Attaques permanentes contre la protection sociale

Guillaume Peltier, pire que le RN sur les "assistés", Edouard Philippe et l'éternelle "contrepartie" aux aides sociales, Dupont-Aignan et sa récupération misérable des Gilets jaunes, les fake-news de Marine Le Pen sur les demandeurs d'asile, les questions officielles du Grand Débat suggérant de baisser les aides aux plus démunis. Et autres chroniques.

Guillaume Peltier ou les "Républicains" d'extrême-droite

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Guillaume Peltier, bras droit de Laurent Wauquiez, ancien du Front National, a déroulé, sur France Inter le 26 février, la propagande du parti de l'ordre prétendument juste. Il a redit que son parti, face à "une France divisée entre tout en haut les privilégiés et tout en bas les assistés" s'adresse "à 80 % des Français, de la France du milieu qui n'en peuvent plus". LR se complait dans cette escroquerie du "parti de la classe moyenne, de la majorité silencieuse", comme si la classe moyenne existait réellement. Mais, au plus bas dans les sondages, LR espère ainsi ratisser très large, au prix d'un mépris sans limite à l'égard de ceux qui galèrent le plus dans ce pays. Pour ce faire, Peltier n'hésite pas à sortir la panoplie habituelle : un salarié au Smic touche 1188 € mais a 90 € de frais pour se rendre à son travail, le gars au RSA touche en tout avec les aides comme l'APL 800 €. « Différence insuffisante » répond-il à une auditrice au RSA qui le conteste, mais il avait dit auparavant : « un grand nombre de Français qui bossent gagnent moins que ceux qui ne bossent pas ». A la différence des libéraux et des socialistes, dit-il, les LR défendent la valeur travail. Et il met sur le même plan fraude fiscale et fraude sociale (évaluant cette dernière mensongèrement à 20 Md€). Concession : il ne propose pas de baisser les minima sociaux mais d'augmenter les salaires. Et de défendre l'idée de contrepartie chère au Premier ministre (le journaliste Ali Badou lui oppose opportunément que c'est le principe même du RMI, dès sa création, d'être à la recherche d'un emploi, du coup Peltier patauge un peu).

Evidemment, ce discours éculé, démagogique, peut fonctionner même s'il est perclus de fake news, puisque Guillaume Peltier "oublie" qu'au Smic on peut avoir une APL, des aides au transport, une prime activité, etc (ATD Quart monde ayant montré en 2016 qu'un couple au RSA avec deux enfants avait 700 € de revenus en moins par rapport à celui qui a un emploi). Manifestement, pour M. Peltier, dans son exemple, 300 € de différence c'est peanuts (sans doute son argent de poche hebdomadaire), et il faut noter qu'il est incapable de nous citer un seul individu titulaire d'un CDI ayant délibérément démissionné pour pouvoir vivre dans l'opulence d'un RSA. Ce genre de propos, qui est d'une violence inouïe à l'encontre des plus pauvres dans ce pays, n'est pas de droite, mais d'extrême-droite. LR a en commun avec le RN son aversion envers les immigrants, mais avec ces attaques contre les "assistés" LR cherche à tout crin à contourner RN sur sa droite puisque Marine Le Pen a, pour le moment, levé le pied sur ce terrain-là.

[26 février]

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Dans cette même interview, Guillaume Peltier a prétendu qu'un salaire "chargé" au Smic, coûtait 3000 € à l'employeur. Or il y a belle lurette, depuis une loi Fillon de 2005, sous Chirac, dite "la réduction Fillon" (et plusieurs textes depuis, sous Hollande et sous Macron) que les salaires au niveau du Smic (jusqu'à 1,6 Smic) bénéficient d'une réduction drastique des cotisations patronales, actuellement ramenées à 129 €. Mais un militant néo-libéral doit absolument marteler ce genre de contre-vérité, afin d'aboutir à l'objectif final qui est tout simplement de casser, au profit des possédants, notre système de protection sociale. A noter qu'avec ces exonérations jumelées à la prime d'activité, les employeurs n'ont aucun intérêt à augmenter les salaires.

"Le Smic trop élevé"

De son côté, Robin Rivaton, essayiste, déclarait tranquillement à C dans l'air le 15 février que le montant du Smic était bien trop élevé, ce qui explique selon lui le taux de chômage élevé en France par rapport à l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les USA. A quoi, l'animateur de l'émission, Alexandre de Tarlé lui opposait que le Smic relevait… de la protection sociale, un peu comme jadis Yves Calvi, dans la même émission, qualifiait les pensions de retraite d'aide sociale ! Ce qui en dit long sur la déconnexion de cette nomenklatura avec le monde réel.

Le coût du chômage

Bonus-malus sur les contrats courts : Christian Chavagneux (d'Alternatives Économiques) indiquait dans l'émission On n'arrête pas l'éco du samedi 23 février sur France Inter que le déficit généré par les contrats courts s'élève à 9 milliards d'euros (tandis que les CDI et contrats "normaux" produisent 10 milliards d'excédents à l'Unédic). Est-ce que l'on prend la mesure que ce coût de 9 Mds c'est à peu près le montant total du coût du RSA (dont certains prétendent qu'il ruine la France) ? Il était rappelé dans cette émission que les cadres percevant des indemnités de chômage d'un peu plus de 6000 € nets ne représentent que 0,02 % des chômeurs. Il y a quelque démagogie à cibler ces chômeurs-là, alors même qu'ils ont cotisé (en proportion de leur salaire) et qu'ils sont moins longtemps au chômage : globalement leurs cotisations "rapportent à l'Unédic". Le projet de dégressivité des allocations de chômage est un non-sens : d'une part, cela a déjà été tenté, d'autre part cela n'accélère pas le retour à l'emploi. Car les chômeurs qualifiés soit basculent dans la pauvreté soit sont amenés à prendre des jobs moins qualifiés qui auraient pu être attribués à d'autres chômeurs moins qualifiés.

Emmanuel Lechypre (de BfmTv, libéral) accusait lui-même Emmanuel Macron de sacrifier à une "obsession de l'approche comptable" : en matière de chômage, ce n'est pas la dépense globale qui compte (puisque le budget est excédentaire), mais le retour à l'emploi. C'est la même façon de gérer qui préside à l'idée de réduire les arrêts courts de maladie : alors que les arrêts courts permettent de prévenir des arrêts de maladie plus longs. J'ajoute pour ma part qu'il est cocasse de vouloir réduire les arrêts courts de maladie au moment où une campagne officielle contre la grippe incite à rester chez soi quand on ressent les prémisses de la maladie afin de ne pas contaminer ses collègues de travail.

. Voir cette vidéo du 19 février diffusée sur France Culture, fort instructive, réalisée par Elsa Mourgues, dans le cadre des Idées claires de Nicolas Martin, avec Claire Vives, sociologue à l'Idhes, chercheuse au Centre d'études de l'emploi et du travail : La France est-elle trop généreuse avec les chômeurs ?

Les fausses nouvelles

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Edouard Philippe, accompagné de Richard Ferrand, dans le Finistère (à Plomodiern), a déclaré à des élus locaux et à des dirigeants de PME qu'il faudrait des "contreparties" en échange des aides sociales, chassant sur les terres vaseuses de Laurent Wauquiez. Il dit savoir que c'est explosif, sauf qu'il se permet peut-être cette sortie parce que les Gilets jaunes se sont peu prononcés sur les minima sociaux car s'ils redoutent d'y tomber ils perçoivent, eux, plutôt des petits revenus (on dirait "petite classe moyenne").
Le principe de la contrepartie est présent dans les textes depuis l'origine du RMI : il y a 30 ans (l'anniversaire, le 1er décembre 2018, en pleine révolte des Gilets jaunes, a été occulté). Mais cela suppose que des moyens dans l'accompagnement soient prévus et que des dispositifs d'insertion et de formation ambitieux soient mis en place (et non pas du travail forcé sous forme punitive et humiliante). Le Président de la République, dans son Plan Pauvreté, en septembre, parlait de l'accompagnement, mais on ne voit rien venir.

Dans cet article du Figaro, le journaliste ne craint pas de publier une "fausse nouvelle" : commentant le propos de propagande d'Emmanuel Macron sur le "pognon de dingue" que coûteraient les aides sociales, il écrit qu'en 2016 "les allocations et autres prestations atteignaient un total de 714 milliards d'euros, soit 32 % du PIB", confondant allègrement aides sociales et protection sociale en général, ce qui n'a rien à voir. Par définition, les aides sociales ce sont toutes les aides qui ne sont pas contributives (sans cotisations sociales), or dans les 714 Mds il y a les pensions de retraites (310 Mds) et la santé (hospitalisation, médecine générale, médicaments : 200 Mds). Le RSA c'est 10 Mds. Je ne peux imaginer que cette grossière erreur ne soit pas volontaire : elle rejoint la tactique habituelle de la propagandiste Agnès Verdier-Molinié et de tous les "experts" néo-libéraux, qui, par cette façon de faire, tendent à accréditer l'idée qu'il faut réduire les aides sociales… et les droits sociaux acquis suite à cotisations.

. Edouard Philippe émet l'idée de demander des "contreparties" aux aides sociales

[16 février]

Le caca nerveux de Dupont-Aignan

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Nicolas Dupont-Aignan, de Debout La France (DLF), était sur France Inter à Questions Politiques dimanche 24 février à midi. Tout en se complaisant dans sa récupération misérable des Gilets jaunes, il a redit vouloir lutter contre l’assistanat (désormais seul Wauquiez pour LR et lui mènent ce combat, Le Pen n’en fait plus un cheval de bataille) et les casseurs tous d’extrême-gauche et anarchistes. Dans son livre à paraître Résistance (on avait déjà eu droit à ce type d’abus de langage avec Révolution d’Emmanuel Macron), il dit sa crainte du «remplacement» : « la France est en danger de mort et de disparition».
Parce que les journalistes lui rappellent sa proximité avec Éric Zemmour, il fait comme souvent (car c’est bon pour l’audimat) un caca nerveux les accusant tout à la fois de « méthodes bolcheviques » et de « méthodes de Macron » ! Pour ratisser large, puisqu’il pense avoir de nombreux soutien au RN et chez LR, il ne craint pas de ne prendre aucune distance avec Zemmour, qualifié prétendument d’historien, qui réhabilite Pétain, lui qui a édicté un statut contre les Juifs et décidé de la déportation des enfants avant même que les Nazis ne l’exigent. Aujourd’hui nous avons une nette progression de l’extrême droite, avec le RN, DLF et une partie de LR. Faudrait peut-être que les démocrates et républicains se réveillent.

[24 février]

Marine Le Pen

Marine Le Pen a tweeté : "Est-il normal qu'un migrant fraîchement débarqué touche plus qu'un retraité français qui a travaillé toute sa vie". A quoi Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, a répondu : "L'extrême-droite continue de raconter n'importe quoi. Un demandeur d'asile perçoit 6 euros/jour d'ADA. Le minimum vieillesse est en France de 868 euros/mois. Faites le calcul. Mensonge permanent".

Je précise : l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) est de 6,80 € soit 204 €. Elle peut être complétée si le demandeur d'asile n'a pas d'hébergement, pour l'aider justement à se mettre à l'abri, soit 222 € pour le mois, donc un total de 426 €. Où Madame Le Pen, sortant de son château, a croisé un manant ayant travaillé toute sa vie, ayant cotisé toute sa vie, et ayant moins de 426 € de retraite ?

Devant un mensonge aussi flagrant, de la part d’une personnalité publique, je serais favorable à ce que des poursuites judiciaires soient engagées, à l’initiative même du Parquet. Il doit bien y avoir un texte qui le permet (car d’une part ce genre d’info est d’une grande violence, d’autre part il sème un trouble à l’ordre public).

Grand débat : réduire le RSA ou l'ASS ?

extrait
Cela a déjà été dit : les questions posées dans le cadre du Grand Débat national sont orientées. Par ailleurs, les fiches techniques ne sont pas neutres : elles sont agrémentées de phrases d'Emmanuel Macron. Celle sur la fiscalité et les dépenses publiques insiste sur la chance des Français d'avoir une forte protection sociale : choix de 1945, alors que d'autres pays n'ont pas fait le même choix, de même que l'on a un système de retraite par répartition plutôt que par capitalisation, sous-entendu ça pourrait bien être autrement. Mais un coût du travail élevé : damned, plus que l'Allemagne, alors qu'un patron allemand déclarait récemment sur France 2 qu'il investissait en France parce que le coût du travail était moindre ! Et la fiche continue : les patrons paient trop d'impôts.
Alors même qu'un tableau de répartition des dépenses sociales est presque correct, les questions posées sont vraiment tendancieuses : "revoir les conditions d'attribution de certaines aides sociales" ! Et chacun peut proposer ce qu'il faut réduire ! Toujours cette méthode indigne consistant à affoler les plus démunis en faisant peser une menace sur leur minimum vital. Pire : ici on demande aux citoyens de dire ce qu'il faut supprimer chez ceux qui survivent avec peu.

[17 février]

La lutte contre les pauvres
Axelle Brodiez-Dolino, historienne, publie dans Le Monde de ce 20 février une tribune dans laquelle elle critique le discours récent d’Edouard Philippe sur la "contrepartie" aux aides sociales. Texte qui rejoint ce que j’écris régulièrement sur le thème de l’assistanat, au moins depuis que Laurent Wauquiez, en 2011, a choisi de faire de ceux qui galèrent le plus des boucs émissaires, dans une visée purement électoraliste.

. Aides sociales : "Ne luttons pas davantage contre les pauvres que contre la pauvreté"

Crise des Gilets jaunes : les travailleurs sociaux pas surpris

Christian Chassériaud Christian Chassériaud
Dans La Tribune, Christian Chassériaud, ancien éducateur, ancien président de l’AFORTS (l’Association française des organismes de formation et de recherche en travail social), déclare à propos des Gilets jaunes, que « ce mouvement n’a étonné personne ou presque parmi les travailleurs sociaux". Il poursuit : "Ces derniers alertent depuis longtemps sur le fait qu’ils voient arriver dans leurs organisations de nouvelles personnes aux frontières de la pauvreté. Des gens qui sont au bout du rouleau et qui viennent recourir à l’aide publique et aux associations malgré eux, parce qu’ils n’ont plus le choix. » Beaucoup de travailleurs sociaux s’attendaient à ce que cela finisse par péter. Aujourd’hui, il s’agit moins de savoir comment ce mouvement peut se terminer que de déterminer la façon dont les pouvoirs publics peuvent faire en sorte que la pauvreté soit réellement combattue.

. Gilets jaunes : "Notre société a choisi de gérer la pauvreté au lieu de l'éradiquer"

. Texte repris dans le blog de Didier Dubasque, Ecrire pour et sur le travail social : ici.

[26 février]

Espérances de vie
L’INSEE, en janvier, a publié son bilan démographique de la France. Dans un dossier qui en rend compte, Le Monde de ce 20 février indique que « l’espérance de vie plafonne » : 79,4 ans pour les hommes (79,2 en 2014) et 85,3 pour les femmes (85,4 en 2014). Les raisons de cette stagnation ne sont pas connues : elles sont certainement multiples. Un épidémiologiste américain estime que la première cause est la montée des inégalités. L’augmentation du nombre de pauvres tire l’espérance de vie vers le bas : mauvaise alimentation, plus grande soumission à la pollution. Ce qui est cependant intéressant de noter c’est que la France, peut-être à cause de son système de protection sociale tant décrié par les néolibéraux, est plutôt bien placée, bien meilleure que l’Allemagne (ce que les dits néolibéraux se gardent bien de rappeler) ou les USA .
Autre aspect de première importance : l’espérance de vie en bonne santé. Là, la France est mal classée : 62,7 ans chez les hommes, 64,1 chez les femmes. Alors que pour les Suédois, qui ont une espérance de vie proche de la nôtre, c’est respectivement 73 et 73,3 ans, près de 10 ans de plus ! Moins d’inégalités sociales en Suède, moins de pauvres, plus de prévention.
Le dossier n’en parle pas mais ces stagnations des espérance de vie semblent suivre l’augmentation de l’âge de départ en retraite : travail plus tardif, et nombreux chômeurs avec stress qui auraient eu droit à leur retraite plus tôt. À creuser en perspective des réformes qui se profilent sur le sujet.

. La France mal classée pour l'espérance de vie en bonne santé

[20 février]

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. Certaines de ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook à la date indiquée entre crochets, dans cette version ou une version plus courte.

 

Billet n° 451

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

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