Nouvelles du front : Dupont-Aignan, Wauquiez, Dessertine, Le Maire et consorts

Chaque jour, nous avons droit, de façon brutale ou légèrement aseptisée, au martèlement d'une propagande anti-sociale, émanant d'une droite identitaire ou d'une droite dont la "modernité" consiste à rêver d'un modèle social rétrogradé.

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Désespérant

Wauquiez : Mère Emmanuelle ou Sœur Teresa ?

Laurent Wauquiez, pour accréditer l'idée que, jadis, au cours de son stage de l'ENA au Caire, il a bien rencontré Sœur Emmanuelle (qui lui disait "mon petit Laurent, qu'as-tu fait de bien depuis que je t'ai vu ?", selon LW himself), s'est fait prendre en photo auprès d'elle alors qu'elle avait 99 ans, sous oxygène, dans un fauteuil roulant. Cela lui permet aujourd'hui de prétendre, cynique, qu'elle aurait approuvé ses positions sur l'immigration.
Il a participé le 2 février à un déjeuner-débat organisé par une petite association locale au Puy-en-Velay qui prétend agir au profit de l'œuvre de Sœur Emmanuelle, mais qui est désavouée par l'Asmae, l'association officielle de solidarité de Sœur Emmanuelle, dont la dirigeante actuelle, qui a été l'assistante de la fondatrice des chiffonniers du Caire de 1991 à 2008, pense que Wauquiez n'a jamais rencontré la religieuse avant la fameuse photo. Et Le Monde d'écrire : "il est des mensonges qui vous collent à la semelle comme un chewing-gum" !

Pour tout dire, je me demande qui ça intéresse : dans un article récent de mon blog, Wauquiez le bonimenteur, j'ai écrit que sur France 2 (dans L'Émission Politique) il avait glissé comme d'habitude quelques peaux de bananes antisociales mais j'ajoutais : "une chance, il n'a pas parlé de Mère Teresa". Personne n'a relevé l'erreur.

[3 février]

Les deux Dupont : Aignan et Wauquiez

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Edouard Philippe, dans l'émission Au tableau ! sur C8 le 7 février au soir, ne s'est pas contenté de dire qu'à 19-20 ans il était membre du PS, ni même qu'il était incertain sur la question de la PMA ("quand je sais pas, je sais pas, et je le dis"), il a avec beaucoup de franchise répondu aux questions des jeunes de la classe. Lorsqu'ils lui ont demandé de placer des personnalités parmi ses copains et ses pas copains, il a hésité avec Sarko (il voulait le mettre entre les deux), il a indiqué qu'il n'était d'accord sur rien avec Mélenchon mais avoué qu'il pouvait avoir des échanges sympas avec lui. Par contre, il n'a pas hésité un instant pour Laurent Wauquiez (Les Républicains), le mettant le plus loin possible, dans les "pas copains", plus loin encore que Marine Le Pen.

dupont-aignan
Le 8 février, Dupont-Aignan (Debout La France), qui traîne comme une croix son alliance avec le Front National ("je devrais venir expier mon péché ?"), prétendait sur France Inter qu'il faisait beaucoup d'adhésions, et, en bon nationaliste de la droite extrême, tout en vilipendant les profiteurs engraissés par Macron, il en appelait à un repli identitaire, déversant sa hargne à l'encontre les migrants, se posant comme défenseur des "oubliés de la France", dans un discours copie conforme de celui de Marine Le Pen. D'ailleurs, il concluait que l'alliance FN, DLF et LR était inéluctable.  

Le Maire ânonne : "le travail doit payer"

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Le 7 février, sur France Inter, Bruno Le Maire n'a cessé de répéter que "le travail doit payer", "vivre mieux de son travail", "ceux qui travaillent doivent gagner plus" "doivent vivre mieux de leur rémunération", 10 à 15 fois : ça devenait lancinant. On se souvient que, candidat à la candidature LR à la présidentielle, il tenait le discours sarkozyste et wauquiézien sur l'assistance qui paye mieux que le salaire. Il n'ose pas répéter cette ineptie mais c'est sous-entendu. Il larmoie sur le fait qu'il est "difficile de vivre avec le Smic en France", ce qui est vrai mais sans se demander si cela est facile de vivre avec 500 € de RSA (un concerné me disait : "le 20 du mois, on n'a plus que les pièces jaunes pour acheter le pain").

Alors que les syndicats allemands réclament de pouvoir n'effectuer que 28 heures hebdo, il refuse la baisse de la durée du travail et continue à dire que "les 35 h furent un échec cinglant" et que le chômage en France "ça me révolte" (franchement, je ne le crois pas, il fait partie de la caste au pouvoir que le chômage arrange bien, par la pression qu'il exerce sur le niveau des salaires). Une auditrice retraitée, dont la pension vient d'être ponctionnée par la hausse de la CSG, appelle pour dire qu'elle refuse que l'on parle de solidarité car ce n'est pas au profit des plus démunis mais en faveur de ceux qui gagnent 5 à 6 fois ses revenus. Imperturbable, il lui répond : "c'est juste pour aider ceux qui travaillent".

[7 février]

Crise financière ? France 2 ressort Dessertine

Les marchés financiers s'affolent : on lira avec intérêt l'article de Martine Orange paru le 5 février sur Mediapart : Les marchés financiers au bord de la panique.

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Mais à France 2, quand les taux des marchés financiers menacent de remonter, qui va-t-on interviewer le 5 février ? Philippe Dessertine, "spécialiste de la finance", qui ressasse, avec la faconde d'un François Lenglet, depuis tant d'années que si on ne réduit pas les dépenses publiques et en particulier les dépenses sociales, on allait voir ce qu'on allait voir. Les taux risquaient de remonter, et ce serait la "catastrophe" (mot qu'il prise particulièrement, avec celui de "cancer" pour dire les défauts de l'économie, trop sociale, française). Là comme de juste, on sent qu'il se régale, si après tant d'années, les taux augmentent ne serait-ce que d'un point, ce sera 2 milliards d'euros à la charge de l'État. Il a déjà eu dit que c'était dommage que les taux restent bas, car cela n'incite pas la France à faire des efforts. Jamais, en des centaines d'émissions, il n'a évoqué ce que fut réellement la crise financière de 2008, qui risque effectivement de se reproduire, pour les mêmes raisons : une dérégulation des marchés financiers, comme il n'a jamais dit que la dette publique de la France est due pour l'essentiel à la baisse des impôts pour les plus riches, depuis l'époque Sarkozy (bouclier fiscal), des taux d'intérêt qui furent très élevés, et l'État qui dut financer les banques défaillantes.

Réforme de la fonction publique

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Le Téléphone sonne sur France Inter le 6 février abordait la réforme de la Fonction Publique : pour en débattre, Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT et l'économiste ultra-libéral Jean-Marc Daniel (École de commerce et Institut de l'entreprise). La première défendait la neutralité du service public assuré par le statut, se plaignait de la situation des précaires (20 %), parlait d'intérêt général et s'opposait aux privatisations qui se profilent dans le secteur public avec les réformes Macron. Tandis que l'"expert", omniprésent dans les médias, de sa voix monocorde au débit rapide, sûr de lui, assénait tranquillement ses "vérités" : concurrence, souplesse, rentabilité, privatisation, salaire au mérite, prétendant, sans rien démontrer, que c'est ce qui permettrait des économies budgétaires, l'efficacité du service public et la possibilité de changer de métier au cours de la vie. Affirmant, à tort, que l'employeur des salariés de la Sécu c'est l'UCANSS et que les fonctionnaires datent du statut créé par Vichy, pour bien discréditer le statut actuel (datant de 1946) et le traiter de "corporatiste" (alors qu'évidemment les fonctionnaires de l'État existaient bien avant le statut général de 1941). Cet économiste hors-sol, voulant montrer que l'on peut passer du public au privé sans problème, tenait à donner un exemple probant : les énarques !
Le problème avec ces gens-là, c'est que l'on ne peut pas vraiment réfléchir à une amélioration de la fonction publique. Il en est de même avec Agnès Verdier-Molinié qui roule pour la droite économique. On peut tout aborder en économie, réfléchir aux améliorations possibles, y compris du statut public, mais pas avec n'importe qui. C'est comme l'humour selon Desproges. Pas avec ceux qui ne croient qu'à la réduction du service public à sa portion congrue, sinon à sa destruction.

[6 février]

Modification du statut de la fonction publique, départs volontaires, et salaires au mérite : réduction de l’efficacité des services publics, management qui favorise l’individualisme, la concurrence, la compétition, la zizanie, avec des rémunérations à la tête du client, sans garantie que l’encadrement sera juste dans la fixation de ces primes. Bien dans l’esprit dit "libéral" de l’économie dominante. Au lieu de favoriser des dynamiques d’équipes, l’élaboration de projets communs, des modes de management mobilisant réellement la responsabilité de chacun.

[1er février]

"Désocialiser" les heures supp !

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Brigitte Bourguignon, députée LREM (ancienne PS), présidente de la commission des affaires sociales, présidente du Haut Conseil du Travail Social, se proposant d'infléchir la politique gouvernementale du côté social, a cru bon réclamer que la promesse d'Emmanuel Macron de supprimer les cotisations sociales salariales sur les heures supplémentaires soit tenue. C'est-à-dire pour partie remettre en place la mesure instaurée par Nicolas Sarkozy (mais sans la défiscalisation). Le gouvernement traînait des pieds car cette mesure coûte 3,5 milliards. Il rappelle que si, pour les salariés, la CSG a augmenté en janvier (+ 1,7 %), des cotisations ont, elles, baissé (- 2,2 %) soit un gain de pouvoir d'achat de 0,5 %.
C'est à ce genre de proposition que l'on mesure le niveau d'un homme ou d'une femme politique : la mesure de Sarkozy était démagogique, car si elle constituait bien sûr une amélioration du pouvoir d'achat, elle coûtait très cher aux finances publiques, et incitait les employeurs à ne pas embaucher mais à jouer sur les HS (704 millions d'heures supplémentaires, soit 470 000 emplois théoriques). Un rapport parlementaire UMP-PS le démontrait de façon limpide. La Cour des comptes avait contesté également cette mesure. Sans parler du fait qu'elle fait perdre des droits aux salariés (pour la retraite, entre autres).
Donc une députée qui veut jouer "social", qui veut "faire plus pour ceux qui ont moins", qui compte muscler la "jambe gauche des marcheurs", croit bien faire en prônant cette nouvelle atteinte au principe de la Sécurité sociale. Bizarrement, le ministre Benjamin Griveaux parle de "désocialisation" des heures supplémentaires pour évoquer cette suppression des cotisations "sociales". Effectivement, on désocialise à tout crin…

[4 février]

Emplois non pourvus

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Dans un sujet de France 2 hier au journal de 20h, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, pour expliquer la persistance du chômage malgré une croissance en hausse explique : "aujourd’hui, on a d’un côté des personnes au chômage qui ne trouvent pas d’emploi, de l’autre des entreprises qui ne trouvent pas des salariés parce qu’ils n’ont pas les compétences." Ce parallélisme tendant à faire croire à une égalité est inacceptable. Certes, la formation, qu’elle prône, est nécessaire mais on ne peut prétendre qu’il suffirait de bien former des chômeurs pour régler le problème du chômage. Il n’est même pas sûr que les 2 ou 300 000 emplois non pourvus (selon Pôle Emploi) le seraient désormais, car ce chiffre est incertain et ne recouvre pas forcément des postes disponibles. Mais il alimente la petite propagande dont certains se gargarisent sur les employeurs qui voudraient bien embaucher mais... Le pin’s de Gattaz.

[31 janvier]

Les grands magasins font fort en ce moment : il y a quelques jours, on apprenait qu’un Monoprix de Toulouse empêchait des SDF d’entrer dans l’établissement. Là, c’est Celio qui lacère des vêtements invendus. Bon, d’accord, ce n’est pas nouveau. Ce qui change c’est que ce genre d’info désormais circule. Si seulement cela faisait changer les pratiques. France Bleue.

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[6 février]

Espoir

Contre les inégalités

Une pétition a été lancée par Oxfam appelant à une loi contre les inégalités et une tribune a été publiée dans Le Monde par Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace et Dominique Méda, sociologue, économiste, philosophe, grande spécialiste des questions liées à la précarité et la pauvreté. ici

et lien avec Oxfam : Pour une loi contre les inégalités

Coud'Pousse

[Sur le compte Facebook de Coud'Pousse] [Sur le compte Facebook de Coud'Pousse]
Discuté ce soir avec des bénévoles de Coud’Pousse à Toulouse, qui effectuaient une maraude comme tous les vendredis soir. Bénévoles de tous milieux fonctionnant avec des dons (vêtements, aliments chauds), en contact si nécessaire avec le 115. Maraude également le mercredi soir et le mardi dans la journée. S’adresse aux SDF et exilés sans abri. Planning des maraudes concerté avec les autres associations qui en effectuent. Encouragement.

[2 février]

 

Le chaos de Calais

La présidente nationale du Secours Catholique dresse dans Le Monde du 7 février un réquisitoire implacable contre la politique du ministre de l’intérieur à Calais, dénonçant les aveuglements de Gérard Collomb : Migrants : la politique menée à Calais par Gérard Collomb mène au chaos.

 

« Le fléau de l'assistanat"

Le 1er février, j’ai causé à la tribune d’un colloque à Marseille sur la solidarité et sur les attaques régulières de certains politiques contre l’ « assistanat ». Le Monde Diplomatique de février titre un article ainsi : Le fléau de l’assistanat... pour s’en prendre aux largesses (plus de 100 milliards, sans parler de l’évasion fiscale) dont bénéficie une partie du patronat grâce à des exonérations, des niches fiscales, des facilités comptables, des subventions, des crédits d’impôts (avec même le soutien du Conseil constitutionnel qui vient de décider que l’État doit rembourser 10 milliards aux entreprises et à ses actionnaires). L’État-providence fonctionne donc très bien... pour les entreprises, conclut Christian de Brie, l’auteur de l’article.
Je rappelle juste en passant que les "assistés" du RSA (2 millions de foyers) coûtent 10 milliards, dix fois moins que ce que perçoit le patronat.

[dessin de Selçuk, LMD] [dessin de Selçuk, LMD]

Directives anticipées

Émission de France Inter, le 7 février, sur les directives anticipées, contre l’acharnement thérapeutique : avec deux invitées, médecins, des soins palliatifs, donc comme souvent avec un propos prudent, parfois ambigu, comme l'idée que c’est le médecin qui DÉCIDE... même si la position du patient est opposable !? La raison pour laquelle un représentant de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) n’était pas présent dans ce débat n’a pas été indiquée. En attendant, voici ci-après un lien pour obtenir facilement un modèle de directives anticipées : ici.

[7 février]

Et sur mon blog :

Moi Président, et le droit de mourir dans la dignité

Anne Bert, il y a un mois…

Darmanin tout contrit

Le choc : visitant le Mucem (Marseille) mercredi dernier [31 janvier], je tombe sur Gérald Darmanin, en contrition, entouré de ses gardes du corps : Christophe Castaner et Edouard Philippe ! J’ai remarqué que le ton de l’expo (« Connectivités ») est assez à gauche (sur la question de la ville, de l’espace, des places dans la ville et des révoltes populaires pour "la lutte des places"). Mais là, tout de même. Quand soudain je me ravise en lisant la légende : ce sont des statues (articulées comme des marionnettes) que l’on sortait pour les processions à Séville pour commémorer le souvenir de trois... jésuites portugais martyrisés au Japon en 1627, puis béatifiés. Rien à voir.

Expo Connectivités, Mucem, Marseille [Photo YF] Expo Connectivités, Mucem, Marseille [Photo YF]

[1er février]

Je note qu'Edouard Philippe, dans l'émission Au tableau !, a dit aux élèves de la classe qu'il est "très bon copain depuis longtemps" avec Gérald Darmanin. Apparemment, c'est son meilleur copain du gouvernement…

 

. Certaines de ces petites chroniques sont parues, dans une version à peu près semblable, sur mon compte Facebook, aux dates indiquées entre crochets.

Billet n° 376

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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