Yves Besançon
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Billet de blog 29 sept. 2011

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Éloge de l’efficacité productive du travail en France

D’après une étude publiée mardi 20 septembre à Londres par l'Office national des statistiques (Ons) sur la productivité comparée du travail des pays du G7 en 2010 (1), le travailleur français confirme sa remarquable bonne position sur les marches du podium de l’efficacité au travail.

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D’après une étude publiée mardi 20 septembre à Londres par l'Office national des statistiques (Ons) sur la productivité comparée du travail des pays du G7 en 2010 (1), le travailleur français confirme sa remarquable bonne position sur les marches du podium de l’efficacité au travail. Le constat macroéconomique n’est certainement pas nouveau si l’on en juge par d’autres études et statistiques en provenance d’autres sources comme celles de l’Ocde ou d’Eurostat, mais dans la sinistrose ambiante des mauvaises nouvelles économiques et de l‘aveuglement néolibéral de nos gouvernants, il est intéressant d’en extraire quelques bonnes leçons élémentaires de conduite en matière de politique économique.

Commençons par le constat. Si l’on raisonne en termes de productivité du travail par tête, c’est-à-dire la richesse produite en moyenne par un travailleur (2), la France se classe en deuxième position en 2010 derrière les Etats-Unis, et devant l’Italie, l’Allemagne et le Canada, le Royaume-Uni et le Japon fermant la marche (cf. ci-dessous graphique n°1 repris de l‘étude). Ces statistiques montrent aussi que par rapport à 2009, les écarts de productivité s’accentuent entre les deux meilleurs de la classe, les travailleurs américain et français, et leurs homologues du G7. En ces temps de référence obsédée du côté de l’Élysée et de Matignon par rapport au fameux paradigme allemand, on relèvera également que la supériorité française est de l’ordre de 6 % en 2010 (indice de 106, calculé en prenant comme base 100 la productivité allemande) et qu’elle se maintient bien en 2010.  

Graphique n°1 : productivité du travail par tête en 2009 et 2010 (base 100 le Royaume-Uni)

© 

Si l’on s’appuie maintenant sur la productivité horaire du travail (3), c’est-à-dire le flux de richesses réalisé en moyenne en une heure de travail, les prouesses du travailleur français ne se démentent toujours pas. Certes, le travailleur allemand détrône ce dernier de son deuxième rang derrière le travailleur américain, mais seuls les travailleurs américain, français et japonais améliorent leurs performances entre 2009 et 2010 par rapport au travailleur britannique. Quant à la supériorité allemande par rapport à la France, elle se réduit en 2010 par rapport à 2009.

Quelles leçons à tirer de ces performances comparées ? Il s’agit tout d’abord d’une excellente nouvelle pour les partisans de l’économie de la demande. Alors que la solution d’une sortie de crise par une relance par une hausse des salaires commence timidement à faire son chemin, sur la base d’un constat connu et répété d’une part structurellement insuffisante des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée des entreprises (4), les bonnes performances comparées de la productivité du travail de la France autorisent des marges de manœuvre légitimes en la matière, au nom de la simple équité d’une règle de répartition des richesses produites et malheureusement oubliée par les rentiers du capital ces dernières décennies : une meilleure efficacité du travail mérite aussi un pouvoir d’achat du salaire accru ! Et cette relance du pouvoir d’achat pourrait être à l’origine d’un cercle vertueux de sortie de récession dans laquelle nos économies s’engouffrent, d’autant plus efficace qu’elle se concentrerait sur les salaires les plus modestes, dont on sait que la propension à consommer est forte (part des salaires consacrée à la consommation), surtout après des années de pertes de pouvoir d’achat, au moins pour les travailleurs précaires.

Mais, il s’agit aussi d’une très bonne nouvelle pour les défenseurs de l’économie de l’offre. On rappelle que la compétitivité-prix des entreprises ne dépend pas du coût salarial horaire comme le laissent sciemment entendre les discours proches du patronat, mais du coût salarial unitaire, lui-même égal au rapport entre le coût du travail horaire et la productivité du travail (5). Il est donc tout aussi évident qu’il y a pour l’économie française, grâce aux bons résultats de l’efficacité productive de sa force de travail, des marges de manœuvres techniques pour une revalorisation des salaires sans détérioration de la compétitivité-prix des entreprises, n’en déplaise au discours gouvernemental et patronal. L’arithmétique est claire et sans appel : une hausse des salaires strictement proportionnelle à la progression de la productivité laisse inchangée le coût du travail unitaire, donc la capacité concurrentielle de nos entreprises à développer leurs parts de marché. L’argumentaire technique peut même s’en trouver renforcé si l’on rappelle par ailleurs deux faits saillants caractérisant l’économie française : d’une part, elle n’est pas relativement mal placée pour son coût horaire du travail par rapport à ses partenaires développés, d’autre part, la structure de son commerce extérieur est largement dominée par ses échanges avec ses partenaires de l‘Union européenne (de l‘ordre de 60 %), laissant un poids impactant limité joué par la concurrence des économies émergentes à faible coût de main d’oeuvre. Enfin, il est aussi précieux de rappeler qu’il existe une interaction dynamique vertueuse entre salaire et productivité du travail : la hausse des salaires aujourd’hui, en améliorant le confort et la santé des salariés, et leurs motivations au travail, génère aussi des gains de productivité et de compétitivité pour demain.

Et pour terminer, il s’agit également d’un constat très précieux pour plaider la cause, contre les vents dominants des économistes de l’offre, de la vertueuse réduction du temps de travail dans le cadre d’une économie en transition entre le productivisme tayloro-fordien et le développement durable. En effet, osons enfin envisager, au moins après une sortie de crise des dettes publiques, une croissance de l’emploi et une amélioration du bien être des populations dans les pays riches, dans un contexte de croissance de la productivité du travail propre à une économie moderne, non plus par le chemin d’une croissance économique soutenue, mais tout simplement par l’intermédiaire de la réduction du temps de travail dans le cadre d'une politique de partage du travail disponible…..et d’une répartition équitable des richesses produites, elle-même fondée sur la trilogie de la répartition dans une vraie social-démocratie : efficacité du travail, utilité sociale des métiers et besoins des individus. Une simple question de choix de société, accompagnée par une réelle volonté politique, porteuse de plein emploi, de cohésion sociale et de préservation à long terme de l'écosystème global de la planète dans un environnement contraint par la rareté des ressources naturelles !!!

En conclusion, vous l’avez bien compris, ces trois bonnes leçons d’économie politique verte, sont aussi trois cartons rouges adressés à la politique économique du chef de l’État qui, avec l’impudence et la niaiserie qu’on lui connaît habituellement pour les questions économiques, s’obstine depuis 2007 à massacrer le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes et à s’inscrire à contresens de l’histoire, et ce à travers la dynamique principale de sa politique économique et sociale : " Travailler plus longtemps pour gagner moins pour les plus modestes…..et inversement pour les plus riches !!". Décidément, mai 2012 n’en finit plus de hurler d’impatience…..

____________________________________________

(1) http://www.ons.gov.uk/ons/rel/icp/international-comparisons-of-productivity/2010---first-estimates/stb-icp-sep11.html

(2) Au niveau d’une entreprise on rapporte la richesse créée (la valeur ajoutée brute-VAB) au nombre de travailleurs. Au niveau macroéconomique, on rapporte le PIB (la somme des valeurs ajoutées brutes) à la population active occupée.

(3) On rapporte la VAB ou le PIB au volume d’heures travaillées, selon le niveau d’analyse adopté, micro ou macro. Indicateur plus difficile à calculer précisément que le précédent, tout du moins au plan macroéconomique.

(4) Voir notamment les réflexions récentes du laboratoire social Lasaire : http://www.lasaire.net/accueil.php

Concernant l’évolution de la part des salaires dans la VAB des entreprises en France sur longue période, se reporter au graphique n° 1 de mon article ici sur Médiapart : De la faiblesse du pouvoir d'achat des salaires à l'insuffisance de l'investissement productif......... En effet, l'évolution de la part des salaires est exactement l'inverse de l'évolution du taux de marge (part de l'excédent brut d'exploitation dans la VAB) présentée par ce graphique. Ainsi, à la remontée du taux de marge à partir du milieu des années 80 correspond le déclin de la part des salaires.

(5) Le coût salarial unitaire est le coût du travail supporté en moyenne pour une unité produite. En adoptant les notations suivantes : H(nombre d’heures travaillées), S (coût horaire de la main d’œuvre) et Q (niveau de la production), le coût salarial unitaire est donc par définition égal à (HxS)/Q. Ce rapport peut aussi s’écrire : S/(Q/H), donc comme le rapport entre le coût horaire du travail (S) et la productivité horaire du travail (Q/H) .

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