Mon Mai 68 à Saint-Chamond

On le sait : Mai 68 ne s'est pas déroulé qu'au Quartier latin et les anciens ne sont pas tous devenus banquiers et thuriféraires du "libéralisme". En certains lieux de la province, bien que modeste, la révolte s'est exprimée, exigeant tout simplement le droit de prendre la parole et de militer pour changer l’ordre établi.

 Au cours de mon année de Terminale, ayant un camarade de classe et ami venu de Haute-Volta (Burkina Faso actuel), je me suis beaucoup intéressé à l'Afrique. J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver, écrits par des poètes, des ethnologues, des historiens. Jusqu'alors, je croyais plus ou moins qu'il n'y avait qu'un seul peuple africain mais mes échanges nombreux avec mon ami Hama Boubakar, qui connait tout des ethnies du continent, m'ouvrent à cette diversité. Il m'entretient des cultures, de la magie (en confiance, il cherche à m'en démontrer la réalité). Je m'intéresse au Mali et au Pays des Dogons, où j'effectuerai un voyage, trente-sept ans plus tard, rêvé depuis ces temps-là. Cette année de Terminale, j'ai plongé dans des ouvrages de sociologie, d'économie, sur le Tiers-Monde, et des romans sociaux (j'ai encore toutes les fiches de lecture). Je suis donc tenté par des études supérieures en sociologie.

 Sauf que mai 68 n'est pas qu'une rébellion contre des règles trop strictes, qui auraient même empêché les garçons d'accéder au dortoir des filles à Nanterre. Non, c'est aussi une crainte de l'avenir, car, s'il y avait durant les 20 Glorieuses un chômage résiduel, le nombre de chômeurs augmente (1). D'ailleurs, l'ANPE est créée en 1967. Je ne me vois pas imposer à mes parents des études longues, sans issue garantie. Troisième enfant d'une famille de six, père ouvrier, mère au foyer, il est d'une évidence pour tous que, si nos parents ne rêvent pas pour nous de l'usine, ils ne peuvent financer des études qui s'éternisent. Animé par des valeurs humanistes, ayant connaissance de deux anciens pions que j'aime bien et qui ont entamé des études d'assistant social, je les rencontre pour mieux connaître la réalité de ce métier. Je me méfie un peu car si mon père parle souvent de l'assistante sociale de l'usine, de façon très positive, il me semble qu'il s'agit d'un travail administratif, avec toujours des "papiers" à remplir. Je passe une soirée avec eux et l'amie de l'un  d'entre eux, elle-même préparant le diplôme d'assistante sociale. Ils sont assez convaincant sur l'intérêt de suivre une telle formation, avec métier assuré au terme des études.

  École de service social à Saint-Chamond

Ecole d'assistants sociaux de Saint-Chamond en 1968 : cette photo est récente, à l'époque, l'épingle à nourrice, pour symboliser les infirmières [!] n'avait encore été peinte [Ph. YF] Ecole d'assistants sociaux de Saint-Chamond en 1968 : cette photo est récente, à l'époque, l'épingle à nourrice, pour symboliser les infirmières [!] n'avait encore été peinte [Ph. YF]
En septembre 1967, à 18 ans, après le bac, j'entre donc dans une école d'assistant de service social, à Saint-Chamond. Elle est dirigée par des religieuses, mais qui appliquent un programme imposé par l'État. Bien qu'en tenue de nonnes (donc voilées, comme c’est le cas également de toutes les infirmières chefs de service à l’hôpital public, toutes religieuses), elles ne font aucun prosélytisme, ont un tel investissement dans la formation, qu'en bien des aspects elles élaborent des contenus de formation précurseurs (l'école est connue pour cela). Par exemple, tout en respectant les programmes, elles ont déjà anticipé pour partie le fait que la formation d'assistant social (pour la première année commune) diffère quelque peu de celle d'infirmier. Elles militeront pour que nous prenions un certain nombre de cours à la Fac (comme le droit du travail, en préparant ainsi un diplôme spécifique).

 J'obtiens de l'État une bourse de 3000 francs par an (sur lesquels je paye 900 francs de frais de scolarité). Tout au long de mes études, j'effectue quelques heures de travail à 3 francs de l'heure, chez un voisin qui a un petit atelier de fabrique de serrure ou, lorsque je serai en stage à Roanne (en 1969), chez un primeur pour décharger les camions de 3 à 8 heures du matin (les professionnels de l'association, compatissants, obtiennent que désormais tout stagiaire aura une petite gratification de 150 francs s'il ne peut rentrer chez lui le soir, contraint de louer une chambre). Il en est de même dans une usine où le DRH m'accordera généreusement une gratification de 100 francs pour un mois de stage au service social.

 Alors que j'avais connu une scolarité secondaire exclusivement masculine, je me retrouve seul garçon dans une classe de 21 élèves (on ne disait pas encore étudiants). Alors que je sortais d'études secondaires bien sages, dans un milieu plutôt protégé, je suis brutalement jeté dans la dure réalité de la vie… et de la mort. J'effectue en effet un an de stage à mi-temps en secteur hospitalier. En médecine hommes, je suis confronté à des fins de vie sordides. Nous nous prenons d'affection pour des petits vieux auxquels nous rendons visite à leur sortie, lorsqu'ils rejoignent l'hospice, installés dans une salle commune de 20 ou 25, qui empeste l'urine et les produits désinfectants. Quelques fois nous assistons à leur enterrement dans les villages alentour. Je vois mourir de nombreux malades, qu'il nous faut conduire ensuite à la morgue.

Hôtel-Dieu de saint-Chamond, hospice où s'entassaient, en 1968, 20 à 25 vieillards malades dans une seule salle [Ph. YF] Hôtel-Dieu de saint-Chamond, hospice où s'entassaient, en 1968, 20 à 25 vieillards malades dans une seule salle [Ph. YF]
Seule la Maternité, où j'assiste à plusieurs accouchements, est un lieu d'espoir. A la veille des événements, en avril, j'écris dans un cahier mes toutes premières réflexions "existentielles". Je viens de passer trois mois dans un service de pédiatrie : dans mes notes, j'interpelle Hervé, Marcel, ces bouts de chou malades, parfois délaissés par leur famille, j'évoque leur "sombres destinées".

Je situe cette photo à la fin du stage en pédiatrie, soit fin avril 1968. L'original indique le prénom de l'enfant : Abdelkrim [Ph. DR] Je situe cette photo à la fin du stage en pédiatrie, soit fin avril 1968. L'original indique le prénom de l'enfant : Abdelkrim [Ph. DR]
 Le 1er mai 68, je rédige un long texte qui manifestement exprime mon désarroi devant la souffrance de ces enfants, et le fait qu'on n'y peut rien. Et sur la lutte vaine des Hommes pour un monde meilleur. J'interpelle l'Américain qui combat au Vietnam. Bien sûr, à la relecture, j'y décèle beaucoup de naïveté (textuellement : "si les hommes aimaient  et respectaient la personne humaine, il n'y aurait plus de guerre plus de discorde") ! Je m'engage à lutter "toute ma vie" pour que la valeur de tout être humain soit respectée ("Blanc ou Noir, Français ou Algérien, jeune ou vieux, connu ou inconnu"). Je reconnais que ce n'est peut-être qu'un "Postulat" (avec un P majuscule), mais "peu importe, ce qui compte c'est de l'appliquer".

L'usine et le monde ouvrier

Dans le cadre de ma formation, j'effectue une visite organisée des Aciéries de la Marine de la Loire, à Saint-Chamond. Nous parcourons les ateliers, assistons aux travaux de la forge en pleine activité. C'est dans cette usine que mon père a fait son apprentissage pour devenir tourneur sur métaux (entré en 1931, il avait à peine 13 ans). Son père et ses deux frères l'étaient déjà : il était condamné, la mort dans l'âme, à le devenir.

acieries-de-saint-chamond
 La question du travail est présente dans notre enseignement, pas seulement par une approche théorique sociologique ou juridique. Je n'effectue pas que des stages en dispensaire anti-tuberculeux ou en protection maternelle et infantile. L'année suivante, en 1969, j'accomplirai des stages en service social d'entreprise, aux Houillères de la Loire, avec une descente au fond, guidée par un délégué sécurité (CGT), et aussi dans une usine de textile artificiel (où je mets en place avec "mon" assistante sociale la toute première vaccination contre la grippe). Nous visitons la célèbre MAS (Manufacture d'armes de Saint-Etienne, à ne pas confondre avec Manufrance). Avec quelque émotion, car mon père y a été un temps ouvrier.

  Mai 68 : à la fin de ma première année d'étude, nous sommes donc frappés de plein fouet par cet événement majeur. Alors que nous sommes dans une ville non universitaire, nous suivons attentivement les événements qui se déroulent à Paris. Nous sommes loin de l'effervescence sociale en général décrite. Mais nous écoutons la radio, lisons la presse. Nous sommes également sollicités par nos camarades de Lyon, plus actifs, dans une ville où les manifestations se succèdent tous les jours, comme à Paris. Du coup, notre petite communauté d'élèves va s'impliquer. Comme si c'était inéluctable, que 68 répondait à une attente. Pas forcément en lien avec l'après-guerre d'Algérie, mais tout simplement parce qu'au moment où nous devenons adulte (nous avons tous autour de 20 ans, même pas majeurs à l'époque) ce mouvement de libération nous parait aller de soi. Je n'exclus pas que les valeurs qui nous animent et qui ont fait que nous avons choisi ce métier aient pu nous faire basculer, tout en notant qu'en mai-juin nous resterons très légalistes, ni barrages, ni barricades, ni manifs. 

Puits Couriau à Saint-Etienne, dans lequel je descends avec un délégué CGT à la sécurité en juin 1969 [Ph. YF et DR] Puits Couriau à Saint-Etienne, dans lequel je descends avec un délégué CGT à la sécurité en juin 1969 [Ph. YF et DR]

Grève : on remplace les profs !

Certains disent que tout était fini le 13 mai (avec la prise en main par la CGT), mais pour nous tout commence. Nous décidons et imposons à la direction de l'école l'arrêt des cours. Grève étrange, puisque nous nous délivrons nous-mêmes désormais les enseignements (chacun à tour de rôle, avec un gros travail de préparation). Tout cela se fait assez naturellement. D'ailleurs, la direction s'incline et ne fait pas opposition à notre dissidence. Peut-être même se réjouit-elle que nous soyons dans l'air du temps. De mes notes de l'époque, je vois que nous ne contestons pas trop le contenu de la formation, son caractère éclectique, sinon que nous souhaitons qu'il soit plus en phase avec la réalité et nous estimons que, plutôt que de cloisonner les matières, il faudrait traiter des thèmes de façon transversale. Je relève aujourd'hui cette phrase : "il est nécessaire de compléter le cours magistral [inévitable] par un dialogue professeur-élèves". Nous réclamons également un temps pour la documentation et "la dynamique de groupe" qui nous apprend à participer et à nous intégrer dans un groupe et aussi "à nous discipliner".

 Je fais partie des délégués de classe qui vont se déplacer en France pour défendre des revendications (qui, pour l'essentiel, tournent autour du souhait de voir la formation d'assistant social être orientée dès la première année vers le social et non pas commune avec les infirmiers et nous défendons l'idée que "l'AS soit reconnue à tous les échelons de l'élaboration de la politique et de l'action sociale") : c'est ainsi que je vais plusieurs fois à Lyon (en stop, car il n'y a plus d'essence) pour des réunions inter-écoles (j'aperçois au loin des manifestations dont certaines seront violentes, mais je ne m'approche pas, je cherche même à les éviter pour pouvoir rentrer le soir chez moi), à Brest, à Bordeaux je crois, à Paris (avec la 2 chevaux d'un copain de Lyon). Dans la capitale, Michel Taléghani, un leader de l'Association Nationale des Assistants Sociaux (ANAS) nous sollicite pour leur congrès qui doit avoir lieu à l'automne, invitation que nous déclinons par défiance envers une association qui nous paraît relever du monde ancien (2). Finalement, ce congrès n'aura pas lieu. Nous sommes dans l'école à Saint-Chamond le 31 mai quand De Gaulle prononce son célèbre discours et nous l'écoutons, comme toute la France, sur nos petits transistors.

La (vraie) vieille Underwood [Ph.YF] La (vraie) vieille Underwood [Ph.YF]
J'ai encore dans mes archives un compte-rendu de nos activités de juillet, tapé par moi-même sur la vieille machine à écrire de mon grand-père (l'Underwood trône encore là sur un guéridon, à côté de mon ordinateur sur lequel j'écris ce texte). J'y retrouve la liste de mes déplacements de l'été 68. Pour ce seul mois, deux déplacements à Paris, trois à Lyon, dont une entrevue avec le Directeur Régional des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS) de l'époque, M. Arnion, qui avait une certaine notoriété pour avoir présenté un rapport sur les centres sociaux au Conseil économique et social des Nations Unies. Il était par ailleurs l'auteur de diverses réflexions sur l'action sociale.

 Confrontation au pouvoir

 L'année suivante, pour nous permettre d'avoir un lien fort avec l'Université, l'école nous transfère à Saint-Etienne. Ce qui nous met de plain-pied dans l'agitation estudiantine, dans une confrontation au pouvoir que nous n'avions pas connue l'année précédente. En janvier 1969, les bourses tardent à venir : nous participons à la grève des étudiants, aux réunions dans les amphis et à la manifestation qui se rend à la Préfecture. Un cordon de policiers nous bloque bien avant, on s'y rend par des rues adjacentes : arrivant le premier, je suis aussitôt arrêté, et détenu pendant une heure dans un fourgon, aux côtés de deux étudiants en droit, et le secrétaire général de l'UNEF, étudiant à l'école des mines (Christian Rist, qui sera plus tard élu écologiste de Paris). Le commissaire ne s’interesse pas au menu fretin mais à ce futur ingénieur, qu'il insulte comme fils de banquier, alors que lui se targue d’être un ancien résistant ! Dehors, les manifestants ont cessé de réclamer le versement des bourses et hurlent : "Libérez nos camarades". Les négociations avec le Préfet aboutissent à notre libération et nous sommes portés en triomphe tout en regagnant la Fac.

 Le lendemain, à la rencontre des délégués avec la directrice, cette dernière raconte l'appel téléphonique, la veille, d'un policier circonspect annonçant qu'un étudiant arrêté prétendait suivre des études d'assistant de service social. Elle a confirmé et semble aujourd'hui tirer une certaine fierté à l'idée qu'un élève de l'école ait pu connaître le même sort que celui d'un étudiant de l'école des Mines.

La Dépêche [de Saint-Etienne] du 26 janvier 1969 [arch. YF] La Dépêche [de Saint-Etienne] du 26 janvier 1969 [arch. YF]

 Quand, dans la même période, les élèves des deux écoles de Saint-Etienne (la mienne et celle de la Croix-Rouge) se mettent en grève, la CFDT nous prête pendant 15 jours un local spacieux à la Bourse du Travail, sans rien exiger en retour. Des assistantes sociales peu nombreuses, engagés à la CFDT et à la CGT, viennent nous soutenir. Une de nos revendications porte sur le projet de "service civique à caractère social et culturel pour les jeunes filles" qui devrait consister en une sorte de service social gratuit. Nous diffusons l'exposé des motifs et nous dénonçons une mesure destinée à disposer d'une "force d'intervention souple", gratuite "pour palier au manque de personnel spécialisé". Tout en reconnaissant l'importance d'une action sociale élargie, je conserverai toujours une méfiance envers le pouvoir qui prône ainsi un engagement civique, dans une sorte de négation du caractère professionnel du travail social (d'où, dans les années 70, ma dénonciation de René Lenoir, auteur de l'ouvrage Les Exclus, dans un texte de la revue Champ social dans lequel je qualifie sa démarche de "lenoirisme").

 Des assistantes sociales syndiquées nous parlent alors pour la première fois de l'action psychosociale individualisée comme d'une approche moderne du service social. Il s'agit ni plus ni moins que du case-work (40 ans après la parution en français du livre de Mary Richmond sorti aux Etats-Unis). Nous organiserons en février 1970 un colloque sur le travail social. Comme il nous arrive de manifester dans la rue, les Renseignements Généraux viennent de temps à autre me voir à l'école pour connaître nos itinéraires et si nous serons sur la chaussée ou sur les trottoirs. Notre professeur de sociologie est Jacques Ion, à peine plus âgé que nous, qui n'a pas encore publié mais impressionne par sa hauteur de vue et son intérêt, déjà, pour un travailleur social militant (j'ai alors des échanges avec lui sur le sujet). Il sera dans les années 80 le sociologue du travail social.

 J'assiste aussi à des conférences en ville : de Charles Berg, responsable national trotskyste (lambertiste), de Me Leclerc pour le Parti Socialiste Unifié (futur président de la Ligue des droits de l'homme), de Robert Buron (ancien ministre gaulliste qui vient de publier un ouvrage dans lequel il fait part de ses " réflexions pour une autre société "), de Fredo Krumnov, leader CFDT, chantre de l'autogestion (à l'époque). Mais aussi de Colette Manger qui vient présenter dans une salle de l'Université son livre au titre plusieurs fois imité par la suite : Pourquoi le travail social ? Je participe à Saint-Etienne, à des manifestations anti-nucléaires, dont l'une a consisté à ce que nous nous couchions sur les rails du tram, dans la Grande Artère.

 Je suis approché par des militants du PCMLF (parti communiste marxiste-léniniste), dont l'un  me remet discrètement, dans la rue, un petit livre rouge de Mao qui est allé dormir sur un rayon de ma bibliothèque. Certes, j'ai tenté de lire Maria-Antonietta Macchiocchi, comme j'avais lu jadis Edgar Snow (La Chine en marche) mais sans adhérer aucunement (3).

Lors d'un stage à Roanne, j'occupe une chambre monastique au Foyer Sonacotra, en bordure de ville. Je suis le seul Européen demeurant dans ce centre dirigé par un ancien Pied-noir aux méthodes carrées. Les étudiants d'extrême-gauche de Saint-Etienne, sachant que je loge ainsi au milieu de migrants, viennent me voir, espérant ainsi entrer en contact avec ces ouvriers étrangers (mais le gardien veille). A Saint-Chamond, je colle des affiches PSU avec André Micoud (toujours mon ami) : il dirigera plus tard un centre de sociologie appliquée à Saint-Etienne, auteur de plusieurs ouvrages économiques, sociologiques et environnementaux, collègue de Jacques Ion.

 Mai 68, un déclencheur

Mon choix professionnel n'est pas séparé de l'espoir que j'ai dans une société plus juste, où les pouvoirs d'argent ne tiendront plus le haut du pavé, où la classe possédante n'imposera plus son esprit de concurrence et où chaque citoyen aura réellement droit de cité : le socialisme autogestionnaire est une perspective qui fait doucement son chemin en moi, ni totalitarisme soviétique, ni impérialisme capitaliste. Ni Hongrie (1956 : je me souviens de Budapest, alors que je n'avais que 7 ans, je revois les photos des journaux caritatifs qui collectaient des vêtements pour les insurgés), ni Prague (qui se produit à l'été 68), ni Vietnam (je découpe chaque jour dans la presse les articles rendant compte de cette guerre, je n'ai pas encore pris la décision de les jeter).

 Je crois que ces idéaux de l'époque ont été présents tout au long de mon parcours, et aujourd'hui encore. Il me semble qu'il y a cohérence entre ce que j'ai toujours professé et ce à quoi je croyais en ces temps anciens. Mai 68 ne fut pas réellement le début mais il est venu concrétiser des valeurs qui jusqu'alors n'étaient qu'un idéal. Mai 68 a été le déclencheur pour les mettre en actions.

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(1) La présentation d'un Mai 68 comme une révolte d'une jeunesse, friquée, bobo, par bien des commentateurs, plus idéologues qu'historiens, devrait faire long feu. Ludivine Bantigny, dans 1968, de grands soirs en petits matins (UH Seuil, 2018) évoque d'emblée la crainte du chômage de la part d'une partie de la jeunesse de l'époque.

(2) L'ANAS édite la Revue française de service social, dans laquelle j'ai publié ces dernières années deux longs textes, sur la Solidarité et sur les États Généraux du Travail Social. Prochainement, en septembre, doit paraître un texte, dont je suis l'auteur, sur militantisme et professionnalisme.

(3) Des anciens maos, qui glorifiaient une dictature sans trop se préoccuper de savoir ce qui s'y passait réellement, croient pouvoir aujourd'hui s'attribuer une virginité en s'en prenant à ceux qui sont authentiquement de gauche. Je m'enorgueillis de ne les avoir pas suivis à l'époque et récuse qu'ils soient habilités à me donner quelque leçon que ce soit.

 

Ma promotion en 1968, pendant les événements [Ph. DR] Ma promotion en 1968, pendant les événements [Ph. DR]

Billet n° 398

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