Lettre ouverte à mes concitoyens

Dans les cahiers de doléances, votez pour une hausse des minima sociaux.

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Emmanuel Macron, dans sa lettre aux Français, fixe le cadre de la consultation, mais n'a pas un mot envers les habitants de ce pays qui galèrent le plus : il n'évoque les inégalités que pour dire que la France à un système social qui les réduit, mais il ne dit rien des "gens de rien", de ceux qui vivent des minima sociaux, en particulier du RSA et de l'ASS (allocation spécifique de solidarité), dont le montant pour une personne seule est inférieur de moitié au seuil de pauvreté.

Déjà, dans son Plan Pauvreté, présenté le 13 septembre dernier, et dont on ne parle plus tellement il était étriqué, le Président de la République avait totalement passé sous silence cette question majeure, oubliée, il faut bien le dire, par la quasi-totalité des commentateurs, des partis politiques, des médias, des citoyens eux-mêmes. Et les Gilets jaunes, s'ils ont produit un certain nombre de revendications, jamais ils n'ont demandé la hausse du montant du RSA ou de l'ASS (à ce jour fixé respectivement à 484,82 €, une fois déduit le forfait logement, et 494,40 €).

Il m'est arrivé d'interpeller des politiques et des gens de la rue sur le sujet : les réponses sont souvent évasives, on ne sait pas trop pourquoi un tel montant est considéré comme devant suffire à un individu pour survivre. Parfois on oppose que le "bénéficiaire" du RSA perçoit tout de même une allocation-logement plus élevée que celle d'un salarié au SMIC. C'est vrai, et il ne s'agit pas ici de se satisfaire du montant du SMIC. Mais depuis la mise en place de la prime d'activité, l'écart entre SMIC et RSA s'est à nouveau creusé.

On dit également que vivre du RSA devrait être temporaire : c'est la raison pour laquelle le gouvernement a prévu d'augmenter deux minima sociaux, l'allocation d'adulte handicapé (AAH) et le minimum vieillesse (ASPA) dont les montants passent de 800 à 900 euros environ. La raison : les titulaires de ces prestations ne sont pas censés en sortir. Sauf que le chômage perdure depuis des décennies et que le nombre de bénéficiaires du RSA n'a cessé d'augmenter depuis la création du RMI en décembre 1988, il y a 30 ans (à noter que l'"anniversaire", le mois dernier, a été totalement occulté). Si ce nombre stagne à environ 2 millions de foyers, c'est parce que le taux de chômage a légèrement reflué mais aussi parce que beaucoup de Départements mènent une chasse contre les bénéficiaires. Par ailleurs, le discours anti-assistanat a fait des dégâts : beaucoup redoutent de demander une prestation qui les qualifierait d'"assistés", pourtant à laquelle ils ont droit, tant que le système économique en place, grâce à la croissance ou au partage du travail, n'assure pas un emploi pour tous.

Ainsi, la revendication première et d'urgence, au cours de la consultation nationale, devraient être : faciliter l'accès au revenu minimum et en augmenter le montant. S'il est considéré qu'une personne invalide ou retraité a besoin au moins de 900 € pour vivre, il n'y a aucune raison pour qu'un individu, qui ne trouve pas d'activité et qui n'a plus d'indemnités chômage, soit contraint à vivre avec moins de 500 € mensuels. Je fais un rêve : que les citoyens se rendent en masse dans les mairies, ne serait-ce que pour inscrire cette revendication essentielle dans les cahiers de doléances.

YVES FAUCOUP

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Lettre aux Français d'Emmanuel Macron : texte en ligne sur le site de l’Élysée, ici.

 

 

Billet n° 441

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