Retraites: équilibre financier jusqu’en 2070!

Depuis des années, les «libéraux» agitent le déficit des retraites. En l’expliquant par le vieillissement de la population, et la diminution du nombre de personnes actives. Et dresse un tableau catastrophiste pour l’avenir. Sauf que le COR, Conseil d’Orientation des Retraites, dans son rapport de juin dernier, conclut à l’équilibre des comptes jusqu’en… 2070.

Nos "experts", économistes et journalistes, déroulant la vulgate "libérale", ne cessent depuis des années d'affirmer que le système des retraites risque de s'écrouler si rien n'est fait : réduction du montant des pensions, report de l'âge de départ, durée de cotisation. On ne compte plus les articles du Figaro tendant à le démontrer, ou les tirades sur les plateaux de télé des Yves Thréard, Marc Fiorentino, Yves Calvi, Christophe Barbier, Philippe Dessertine, Agnès Verdier-Molinié et consorts qui nous bassinent avec leurs affirmations péremptoires. Efficaces, puisque beaucoup des moins de 45 ans pensent qu'ils n'auront pas de retraite.

9 octobre [Ph. YF] 9 octobre [Ph. YF]
La méthode de propagande a d'ailleurs consisté d'abord à taper sur les "aides sociales", la plupart des citoyens ne se sentant pas concernés, jusqu'à ce qu'ils découvrent que le but était de s'en prendre au dispositif général de la Protection sociale. On ne répétera jamais assez que le RSA c'est 10 milliards d'euros, et les retraites 310 milliards. Ceux qui veulent que le CAC40 fasse tranquillement ses profits font mine de dénoncer le "pognon de dingue" des aides sociales mais savent bien qu'il leur faut grignoter la santé (200 milliards) et les pensions. Dans un premier temps. Et dans un second, de privatiser ces secteurs d'assurance plutôt que de laisser la Sécurité sociale le gérer. Non pas vue de l'esprit : un Denis Kessler du Medef, par exemple, l'a théorisé depuis longtemps, publiquement.

Donc tous les moyens sont bons : ressasser jusqu'à plus soif que jadis on avait 4 cotisants pour un retraité, et aujourd'hui 1,5 cotisant pour un retraité. C'est vrai, sauf que cela prend en compte le baby-boom d'après guerre, qui va bientôt se tarir (ce qui ne me réjouit pas, ceci dit en passant). Et pour y faire face, on aurait pu trouver d'autres solutions que de contraindre des salariés qui aspiraient, comptaient depuis longtemps sur un départ à 60 ans, de devoir se coltiner deux ans de plus. Soit par une augmentation des cotisations salariales et patronales ou, de préférence, en alimentant les caisses sociales avec les ponts d'or accordés aux plus riches, comme Nicolas Sarkozy l'a fait avec le bouclier fiscal et l'ISF, François Hollande avec le CICE et maintenant Emmanuel Macron avec la suppression de l'ISF et les faveurs accordées aux plus favorisés.

Sa réforme annonce sa couleur avec ce ballon-sonde d'une retraite à taux plein seulement à 63 ans, avec départ possible à 62 ans mais avec décote. Alors même qu'il avait affirmé qu'il ne toucherait pas à l'âge de départ. Puis, surtout, avec ce système à point, qui individualise le droit à pension et annonce une évolution vers un système par capitalisation (alors que, là encore, M. Macron avait juré qu'il n'irait pas vers un tel système à l'américaine, contraire à notre notion de la Solidarité). Certains des "experts" cités plus haut ne cachent pas, avec un petit sourire ironique, que tel est bien le projet du pouvoir en place. Un euro cotisé donnant droit à la même retraite pour tous c'est une conception qui, à terme, conduira à ne plus fixer de date de départ, chacun ayant toujours intérêt à travailler plus longtemps pour gagner plus, du fait même que le pouvoir aura toute latitude pour fixer la valeur du point et inciter ainsi à des départs tardifs.

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Le problème ou la bonne nouvelle, c'est que le Conseil d'Orientation des Retraites (COR), l'organisme de référence sur la question, a conclu dans son rapport de 182 pages, en juin dernier, que selon tous les scénarios de croissance annuelle de la productivité du travail (1 %, 1,3 ou 1,5 ou 1,8) les comptes seront à l'équilibre jusqu'en 2070 (et même "la part des dépenses brutes resterait inférieure à celle constatée en 2017 dans [les] trois scénarios" : 13,8 % du PIB en 2017, entre 11,6 et 14,4 en 2070). Une loi votée sous Hollande, que beaucoup ont oubliée parce qu'elle est de portée décalée, exige 43 ans de cotisations à partir de 2035, ce qui conduira automatiquement les salariés à partir, en moyenne, à 64 ans.

Cette information a été peu commentée, pourtant elle est de taille. Alexandra Bensaïd, arrivée sur France 2 en remplacement de François Lenglet, l'a pourtant glissé dans un "papier" prononcé à l'antenne au cours du journal de 20h hier soir. Compte tenu de la qualité de ses émissions sur France Inter le samedi matin (On n'arrête pas l'éco), on pouvait s'attendre à ce qu'elle ne cause pas comme Lenglet qui, sans formation en économie, se croyait l'Angle Éco à lui tout seul. Elle a expliqué :  "Le système ne va pas déraper grâce aux réformes difficiles faites depuis 1993. C'est ce que nous dit le Conseil d'orientation des retraites. Il assure qu'il n'y a aucune urgence financière dans tous les scénarios et ce jusqu'en 2070. Ainsi changer toute la tuyauterie du système de retraites aujourd'hui peut paraître superflu". Puis elle a indiqué l'"avantage, à la fois financier et politique, à réaliser cette réforme" pour le gouvernement. Concluant : "Les syndicats ont donc raison de vouloir débattre de la réforme".

Il n'est pas sûr que tous les téléspectateurs aient mesuré l'impact de ces propos, mais on peut facilement imaginer que l'oligarchie et ceux qui assurent sa propagande se sont étranglés. Et ce, le jour où les syndicats appelaient à défiler dans les rues pour dénoncer la portée des réformes annoncées.

[Photo panoramique YF] [Photo panoramique YF]

. rapport du COR, juin 2018 : Évolutions et perspectives des retraites en France (voir pages 56 et 57)

Entourloupes

Le gouvernement a une propension aux entourloupes : il dit ne pas vouloir modifier l’âge de départ en retraite (62 ans) mais envisagerait de ne permettre le taux plein qu’à 63 ans. Il dit vouloir augmenter la prime d’activité de 20€ mais en modifie le calcul (modification du taux de cumul avec les revenus d'activité passant de 62 à 61 %), ce qui, pour certains bénéficiaires, réduira le nouvel avantage à 7€. Déjà l’augmentation de l’AAH (bonne mesure) s’accompagnait d’une modification de deux compléments de ressources qui lui étaient adjoints et qui seront réduits et, pour les couples, d’une baisse du plafond de ressources qui réduit de fait l’augmentation annoncée. Nouveau petit jeu : derrière toute annonce, cherchez l’entourloupe.

[10 octobre]

 

"Fit to work"

Dans ce média britannique en ligne (Inews), un article publié le 5 octobre, explique qu’en Grande-Bretagne, un homme de 56 ans, atteint d’un cancer ayant entraîné une ablation du nez, en arrêt maladie depuis deux ans, s’est vu suspendre ses prestations d’invalidité parce qu’un évaluateur a estimé qu’il était apte à reprendre le travail. Il est mort peu après d’un coma diabétique et d’une crise cardiaque, il n’avait plus que 8 livres sur son compte bancaire, car son Personal Independence Payment de 550 £ (sorte de revenu minimum) n’était plus versé. Version actualisée de "Moi Daniel Blake" de Ken Loach. Quand on pense que certains, chez nous, s’ingénient à montrer la Grande-Bretagne en exemple : en réduisant les droits sociaux, elle permettrait, nous disent-ils, de faire reculer le chômage !

. l'article en anglais : ici.

[7 octobre]

 

"La malédiction de la finance"

Cela fait tout de même plusieurs années que certains dénoncent les ravages commis par la Finance. Quand en 2012, François Hollande annonce que son  ennemi est la Finance, qui n’a pas de visage (eh si, ce sont bien des êtres humains qui tirent les ficelles), on pouvait s’attendre qu’il lui savonne la planche plutôt que lui dérouler le tapis rouge. La propagande dite « libérale » s’est employée à expliquer que les taux sur les marchés allaient augmenter (on nous bassinait, entre autres, avec les agences de notation) et que pour l’éviter, il ne s’agissait pas de réguler cette Finance (qui était la cause des drames consécutifs à la crise des subprimes), mais de se plier à son diktat. Ainsi la dette était (est toujours) agitée pour affoler le petit peuple et l’inciter à accepter de se serrer la ceinture : blocage des salaires, coupes claires dans les aides sociales puis les prestations sociales, baisse des pensions de retraite. On le sait : cette propagande a plutôt bien marché puisque, entre autres, les moins de 45 ans sont persuadés qu’ils n’auront pas de retraite. Escroquerie qui a été copieusement relayée par les « experts » dans les médias.

Ce week-end, Le Monde publie un article qui met en évidence la « malédiction de la finance » : une étude montre que la Grande-Bretagne a perdu, à cause de divers mécanismes induits par la Finance, l’équivalent de deux ans de PIB (4500 milliards de livres) en 20 ans, les USA 23 000 milliards de dollars (un an de PIB en 25 ans). Et c’est un « libéral » qui le démontre : trop de finance étouffe la croissance. Mais il est à peu près certain que les « experts » continueront à déverser leurs inepties. Pire : ils n’auront jamais à rendre de comptes, on oubliera leurs balivernes et ils agiteront d’autres épouvantails. Toujours dans le même but : conforter les inégalités.

. La "malédiction de la finance"

 [7 octobre]

 

Fraude fiscale au tribunal

La banque suisse UBS est en procès à partir d’aujourd’hui. Un banquier suisse, qui jouissait des avantages de sa corporation (vie mondaine, voitures et prostituées de luxe, comme il l’a raconté dans Le banquier de Lucifer) a pris le risque de révéler en 2007 aux autorités américaines les méthodes de chasseurs de fortune : dans les salons automobiles, tournois de tennis, et ventes de chevaux, les agents d’UBS contactaient les grandes fortunes (stars d’Hollywood, agents immobiliers et hommes politiques) pour qu’ils évadent leur fric vers la Suisse.
En France, un responsable d’un audit interne, découvrant la manœuvre, a été licencié pour l’avoir révélée : il attend d’être réhabilité par ce procès. Les Américains ont obtenu de la Suisse qu’elle lève enfin le secret bancaire, mais UBS refuse toujours de le lever pour 38000 Français ayant toujours un compte en Suisse (dans cette seule banque). Cette seule fraude s’élèverait à 10 milliards d’euros ayant échappé au fisc. Dans un prochain post, je donnerai le lien avec un article accessible dans lequel un journaliste spécialiste évalue à 700 milliards d’euros le total de l’évasion de capitaux qui a échappé à l’impôt en 10 ans. Il s'agit de sommes considérables qui, si elles étaient réinjectées dans l'économie du pays, changeraient totalement la donne sur la questions du chômage et de notre système social constamment menacé par ceux-là même qui couvrent ces crimes contre la solidarité.
. cliquer sur le sujet de Sarah Ghibaudo, France Inter : « Évasion fiscale : il manque 10 Milliards d’euros », durée 1 mn.

[8 octobre]

 

700 milliards en 10 ans !

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Le journaliste Antoine Peillon n’est pas franchement un gauchiste : il écrit dans La Croix. Il a publié plusieurs ouvrages de référence sur la fraude fiscale, l’évasion fiscale, la corruption. Il est interviewé dans le livre d’Éric Vernier Fraude fiscale et paradis fiscaux dont la 2ème édition vient de paraître. Il publie cette interview dans son blog de Mediapart. Il évalue à 250 Md€ l’évasion annuelle soit un manque à gagner de 75 Md€ (30 %). Soit plus de 700 Mds en 10 ans ! J’apporte une précision pour avoir un ordre d’idée : cette perte annuelle de 75 Md€ est égale au montant du déficit du budget de l’État chaque année (qui augmente la dette publique). Quant au manque à gagner pour les finances publiques depuis 10 ans, c’est le montant annuel de ce que l’on appelle « dépenses sociales » (700 Md€). Si le pouvoir en place, depuis longtemps, avait pour préoccupation majeure le respect du droit (en particulier quant à la contribution des citoyens à la solidarité nationale), tout ce que nous débattons (et allons débattre) sur les indemnisations du chômage, sur le montant des retraites, sur les minima sociaux seraient aborder différemment. Les réformes déjà engagées et celles qui se profilent, sous couvert de rationalisation, n’ont qu’un but : restreindre les droits sociaux afin de dégager davantage de profits pour ceux qui « entreprennent ».

. article de blog d'Antoine Peillon, accessible également aux non-abonnés (voir les liens qu’il donne avec ses autres textes sur le sujet) : 700 milliards qui manquent à la France

[8 octobre]

 

. Certaines de ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.

Billet n° 423

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