Migrants : «qu'ils les prennent chez eux!»

Aux citoyens qui en appellent à une réponse humanitaire de l'État en faveur des migrants qui dorment à la rue, une droite rance s'emploie depuis longtemps à opposer cette injonction : qu'ils les prennent chez eux ! C'est ce qu'a dit le journaliste Périco Légasse sur France 5 hier. Et autres chroniques.

Suite à la lettre adressée par Yann Moix au Président Macron (Libération du 22 janvier, voir le lien ci-dessous) à propos des réfugiés de Calais objets de violences policières, Périco Légasse, journaliste gastronomique à Marianne, grand expert sur la question de l'immigration, lors de l'émission C à vous d'hier, a déclaré que Moix, son "ami", n'avait qu'à prendre des migrants chez lui. Il contestait qu'il y ait violence et faisait confiance au Président de la République avec lequel il n'a pourtant pas d'atomes crochus. Manifestement agacé, Périco Légasse, qui pousse de temps à autre ses coups de gueule (quitte à avoir commenté la crise du beurre récemment sans jamais mettre en cause la grande distribution), nous a fait là sans doute du Marianne, répétant trois fois "Ras- le-bol". Patrick Cohen a abondé dans son sens prétendant que le gazage des migrants de Calais n'avait lieu que lorsque ces derniers cherchent à grimper sur des grillages. Alors que tant de témoignages parlent de tentes lacérées, de duvets délibérément gazés.

France 5 "C à vous" le 22 janvier [capture d'écran YF] France 5 "C à vous" le 22 janvier [capture d'écran YF]

Ce qui me choque le plus ce n'est pas que Périco Légasse vole au secours du pouvoir, qu'il se contente de parler d'éventuelles bavures (alors que des policiers parlent d'ordres reçus), c'est sa phrase : "qu'il prenne les migrants chez lui". Cet argument est odieux, insupportable, pour moi il condamne sans rémission ce journaliste. C'est l'argument permanent de la droite, de l'extrême-droite. A-t-il seulement soutenu les militants qui payent de leur personne ? Comme Cédric Herrou et tant d'autres ? Sachant que le combat de citoyens en faveur d'un accueil décent d'êtres humains à la rue (migrants ou SDF d'ici) est politique : il n'implique pas de poser un acte personnel consistant à les héberger chez soi.

Propos exacts de Périco Légasse, que j'ai retranscris :

"Je vais être poujadiste. Yann Moix c'est un ami : qu'il prenne des migrants chez lui. Les images ne constituent en aucun cas la preuve de maltraitance. Que les flics cognent, qu'il y ait des bavures, il y en a toujours eu.(…) Je fais confiance au Président de la République, pour lequel je n'ai pas forcément d'atomes crochus, d'être très vigilant là-dessus. S'il y a un endroit où l'on fait attention à ce qu'il n'y ait pas de bavures et de choses graves, c'est à Calais [admettant qu'un policier ait pu avoir "un geste malheureux"]. Je trouve le procédé facile. Ras-le-bol. Ras-le-bol. Ras-le-bol".

 [23 janvier]

Violences policières
Je ne suis pas un fana de Yann Moix, de sa grandiloquence, de sa suffisance, de ses propos discutables sur les Musulmans en France, mais là il fait fort, interpellant sans ménagement le Chef de l’État face aux violences qu’exerce sa police contre les migrants. Article et extrait de son film qui sera diffusé sur Arte en avril : ici.

[22 janvier]

. Yann Moix ce 23 janvier sur France Inter : ici.

Mobilisation à Besançon contre expulsion

Site France3 Site France3
À retenir, outre la dureté du pouvoir : la magnifique mobilisation de citoyens qui ne supportent pas que notre République puisse se comporter de façon si inhumaine.

Besançon : un collectif se mobilise pour une famille ouzbèke (France3-Régions).

. Rappel de mon billet récent sur la solidarité à Besançon : SolMiRé : solidarité avec les migrants sans-abri à Besançon

[22 janvier]

Toulouse : des migrants jugés par Skype

Non seulement le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, décide d’envoyer des équipes préfectorales contrôler les sans-papiers recueillis dans des centres d’hébergement (contre toute tradition d’accueil jusqu’à présent), mais des audiences illégales ont lieu dans des centres de rétention (CRA). Le Syndicat des Avocats de France dénonce ces pratiques. Article dans Révolution Permanente : ici.

Centre de Rétention Administrative (CRA) de Cornebarrieu, près de Toulouse,  sur les pistes de l'aéroport de Blagnac [Photos YF] Centre de Rétention Administrative (CRA) de Cornebarrieu, près de Toulouse, sur les pistes de l'aéroport de Blagnac [Photos YF]

 

Les prébendes des élites des médias

Natacha Polony conteste son licenciement d'Europe 1. Elle réclame 800 000 € devant les Prud'hommes, et on découvre du coup qu'elle percevait 27 400 euros mensuels pour une revue de presse de quelques minutes chaque jour (sachant qu'elle a bien d'autres activités dans les médias). Ce qui confirme ce que l'on pouvait imaginer de cette nomenklatura journalistique (les Calvi, Aphatie, et autres Brunet) grassement payée pour servir les intérêts de la classe dominante et inciter en permanence le petit peuple à se serrer la ceinture.

L'Express [Photo AFP Martin Bureau] L'Express [Photo AFP Martin Bureau]
On peut partager les thèses environnementales de cette journaliste, mais aussi s'étonner que d'aucuns à la gauche de la gauche la considèrent comme une alliée, parce que souverainiste, anti-yankee mais pas anti-Poutine. Alors qu'elle ne cache pas son soutien aux déclarations d'Emmanuel Macron à Calais contre les associations de soutien aux sans-papiers. Elle cite pour se justifier (ce dimanche 21 janvier sur France Inter) le fait qu'une association aurait soutenu un Albanais proxénète ! Elle prend la défense d'un discours d'exclusion des demandeurs d'asile parce que, selon elle, 48 % des Français, complotistes, redouteraient un Grand remplacement organisé par les élites ! Alors même que ce discours de rejet n'a jamais cessé en France. Elle se sert toujours de ce que les Français peuvent penser de plus noir pour tenter d'expliquer ses positions rétrogrades. Elle va jusqu'à prétendre, toujours avec ce ton professoral très désagréable, qu'en Libye 1 million de personnes rêvent d'arriver en Europe, un peu comme cet homme politique qu'elle soutient, Dupont-Aignan, de la droite extrême sinon de l'extrême-droite, allié du FN, qui venait affirmer sur les plateaux de télé, contre toute vraisemblance, qu'il avait vu à la frontière turque des réfugiés rêvant des allocations versées en France !
Donc même si cette guéguerre interne à Europe 1 m'amuse et que le fait que Lagardère soit  menacé de devoir raquer me réjouit, les classes populaires devraient se méfier de tels tribuns qui prétendent les défendre.

. Article de L'Express sur l'affaire : ici.

Tamata
Devant la Cité de l’immigration, à la Porte dorée, à Paris, cette vraie embarcation (ayant été utilisée par des réfugiés, récupérée en Grèce), est couverte d’ex-votos (« tamata » en grec) : certains sont d’authentiques tamata, mais beaucoup sont fabriqués avec des canettes de boisson, avec prénom, date et lieu de naissance de migrants illégaux sur la base d’informations recueillies par l’artiste, Kalioppi Lemos, dans des ports d’entrée dans les îles grecques. Comme un vœu de survie...

Cité de l'immigration, Porte Dorée, Paris [Photos YF] Cité de l'immigration, Porte Dorée, Paris [Photos YF]

. dans le cadre de l’expo Lieux saints partagés

[20 janvier]

La Maison Goudouli

Maison Goudouli [Photo La Dépêche] Maison Goudouli [Photo La Dépêche]
Belle réussite que cette Maison Goudouli à Toulouse : la lutte de militants en faveur des sans-abri, l’occupation d’un bâtiment squatté et finalement une entente avec les autorités (en 2011).

. La Maison Goudouli va accueillir plus de sans-abri, Gaëtane Rohr, dans La Dépêche du 18 janvier

[18 janvier]


Parité : c'est pas gagné

[Photos YF] [Photos YF]
Au Panthéon ["AUX GRANDS HOMMES, LA PATRIE RECONNAISSANTE"], a lieu en ce moment une exposition sur Maria Sklodowska, plus connue sous le nom de Marie Curie. Elle était physicienne, épouse d'un autre physicien : Pierre Curie, avec lequel elle partage un des deux Prix Nobel qu'elle a reçus. Les organisateurs l'appellent Madame P. Curie ! Déjà, en 1910, elle était ainsi nommée dans un canard intitulé Les Hommes du Jour. Lorsque sa fille Ewa [Eve en français] écrivit un livre en polonais sur sa mère intitulé Maria Curie, Gallimard le publia en français en lui donnant pour titre : Madame Curie. Par contre, lorsqu'elle est entrée au Panthéon, en 1995, son tombeau a été déposé au-dessus de celui de son époux, avec l'indication : Marie Curie - Sklodowska. Sous une couche de plomb de 2,5 mm d'épaisseur, son corps momifié étant chargé d'éléments radioactifs suite à ses travaux de recherche, selon Wikipedia.

[Photos YF] [Photos YF]

Albert Einstein a dit d'elle, qui avait refusé la Légion d'honneur (ce que l’expo, en ces lieux glorieux, se garde de dire), qu'elle "est de tous les êtres célèbres, le seul que la gloire n'ait pas corrompu".

[21 janvier]

Campagne sur la pauvreté

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Dans un relatif silence, le ministère a lancé le 15 janvier une opération sur la perception de la pauvreté en France. Je n’ai pas trouvé sur Internet de commentaires, ni favorables, ni critiques. Pourtant cette démarche me paraît étrange. Quel objectif ? On met l’accent sur les enfants pauvres : je récuse depuis longtemps cette façon d’aborder la pauvreté, comme si on s’apitoyait sur le sort des enfants, négligeant le fait qu’ils sont pauvres parce que leurs parents le sont. À moins de considérer les adultes comme responsables de leur situation ?

. Dossier de presse : ici.

[16 janvier]

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Comme tout le monde

Un collectif CTLM lance une action auprès des écoles, des associations, administrations, hôpitaux, entreprises, cinémas, en vue de la projection d'un film sur les personnes sans-domicile afin de combattre les préjugés. Ici.

"Contrôle solidaire" pour faire la chasse aux assistés

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Le Département de Vendée, détenu par la droite, annonce qu'il officialise "un nouveau partenariat visant à lutter contre la fraude au RSA". Pour ce faire, il crée une "Unité de Contrôle Social Solidaire". Il aurait dû ajouter : contrôle Fraternel, Humaniste et Généreux. Bien sûr, il importe de rappeler que "parallèlement à ces contrôles anti-fraudes", des actions sont entreprises pour aider les allocataires à s'insérer. C'est la moindre des choses. Les politiques savent que ce qu'ils font là est condamnable, c'est pourquoi ils ne cessent d'enrober leur dispositif, d'enjoliver leur démarche : "l'idée n'étant pas de stigmatiser mais de préserver la légitimité de la solidarité". Qui peut être contre ça, tellement ils prennent des gants. Sauf qu'ils ont dit auparavant : "car la légitimité de la solidarité peut être remise en cause chaque année par une croissance de la fraude sociale au détriment des personnes les plus fragiles qui ne bénéficient pas d'aides". Sous-entendu : il y a des fraudes, et en hausse. En tout cas "peut être", donc peut-être. Rien ne permet de dire si c'est vrai. Cela peut être pure propagande. Afin de rassurer un grand nombre d'électeurs persuadés que les plus pauvres qu'eux le méritent bien, car ce sont des tricheurs. Voyez-vous des campagnes contre la fraude à l'ISF, ou menées par des Départements contre la fraude à l'APA (aide aux personnes âgées dépendantes) ? Non. Ce qui marche, Coco, c'est l'anti-assistanat. Que ce soit au sommet de l'État ou en province.

[15 janvier]

Le bon Dieu sans confession

Éric Woerth est très fort : il accumule les casseroles, mais il ne cesse de se parer de la toge de l’innocence. Il est toujours à réclamer qu’on lui donne le bon Dieu sans confession, même lorsqu’il admet non seulement avoir distribué à ses collaborateurs 30 à 35000 € sans les déclarer, mais encore lorsqu’il est évident que cet argent en liquide ne peut qu’avoir une provenance frauduleuse. Mais cela ne défrise pas celui qui rendait visite à Mme Bettencourt, une femme riche et néanmoins diminuée, pour percevoir les enveloppes pour l’UMP et Sarkozy.

Titres auxquels vous avez échappé : "Aux innocents, les mains pleines", "Bien vu, pas pris"... Titres auxquels vous avez échappé : "Aux innocents, les mains pleines", "Bien vu, pas pris"...

. Sur le lab.Europe 1 : Eric Woerth explique ne pas avoir pensé à déclarer l'argent liquide reçu par la campagne de Nicolas Sarkozy.

[16 janvier]

. Ces chroniques, ici à peine remaniées, sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.

 

Billet n° 370

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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