien fondé du chemin emprunté depuis dix ans par le soi-disant "modèle allemand" de compétitivité. Alors que les certitudes sur l’existence d’un paradigme allemand de compétitivité n’existent que du côté d’un aveuglement simulé de notre gouvernement et de sa majorité, l’Organisation internationale du travail (OIT) vient de publier, mardi 24 janvier, un rapport accablant et éclairant, sur la stratégie allemande de déflation salariale à l’œuvre depuis une décennie (1).

En plombant la croissance européenne, la politique des bas salaires allemands serait, selon l’institution onusienne, la cause structurelle des difficultés actuelles de la zone euro : "Les coûts du travail en Allemagne ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques". En effet, l’étroitesse du marché domestique allemand aurait constitué un frein à la croissance des exportations des autres économies de la zone euro, ce qui aurait représenté un facteur important de ralentissement de l’activité économique. Par ailleurs, la stratégie de déflation salariale de l’Allemagne aurait aussi contraint ses partenaires européens à durcir leur austérité salariale dans un souci de maintien d’un différentiel de compétitivité-prix compatible avec la préservation de leurs parts de marché extérieures. Et, une austérité salariale dont la généralisation à toute la zone euro ne peut que nourrir un cercle vicieux récessif européen.

Mais, la déconstruction du mythe du paradigme allemand ne s’arrête pas là. En s’appuyant sur d’autres données récentes de l’OCDE, selon l’OIT, le diagnostic que l’on connaissait déjà, est clairement entendu : "La politique de déflation salariale n'a pas seulement amputé la consommation, restée plus d'un point de pourcentage en retrait du reste de la zone euro sur la période 1995 à 2001. Elle a aussi conduit à un accroissement des inégalités de revenus, à une vitesse jamais vue, même durant le choc de l'après réunification". Comme le souligne le rapport, ce sont tout particulièrement les catégories de salariés les plus fragiles qui ont supporté le poids de l’ajustement salarial, puisque les créations d’emplois ont porté essentiellement sur des emplois précaires à bas salaires dans le secteur tertiaire. Les "working poors" (travailleurs pauvres) qui alimentent la progression de la pauvreté en Allemagne ne sont donc plus un mythe depuis longtemps Outre-Rhin, la politique de flexibilisation du travail du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, engagée en 2003, politique synonyme de précarisation de l’emploi, ayant une lourde responsabilité en la matière selon le rapport.

Et pour enfoncer définitivement le clou dans le mur des fausses certitudes néolibérales et inepties sarkozystes sur le sujet, le rapport de l’OIT attire l’attention sur deux points importants de la compétitivité allemande. D’une part, la bonne compétitivité-prix de l’économie allemande en termes de coût salarial unitaire (2) ne doit pas faire illusion sur l’importance de ses performances en matière de productivité du travail, ses bons résultats en la matière étant davantage expliqués par sa politique de déflation salariale menée depuis dix ans que par ses succès dans le domaine de l’efficacité productive du travail : "peu de choses ont été faites pour améliorer la compétitivité par le biais d'une progression de la productivité", peut-on lire dans le rapport (3). D’autre part, comme d’autres études l’ont déjà montré, l’institution genevoise rappelle que le dynamisme à l’exportation de l’économie allemande affiché ces derniers années, doit peu à sa politique salariale, et s’explique davantage par la bonne spécialisation de l’appareil productif allemand, lui permettant un positionnement efficace et porteur sur des marchés émergents par ailleurs dynamiques. On en revient, à travers ce dernier constat, au vrai débat de fond volontairement éludé par le gouvernement Fillon, et qui devrait pourtant mobiliser toutes les attentions, celui autour de la compétitivité structurelle de l’économie française, dont l’amélioration appelle de la part des pouvoirs publics une politique industrielle ambitieuse de très longue portée, qui manque cruellement aujourd’hui à la France.

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(1) Lien pour accéder au rapport (lire la partie 3) :  http://www.ilo.org/global/publications/books/global-employment-trends/WCMS_171571/lang--fr/index.htm

(2) Le coût salarial unitaire est le coût du travail supporté en moyenne pour une unité produite. En adoptant les notations suivantes : H(nombre d’heures travaillées), S (coût horaire de la main d’œuvre) et Q (niveau de la production), le coût salarial unitaire est donc par définition égal à (HxS)/Q. Ce rapport peut aussi s’écrire : S/(Q/H), donc comme le rapport entre le coût horaire du travail (S) et la productivité horaire du travail (Q/H) .

(3) Sur les performances comparées en matière de productivité du travail entre l’Allemagne et la France, on pourra utilement consulter :

Éloge de l’efficacité productive du travail en France

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ACTUALISATION (23 avril 2012)

A l'heure du bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy à la lumière des comparaisons internationales, notamment avec l’économie allemande, il est intéressant de porter un regard sur le degré de soutien des politiques budgétaires nationales à la croissance européenne sur la période 2007-2011. Une politique budgétaire nationale est d’autant plus expansionniste (ou moins restrictive) que la croissance des dépenses publiques est forte et que celle des recettes publiques est faible ; et, la bouffée d’oxygène qu’elle apporte à la zone euro (ou à l’Union européenne), via le commerce extérieur, est d’autant plus importante qu’elle est expansionniste. Or, en prenant comme critère la différence entre la croissance des dépenses publiques et celle des recettes publiques, la politique budgétaire allemande sur la période 2007-2011 apparaît comme la moins expansionniste de la zone euro et se classe comme la plus restrictive, derrière la Hongrie, au sein de l’Union européenne. Ce cruel manque de soutien à la croissance européenne de la part d'une économie qui en a les moyens en termes d'excédents commerciaux et de finances publiques, par une politique budgétaire non-coopérative, est un nouveau constat qui vient conforter l’effondrement du mythe d’un paradigme allemand d’une croissance vertueuse.       

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