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Billet de blog 1 sept. 2015

Houellebecq joue le réprouvé

Michel Houellebecq est venu chez Ruquier (grâce à l'entremise de Yann Moix, le remplaçant d'Aymeric Caron) parce qu'il n'est pas content : il a fait le buzz parce qu'Ariane Chemin, dans Le Monde, a osé dire qu'il avait mangé du risotto chez Sarkozy, ce qu'il dément avec énergie ! Ce n'était pas du risotto : et il vient le dire dans un intervention d'une heure sur France 2 !

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Michel Houellebecq est venu chez Ruquier (grâce à l'entremise de Yann Moix, le remplaçant d'Aymeric Caron) parce qu'il n'est pas content : il a fait le buzz parce qu'Ariane Chemin, dans Le Monde, a osé dire qu'il avait mangé du risotto chez Sarkozy, ce qu'il dément avec énergie ! Ce n'était pas du risotto : et il vient le dire dans un intervention d'une heure sur France 2 !

Laurent Ruquier, qui croyait pouvoir lire Soumission au "3ème degré", se voit objecter par l'auteur que non : il faut bien le lire au 1er degré. Il veut dire "ce qui fait peur aux gens" et précise : "mon sujet c'est ce que les gens ont dans la tête". Non pas tenir un propos intelligent et républicain, mais conforter les "gens" dans leurs peurs, attiser les braises. Il est totalement irresponsable de se comporter comme plusieurs journalistes l'ont fait en minimisant la portée de ce livre, parce que certains passages sont effectivement drôles à force de dérision, en estimant qu'il campe un islam "modéré" (à croire qu'ils n'ont pas lu le livre). Bernard Pivot, dans le JDD a vu dans le nouveau chef de l'État un "musulman avisé, brillant et énergique" et Libé a vu là un "islam soft". L'hebdo Marianne, dans une première critique, était élogieux, s'attachant plus au nihilisme de MH qu'à sa description d'une France acceptant d'être soumise à l'islam.

Pourtant Soumission montre d'abord une France menacée par la guerre civile : finalement, le nouveau président de la République, Mohamed Ben Abbes, leader de la Fraternité musulmane, islamise la société prétendant que c'est tout en douceur (c'est là toute la subtilité et la perversité de ce roman). Qu'on en juge : la polygamie est autorisée (si ce n'est fortement conseillée), les femmes renvoyées à la maison : baisse du chômage), la conversion à l'islam obligatoire pour pouvoir enseigner, Paris-Sorbonne devient Université islamique, les juifs doivent dégager, les élites et le peuple se soumettent, et j'en passe [j'ai lu le livre sur une version photocopiée circulant sur Internet, évidemment pas question de dépenser 21 €].

Au cours de l'émission, Yann Moix, dithyrambique et prolixe, qualifie Houellebecq de "plus grand écrivain du moment" ("du moment", sans doute : des connaisseurs pronostiquent qu'il sera totalement oublié dans dix ou vingt ans). En attendant, l'anarchiste de droite, qui se complait dans la dérision et cultive son look grunge à la manière du reclus de Meudon, lâche tout de go que les médias sont tous de gauche en France alors que, selon lui, le pays est à droite. Pendant toute cette émission, il se comporte comme un "penseur" désabusé abondant dans le sens d'une droite décomplexée, un "penseur" hypocrite qui prétend que quand on écrit il ne s'agit pas de "communiquer ses pensées" !

Il dit avoir un faible pour Nicolas Sarkozy, et rien de ce qu'il dit ne peut être récusé par les ténors passés et présents du Front national. Il est l'indigne allié de Zemmour avec son Suicide français. Il joue, avec quelques autres intellectuels de ce pays, aux apprentis-sorciers. Il ratiocine mais n'a aucune réflexion sociale sur la société : au lieu d'avoir une vision, il surfe avec cynisme sur des peurs qu'il exacerbe pour mieux servir ses intérêts et s'enfermer dans sa posture factice de réprouvé.

Un "expert" politologue de plus

Michel Houellebecq décrit dans Soumission les liens très forts entre le Parti socialiste et la Fraternité musulmane (99 % des électeurs de la dite Fraternité se reporteraient sur le PS et, si la Fraternité l'emporte ses leaders sont prêts à offrir plein de ministères au PS). D'accord, on est dans un roman, mais notre politologue du dimanche semble ignorer qu'aux municipales de 2014 des partis de la droite forte, pour décrocher des voix dans les cités en jouant sur le rejet du mariage pour tous, ont fait alliance avec des leaders de la communauté musulmane (soit en leur accordant des sièges, soit en leur offrant des postes de conseillers).

Séquence dans l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier : ici.

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Rock and troll 

Rencontre Michel Houllebecq-Iggy Pop, Le Figaro [photo Philippe Matsas]

Le look minoritaire

Le "grand écrivain", avec son livre Soumission a gaillardement soufflé sur les braises de l'islamophobie. Eh bien, il a la cote auprès du Figaro, du Figaro Magazine et du Monde qui lui ont consacré plusieurs articles cet été, après avoir été encensé par plusieurs médias lors de la sortie de son livre, au point d'être invité dans la matinale de France Inter (quelques heures avant l'attentat à Charlie Hebdo). En voyant cette photo sur le quotidien de Dassault, j'ai d'abord cru à un trucage, un montage, un dédoublement. On pouvait deviner que son look "vaguement sale" lui convenait parfaitement : d'ailleurs son personnage dans Soumission, François, est habillé "comme un plouc" et est présenté comme "un macho approximatif", un "macho grunge", à "la personnalité paradoxale". Michel Houellebecq s'explique auprès des BCBG du Figaro : «On est prisonnier de son look, donc autant choisir une prison confortable. Dans mon cas, parka-sac à dos, c'est facile à vivre. J'y ai réfléchi une fois pour toutes. Dans mon adolescence, ce look un peu grunge, chemise à carreaux, cheveux vaguement longs et vaguement sales, était le look majoritaire. Il est certain que je ne suis plus majoritaire aujourd'hui.» Le pauvre !

Billet n° 219

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