Apologie de Houria Bouteldja

Je voudrais dans ce qui suit prendre position en défense d’Houria Bouteldja, sur la base du lynchage dont elle est la cible, concrétisé entre autre par la censure d’un de ses billets de blog sur ce site, et en réponse aussi à la position qu’on m’a demandé de prendre sur le modèle républicain. Je salue au passage le courage et l'intégrité des gens de l’UJFP qui m’auront permis de la lire.

Modèle républicain et pragmatisme

Faut-il jeter le bébé qu'est le régime républicain avec l'eau du bain qu'est son cadre conceptuel ? Voilà une question qui m’a été posée et à laquelle il n’est pas aisé de répondre du point de vue que j’essaie de prendre, car je ne peux, ni ne veux, dissocier une visée théorique de son application pratique pour la juger. Par pragmatisme, je me méfie du concept même de cadre conceptuel, non pas que j’en nie l’utilité a priori, mais par les limites que la revendication qu’un tel cadre peut induire dans l’approche de problèmes dont il va être question ici. Pour être tout à fait clair sur le fond, oui, les principes républicains de liberté et égalité sont fondamentaux, indépassables encore aujourd’hui et j’y souscris entièrement. J’exclus volontairement le 3eme terme de la trilogie, non pas que la fraternité ne soit pas souhaitable, mais parce qu’elle ne se décrète pas et ne s’impose pas à moins de vouloir à tout prix instituer l’hypocrisie comme ligne de conduite, ce que je refuse dès le départ.

Par contre, s’appuyer sur une vision abstraite, idéelle et surtout normative comme le fait Pena-Ruiz pour justifier sa conception à lui de l’universalisme républicain sous les formes d’une laïcité de circonstance me paraît dangereux, non pas seulement dans sa visée mais dans le particularisme qui l’entache sans même qu’il ne s’en aperçoive.

Pour commencer, je ferai remarquer que, au-delà du fait que toutes les religions du monde ne se ramènent pas au monothéisme, aussi bien le Christianisme que l’Islam voire même le Judaïsme à travers sa forme élective, peuvent tout aussi bien que la laïcité de Pena-Ruiz se revendiquer d’un universalisme de principe. Venir dire que l’intérêt général doit être la norme dans les limites du respect du droit de tous est fort louable et j’y souscris, comme à peu près tout le monde pour qui la raison a une importance.

Par contre, j’aimerais qu’il m’éclaire un peu mieux sur le respect du droit de tous quand la norme dont il est question a pour effet de renvoyer des gamines voilées vers leur cuisine. Pour mieux les éduquer sans doute? Cet universalisme là, qui n’est à mes yeux que le cache-sexe d’une violence inacceptable, celle d’un particularisme qui ne peut s’avouer comme tel, est dangereux, non pas seulement dans son principe, mais surtout par ses effets, observables par exemple dans tout ce qui touche à l’Islam dans le discours publique aujourd’hui, mais pas que là.

Un exemple tout aussi désastreux que je vais prendre ici pour illustrer les effets pervers de l’universalisme myope dont on nous abreuve sous couvert de républicanisme éclairé, a eu lieu dans les années 60 sur le thème de baisse de natalité et dépeuplement des campagnes. Le remède trouvé par l’illustre Debré, obsédé par la natalité déficiente d’une grande nation en déclin, pourtant a priori pas un imbécile puisqu’il a rédigé la constitution, a été d’importer des enfants réunionnais pauvres, là-bas plus nombreux qu’ici, vers les campagnes des départements les plus désertés de la métropole, style Creuse ou ailleurs (quand ce n’était pas à partir d’orphelinats, une simple croix de la main des parents en bas d’un papier pour eux illisibles assurait le plein respect des usages bureaucratiques en vigueur). Du coté des principes de l’idéalité républicaine, rien à dire, ça en impose, c’est grand, c’est beau, c’est généreux, en avant toute vers l’avenir radieux de l’intégrité républicaine d’où toute différence a été abolie sur un papier. Résultat des courses : on estime aujourd’hui qu’au plus 20 % des enfants ont été bien traités par leur famille d’accueil, et si les autres ont été majoritairement nourris, souvent pas à la table familiale, quand ils n’ont pas disparu des statistiques, ils ont surtout été surexploités comme main d’œuvre gratuite pour ne pas écrire esclaves : on en a même trouvé un qui n’avait d’autre dortoir que la porcherie de la ferme. Mais bien sûr, reprendre ici le concept d’enfant racisé serait une insulte à la RF de Pena-Ruiz ou aux positions d’Halimi sur le MD qui cantonne le concept à l’essentialisme qu’il lui attribue sans autre forme de procès. Je m’attends à ce qu’on me dise que j’invente, ou alors peut-être pour les plus fidèles aux croyances laïques, n’aurais-je pas perçu toute la noblesse de la visée initiale...

Pour quitter encore un peu les hautes volées de l’abstraction et revenir sur terre, il existe d’autres voies, autour de la répulsion venue des tripes, méprisante, malsaine, primaire, instinctive et irrationnelle qui assaille le citoyen de base à la simple vue d’un voile venu perturber le confort de l’entre-soi établi, que de la justifier par des principes construits sur mesure comme le fait Pena-Ruiz et bien d’autres avec lui, ce qui visiblement implique une étape imprévue puisqu’il s’agit alors d’une mise en question non plus de l’autre, mais de soi-même, ce qui est nettement plus difficile et sans recette toute faite.

On pourrait peut-être commencer par le simple constat qu’un changement de valeurs, à supposer avec beaucoup de générosité que ce soit là le but inavoué de la laïcité d’aujourd’hui, ne s’impose pas par la contrainte sans entrer dans une forme de fascisme, celui que tout le monde voit, sauf les Français, dans les images révoltantes d’une femme en burkini verbalisée sur une plage qui ont fait le tour de la planète. Et incidemment, si on suit un principe vraiment universaliste celui-là, autre que celui d’une norme coercitive, à savoir celui non pas d’une contrainte mais bien d’un droit, égalitaire pour tous, inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par l’article 18, on peut se rendre compte du décalage introduit par la notion normative de l’universalisme à la Pena-Ruiz : faire de sa propre conception de l’universalisme une norme exclusive comme il le fait, c’est réintroduire par la fenêtre le dénis si pas mépris de l’autre qu’il a cru évacuer par la porte, en s’appuyant sur la doxa majoritaire du moment. Tout comme il semble ne pas s’apercevoir, à pérorer sur l’inexcusable inégalité des sexes attribuée à l’Islam, que la France est en réalité un pays à tradition très machiste et ça vient vient de loin (Ségolène et Marine doivent une partie de leur échec à la loi salique): bien sur, les Françaises aujourd’hui ont le droit de vote, peuvent avorter et ont la possibilité d’ouvrir un compte en banque sans l’accord du mari, mais c’est après le reste du monde que ça s’est fait. Je ne mettrai pas pour autant le profond conservatisme de la société française sur le compte de la laïcité à la Pena-Ruiz, je me contente juste de signaler que sa conception à lui n’en est que le prolongement inavoué.

Il est un autre élément que je ne peux passer sous silence, autour du communautarisme, un gros mot dans le discours publique national. D’abord dans les faits : je ne vois pas dans la pratique vécue, de différences de fond entre le racisme exprimé dans le discours publique en Allemagne, Autriche, Belgique, Pays Bas, Amérique, Angleterre, Italie etc et la France anti-communautariste, si ce n’est qu’ici on se dédouane de tout effort après avoir banni le mot « race » du discours officiel, comme si c’était suffisant, comme si refouler un problème avait permis de le résoudre. Pire encore, on édicte des lois prohibant l’étude de ce que l’on ne veut pas voir sous forme statistique, ce qui revient à pérenniser l’ordre existant, sans le dire et sans y remédier autrement que sur la foi en des principes abstraits d’autant plus martelés que la réalité s’en écarte. Présupposer comme on le fait trop souvent, qu’étudier des statistiques ethniques renforcera le racisme est pour moi un symptôme, une dénégation de ce que l’on sait exister mais ne veut pas reconnaître de peur de créer le pire alors que le pire est déjà là pour ceux qui le subissent. Entendons-nous bien : je ne prétends pas que le communautarisme représente la solution, je me contente juste de signaler que la laïcité promue aujourd’hui (pas celle de 1905) qu’on lui oppose comme un crucifix face aux incroyants, est de facto un échec plus grave encore, quand je vois par exemple le sort réservé aux Musulmans en France ne serait-ce que dans le discours commun, réductible à l’équivalence « voile <=> terrorisme » prégnant ici bien plus qu’ailleurs.

Ensuite, pour utiliser un mot qui apparemment fait problème à certains, du point de vue des racisés eux-mêmes : tous ceux avec qui j’ai parlé et qui ont le privilège de la comparaison avec d’autres pays occidentaux me disent percevoir davantage de racisme ici qu’ailleurs. Évidemment, la réponse d’un Zemmour ou d’un Onfray est toute simple : qu’ils aillent donc voir ailleurs. J’ignore si Zemmour inclut un Michel Zecler dans le lot de départ, mais je ne pense pas que sa réponse soit acceptable sur le fond, et pas seulement par une rhétorique qui lui demanderait ce qu’il fait ici dans son rôle d’assimilé parfait auquel il s’accroche avec tant d’ardeur.

 

Les responsables de la division de la gauche

Venons-en maintenant à un gros morceau, les attaques à gauche et en continu sur le PIR et plus particulièrement à l’encontre de Houria Bouteldja. Ce ne sont pas les attaques qui manquent – je n’ai que l’embarras du choix – mais il en est une qui dépasse de loin toutes les autres et à laquelle je vais m’arrêter ici, dont l’absurdité est tellement énorme que personne, ou presque, ne l’adresse: elle serait source de division pour la gauche…

La belle affaire, j’en ai les bras ballant. Le verdict est tombé et ici on touche vraiment le fond: la gauche n’a même plus la force d’un début de commencement d’ébauche d’analyse efficiente pour comprendre et expliquer sa propre déchéance, elle va directement la pêcher à droite en reprenant la thématique de l’ennemi intérieur, la bouc émissaire facile, la rebelle insoumise incapable d’admirer le bonheur promis, sur laquelle tout le monde peut s’essuyer les pieds sans risque, sans doute que pour cette gauche là, la victoire électorale est à disposition juste à la sortie du tunnel en se bouchant le nez, le consensus est garanti par la vindicte populaire qu’il vaut mieux accompagner plutôt que combattre quand ce n’est pas la susciter…

Non seulement un problème de société comme le racisme n’est pas strictement réductible à un problème gauche/droite, mais en plus lui (HB) mettre sur le dos, sous prétexte de division, une quelconque responsabilité devant l’échec avéré de toutes les gauches gouvernementales est une imposture intellectuelle sidérante, au moment même où les actionnaires du CAC 40 n’ont jamais été si bien servis. Je ne dirai jamais assez tout le mal que je pense de Valls et de ses délires racistes autour de l’hiver républicain, lui le collabo socialisant si prompt à voler au secours du DRH d’Air France malmené par la piétaille en colère, lui qui ne trouve rien de mieux à faire, en pleine crise des migrants, que d’apporter son soutien à un autocrate fascisant contre Merkel, la seule qui ait eu l’audace de vouloir remédier à l’urgence d’un problème humanitaire grave autrement que par des mots. Lui l’ambitieux compulsif qui dans sa quête de pouvoir n’a de cesse de reprendre la thématique d’extrême droite par opportunisme, opportunisme essentiellement de même nature que celui de Mitterrand mais en sens inverse, car faut-il le rappeler, la doxa du jour est à l’extrême droite alors qu’en 81 elle était encore à gauche, la seule permanence étant à chercher davantage chez Machiavel que chez Marx.

Ceci dit, je dois reconnaître que le discours d’Houria est non conforme aux idées reçues et assez tranchant – j’y reviendrai - mais où sont donc les masses qu’elle divise? Est-ce sa responsabilité à elle qu’en 40 ans à peine la mesure du bonheur sur terre soit réduite à la valeur du CAC40 ou du PIB par tous ceux qui nous gouvernent? Est-ce sa responsabilité à elle le manque de solidarité évident et général dans toute négociation en entreprise? (En tant que délégué du personnel, j’ai négocié deux plans sociaux dans une boite qui fait des milliards et je sais très bien de quoi je parle). Une petite parenthèse s’impose ici via « Merci Patron » pour illustrer mon propos, un film admirable dont je ne dirai jamais assez de bien, même si ce que je vais en relater me désespère au plus haut point: dans son périple, François Ruffin a été obligé d’utiliser des comédiens pour se montrer plus fort qu’il n’était. Que la crédibilité de la gauche soit tombée aussi bas, de devoir, dans un admirable sursaut de combativité, utiliser des comédiens pour faire reculer l’homme le plus riche de France dans une mise en scène de révolte, et en plus en parallèle à cet état de fait, vouloir imputer une quelconque responsabilité au PIR sous prétexte de diviser ce qui n’existe plus, est très clairement une escroquerie intellectuelle que les bonnes consciences de Beaud et Noiriel (ici ou ) ne font qu’illustrer par leur prise de position en décalage complet avec la situation sociale objective du moment, sur fond de refoulement général de luttes abandonnées. Que tous les Français d’en bas souffrent, j’en conviens aisément, les Gilets Jaunes ne sont pas nés de nulle part. Mais en quoi au juste attirer l’attention sur le sort de ceux qui, de surcroît, ont le malheur d’être postulés ou perçus différents par la couleur de leur peau ou par leur religion venue d’ailleurs, renforce-t-il la souffrance des premiers ? La réponse à cette question pénible est pourtant fort simple : parce que la doxa du jour est d’extrême droite, sur fond maurrassien. Ma conscience me dit que je ne suis pas obligé d’y souscrire et je me sens bien seul.

Avant de passer à des sujets plus polémiques, un résumé peut-être de la situation telle que je la vois.

Il est clair que le monde de 2021 représente une régression par rapport aux béatitudes fantasmées à gauche, et que l’échec du communisme d’une part, et la mondialisation des échanges sous le joug de l’empire américain d’autre part, pèsent de tout leur poids. Mais contrairement au souverainisme qui a le vent en poupe et qui n’est qu’une esbroufe facile autant à droite qu’à gauche, je ne crois pas un instant qu’un pays comme la France puisse s’en sortir seul sans une paupérisation encore plus forte de ceux d’en bas, les actionnaires ont clairement les moyens de faire payer le prix fort aux récalcitrants qui tentent de sortir de leurs griffes. A partir du moment où ce sont des fonds d’investissement étrangers qui contrôlent l’économie du pays par leur participation majoritaire, le mal est fait et le contrôle perdu, les actionnaires ont définitivement pris le pouvoir (contrairement à la Chine par exemple, car là-bas aucune grosse entreprise ne peut être contrôlée de l’étranger, ce que trop peu de gens comprennent ici suite au bourrage de crane qui fait du PCC l’antichambre du totalitarisme alors que dans les faits ce dernier s’est montré d’un point de vue financier et économique beaucoup plus subtil que toutes les gauches européennes réunies, ce qui n’exclut pas une part de vérité du coté totalitaire, fin de parenthèse). Pourquoi parler de ça ? Parce que, devant le poids des intrications dans l’économie mondiale, la réponse est toute trouvée : on ne peut rien contre la mondialisation, alors rattrapons-nous sur les allogènes, un adage inavoué de l’hiver républicain qui ne fait qu’assombrir encore un peu plus un avenir déjà fort sombre.

Pour ne pas sombrer dans la noirceur la plus totale, je salue au passage François Ruffin qui reste pour moi, par la sincérité véritable de son combat, par son pragmatisme aussi dans la lutte contre l’injustice, une lueur exemplaire dans l’obscurité ambiante.

 

Houria Bouteldja et son rejet

Venons-en maintenant aux sujets qui fâchent, à savoir les raisons qui poussent la nomenklatura en place d’en faire l’ennemi publique numéro un, en France mais pas à l’étranger où elle est plus lue qu’ici...avec des effets de bord assez cocasses, je reprends ici une manchette récente du Causeur comme hors d’œuvre:

« Le jeune correspondant du Washington Post à Paris éclate de rire quand Alain Finkielkraut évoque le politiquement correct et la cancel culture. Des évènements plus graves l’inquiètent... »

pour enfoncer le clou ensuite, en citant le commentaire du journaliste américain étonné suite à l’entretien que je reprends ici :

« Au micro de #Repliques @franceculture ce matin, j’étais surpris que trois jours après une tentative de coup d’État à Washington (!!!), mes interlocuteurs français soient surtout préoccupés par «la cancel culture». Quel luxe parisien de s’inquiéter de cela https://t.co/FB5oYsrwjn

James McAuley (@jameskmcauley) January 9, 2021 »

La suite prévisible est à hauteur des attentes : ni l´islamisation, ni le néo-féminisme virulent (forcément une importation américaine), ni les dérives diversitaires et identitaires et le politiquement correct (sic), nous dit le Causeur, ne font peur au jeune journaliste qui « éclate littéralement de rire à l’évocation de ces broutilles », comme quoi le rire n’a pas de frontières quand il s’agit de Finkielkraut, sans doute aussi, à suivre le Causeur, que la jeunesse du journaliste ne lui aura pas permis de discerner la face hideuse qui se cache derrière chaque coin de voile, celle que notre académicien patenté voit partout là où une différence se manifeste...

Par charité, je ne mentionnerai pas la suite de l’étonnement qui vole au secours de Trump, je me contenterai de constater une forme de permanence dans le discours maurrassien autour de l’anti-France et de cette Amérique inexorablement vouée à sa perte par la diversité de sa population.

Avant d’aller plus loin après cette mise en bouche dont le discours d’Houria est pour moi l’antidote absolu, il me paraît nécessaire de rappeler une fois de plus deux évidences nécessaires : la première et la plus importante, c’est qu’avant de la critiquer, il faudrait la lire jusqu’au bout, tant que c’est possible, j’y reviendrai. La deuxième, c’est de comprendre son utilisation du mot « race » : nous ne sommes plus à l’époque de Gobineau et des théories du XIXeme qui donnaient au mot « race » son sens premier, celui de caractéristique biologique qui permet de différencier les espèces. Le terme de « race » (et ses dérivés), quand il est utilisé par Houriah Bouteldja, n’a strictement rien à voir avec un quelconque état de nature ou de déterminisme génétique, mais bien avec tout le réseau de représentations et préjugés qu’il véhicule dans le discours commun, sans pour autant s’arrêter à celui qui en déduit la nécessité d’une hiérarchie, pas plus qu’à celui qui en instaure une en la niant, comme on a pu le voir avec les lois sur le voile ou l’importation bon marché de racisés réunionnais. Les termes de racisé ou de racialisation renvoient aux processus de marquage de l’autre, du dominé par le dominant dans un rapport de force. C’est un contresens absolu que de lui reprocher une forme quelconque d’essentialisme alors que tout son travail est justement de montrer le contraire : exprimé en langage classique, nous sommes ici dans le domaine de la culture et pas dans celui de la nature, pour expliquer des rapports de domination, qui ne sont pas strictement réductibles à ceux de production dans lesquels la vulgate marxiste veut trop commodément les enfermer. En d’autres termes, l’accuser de racisme ou d’essentialisme, c’est à peu près du même tonneau que d’accuser Fanon de vouloir faire perdurer les races pour toute réponse à la réalité qu'il dénonce.

Pour illustrer une limite à ce qu’on pourrait appeler le modèle républicain dans son entreprise de domination, je vais reprendre une question pourtant toute simple posée par un journaliste de la BBC à Dominique Schnapper, suite à l’égorgement de Samuel Paty dans sa tentative de domestication des indigènes: "En quoi montrer explicitement des caricatures offensantes à ceux à qui elles s'adressent permet-il d'établir un véritable dialogue, un respect mutuel et une tolérance réciproque ?"

Je constate que non seulement la réponse est inexistante, mais qu’en plus la question n’aurait même pas pu être posée publiquement d’ici sans une avalanche d’insultes, car pouvoir la poser implique un abandon de la hiérarchie que le modèle implique, ce qui est la raison profonde pour laquelle la question ne pouvait venir que d’ailleurs. Il ne s’agit évidemment pas pour moi ici de songer interdire caricatures ou blasphèmes, mais juste de questionner la pédagogie qui fait la promotion de la liberté d’expression par un dégueulis bien ciblé sur ceux à qui il s’adresse (adding insult to injury, dit-on chez les Grands Bretons), alors que des lois toujours plus répressives sont mises en place, comme celle sur les lanceurs d’alerte par exemple, sans que ça n’émeuve grand-monde.

Évidemment, on me dira qu’après tout la RF a toujours fonctionné comme ça (HB ne dit pas autre chose) et que tout ce qui est perçu différent n’a qu’à se soumettre à la norme comme ça s’est toujours fait, par coercition. Le problème inévitable avec cette approche néo-colonialiste des banlieues, c’est que les Musulmans et autres allogènes représentent pas loin de 10% de la population et que s’essuyer les pieds sur leur croyance postulée maléfique est la voie royale vers la guerre civile, celle qui a débuté en 1989 avec les premières exclusions par le voile. De plus, vouloir réformer une religion de 1,2 milliard de croyants sur base d’idéologie républicaine est tout simplement absurde, le fait qu’il ait fallu attendre les menaces d’un boycott pour qu’on s’en rende compte en haut lieu illustre assez bien la cécité qui nous gouverne.

Mais il est d’autres cécités que gouvernementales et je reviens à ce que je n’ai fait qu’effleurer plus haut: lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit, tronquer ses propos ou extraire des propositions hors de leur contexte pour mieux la descendre, et là je n’ai que l’embarras du choix pour le montrer.

Quand par exemple on l’accuse d’homophobie : en lisant son texte jusqu’au bout (URL) où elle s’en explique, on comprendra que son "homophobie" consiste non pas à condamner l'homosexualité comme déviance, mais à dire que le combat contre l'homophobie n'est pas le sien, parce que d'une part il n'est pas prioritaire devant d'autres pour elle beaucoup plus urgents, et représente  d'autre part une acculturation dont elle n'a que faire, ce qui reste discutable je l'admets, même si le concept d’universalisme gay qu’elle développe recouvre effectivement un spectre consensuel très large puisqu’il va jusqu’aux mignons qui entourent sa fille, dixit Lepen père.

Un autre bel exemple d’hypocrisie est la façon dont le NouvelObs  nous la présente en la plaçant d’emblée dans une position qui n’est pas la sienne, insistant dès le départ sur sa propre vertu qui a privé les lecteurs de toute interview de Lepen nous dit-on (tout en intitulant l’article « le danger indigéniste », ce qui ne manque pas de sel pour un journal qui ne se revendique pas maurrassien) pour aussitôt asséner le verdict attendu : le PIR est un parti «essentialiste » qui ethniciserait le débat, comme Lepen. Certes, le concept d’essence est hautement inflammable, mais le lui imputer dès le départ pour ceux qui ne l’auraient pas lue, est un contresens total quand on veut bien comprendre ce que le terme de racisé recouvre. Je ne vais pas ici paraphraser ce qu’elle dit mieux que moi, je donne le lien ici  pour ceux qui ne seraient pas abonnés au Nouvelobs.

Venons-en à un aspect plus problématique, celui de sa censure sur ce site, qui à ma connaissance n’a jamais été expliquée. Est-ce par crainte que l’article tombe sous le coup de la censure sur une base légale ? Les propos incriminés se retrouvent fort heureusement sur le site de l’UJFP, ce qui veut au moins dire, du coté de la stricte légalité, que ses propos ne sont pas attaquables. Petite parenthèse ici : si je peux comprendre dans une certaine mesure qu’un site payant impose des restrictions sur ce qu’il publie qui lui semblerait en contradiction avec sa propre éthique, je les comprends nettement moins quand il s’agit d’opinions qui tombent sous le coup de la loi. Je considère pour ma part que la loi américaine est de loin en avance sur la loi française, de permettre à peu près tout et n’importe quoi comme opinion qui ne soit pas un appel au meurtre, ce que Chomsky avait brillamment démontré en son temps et qui montre pour moi une limite inhérente de l’universalité à la française. Mais ceci est un autre débat.

Pour en revenir à Mediapart, j’aurais préféré qu’il s’en explique. Ce ne sont pas les exemples qui manquent pour justifier la censure, sur des blogs, mais se résument dans le meilleur des cas (ici les propos de Vincent Presumey) à un procès d’intention en surinterprétant ce qu’elle avance pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit, exercice de pure rhétorique que je ne vais pas prolonger inutilement ici, sauf sur un point assez exemplaire de la surinterprétation dont je parle. Sur la fin de son texte, HB mentionne une résolution de l’ONU promue par Poutine et intitulée :  « Combattre la glorification du nazisme, du néo-nazisme et autres pratiques qui contribuent à des formes contemporaines de racisme, de discriminations raciales, de xénophobie liée à l’intolérance » tout en déplorant l’alignement de l’Europe sur la position américaine, les puissances occidentales s’étant abstenues de le voter. La surinterprétation de Vincent Presumey est ici de lui (HB) reprocher « un alignement total sur les thématiques impérialistes de Poutine », comme si Poutine n’avait pas un autre impérialisme qui cherche à le détruire en face de lui, et comme si Israël sur le coup n’avait pas intelligemment voté en faveur de la résolution, s’alignant de fait sur la position tiers-mondiste et contre la position américaine, ce qui laisse entrevoir ce que VP ne souhaite pas voir, à savoir qu’Israel dispose d’une marge de manœuvre bien plus large que celle d’une Europe vassale des desiderata américains à laquelle il souhaite apparemment nous confiner.

Pour ce qui est de l’article initial autour de l’antitatarisme, j’y souscris dans sa globalité malgré certaines réserves que j’exprimerai par la suite.

D’abord, il adresse le problème de l’antitatarisme arabe sous l’angle de la colonisation : c’est effectivement un peu facile de labelliser «antitatar» la résistance à mes yeux légitime d’un peuple qui se fait éjecter de chez lui par les Tatars de la parabole, tenant compte du fait que la Shoah est occidentale et pas orientale. En quoi est-il plus légitime à un Tatare russe qu’à un Palestinien d’honorer la tombe de ses ancêtres, sur un lieu que l’un a connu et l’autre pas, reste un mystère, à moins évidemment de vouloir justifier le tout par la religion, ce qui constitue un nœud de contradictions dont certains défenseurs d’une république laïque ici ont du mal à se dépêtrer, si ce n’est par la fuite en avant d´une surenchère de vindictes obsessionnelles à l’encontre d’une autre religion, venue ici menacer nos bonnes mœurs républicaines.

C’est d’autant plus étrange que le changement de la loi fondamentale israélienne survenue récemment pour clore définitivement toute possibilité de compromis est l’exact opposé des conceptions laïques promues ici avec d’autant plus de vigueur qu’elle sont ignorées ailleurs par les mêmes, comme quoi l’universalisme revendiqué atteint assez vite ses frontières pour qui prend un peu de recul pour le voir : pour rappel, Israël est désormais par sa constitution la terre exclusive des Juifs, ce qui en fait un état théocratique et même raciste si on suit la logique de la matrilinéarité (la judéité se transmettant par la mère), ce qui n’a pas l’air d’avoir dérangé grand monde ici du coté laïque, comme quoi il est des silences qui en disent plus long que tout un discours...

Pour qui sait la lire, la logique anticoloniale d’Houriah est solide et cohérente, elle est intéressante d’avoir donné un souffle nouveau à ce qu’on pourrait appeler une contestation des certitudes établies, pour ne pas dire un cri de révolte, dont le confort des certitudes bourgeoises fait les frais, particulièrement du coté des salons de la gauche caviar.

Mais le discours radical qu’elle tient et la cause qu’elle défend, que je crois avoir accompagné du mieux que je pouvais, a peut-être aussi des limites. Pour le dire clairement, au risque de donner de l’eau au moulin des attaques dont elle est la cible, c’est que l’antisémitisme n’est pas tout à fait un racisme comme les autres et qu’il n’est pas à mes yeux judicieux de l’enfermer, malgré les bantoustans d’Israel, dans une stricte logique anticoloniale. Je ne vais pas ici développer davantage, je me contenterai de signaler qu’un point nodal est pour moi la jalousie sournoise du goy envers le Juif, l’exact point de jonction entre l’antisémitisme dit des banlieues et celui du terroir. Je ne gloserai pas plus loin ici autour de la culture du ressentiment comme a pu le faire un fin moraliste du XIXeme en mal d’impuissance, car de ressentiments il y en a ici pour tous, pour tous les goûts et dans tous les sens.

Reste, au risque de passer pour le pédant vieillot d’un Occident en déclin, qc comme un impératif catégorique envers ce qui est pour moi, fondamentalement et intrinsèquement, inacceptable : que des Juifs se fassent lyncher parce qu’ils sont Juifs, comme on a pu le voir dans une cour d’école ou dans un supermarket casher est absolument inacceptable, c’est une abomination qu’il faut dénoncer sans aucune retenue et quel que soit le rapport de force dans d’autres combats que l’on veut mener. Je ne m’aventurerai donc pas ici dans un subtil distinguo entre la part israélienne et juive pour affirmer simplement ceci : oui, le fait que des enfants se fassent trucider sur base de ce qu’ils sont Juifs, ici ou ailleurs, justifie le concept de « foyer Juif », et donc l’existence de l’état d’Israël, ce qui ne veut pas dire un blanc seing à la permanence de l’état dans sa version sud-africaine d’aujourd’hui.

Ça ne veut pas dire non plus un blanc seing à tous ceux qui se croient malins d’afficher sur des plateaux de tv leur état de service dans une armée d’occupation, pour ensuite hurler d’indignation à ce que quelques paumés d’en bas, qu’ils toisent de tout leur mépris de classe, puissent se fourvoyer dans une émulation absurde d’un djihad qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes, au prix de leur vie.

Avant de quitter ces eaux sombres, je voudrais signaler une instance exemplaire de l’impasse française dont je ne trouverai jamais de mots suffisamment durs pour la condamner. Parmi les victimes de Merah, l’assassin odieux d’enfants Juifs, se trouvait un soldat d’origine maghrébine lui aussi : la réaction viscérale de représentants de la nation à la simple vue du voile, que sa mère portait au deuil de son fils, est non seulement ignoble, mais surtout en dit bien plus sur l’état d’arriération morale de la société française que des tonnes de discours.

Avant de conclure, je voudrais aborder un sujet connexe qui est aussi le prolongement des positions défendues ci-dessus, et beaucoup plus difficile à aborder sans prêter le flanc aux procès d’intention qu’il risque d’enclencher puisqu’il s’agit ici de politique internationale, sur le mouvement BDS d’une part, et sur l’Iran d’autre part.

D’abord, je trouve complètement aberrant qu’on cherche à pénaliser un mouvement qui est essentiellement pacifiste : le mouvement BDS est fondamentalement non-violent, ne se réclame aucunement du terrorisme, et porte seulement sur un boycott économique de l’Etat d’Israel pour l’amener à réviser le sort imparti aux Palestiniens, qui n’est plus aujourd’hui autre qu’une reproduction tardive de feu l’apartheid sud-africain. En faire un mouvement antisémite, c’est très clairement assigner à tous les Juifs la responsabilité de ce que des Israéliens ont choisi de faire, et ce n’est rien d’autre qu’une incitation à un renouveau de l’antisémitisme en superposant de facto les uns aux autres devant l’évidence objective de l’injustice qu’est l’apartheid pourtant visible aux yeux du monde entier. En fait, par cette loi promue par Israel avec un cynisme avéré, les Juifs de la diaspora sont pris en position d’otage par les Israéliens, sans qu’ils ne s’aperçoivent vraiment eux-mêmes de la part de responsabilité qui leur est impartie par la construction. Et bien évidemment, ça en devient aussi une incitation au retour...

De plus, à partir du moment où un Etat est constitué et existe, il me paraît douteux, voire complètement naïf, de faire abstraction des jeux de pouvoir, de rivalité, d’intérêts plus ou moins conflictuels que nécessite sa pérennité, en d’autres termes ni plus ni moins que la logique propre à tout état existant. Venir sortir un argument du style « l’armée la plus morale du monde » à propos de l’IDF ne peut être qu’une niaiserie sans bornes car une armée est faite pour tuer, la meilleure défense étant l'attaque. La question devient alors : jusqu’où aller dans la Realpolitik, au sens où je l’entends, à savoir jusqu’où aller dans le meurtre sans provoquer sa propre perte, ce qui nous amène nécessairement assez loin des concepts moraux de l’Election, ce que beaucoup parmi ceux qui se réclament du judaïsme ici ont du mal à reconnaître. Pourquoi ici plus qu’ailleurs ? Je n’ai pas d’explication toute faite, je constate juste la différence que je peux trouver, à ordre de portée médiatique similaire, entre les propos méprisants d’un Finkielkraut ici et ceux beaucoup plus humains et ouverts d’un Sacha Baron Cohen de l’autre coté de la Manche.

Résumons un peu ma position : je suis en faveur de l’État d’Israel sur base de la nécessité historique d’un foyer Juif, je reconnais aussi la nécessité d’une armée qui puisse garantir sa survie, mais en aucun cas je ne suis prêt à gober comme inévitables toutes les exactions commises par cet Etat, et ici je tiens à me démarquer clairement de la propagande médiatique qui en fait un Etat modèle dans un environnement hostile.

Même si je peux comprendre que depuis les révoltes de pierres et autre intifada, les media mainstream cherchent à minimiser ce qui se passe là-bas pour calmer le jeu ici entre ceux qui s’identifient aux uns ou aux autres, il n’en reste pas moins que la situation sur place est loin d’être joyeuse. Que pas une semaine ne se passe sans qu’un raid israélien ne cible le territoire de la Syrie, on ne l’apprendra que si une riposte a eu lieu, auquel cas on parlera d’escalade et on rappellera avec insistance toute une série d’atrocités mise sur le compte du régime sans autre forme de procès, et sans même se poser la question de savoir ce qu’en pensent les Syriens sur place. Cette espèce de parti pris suite à l’alignement de la France sur l’Amérique la plus réactionnaire, dans son combat millénariste du Bien contre le Mal, est confondant, signe assez clair aussi de l’effondrement idéologique de la gauche française car le seul qui ait eu le courage de dire non à l’empire s’appela Chirac et non Mitterrand ou Hollande.

On ne saura jamais exactement, si ce n’est peut-être à chercher dans son immense culture, pourquoi Foucault avait été tant enthousiasmé par la révolution iranienne, ni quelle force il avait su déceler derrière ce rejet profond de ce qu’on pourrait appeler un mode de domination occidentale. Qu’une nation isolée ait pu résister à plus de 40 ans de blocus, à une guerre d’invasion impitoyable qui a fait au bas mot 500000 victimes, voilà une anticipation qu’il n’était pas facile de proposer, et pourtant d’une certaine manière il l’a fait. Peut-on réduire cette force à l’Islam Chiite ? Peut-être, mais ce n’est pas certain et je connais trop peu Corbin pour m’aventurer là dessus.

Ce qui est certain par contre, c’est la démonisation qui a lieu depuis le début de la révolution iranienne pour nous désigner l’Iran comme l’ennemi à abattre, postulé coupable d’une spiritualité trop contraire à notre propre conception du monde. Avec des effets de bord qui pataugent dans le mensonge répétitif: 99 % des victimes du terrorisme fondamentaliste (attentats contre des mosquées ou lieus publiques) sont des Chiites et leurs auteurs Sunnites, mais l’imagerie populaire ne se pose pas trop de questions en superposant les uns aux autres, on pourrait presque regretter à cette aune là que les auteurs du WTC aient été des Sunnites. Même chose du coté démocratique : des élections ont bien lieu en Iran, et jamais dans les pétromonarchies sunnites avoisinantes sans que personne ne le remarque. Évidemment, j’entends déjà l’objection venir : oui mais le choix est limité ! Ah bon ? Parce qu’ici le choix serait plus ouvert ? Si qqn qui suit l’argument avait la bonté de m’expliquer quelle est la différence de fond entre les politiques suivies par Macron, Hollande, Sarko, Chirac, Mitterrand, VGE etc ça pourrait éclaircir le débat…

Reste que dans leur velléité d’indépendance, les Iraniens ont su trouver le moyen de survivre malgré le blocus économique impitoyable dont ils sont l’objet, au moment même où la campagne BDS, pourtant fort éloignée dans ses visées de ce que la population iranienne subit de facto par son blocus depuis 40 ans, est vouée au délit sans autre forme de procès par des Etats qui se disent démocratiques. Il est vrai que dans l’universel de notre beau monde occidental, toutes les vies humaines n’ont pas le même prix...

Surgit alors l’objection majeure qui justifie toute la propagande d’un interventionnisme à sens unique: les Iraniens seraient en train de développer l’arme atomique...comme si après avoir perdu plus d’un demi million des leurs dans une guerre épouvantable il n’était pas naturel qu’ils cherchent à se prévenir de la prochaine. Maintenant, si effectivement la bombe atomique au Moyen Orient était une mauvaise idée, il aurait mieux valu y penser dès le départ et ne pas commencer par un précédent, ce qui veut dire que la seule option équitable qui puisse rester est son abandon par Israël si on veut vraiment dissuader l’Iran. Et je ne m’attarderai même pas sur la normalité ambiante insufflée dans tous les media occidentaux de la planète, celle qui fait passer l’assassinat de scientifiques Iraniens ou du numéro deux du régime pour des gestes de salubrité publique.

Il me faudrait, pour bien faire, développer plus loin le concept d’ingérence tel qu’il est repris dans le discours publique pour justifier l’injustifiable, comme il l’a été par exemple dans le renversement du régime détestable de Kadhafi, avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Plus tard peut-être si le temps me le permet.

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Pour en arriver à ma conclusion, je m’aperçois que mon propos est resté d’une certaine manière fort théorique, en opposition avec la revendication de pragmatisme dont je me réclamais. C’est pourquoi, je vais tenter de remédier à cette lacune grave par deux propositions, chacune très pratique et fort simple qui, à mes yeux, permettraient d’ouvrir une voie concrète hors de l’impasse actuelle sur une partie au moins des problèmes soulevés:

 - la première, pour valoriser vraiment la fonction d’enseignant, serait de leur donner un salaire décent (quand je dis décent c’est au moins 50 % de salaire net en plus) car ce sont eux qui sont en confrontation directe avec le poids de tout ce que la société française charrie de contradictions sur le terrain.

 - la deuxième c’est également d’augmenter tout aussi significativement le salaire de tous les policiers de base qui se trouvent eux aussi confrontés directement aux mêmes contradictions pour un salaire de misère et sans formation adéquate, ce qui laisse entendre une sélection plus stricte. Cela suppose aussi un retour à une police de proximité dans les banlieues.

Que ces 2 propositions outrancières ne soient pas Macron-budget-compatibles n’étonnera personne. Qu’elles paraissent outrancières à un certain nombre à gauche ne m’étonnera pas non plus.

Je pense avoir illustré, en réponse à la question qui m’avait été posée sur le modèle républicain, non pas directement les limites de celui-ci, mais celles induites par la notion en réalité étriquée et très ciblée d’universalisme sur laquelle il s’appuie, raison principale pour laquelle je soutiens le discours d’Houria dans ses grandes lignes, ce qui ne veut pas dire non plus que j’évacue de mon propre discours toute référence à l’universel, celui que je peux trouver chez Platon, voire Descartes, qui reste pour moi le plus grand philosophe Français, car je ne réduirai pas pour ma part sa pensée à une forme de blanchité qu’Houria a pu déceler pour les raisons qui sont les siennes, d’autres interprétations sont possibles, comme celle de Spinoza par exemple, dont la pensée est un prolongement marqué par la tolérance (un mot qui a disparu du lexique contemporain), et malgré toutes les difficultés charriées par son approche contre-intuitive de ce qu’est un homme devant Dieu. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les propos d’Ivan Segré m’ont ému, tant par leur justesse que par leur humanité, à des années lumières de la chasse aux sorcières, et c’est à lui que je donnerai le mot de la fin pour ceux qui m'auront suivi jusque ici.

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