Sans-abri dans les poubelles

Et autres chroniques : les pinaillages de Philippe Aghion, les saillies de Christophe Barbier, la loi privatisée par la ministre des transports, les experts Cohen et Aphatie, le patron de Nissan débranché.

 

[Photo L'Express] [Photo L'Express]
Sans-abri dans les poubelles

Des personnes sans logement au Royaume-Uni dorment dans les poubelles. Plusieurs sont morts, broyés lors du ramassage. Nos propagandistes qui prétendent que la Grande-Bretagne s’en sort bien grâce à des mesures d’économies drastiques (taux de chômage ramené à 4,1 %) cachent « la massification de l’emploi précaire et l’augmentation des travailleurs pauvres » (Le Monde des 2-3 décembre sur ce même sujet des sans-abri en GB). Selon une association caritative, 320.000 SDF , en augmentation constante. Des milliers qui dorment dans la rue, qui y meurent quand ce n’est pas dans les poubelles. Elles sont belles nos sociétés modernes qui pour le profit de quelques uns sacrifient une partie de leur population.

Des SDF dans les poubelles, la crainte des éboueurs anglais, L'Express du 30 novembre.

[2 décembre]

Jour de carence

[site Les Echos] [site Les Echos]
Sarkozy avait instauré un jour de carence dans le secteur public en cas de maladie (premier jour non payé) prétextant que sinon ce n’était pas juste puisque le privé avait 3 jours de carence (Sarko avait même envisagé de le porter à 4). Hollande avait supprimé ce jour dans le public, remis en place par Macron au 1er janvier 2018. Ah mais soudain, les autorités découvrent (ce que tout le monde savait) que dans le privé en réalité il n’y a pas de jours de carence dans la 1/2 des petites entreprises et 3/4 des grosses, car payés par l’employeur. Du coup, trois crânes d’œuf ont planché pour le premier ministre : ils proposent dans un rapport non seulement de faire travailler les malades en télétravail à domicile et de verser un montant unique d’indemnités journalières, mais encore de leur imposer un jour de carence... puisque désormais il y en a un dans le public. Malin, non ? Voir article dans Les Échos : ici.
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. quand je pense que dans les années 70 on avait négocié et obtenu de notre employeur (association de 250 salariés du secteur médico-social financée par les pouvoirs publics) un jour de congé pour maladie sans avoir à fournir un certificat médical !

[1er décembre]

 Les pinaillages de Philippe Aghion

L'économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France, sur France Inter le 30 novembre, défendait la politique d'Emmanuel Macron avec beaucoup de mal pour être convaincant. Il hésite, ne finit pas ses phrases, affirme sans démontrer (comme : "on fait beaucoup de choses pour la mobilité, pour la pauvreté"). Bien piètre défenseur de la politique macronienne. Comme s'il n'était pas sûr de lui. Longtemps, on a entendu Gérald Darmanin prétendre que les Français qui travaillent allaient bientôt toucher un 13ème mois. Comme cela a été démenti, Aghion répéte que ce sont ceux qui sont au Smic qui vont toucher un 13ème mois (prime d'activité augmentée, baisse de cotisations sociales malgré la hausse de la CSG, et baisse de la taxe d'habitation). Il ne comprend pas que les gilets jaunes n'entendent pas ça. Il aimerait que comme dans les pays scandinaves, le Smic soit moins rigide mais variable selon les régions, ce qui par les temps qui courent est totalement irresponsable : il va aller dire aux habitants de la "périphérie" : votre Smic est trop élevé par rapport à vos camarades des grandes villes ? Comment assurer le développement rural si l'on instaure de telles mesures ?

Il considère que la Plan pauvreté, présenté le 13 septembre par le Président, s'attaque réellement aux inégalités sociales, mais il n'a pas convaincu parce qu'il n'a pas été entendu : le même jour, explique-t-il, il y avait également la déclaration d'Emmanuel Macron sur Maurice Audin ! Le pauvre Aghion regrette que trop de niches fiscales soient maintenues : il aurait fallu les supprimer avant de supprimer l'ISF, même si cet impôt "c'est très peu d'argent". On se demande alors pourquoi cet impôt (qui est "un symbole", dit Aghion) est supprimé. Tout de même, ce sont 3,4 milliards qui n'entrent plus dans les caisses de l'État. Une goutte d'eau ?

Il est pour que l'on ne réduise pas le nombre d'enseignants et d'infirmières, mais, selon lui, on dépense trop dans les collectivités locales, "il faut réduire la voilure" : comme d'hab, il est bien incapable d'être plus précis sur le sujet, qu'il ne connaît sans doute pas, ignorant la liste des missions que l'État, en particulier dans le social, a confiées aux Départements. Il est invité dans les médias, parce qu'il est censé avoir l'oreille de Macron : mais il avoue qu'il ne l'a pas vu depuis… juillet 2017. Quand même, Monsieur échange quelques textos avec Jupiter.

Le Smic de Barbier

A propos de Smic, Christophe Barbier, qui est de tous les plateaux (de télé), répète autant qu'il peut que le Smic est une erreur, qui écrase l'économie (entre autres, à C dans l'air le 30 novembre). Personne ne sait s'il aura autant de succès qu'avec son précédent cheval de bataille : la suppression de la cinquième semaine de congés payés. Lors de cette même émission,  un géographe de service, Gérard-François Dumont considérait qu'avec la révolte des gilets jaunes "on payait les 35 heures et la baisse de la retraite à 60 ans". Cette dernière mesure était "antisociale" selon l'expert parce qu'elle n'aurait bénéficié qu'à ceux qui avait la plus longue espérance de vie. Pas aux autres. C'est Lagardère, qui produit C dans l'air qui doit être content. Pas étonnant qu'il soit régulièrement invité y compris sur des sujets qui n'ont rien à voir avec ses compétences affichées.

 Privatisation de la loi
Le Monde publie ce 30 novembre un article [ici] qui relève le fait que le ministère des transports a lancé un appel d’offres pour qu’un cabinet privé rédige l’exposé des motifs du projet de loi d’orientation des mobilités, alors qu’il s’agit d’un acte de pure politique. Les postulants n’avaient que 10 jours pour concourir. 30 000 € pour également produire une étude d’impact. Le patron du cabinet d’avocats qui a emporté le marché, énarque, se défend : il n’aurait consacré que 1 % à l’exposé des motifs. Pas de chance : le Conseil d’État n’a pas apprécié le document produit, considérant que l’étude d’impact établi un « constat erroné ». Mais quand même, c’est inquiétant, car il s’agit d’une première : jamais jusqu’alors une société privée n’avait été sollicitée pour rédiger un tel document. Un député LREM pense que c’est parce qu’il y a moins de conseillers dans les cabinets ministériels ! Peut-être aussi qu’il y a moins de compétences.

[30 novembre]

« Diminution de l'assistanat »
Jusqu’à présent, le discours contre l’assistanat a été tenu d’abord par l’UMP et Nicolas Sarkozy, par le FN et Marine Le Pen, et par les LR et Laurent Wauquiez. Il s’agit de leur part d’un mépris sans borne envers ceux qui galèrent à cause d’une économie libérale qui laisse une partie de la population sur le carreau. Dans leurs 45 revendications, les Gilets Jaunes en appellent à «une diminution de l’assistanat». Que signifie cette revendication quelque peu maladroite ? S’il s’agit de donner de l’emploi et des revenus décents à ceux qui sont contraints pour le moment à devoir vivre avec des revenus minimes d’assistance, d’accord. S’il s’agit d’abonder dans la propagande déjà menée contre les plus pauvres de ce pays, c’est inacceptable. Voir une des listes de revendications dans Ouest-France.

[29 novembre]

Supprimer 200 € aux RSA

Il fallait s’y attendre : voilà que la revendication d’un gilet jaune est de baisser le RSA de 200€ pour que ces feignants aillent bosser, car, comme chacun sait, du travail y en a !

[21 novembre]

À la rencontre des "gilets jaunes" - Le Moment Meurice © France Inter

Les "experts" Cohen et Aphatie

On admet communément que l'évasion fiscale fait perdre aux finances publiques 60 à 80 milliards d'euros par an (Antoine Peillon, journaliste de La Croix, spécialiste de la question, cite le chiffre de 100 Mds, sur la base d'une évasion réévaluée à 700 Mds). L'économiste Gabriel Zucman, dans La richesse cachée des nations, enquête sur les paradis fiscaux, situait en 2013 la perte annuelle à 17 Mds seulement (pour une évasion de 360 Mds€ de capitaux) car il y a une difficulté par définition à évaluer le montant total des sommes évadées. Et il y a une différence entre les sanctions appliquées et la perte annuelle d'impôts sur les revenus. À noter que l'Espagne a adopté une loi prévoyant une amende pouvant aller jusqu'à 100 % des avoirs dissimulés. La France pourrait prendre de la graine.

Jean-Michel Aphatie et Benjamin Cauchy, gilet jaune de Toulouse [France 5] Jean-Michel Aphatie et Benjamin Cauchy, gilet jaune de Toulouse [France 5]
Dans l'émission C à vous du 27 novembre (France 5), Benjamin Cauchy, un Gilet Jaune de Toulouse, évoquait la perte considérable due à l'évasion fiscale. Aussitôt il est mouché par Jean-Michel Aphatie qui, du haut de sa suffisance, lui clou le bec en disant que c'est n'importe quoi car la somme éventuellement récupérée ne porterait que sur une seule année (comme si les revenus annuels tirés de ces sommes fabuleuses rapatriées ne seraient pas imposés).
Par ailleurs, Patrick Cohen ironise sur une augmentation éventuelle du Smic de 30 % : selon le grand expert, cela ferait comme après mai 68, où l'augmentation du Smig aurait fondu en deux ans d'inflation. Ce qui est faux : certes, l'inflation dans ces temps-là était très forte, mais il a fallu 5 ans pour que l'inflation cumulée atteigne les 30 %. Par ailleurs, le salaire minimum garanti était devenu entre temps "de croissance" et donc augmentait en intégrant l'inflation. Les commentaires de Cohen et d'Aphatie (dont les émoluments à près de 40.000 € par mois à Canal Plus ont un temps fait scandale) sont ceux d'éditorialistes repus qui sont plus que gênés en entendant des gilets jaunes dire qu'ils ne mangent pas à leur faim. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas (les gens qui ont faim dans le pays ne sont pas sur les ronds-points, malheureusement), mais tout de même cette vie de galères à laquelle sont confrontés nombre de manifestants est à cent lieues du monde dans lequel grenouillent nos "experts".

[29 novembre]

24 h. sur 24

[La Dépêche] [La Dépêche]
En admettant que Jean-Christophe Lagarde ne sort pas d’un gueuleton bien arrosé, il nous dit en gros qu’il fait double semaine puisque le mercredi à midi il a déjà fait 35 heures. Mais cela signifie qu’il ne devrait pas percevoir plus de 5 à 6000€. Or il perçoit 13000€ bruts avec son indemnité parlementaire et ses frais de mandat. Puisque le journaliste de Quotidien l’interpellait par rapport au salaire moyen soit 2225 € net (et non au salaire médian, 1772€), j’ai calculé qu’il nous suggère qu’il travaille tellement (presque tout le temps) qu’il n’a même pas 5 heures par jour hors fonction de député ! Il semble par ailleurs ignorer que bien des salariés travaillent en réalité plus de 35h... sans être payés davantage.
Bon, je ne suis pas pour que les députés soient payés au lance-pierres mais cette indemnité pour frais de mandat (IRFM, 5770€ bruts) a été et demeure un beau scandale. Et les explications de M. Lagarde sont, si je puis dire, alambiquées. Comme si un parlementaire, étant nuit et jour en fonction, devait être rémunéré 24h sur 24.

. Avec ses 11 552 euros par mois, un député estime gagner «moins que le salaire moyen des Français» , La Dépêche.

[23 novembre]

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Darmanin : 200 euros pour deux repas !

Quand un ministre des comptes de l’État découvre qu’un citoyen qui est au niveau du seuil de pauvreté (à 950€ de revenus par mois) ne peut inviter quelqu’un au resto à Paris que 5 fois dans le mois à 200€ le repas. Et sans le vin !

. HuffingtonPost : Darmanin voulait montrer qu'il comprend les difficulté financières des Français : c'est loupé !

[23 novembre]

Le gouvernement veut supprimer les aides fiscales pour loger les SDF

C’est un peu complexe : le gouvernement invoque un texte qui existe déjà mais qui n’assure pas exactement la même fonction. Disons que le pouvoir en place fait beaucoup d’efforts, par des actes réels ou des gaffes cumulées, pour se montrer le moins fraternel possible envers ceux qui galèrent.

Salaires France-Allemagne

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Depuis des années, une propagande efficace propagée par des politiques, des journalistes, des "experts" nous bassine avec cette info martelée destinée à justifier le blocage des salaires et les freins sur le SMIC : les salaires sont plus élevés en France qu'en Allemagne ce qui met en cause notre com-pé-ti-ti-vi-té ! Elle perdure bien qu'elle ait été contestée par les économistes sérieux, ceux de l'OFCE, ceux des Économistes atterrés, ceux d'Alternatives économiques. Hier soir, ce patron allemand confiait sur France 2 pourquoi il s'est installé en France : parce que depuis plusieurs années, les salaires de l'industrie française sont 10 à 20 % inférieurs à ceux versés en Allemagne. Alors, qu'est-ce qu'on dit Messieurs Thréard, Dessertine, Daniel, Calvi, Madame Verdier-Molinié ?

[23 novembre]

Le patron de Nissan débranché

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Donc Carlos Ghosn a été débranché au Japon : alors qu’il gagne au moins 17 millions d’euros par an, il aurait sous-déclaré ses revenus au Japon et est pour cela en garde à vue : 38,8 millions d’euros non déclarés sur le double perçu (77,6 M€) ! C’est-à-dire que ces gens-là, alors même qu’ils perçoivent des revenus exorbitants scandaleux (une vraie démocratie ne devrait pas attendre de les alpaguer quand ils trichent mais devrait carrément interdire ces revenus injustifiés), trouvent le moyen de tricher. Les mêmes qui font pression sur les pouvoirs politiques pour que les droits sociaux soient restreints car portant atteinte, disent-ils, à l’industrie mais surtout à leurs royalties.
Au fait, est-ce qu’il déclarait correctement ses revenus en France ?
. j'ai choisi cette photo, trouvée sur Internet et qui date, pour pouvoir illustrer mon titre.

[19 novembre]

 

Fortune discrète
Deux inconnus du CAC 40 gagnent plus que Carlos Ghosn : on imagine les efforts de ce dernier pour les dépasser quand on sait que lorsque l’on possède un yacht de 120 mètres de long, le but dans la vie est d’en acheter un de 130 mètres, pour dépasser celui de son ami et concurrent. Le n• 2 n’est même pas dans le palmarès des fortunes de France dressé par Challenges (j’ai vérifié) et le n• 1 n’est que 241ème avec une fortune évaluée à 395 millions d’euros.
Un journaliste de Libération m’a dit jadis qu’en allant voir qui payait l’impôt sur la fortune (droit d’accès pour tout citoyen dans le ressort de son district fiscal) ils avaient été surpris du nombre étonnant d’inconnus assujettis à cet impôt. Un ami contrôleur des impôts m’avait également confié que lorsqu’il a fallu déclarer (sous Mitterrand) la possession d’or, d’illustres inconnus, rasant les murs, venaient déclarer... 20 lingots ! Ainsi, chez ces gens-là, on n’vit pas Monsieur, on n’vit pas : soit on fait tout pour afficher sa fortune tout en veillant à payer le moins d’impôt, soit on se cache.

[capture d'écran France 5] [capture d'écran France 5]

 

[21 novembre]

 . Les chroniques suivies d'une date entre crochets sont parues, à cette date, sur mon compte Facebook.

 

Billet n° 432

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

 

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