Le Diable en France

Le Président de la République a commencé son discours aujourd'hui en déclarant : « C'est le devoir de la France, où le droit d'asile fait partie intégrante de son âme, de sa chair, c'est l'histoire qui appelle cette responsabilité, et cette humanité. Histoire marquée par des générations d'exilés et de réfugiés qui sont venus au cours des décennies passées faire France avec nous ». C'est beau comme l'antique !

Le Président de la République a commencé son discours aujourd'hui en déclarant : « C'est le devoir de la France, où le droit d'asile fait partie intégrante de son âme, de sa chair, c'est l'histoire qui appelle cette responsabilité, et cette humanité. Histoire marquée par des générations d'exilés et de réfugiés qui sont venus au cours des décennies passées faire France avec nous ». C'est beau comme l'antique !

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Et nombreux sont ceux qui reprennent cette idée républicaine, d'une France toujours solidaire avec les peuples opprimés et prête à accueillir les parias. Les étrangers, Espagnols, Juifs d'Europe de l'Est, 20 000 Autrichiens et Allemands anti-nazis, qui avant la guerre, se retrouvèrent, entre autres, dans les camps du Vernet, de Noé, de Rivesaltes, de Collioure, d'Argeles, des Milles, de Sisteron, de Vénissieux  n'ont pas eu le bonheur de goûter l'hospitalité de la France (et je ne parle pas du temps de guerre où les autorités françaises de Vichy et l'administration collaborèrent activement à l'arrestation d'étrangers et à la déportation des Juifs).

  

Les arrestations d'étrangers débutèrent sous la Troisième République, avant l'arrivée de Pétain au pouvoir. Ce n'est pas la France de Vichy qui ouvrent les camps d'internement pour les Espagnols ou pour les Allemands antifascistes. Denis Peschanski évoquait aujourd'hui dans "La marche de l'histoire" de Jean Lebrun (sur France Inter) les réfugiés espagnols détenus dans des camps disciplinaires comme Le Vernet. Il indiquait que le 14 juillet 1939, là où le 150ème anniversaire de la Révolution fut le plus fêté en France … c'est dans le camp de Gurs où 17000 réfugiés espagnols entonnèrent avec enthousiasme la Marseillaise.

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Château de Collioure, lieu d'internement disciplinaire dès mars 39 pour les Espagnols de la Retirada [Ph. YF]

Le grand écrivain allemand Léon Feuchtwanger, exilé de son pays, vécut en France quelques temps, selon l'expression consacrée, "heureux comme Dieu en France", puis, parce qu'il était allemand et bien qu'opposé à Hitler, il fut incarcéré et détenu au camp des Milles (près d'Aix-en-Provence). Il parvint à s'enfuir et dès son arrivée aux Etats-Unis, il publia en 1942 un livre,  intitulé Le Diable en France, sur cette trahison du "pays des droits de l'homme", qui peut nullement prétendre avoir toujours respecté le droit d'asile. Aujourd'hui, en pleine catastrophe humanitaire, on annonce comme d'une extrême générosité l'accueil programmé de 24 000 réfugiés sur 2 ans : c'est le nombre de réfugiés arrivés en Allemagne ... en 2 jours !

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Feuchtwanger est arrêté comme beaucoup d'autres Allemands pendant la débâcle de la France. Alors qu'écrivain renommé, il avait été reçu précédemment par le Président de la République, il se retrouve avec ses compatriotes convoqué dans la mairie de Sanary, où il habitait. "Nous avions tous imaginé notre sort bien autrement lorsque nous étions arrivés en France. Les mots Liberté, Égalité, Fraternité étaient inscrits en lettres géantes au-dessus du portail de la mairie, on nous avait fêtés lorsque nous étions arrivés des années plus tôt, les journaux avaient publié pour nous des articles de bienvenue affectueux et pleins de respect, les autorités nous avaient assuré que c'était un honneur pour la France de nous accorder l'hospitalité […]. A présent, on nous incarcérait." Il précise que des mères françaises de soldats français furent incarcérées parce que nées en Allemagne ou parce qu'elles étaient mariées à des Allemands vivant en France [il pense que toutes ces mesures étaient prises, en France, sous la République, par des partisans français d'Hitler exprimant là leur haine contre les Allemands anti-fascistes]. Il importe de noter que, sur les réseaux sociaux aujourd'hui, s'exprime une haine sans retenue contre ces réfugiés venus d'Irak ou de Syrie, suspectés de compter parmi eux un grand nombre de djihadistes. Rien de nouveau sous le soleil.

 

Billet n° 221

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