La lutte coûte, mais elle paie. Toujours.

On ne va pas vous dire que c’est forcément de gaieté de cœur que l’on doit se battre, mais c’est toujours avec les tripes. Les victoires, même les plus petites, maintiennent notre persévérance et nous aident à continuer le combat.

Il me suffit parfois de pas grand-chose pour avoir le sentiment de ne pas me battre pour rien. La semaine dernière, à Paris, nous étions un groupe rassemblé en soutien aux femmes victimes de violences policières, une cause comme une autre, mais à mes yeux, de toute importance. Nous étions peu, une cinquantaine, autour de la colonne de la Bastille, pour dénoncer les blessures de ces femmes violentées par l’État, mais peu importe le nombre, je ne cesserai jamais ce combat-là. Le lendemain, nous avons manifesté, badigeonnées de faux sang, en brandissant des photos des victimes. Nous avons suivi, face à face, les forces du désordre tout au long du parcours. À trois, nous avons fait un ravage auprès des CRS qui baissaient les yeux et ne mouftaient pas. C’est cela, par exemple, une petite victoire qui donne de l’espoir.

Soutien aux femmes victimes de violences policières © Oriane Soutien aux femmes victimes de violences policières © Oriane

Quelques jours plus tôt, de nouvelles investigations ont été lancées par les juges d’instruction dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré, et trois des quatre policiers responsables de la mort de Cédric Chouviat étaient mis en examen, grâce à la ténacité de leurs proches. Des victoires d’étape, et peu importe qu’il ne s’agisse que de poudre aux yeux pour nous faire avaler la couleuvre Darmanin, le temps du violeur sans complexe qu’est le ministre de l’Intérieur est compté. Ils peuvent nous insulter, nous violer, nous frapper, nous tuer, mais c’est avec le courage et la conviction de chacun que les batailles se gagnent.

De ces dernières années de mobilisations, je garde quelques victoires en tête, quoi qu’il en ait coûté. La plus belle aura été celle de Notre-Dame-des-Landes après un demi-siècle de revirements, tandis qu’en raison de la mort de Rémi Fraisse, on a un peu oublié la bataille gagnée contre le projet de barrage de Sivens. Les Gilets jaunes ont aussi eu leur lot de réussites, à commencer par la suppression de la taxe sur les carburants, puis de tout le reste. Il n’était pas prévu que ce mouvement, lancé derrière un pare-brise, prenne une telle ampleur, mais il a réveillé des millions de mécontents bien décidés à le faire savoir. Les éborgnés, les mutilés, les blessés à vie, par la répression d’un pouvoir décomplexé, ont payé très cher leurs engagements, nous leur devons la continuation de toutes nos résistances.

Champ de lin destiné à la fabrication de pain à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en juin 2020. © Zad-NDdL-Infos Champ de lin destiné à la fabrication de pain à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en juin 2020. © Zad-NDdL-Infos

Je voulais aussi vous donner des nouvelles du Palais de la femme. La vie y a été particulièrement difficile durant le confinement. La chaleur, la promiscuité, le manque d’espace et de masques, la restriction des visites n’ont rien arrangé, mais en un an et demi de mises en avant des conditions de vie des résidentes et résidents, pas mal de logements sociaux ont enfin été attribués. Ce résultat est l’œuvre de quelques femmes qui, dans la dynamique du mouvement des Gilets jaunes, ont su dénoncer l’insupportable sort réservé aux femmes par l’Armée du Salut, dans ce qui devait être leur Palais.
Au-delà des grands mouvements médiatiques tels que #MeToo ou Nous Toutes, les jeunes colleuses féministes qui répandent leurs mots sur les murs des villes font un travail formidable. Elles ont toute mon admiration, car c’est leur détermination qui aura raison de tous les Darmanin en circulation. Les femmes ont repris toute leur place dans la guerre contre les dominations, et elles en connaissent un rayon ! Je me réjouis, même si c’est long, dur et que cela coûte.

 © Collages féminicides Rennes © Collages féminicides Rennes

Après des mois de mobilisations de centaines de milliers de personnes, la semaine dernière, le nouveau Premier ministre a annoncé l’enfouissement des déchets du CAC40, à savoir les réformes des retraites et du chômage. Il a aussi débloqué des milliards, encore insuffisants, pour les revenus des personnels soignants et réussi à causer un peu avec les organisations syndicales. Malgré ses calamiteuses nominations ministérielles, le haut fonctionnaire a révisé ses cours et lâché un peu de lest face aux revendications. Tant mieux, mais nous, nous ne lâcherons rien.

Les salaires de misère, les licenciements à outrance, les libertés bafouées, les personnes sans logement, la pauvreté, les précaires sans avenir, les jeunes sans espoir, les vieux dans les poubelles, les femmes violées, les femmes assassinées, les enfants abusivement placés par des services sociaux incompétents, les racismes, les abus de pouvoir de la police, les abus de biens sociaux de ministres, la surveillance sans limites, sont autant de causes qui mobilisent et pour lesquelles il y aura toujours une poignée de volontaires prêts à agir pour une victoire, si petite soit-elle.

 © Guerrières de l’Ouest © Guerrières de l’Ouest

Il y a celles et ceux qui défilent dans les rues pour défendre des droits et des libertés ou dénoncer les injustices, celles et ceux qui aident, soutiennent et se décarcassent pour que les plus démunis survivent, et puis il y a tous ceux qui les regardent faire en applaudissant ou en se moquant, estimant les causes perdues d’avance. C’est à ceux-là, à vous tous qui restez à attendre un Nouveau Monde sans prendre part à la transformation, qu’il conviendrait de s’engager sans plus attendre. Allez-vous continuer longtemps à regarder la déchéance du monde, les gens crever dans la rue, les libertés disparaître, la surveillance envahir votre quotidien, en likant les publications ou en vous énervant devant votre écran ?

Et ce président, toujours aussi imbu de sa personne, soutenant et nommant les pires machistes, tellement atteints qu’ils ne se rendent plus compte de rien. Du haut de leurs pouvoirs, ils violent, insultent, méprisent les femmes, et montent toujours plus haut dans la hiérarchie des queutards. Et ce président qui aura tout volé, tout vendu, tout détruit, tout réduit, vous allez le regarder tranquillement rempiler pour un deuxième mandat sans rien faire ?

Aucune cause n’est perdue d’avance, il ne tient qu’à nous tous. Debout !

 © Collages féminicides Dijon © Collages féminicides Dijon

 

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