Et si on faisait un Grenelle ?

Savez-vous pourquoi le « Grenelle des violences conjugales » se tiendra le 3 septembre ? Au Ministère, des petits malins ont pensé que le rapport avec le 3919, le numéro national Violences Femmes Infos, serait du meilleur effet.

On aurait pu penser que face aux 74 victimes (à la date de l’annonce du Grenelle le 06/07) l’urgence se serait faite plus pressante pour des actions d’envergure et immédiates, mais les grands esprits qui nous gouvernent préfèrent le buzz. Cela aura peut-être coûté la vie à quinze femmes de plus (91 au 15/08), mais il est bien sûr exagéré de penser que la ministre pourrait être responsable de ces nouvelles morts.

Et puis, je m’en fous de la ministre comme elle se fout des mortes, témoin son inaction en deux ans de fonction. Je voulais juste parler de la vie qui mène ces femmes à supporter les hommes violents. Si chacun, chacune d’entre nous se mobilisait un tant soit peu, nous n’en serions certainement pas là.

Je viens de passer un bon moment à éplucher la liste des femmes mortes sous les violences de leur conjoint via la carte créée ici. Pour chaque cas, on y trouve un résumé de l’histoire avec un lien vers un article de presse. J’ai remarqué que beaucoup d’hommes tentaient de se suicider après leur acte et aussi, souvent, la détresse matérielle, médicale ou psychologique des couples.

Avant la mort, il y a les coups, les cris, les humiliations, les petites phrases, les anecdotes, des signes parfois imperceptibles si nous ne nous exerçons pas à les repérer et à intervenir. Car il faut intervenir, c’est impératif. Les victimes de violences parlent rarement, et quand elles le font, sont souvent encore maltraitées par les policiers ou celles et ceux à qui elles s’adressent. Il est pourtant si simple de dire : viens à la maison, l’argent n’est pas un problème, allons voir une association…

Alors, Marlène Schiappa va lancer son Grenelle des violences conjugales, comme si les violences faites aux femmes ne concernaient que la vie conjugale. Comme si les femmes n’étaient pas insultées par la société dès leur enfance. Dans les cours d’école, dans la rue par des badauds, dans les manifestations par la police (les filles en jaune se souviennent bien des salopes, pouffiasses, putes…).

Hier, j’en étais là de l’écriture de ce billet quand le titre de celui de Juliette Keating est apparu en grand à la une : 91. À la lecture des réactions de ces dernières 48 heures, je rajoute, insultées par les commentaires de ceux qui ne savent pas. Au bistrot comme ici, certains hommes ne semblent pas comprendre la condition historiquement soumise de la femme qui mène à ces situations ni ce que les violences amènent comme souffrances.

La première des souffrances est l’humiliation et c’est pour cela que beaucoup de femmes se taisent. Un homme ne peut pas savoir ce que c’est de se faire siffler, peloter, insulter, suivre, rabaisser, sous-payer, violer, violenter, tuer, par le simple fait d’être une femme. La moindre des décences serait qu’ils se taisent, à défaut de soutenir les appels à mobilisation, mais non, ils continuent à tenter de rabaisser la femme avec leurs arguments d’intellectuels à deux balles et/ou de machos désabusés.

Quand les femmes arrivent à parler, c’est encore une souffrance qui s’annonce, car parler, c’est s’accepter comme victime, une autre humiliation. Il faut faire face aux réactions de l’entourage impuissant, à la police incompétente, aux commentaires désobligeants, et se reconstruire, comme on dit, pour celles qui ne sont pas mortes. Devoir prouver, porter plainte contre celui qu’on a aimé, protéger les enfants, en étant physiquement et psychologiquement meurtrie, sont également des épreuves qu’il est tout aussi indécent de comparer à d’autres.

Et puis il y a la honte d’avoir subi pour survivre, pour les enfants, pour y croire encore ou toute autre raison. Peu importe, ce qui compte est que chacun et chacune se mobilisent au quotidien contre toutes les violences faites aux femmes. Sans éluder le débat des violences conjugales, nous ferions bien de nous occuper à tous les niveaux de cette société machiste, sans quoi la liste s’allongera indéfiniment.

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Rappel :

6 janvier – Monica, 29 ans, poignardée par son compagnon
6 janvier – Pascale, 56 ans, tuée par arme à feu par son mari
6 janvier – Taïna, 20 ans, battue à mort avec une barre métallique par son ex-compagnon
12 au 13 janvier – Céline, 48 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
13 janvier – Félicie, 90 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
16 janvier – Séverine, 46 ans, étranglée par son compagnon
16 janvier – Nadine, 49 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
16 janvier – Madame X, 56 ans, battue à mort par son ex-compagnon
20 janvier – Guo, 49 ans, étranglée par son compagnon
21 janvier – Michèle, 72 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
22 janvier – Béatrice, 51 ans, tuée par arme à feu par son ex-compagnon
22 janvier – Madame X, 40 ans, brûlée vive par son compagnon
24 janvier – Isabelle, 48 ans, battue avec un marteau puis poignardée par son ex-compagnon
27 janvier – Patricia, 51 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
27 janvier – Gulçin, 34 ans, poignardée par son ex-compagnon
30 janvier – Sylvie, 56 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
1er février – Madame X, 81 ans, étranglée par son mari
3 février – Céline, 38 ans, défenestrée par son compagnon
5 février – Caroline, 31 ans, tuée par arme à feu par son mari
5 au 6 février – Madame X, 29 ans, battue à mort par son compagnon
11 au 12 février – Maureen, 29 ans, battue à mort par son compagnon
12 février – Madame X, 75 ans, tuée par son mari
13 au 14 février – Gaëlle, 22 ans, poignardée, étranglée et étouffée par son ex-compagnon
14 février – Josette, 66 ans, tuée par arme à feu par son mari
15 février – Ginette, 89 ans, tuée par arme à feu par son mari
18 février – Nicole, 85 ans, battue à mort par son mari
18 février – Nelly, 46 ans, tuée par arme à feu par son ex-compagnon
20 février – Madame X, âge inconnu, battue à mort par son conjoint
20 février – Hilal, poignardée par son ex-compagnon
3 mars – Julie, 35 ans, tuée par arme à feu par son ex-mari
14 mars – Chantal, 60 ans, tuée par arme à feu par son mari
14 mars – Dounia, 46 ans, brûlée vive par un homme qui voulait l'obliger à l'épouser
20 mars – Madame X, âge inconnu, brûlée vive par son compagnon
21 mars – Georgette, 84 ans, étranglée par son mari
22 mars – Dolorés, 40 ans, étranglée par son ex-compagnon
22 au 23 mars – Babeth, âge inconnu, battue à mort par son compagnon
23 au 24 mars – Fabienne, 51 ans, battue à mort par son compagnon
28 mars – Madame X, âge inconnu, étranglée par son mari
29 mars – Madame X, quinquagénaire, poignardée par son compagnon
31 mars – Stéphanie, 39 ans, égorgée par son ex-compagnon
31 mars – Caroline, 55 ans, poignardée par son ex-mari
4 avril – Chantal, quinquagénaire, tuée par arme à feu par son mari
5 avril – Céline, 33 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
7 avril – Dalila, 50 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
8 avril – Madame X, 86 ans, égorgée par son compagnon
17 avril – Nathalie, 53 ans, tuée par arme à feu par son ex-compagnon
17 au 18 avril – Sandra, 25 ans, battue à mort par son compagnon
22 avril – Marie-Alice, 53 ans, droguée puis étouffée par son ex-compagnon, son corps a été retrouvé dans une valise flottant sur l'Oise
25 avril – Madame X, 74 ans, tuée par arme à feu par son mari
27 avril – Chloé, 33 ans, étranglée par son « ami de longue date »
29 avril – Yaroslava, 44 ans, battue à mort par son compagnon
5 mai – Martine, 64 ans, tuée par arme blanche (40 coups de couteau) par son ex-compagnon
2 mai – Sandra, 31 ans, battue et poignardée par son ex-compagnon
9 mai – Martine, 59 ans, tuée par arme à feu par son compagnon
12 mai – Laura, 22 ans, battue à mort par son compagnon
15 mai – Pierrette, 57 ans, battue à mort par son mari
17 mai – Mouna, 56 ans, tuée par son compagnon
22 mai – Marilyne, 49 ans, poignardée par son compagnon
23 mai – Gwenaëlle, 37 ans, tuée par arme blanche par son ex-compagnon
26 mai – Mambu, 64 ans, tuée à coups de hache par son mari
27 mai – Mariette, 65 ans, battue puis étranglée par son compagnon
27 mai – Nathalie, 47 ans, agressée puis enlevée sur un parking, retrouvée égorgée au domicile de son ex-compagnon
3 juin – MadameX, 31 ans, étouffée par son compagnon
6 juin – Priscilla, 29 ans, tuée par son ex-compagnon
8 juin – Maïté, 36 ans, poignardée par son compagnon
16 juin – Audrey, 37 ans, tuée par arme à feu par son ex-compagnon
17 juin – Mayie, 81 ans, tuée par arme à feu par son mari
20 juin – Justine, 20 ans, séquestrée sur un balcon par son compagnon, morte d'une chute en tentant de s'enfuir
23 juin – Michèle, sexagénaire, étranglée par son mari
25 juin – Chantal, 72 ans, tuée par arme à feu par son mari
26 juin – Coralie, 33 ans, tuée par son mari
26 au 27 juin - Ermira, 29 ans, tuée à coups de marteau par son mari
27 juin – Catherine, 47 ans, tuée de 13 coups de couteau par son compagnon
3 juillet – Leïla, 20 ans, enceinte de 3 mois, battue à mort par son compagnon
3 au 4 juillet - Isabelle, 37 ans, écrasée par son compagnon
5 juillet – Christelle, 32 ans, poignardée par son compagnon
6 juillet – Laura, 30 ans, étranglée par son compagnon
17 juillet – Madame X, 43 ans, ainsi que sa fille 20 mois, tuée par son compagnon
18 juillet – Madame X, 81 ans, poignardée par son mari, n'a pas supporté la maladie d'Alzheimer de son épouse
23 juillet - Daisy, âge inconnu, tuée par son compagnon
24 juillet - Madame X, 86 ans, égorgée par son mari.
25 juillet - Bernadette, 43 ans, percutée mortellement par son ex-compagnon 
29 juillet - Madame X, 35 ans, étranglée par son compagnon 
30 juillet - Mélissa, 24 ou 26 ans, poignardée par son mari
2 août - Lucette, 80 ans, tuée par arme à feu par son mari
4 août - Chloé, 29 ans, tuée par arme à feu par son ex-compagnon 
9 août - Corinne, 18 ans, battue à mort par son compagnon 
11 août - Ophélie, 28 ans, tuée par arme à feu par son compagnon 
12 août - Jackie, 71 ans, poignardée par son mari
13 août - Martine, 60 ans, poignardée par son mari
14 août – Madame X, 22 ans, meurt dans l’incendie provoqué par son mari

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