L'ascension de l'astrologue

Olavo de Carvalho, astrologue vivant à Richmond (Virginie) est devenu un personnage important du pouvoir brésilien. Affirmant dans sur internet des théories les plus fantaisistes, dénigrant tous les penseurs avec un vocabulaire de corps de garde, comment ce personnage est passé de l'hôpital psychiatrique où il séjourné, aux hommages du gouvernement brésilien et de celui des USA ?

Olavo de Carvalho distribue ses avis péremptoires dans un vocabulaire peu châtié sur la science, les savants et la philosophie (cf post précédent).

Ses pensées

Pour E. Solano, de l'UNIFESP, il doit son audience à "des phrases polémiques, de contenus courts, des messages faciles et d’attaques" (Wikipedia).

 Sans formation scientifique, on trouvera en annexe ci-dessous quelques assertions en biologie et en physique. La revue "Vice" a les a soumises à quelques universitaires qui acceptaient de se prononcer., la synthèse la plus lapidaire a été : "il critique ce qu'il n'a pas lu et n'a pas compris ce qu'il a lu".

Dans le domaine politique, il est obsessivement anticommuniste, il est influencé par le Maccarthysme des années 50, surtout alimenté par sa personnalité obsessionnelle : Il ne peut dormir sans une arme sous son lit.

• "la dictature militaire a mis les communistes au pouvoir dans les universités et la presse."

• "pendant la dictature, il n'y avait pas un journal dont le directeur de rédaction n'était communiste". (El Pais, 2018)

• "Jamais il n'y aurait eu cette commission de la vérité si ces clodos avaient écouté ce que je disais" […] Je suis le seul brésilien à étudier cette chose du communisme depuis 50 ans". (Youtube)

• Ces militaires sont incapables d'éradiquer le communisme du Brésil. "A quoi servez-vous ? A lécher les bottes des politiques et attendre la retraite". (Youtube)

• Le péril communiste actuel est incarné par la réunion de responsables politiques de la gauche latino-américaine, le "Forum de São Paulo", qui prépare l'"Union des Républiques Socialistes Latino-Américaines", l'"URSAL".

Aucune de ses "pensées" ne pourrait lui valoir un autre destin que celui d'autres illuminés dans le monde. Comment celui-ci a-t-il pu disposer d'une telle audience et d'un tel pouvoir ?

Ses fréquentations

On a décrit en 2017 une rencontre avec Rodrigo Constantino, nommé le Breitbart brésilien. Mais il semble que ce soit la rencontre avec Steve Bannon qui lui ait donné cette visibilité (Estadão du 19 janvier).

olavo-bannon2

La journaliste Beatriz Bulla, de l'Estado de São Paulo relate un repas aux USA chez Steve Bannon auquel elle a été conviée. Bannon a même fait inviter "Olavo", comme on l'appelle, au Département d’État. (photo : Olavo de Carvalho et Steve Bannon).
Steve Bannon, cet étrange milliardaire, ancien officier de marine d'extrême-droite, ancien directeur du journal Bretibart news, célèbre par ses infox. Il avait fait un film hagiographique sur Reagan, un autre sur les Tea Party. Directeur de la campagne de Trump, il a également contribué au Brexit, à l'élection de Bolsonaro, et encourage ouvertement Orban. Il faisait partie du conseil de "Cambridge Analytica", l'entreprise au centre du scandale pour avoir piraté les données personnelles de 80 millions d'américains pour les inciter à voter Trump. Il essaie d'unir Marine Le Pen, Geert Wilders, Salvini et les autres mouvements d'extrême-droite dans son "Movement", installé à Bruxelles.

Selon la journaliste Beatriz Bulla, de l'Estadão, Bannon a même fait inviter "Olavo", comme on l'appelle, au Département d’État.

olavo-brant

Au dîner rapporté par la journaliste figurait également un autre personnage, Gerald Brant, qu'elle décrit comme un "cadre du marché financier de New York" (sur la photo, premier à la droite de Olavo de Carvalho). Ce serait lui, ami du fils Eduardo Bolsonaro, qui l'aurait présenté à Bannon.

 

Selon "Revista Forum", Brant est brésilien et américain, et c'est lui qui a mené les Bolsonaro dans les milieux d'extrême-droite américains. Brant est présenté comme "directeur de l'entreprise d'investissement Stonehaven". Bien qu'il y ait travaillé, il n'est pas présenté dans l'équipe de direction. Il y est dit "directeur du fond d'investissement Pantera Capital et Managing Director at Tangent Capital Partners". Ni sur le site de Pantera Capital ni sur celui de Tangent Capital Partners, Brant n'apparaît dans l'équipe de direction. Il fréquente la Chambre de Commerce Brésil-Etats-Unis. Brant a fait l'éloge de Bolsonaro à la télévision israélienne I24, la "CNN du moyen-orient".

 Deux personnages apparaissent donc : Steve Bannon et Gerald Brant, sur lesquels on est en droit de s'interroger.

  • Bannon a été homme d'affaires, journaliste, cinéaste. De quoi tire-t-il ses ressources ?
  • Brant a également été homme d'affaires. On le dit directeur de sociétés dans le site web desquelles il n'apparaît pas.

L'origine de son audience

Il apparaît bien que ce ne sont ni ses conceptions scientifiques ni ses réflexions philosophiques qui ont donné à Olavo de Carvalho l'audience qu'il a acquise, mais les milieux d'affaires et l'extrême-droite américaine.
Pourquoi l'extrême-droite et les milieux d'affaires ? Anticommuniste viscéral, Olavo ne précise pourtant que peu de choix politiques nationaux ni internationaux, et ne s'étend pas sur les penseurs de l'ultra-libéralisme.

Quel rôle cherche-t-on à lui faire jouer ? Pour Claire Gâtinois, dans l'article du Monde, certains "voient dans les tweets frénétiques du philosophe une stratégie [...] machiavélique visant à faire oublier les échecs du gouvernement, à détourner l’attention du public des mesures les plus radicales et à neutraliser une opposition totalement démunie." Une stratégie de qui ?

Sources :

Wikipedia (pt) Olavo de Carvalho

Beatriz Bulla, "Um jantar com Steve Bannon e Olavo de Carvalho" [Un dîner avec S.B. et O. de C.] Estado de São Paulo, 20/01/2019

Youtube : une parmi de nombreuses vidéos.

Rédaction de Revista Forum "Lobista de Bolsonaro nos EUA promove encontro entre Olavo de Carvalho e Steve Bannon" [Le lobbyiste de Bolsonaro aux USA organise une rencontre entre O. de C. et S.B.] 18/01/2019

Ricardo Della Coletta "Olavo de Carvalho, o Brasil só fala dele" [O. de C, le Brésil ne parle que de lui] El Pais, 3/12/2018

Claire Gâtinois "Au Brésil, le drôle de jeu d’un conseiller de Bolsonaro, entre insultes et provocations" Le Monde, 9/05/2019


Annexe : pensées scientifiques de Olavo de Carvalho

Sur les sciences du vivant :

• “Le créationnisme et l’évolutionnisme ne sont pas des termes antagonistes. Mais à la différence de ce que pense le commun des mortels, le premier peut être prouvé, le second non, ni même réfuté". (nov 2016).

• "Les vaccins tuent ou rendent malades. N'en donnez jamais à votre enfant".( juil 2016)
Sur le tabac

• "La cigarette peut faire du mal, bien sûr. Cela se produit si, à chaque bouffée, vous répétez sans cesse: "Cette m **** me tue." C'est la forme la plus approuvée d'auto-hypnose suicidaire (16/12/2015)

• "Je fume un demi-siècle, deux ou trois paquets par jour, et mon poumon est intact, grâce à Dieu" (16/07/2016)

Sur la physique :

"Galilée parle de plan incliné sans frottement. Cela n'existe pas. Mais on l'enseigne partout, et les idiots y croient". 

• "L'héliocentrisme est la plus grosse tromperie de l'humanité".

• Plus sophistiqué, les avertis apprécieront : "Après l'expérience de Michelson et Morley, il fallait admettre que la terre est immobile, ou alors tout refonder la physique". "Einstein a préféré refonder la physique entière, juste pour ne pas admettre qu'il n'y avait pas de preuve de l'héliocentrisme". Il a créé des concepts étranges, comme la courbure de l'espace que jusqu'à maintenant je n'ai pas compris" (même source).

• "Hawkin se comporte souvent comme une star du show biz, impressionnant le pare-terre avec des déclarations spectaculaires, et, un an plus tard, les dément avec la même assurance que quand il les avait proclamées" (sept 2010).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.