Non-assistance à personnes en danger

En cette journée internationale des migrants, je vous présente l’irresponsabilité de la préfecture d’Ille-et-Vilaine et de la Métropole rennaise en matière d’accueil. Comme toujours, ce sont en grande partie les collectifs et les associations qui veillent à la survie des réfugiés, des migrants, hommes, femmes, enfants, malades et handicapés.

Retrouvez cet article dans la nouvelle édition "Il était une fois dans l'Ouest" à laquelle vous êtes invités à participer !

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En octobre 2018, avec l’aide du Groupe logement du 14 octobre créé pour l’occasion, plusieurs familles migrantes et sans hébergement, investissaient un immeuble inoccupé, propriété du bailleur social Archipel Habitat. Un mois plus tard, une convention d’occupation valable jusqu’au printemps était signée, le bailleur souhaitant transformer le lieu en… centre d’hébergement d’urgence ! C’est comme ça qu’après quelques semaines de résistance, au mois d’août 2019, les occupants ont finalement été obligés de quitter ce squat de l’allée d’Estrémadure, dans le quartier sud de Rennes.


L’immeuble de l’allée d’Estrémadure © Groupe logement du 14 octobre L’immeuble de l’allée d’Estrémadure © Groupe logement du 14 octobre

Vous avez peut-être entendu parler de ce camping rennais du parc des Gayeulles où plus d’une centaine de migrants, puis 200, puis 400, s’étaient installés, faute d’autres solutions. En guise de camping, ils n’y sont restés que quelques jours, car devant l’affluence, la mairie a préféré les éloigner dans deux clairières, un peu plus loin, pour ne pas gêner les touristes. Sans eau ni électricité, avec des sanitaires à 600 mètres, la vie est plus compliquée, mais l’élan de solidarité pour amener des tentes, de la vaisselle, des vêtements, de la nourriture, leur a permis de tenir le coup.

Reportage aux clairières des Gayeulles, le 30 août 2019 © France 3 Bretagne


Incapable de fournir des lieux décents, la mairie se contente de caser ici ou là des familles dans des immeubles voués à la démolition, dont on peut facilement imaginer l’état, quand l’accueil ne se fait pas dans des gymnases. La ville est saturée, nous dit-on, rajoutant que c’est la faute à l’État qui ne donne pas les moyens. Cette métropole regorge de lieux à réhabiliter pour loger les migrants, mais aussi les plus démunis, les femmes seules, les jeunes, mais elle préfère reconstruire inlassablement sa gare, sacrifier des monuments historiques au profit des affaires, inventer une deuxième ligne de métro, et leurs années interminables de travaux, pour obtenir à terme une ville aseptisée, dénuée de tout intérêt autre que commercial.

Bref. Les migrants s’en sortaient comme ils pouvaient dans leurs clairières des Gayeulles, quand un matin de septembre, la police a débarqué. Le grand jeu ! Plusieurs dizaines de camions de CRS et de véhicules de gendarmerie pour effectuer des contrôles et établir des listes, ce mal français. Le tout pour quatre arrestations (dont deux remises en liberté quasi immédiates). Et la pseudo gauche du conseil municipal de s’émouvoir des méthodes préfectorales, sans proposer de solution globale. Il semble plus urgent de mépriser certains collectifs locaux, qualifiés d’anarchistes, qui œuvrent sans relâche et trouvent des solutions comme ce nouveau squat, ouvert le 14 septembre dernier, deux jours après la rafle.

Opération de police au campement des Gayeulles et témoignages, le 12 septembre 2019 © Association des Socios rennais


C’est un nouveau Collectif Action Logement 14\09 qui a opéré cette « réquisition populaire », soit un hectare de terrain et 900 m2 de bâtiments, sis rue des Veyettes à Rennes. Y’a vraiment de quoi faire !  Et ils font. En trois mois, les sinistres hangars se sont remplis, de tentes, de gens, d’enfants… Nombreux sont ceux qui sont venus mettre la main à la pâte : des amis, des électriciens, des plombiers, le Secours populaire, des maraîchers, des boulangers, des peintres, des traducteurs, des clowns, pour aménager, meubler, décorer, faire de la musique, à manger, jouer avec des enfants, leur amener des jouets, des livres, de quoi écrire, de quoi s’amuser, de quoi vivre un peu. D’autres gèrent les dossiers, médicaux, d’asile, de prise en charge diverses, ou encore la sécurité aux abords des bâtiments où traînent parfois quelques nazillons en repérage.

Initiation du collectif Roazhon Colors réalisée au squat des Veyettes avec les jeunes mineurs non accompagnés et lycéens de l'association D'Ici ou D'Ailleurs - DIDA - Rennes (association locale de soutien aux personnes exilées à Rennes) et le Collectif Action Logement 14\09. © Roazhon Colors Initiation du collectif Roazhon Colors réalisée au squat des Veyettes avec les jeunes mineurs non accompagnés et lycéens de l'association D'Ici ou D'Ailleurs - DIDA - Rennes (association locale de soutien aux personnes exilées à Rennes) et le Collectif Action Logement 14\09. © Roazhon Colors

 Maintenant que les lieux prennent forme, le 115, les CCAS, la Croix rouge, les hôpitaux, n’hésitent plus à y envoyer encore plus de monde, ceux dont ils ne veulent pas, comptant sur la solidarité des vilains anarchistes pour pallier à tous les manquements de l’État. Ici, dans cette belle ville où il fait si bon vivre, la solidarité des bourgeois a aussi ses limites, et ce n’est pas faute d’avoir demandé de l’aide, d’avoir interpellé à plusieurs reprises la maire PS, Mme Appéré, et le conseil municipal, ni d’avoir alerté sur des urgences médicales graves ou d’autres situations particulièrement délicates. Ici, le mépris de la municipalité envers ceux qui agissent dans l’urgence de sa lenteur reste époustouflant.

La mairie se vante d’accueillir entre 700 et 1000 personnes dans des habitations désaffectées, des hôtels ou des gymnases quand aux Veyettes, avec des moyens de fortune, ce sont parfois jusqu’à 500 personnes (plus de 30 nationalités) qui n’ont d’autre lieu que celui-ci pour s’abriter, ne serait-ce que cela. Même le propriétaire des lieux s’inquiète plus de la situation des migrants que de ses locaux, quand Mme Appéré semble plus préoccupée à gentrifier la ville qu’à soutenir ce qui nous reste d’humanisme.

Bureau d'accueil aux Veyettes © rastapop Bureau d'accueil aux Veyettes © rastapop
A l'intérieur de l'un des hangars des Veyettes © rastapop A l'intérieur de l'un des hangars des Veyettes © rastapop

Ils nieront, ils se justifieront, ils crieront peut-être à la calomnie, mais rien n’effacera le dédain que j’ai perçu dans les paroles de l’Adjoint, délégué à la solidarité et à la cohésion sociale, M. Bourcier, lors des questions du collectif des Veyettes au Conseil. En juillet dernier, M. Bourcier publiait un communiqué accusant l’Etat, et se vantant encore du travail des collectivités et des associations. Foutaises ! La mairie ne fait pas son boulot de réquisition des logements vides, elle méprise ceux qui, au profit d’une autogestion à construire, ne se conforment pas aux règles des choix, du tri et de la catégorisation des personnes.

En septembre aux Veyettes © Collectif logement 14\09 En septembre aux Veyettes © Collectif logement 14\09

Si j’avais envie de vous parler de cette histoire, c’est surtout pour le courage de tous les gens qui se mobilisent pour que d’autres ne crèvent pas sous nos yeux. Quoi de plus naturel que d’occuper un lieu vide quand on est à la rue ? Des hangars transformés en camping et des bureaux en chambres familiales, n’est-ce pas le minimum à leur offrir ? Un endroit où des enfants épuisés ou traumatisés par des voyages interminables trouvent des gens pour chanter et danser avec eux. Il est de notre devoir de continuer à occuper les lieux disponibles, partout, et de soutenir ceux qui le font à notre place, ou plutôt, qui pallient les graves manquements des institutions, qu’elles soient locales, régionales ou nationales.

Quelques jours après cette journée internationale des migrant.e.s aura lieu la Fête du solstice aux Veyettes le 21 décembre. Si vous êtes dans les parages, n’hésitez pas à venir les soutenir.

Merci et bravo à tous !

Pour en savoir + sur les Veyettes

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