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Billet de blog 10 févr. 2016

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Plan Marshall en Haute-Garonne pour les sans-abri

Les travailleurs sociaux travaillant au 115 à Toulouse sont depuis, le 21 janvier, en grève régulière. Ils ne peuvent plus faire face aux nombreuses demandes d'hébergement et de ce fait refusent des personnes, contraintes à rester dans la rue. Ils seront à nouveau en grève le jeudi 11 février pour qu'un plan d'urgence soit établi, afin de pouvoir exercer leurs missions de service public.

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Ces salariés demandent de toute urgence la mise en œuvre immédiate de places supplémentaires pour les femmes vulnérables sous la forme d'un accueil collectif, inconditionnel et à amplitude variable, afin de ne laisser aucune femme en grande détresse courir des risques d'agression.

 Ils demandent également :

- une augmentation des places pour hommes immédiatement, afin que les hommes les plus fragiles puissent être accueillis dignement (plus de 40 hommes sont contraints de rester dehors chaque jour).

- l’augmentation des places d’accueil pour les femmes  (avec ou sans enfants) victimes de violences, qui se retrouvent parfois à la rue, sans solution durable possible (augmentation de 21% des demandes)

- le renforcement de leurs effectifs afin de pouvoir remplir leurs missions de service public dans l’écoute et l’évaluation des situations de vulnérabilité.

 Les personnels du 115 ont été reçus le 18 janvier par la Préfecture et la mairie de Toulouse qui n'ont rien proposé de concret quant à de nouvelles ouvertures de places d'hébergement. Lorsque les températures sont descendues un peu trop bas, le Grand Ramier a été ouvert (60 places environ) mais pendant 48 heures seulement. Paradoxalement, la situation "souffre" du redoux. Par contre, il a été décidé d'accueillir davantage de femmes et de familles à l'hôtel. Mais ces mises à l'abri ne suffisent pas, compte tenu de l'ampleur du problème.  C'est pourquoi les gens du 115 poursuivent leur mouvement. Ils ne supportent pas de s'entendre répondre qu'il n'y a pas d'argent, alors qu'on leur impose des conditions de travail qui frisent le burn-out.

 Lors des assises de la FNARS (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale), à Paris, le 26 janvier, ils ont remis à Sylvia Pinel, ministre du logement, leurs revendications, elle qui avait souhaité que les mesures d'accueil soient maintenues au-delà des grands froids.

 A noter que l'extrême-droite qui a tenté, il y a peu, de jouer les SDF contre les migrants est bien sûr aux abonnés absents. Quand on est xénophobe, le plus souvent, on n'a aucune commisération pour ceux qui galèrent dans la rue. Les migrants de Calais renvoyés sur Midi-Pyrénées ne sont pas passés par le 115, mais ont été orientés directement vers des hôtels ou un centre de vacances à Luchon. Sans parler de ceux qui se sont retrouvés d'autorité au Centre de rétention administrative de Cornebarrieu.

Photo DR pour "Social en question" : rassemblement le 4 février, avec de nombreux partenaires, devant l'ancien Intitut Claudius-Régaud à Toulouse

 Le dernier communiqué des travailleurs sociaux :

Nous, salariés de la Veille sociale de Haute-Garonne, le Pôle d’Accueil d’Information et d’Orientation (PAIO), le 115 et l’Equipe Mobile Sociale et de Santé (EMSS) nous trouvons contraints d’user de notre droit de grève le jeudi 11 Février, pour alerter les pouvoirs publics sur le manque persistant de places d’hébergement pour les personnes sans abri en détresse. De fait, nous sommes dans l’impossibilité de remplir correctement notre mission de service public.

 Le 115 continue de laisser en moyenne 180 personnes à la rue chaque jour, malgré une augmentation effective du nombre de places en 2015. Notre département reste encore sous équipé, c’est pour cela que nous appelons le gouvernement, à prendre la mesure de la nécessité d’un plan d’urgence.

 Pour exemple, le 3 Février 2016, nous avons enregistré au 115 :

-          191 refus d’hébergement par manque de places soit 48 refus « homme », 18 refus « femme », 14 refus « couple » et 111 refus « familles » (soit 30 ménages avec enfants) ;

-          5 orientations d’une nuit (hommes)

-          1 place « homme » de longue durée en accueil de nuit

-          5 places « femme » temporaire, dont 3 victimes de violences conjugales

-          2 prises en charge temporaire « famille » de trois personnes.

 Ce qui, pour ce jour là, équivaut à un taux de 7.73% de réponses positives.

 Cette situation génère une souffrance psycho-sociale pour les salariés confrontés de manière durable à une absence de moyens pour répondre à la détresse vécue par les personnes que nous rencontrons.

 Chaque jour, nous sommes témoins des violences subies par les femmes laissées à la rue (violences physiques, morales et sexuelles), de la détresse des familles venant trouver refuge dans les locaux du PAIO, des personnes dans des situations sanitaires graves, contraintes de survivre à la rue…

Les moyens de mis en œuvre demeurent encore  très insuffisants, en particulier pour les femmes isolées, les couples (souvent avec une femme enceinte) et les hommes les plus vulnérables.

 Nous exhortons les pouvoirs publics à la création d’accueils collectifs d’urgence, à amplitude modulable, permettant la mise en sécurité des personnes mourant et / ou en danger à la rue, dans l’attente  d’un hébergement plus pérenne.

Pique-nique solidaire :

 Une Conférence de presse aura lieu ainsi qu'un pique-nique solidaire jeudi 11 Février devant le PAIO, 66 bis avenue Etienne Billiéres à Toulouse.

___________________

Photo du film © Narratio films

Un toit sur la tête

Dans un article de ce blog (ici), j'ai abordé les actions menées à Toulouse par un collectif de travailleurs sociaux (le GPS, Groupement pour la défense du travail social) et par le CEDIS (collectif d'entraide et d'innovation sociale) : un film Un toit sur la tête, réalisé par Olivier Cousin, rend compte, de façon magistrale, de la dynamique que ces collectifs ont su instaurer pour venir en aide aux sans-abri.

Billet n° 246

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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