Éléments de macroéconomie élémentaire pour le président Hollande et ses conseillers …

Les bons cours de macroéconomie et de politique économique s’appuient toujours, pour illustrer les mécanismes économiques théoriques étudiés, sur des exemples historiques majeurs.Que le président Hollande se rassure, lui aussi aura droit de cité dans ce genre d’exercice, grâce aux effets calamiteux de l'axe central de sa politique: le choc de compétitivité par une baisse des charges patronales.

Les bons cours de macroéconomie et de politique économique s’appuient toujours, pour illustrer les mécanismes économiques théoriques explorés et les outils standards utilisés, sur des exemples historiques majeurs, comme par exemple, la politique du président Franklin Roosevelt à partir de 1933 pour illustrer le rôle clef de la demande anticipée par les chefs d’entreprise et l’importance du multiplicateur de la dépense publique, conformément aux enseignements de la théorie keynésienne, ou encore la politique de relance par la consommation du président de la République François Mitterrand, en 1981, pour mettre en évidence la limite imposée par la contrainte extérieure dans l’efficacité des politiques budgétaires expansionnistes en faveur de la lutte contre le chômage. Que le président Hollande se rassure, lui aussi aura droit de cité dans ce genre d’exercice, grâce à sa politique économique de l’offre, dans laquelle on peut puiser ce qui représentera probablement l’un des meilleurs exemples historiques illustratifs de l’échec cinglant de ce que les économistes appellent, savamment, un choc de compétitivité par la baisse du coût du travail. En l’occurrence, un choc spécifique à la sauce hollandaise, pimentée à raison d’une hausse du nombre de demandeurs d’emploi pour la France métropolitaine, toutes catégories confondues de A à E de, ……........ 1 310 400  entre avril 2012 et septembre 2016 (pour consulter la statistique mensuelle, c’est ici) !

Les outils standards de la macroéconomie et la microéconomie mobilisés. Les économistes ont recours aux notions de chocs d’offre ou de demande pour se représenter l’impact d’évènements faisant évoluer l’économie d’un équilibre macroéconomique à un autre sur le marché des biens et services, lui-même atteint lorsque l’offre et la demande globales sont égales (si le niveau de production à cet équilibre est insuffisant pour employer toute la population active, alors nous sommes en présence d’un « équilibre de sous-emploi »). Dans ces conditions, un choc d’offre est un évènement affectant en premier lieu l’offre productive globale, positivement (choc d’offre positif) ou négativement (choc d’offre  négatif), par l’intermédiaire des coûts de production.  Si l’on représente sur un graphique l’offre et la demande globales en fonction du niveau général des prix, alors un choc d’offre entraîne un déplacement de la courbe de l’offre globale. De façon symétrique, un choc de demande représente un   évènement affectant en premier lieu la demande, positivement (choc de demande positif) ou négativement (choc de demande négatif). Si l’on dispose sur un graphique l’offre et la demande globales en fonction du niveau général des prix, alors un choc de demande entraîne un déplacement de la courbe de la demande globale. Les courbes d’offre et de demande globales envisagées ici concernent donc l’ensemble du marché des biens et services, mais sont construites selon une logique microéconomique, celle prévalant à la détermination d’un équilibre partiel sur le marché d’un produit, à partir de l’agrégation, d’un côté, des courbes d’offre individuelles des entreprises et, de l‘autre, des courbes individuelles de demande de la part des acheteurs : la quantité offerte sur le marché est donc une fonction croissante du  prix (loi de l’offre), la quantité demandée une fonction décroissante du prix (loi de la demande), tandis que la loi de l‘offre et la demande permet, quant à elle, de corriger les déséquilibres conjoncturels entre l’offre et la demande, par l’intermédiaire de la flexibilité supposée du prix, elle-même garantie par le respect des hypothèses de la concurrence pure et parfaite. Ainsi, en cas d’excès d’offre au niveau de prix initial P1 (voir graphique ci-dessous), le rapport de force étant favorable aux demandeurs, le prix diminue,

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ce qui entraîne conjointement une hausse de la demande, une diminution de l’offre donc de l’excès d’offre, processus qui se poursuit  jusqu’à ce que le prix atteigne le niveau d’équilibre où l’offre est égale à la demande (c’est-à-dire le prix d’équilibre, ici Pe).

La fable hollandaise et patronale du choc de compétitivité par la baisse du coût du travail.  Selon la typologie usuelle des économistes, les chocs de compétitivité s’inscrivent dans ce qu’il a été défini précédemment, à savoir les chocs d’offre positifs. Les chocs de compétitivité ne se réduisent donc pas à celui systématiquement mis en avant par le grand patronat et opérant par l’intermédiaire du coût salarial, car on peut aussi envisager les chocs d‘innovation (dit encore de productivité) provoqués par l’adoption et la diffusion d’innovations de procédé et/ou organisationnelles, provoquant une hausse de la productivité des facteurs de production et donc une baisse du coût de production unitaire (ensemble des coûts de production rapporté au volume de la production), comme par exemple, l’adoption du toyotisme à partir des années 70 ou encore, plus récemment, la généralisation rapide de l’usage d’Internet et des NTIC à partir du milieu des années 90. Mais, revenons au choc qui nous intéresse ici, en nous laissant, dans un premier temps, complètement porter par la féerie de la fable hollandaise racontée doctement par les économistes libéraux,….en empruntant le chemin académique du cadre macroéconomique posé précédemment. Ces derniers nous vantaient alors les vertus de  l’adoption du Pacte de responsabilité de François Hollande, consistant à réduire les cotisations sociales patronales sur les bas salaires - coût budgétaire de plus de 40 milliards d'euros pour 2017 - (ce que l’on fait déjà depuis plus de vingt ans sans aucun effet !…en dehors des effets d‘aubaines ou cadeaux pour les entreprises), par le raisonnement suivant : la baisse du coût du travail  permettra une diminution du coût de production moyen, d‘où pour chaque niveau de prix, les entreprises pourront envisager de réaliser un profit unitaire plus élevé, ce qui les incitera à augmenter leur niveau de production du fait de perspectives de profit plus importantes, d’où un déplacement de la courbe d’offre globale vers le haut, comme indiqué sur le graphique ci-dessous.
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L’équilibre macroéconomique passera donc de E1 à E2 : le produit intérieur brut (PIB) en volume augmentera et le niveau général des prix baissera (si l’on raisonne en variation relative, il s’agira d’une désinflation et non d’une baisse des prix) car les entreprises pourront diminuer leur prix de vente grâce à la baisse du coût moyen, et cette baisse des prix générera une hausse de la demande (car plus d’exportations en raison de l’amélioration de la compétitivité-prix et plus de consommation finale en raison de la  hausse du pouvoir d’achat) qui absorbera à son tour  la production additionnelle. Et, le niveau du PIB augmentant, l’emploi progressera…..et la courbe du chômage s’inversera ! Bien évidemment, il n’est nullement envisagé dans ce genre de raisonnement, partial et à la Madame Soleil, les conséquences sur nos exportations d’une généralisation d’une telle politique chez nos principaux partenaires commerciaux en Europe, comme c'est pourtant le cas où la course au moins-disant salarial y bat son plein depuis plusieurs années. Dommage pour Madame Soleil et notre courbe du chômage car il est pourtant évident que si tous les pays s’engagent dans une course accélérée à la baisse du coût du travail, les gains en compétitivité-prix obtenus s’annulent pour chacun d’entre eux et donc l’effet est nul sur les exportations….dans le meilleur des cas !    
 
Le « choc des réalités ».  Dès l’annonce du  Pacte de responsabilité  par le gouvernement en place à l‘époque, il ne faisait guère de doute de ce qu’il allait advenir du conte de fées précédent (lire notamment ci-joint), en dépit du matraquage idéologique par le gouvernement et le Mouvement des entreprises de France (Medef) dans les médias dominants, par l’intermédiaire des journalistes économiques ou économistes d’obédience libérale. En effet, ce que les économistes libéraux répugnent à penser (en toute connaissance de cause ….), c’est que les cotisations sociales ne représentent pas seulement un coût de production, mais constituent aussi un salaire indirect. Les cotisations sociales contribuent ainsi au financement des revenus de transfert qui jouent un rôle de stabilisateur économique, donc contracyclique à court terme ! - en période de ralentissement de l‘activité économique, par exemple, la hausse des indemnités chômage (à législation constante) soutient la demande, ce qui permet d’amortir le choc du ralentissement économique. Sans compter les effets à plus long terme en termes de réduction des inégalités de revenu et donc de maintien de la cohésion sociale, celle-ci étant aussi un facteur important de croissance à long terme. En conséquence, ce que ne disait pas la fable du président Hollande sur ce choc de compétitivité, c’est que, tout en déplaçant la courbe de l’offre globale dans le bon sens comme vu précédemment, il entraîne aussi simultanément un déplacement de la courbe de la demande globale,…. mais, celui-ci, dans le mauvais sens (voir graphique ci-dessous) avec, en final, aucun effet sur le niveau du PIB en volume à l’équilibre : en effet, comme la baisse des charges sociales patronales se traduit également par une diminution des revenus sociaux - choix de politique budgétaire austéritaire du président Hollande oblige ! - , cela pèse immanquablement sur le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages et donc la consommation finale.
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Ce contre-effet négatif sur la demande globale, qui s’analyse comme un choc de demande négatif,  a été d’autant plus accentué durant ces quatre dernières années que le choc de compétitivité, voulu par le président Hollande, a également consisté en des exonérations fiscales patronales (l‘adoption du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), elles-mêmes financées par un alourdissement de la fiscalité pesant sur les ménages, et surtout les plus défavorisés d’entre eux, via la hausse de la TVA, ce qui plombe encore un peu plus la consommation des ménages (la part du revenu consommé d’un ménage pauvre est plus élevée que celle d’un ménage riche, ce qui explique que le poids de la TVA pèse proportionnellement plus fortement pour le premier que pour le second !). A contrario, des éléments favorables, mais qui ne relèvent pas des choix de politique économique du pouvoir en place, sont venus amoindrir ce choc de demande négatif (baisse du prix du pétrole, niveau historiquement bas des taux d’intérêt du fait de la politique monétaire expansionniste de la Banque centrale européenne et dépréciation de l’euro).  

Difficile pour une politique économique de se noyer plus profondément dans le puits de l’incohérence et de l’incompétence ! Et ce n’est malheureusement pas les baisses récentes du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (chômeurs uniquement sans aucune activité) enregistrées certains mois (diminution pour la France métropolitaine, en septembre dernier, de 1,9 % par rapport à août) ou le léger recul du taux de chômage au sens du BIT (vision la plus restrictive qui soit de la mesure du chômage !…lire ici) annoncé par l’Insee pour le deuxième trimestre 2016  (baisse de 0,3 point de la part de la population active au chômage, pour la France entière, par rapport au premier trimestre 2016) qui seraient de nature à modifier l’analyse du bilan calamiteux du président Hollande en matière de lutte contre le chômage, dans la mesure où ces diminutions ne font que refléter les glissements statistiques entre les différentes catégories de chômeurs, liés à un développement du précariat en France et donc de la pauvreté laborieuse, ainsi qu’à un renforcement « dernière minute » des dispositifs de formation (plan de 500 000 formations supplémentaires sur un an),….approche de la présidentielle 2017 oblige ! Bref, des considérations de petite cuisine statistique électoraliste fort éloignées des effets positifs hypothétiques du choc de compétitivité, qui seraient pourtant bien à l’œuvre selon le chef de l‘État, alors qu‘aucune étude empirique n‘a pu encore les mettre en évidence de façon significative. Faut-il également rappeler au président Hollande que sur le seul premier semestre 2016 le déficit de la balance commerciale de la France s'élève à 24 milliards d'euros (1,5 milliard de plus par rapport au premier semestre 2015) ? Décidément, le cynisme en politique connaît pas la crise chez Monsieur Hollande.

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