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Oh les beaux livres #2

Plus que jamais réaffirmer le pouvoir des livres lorsque l'accès à la culture est dénié par l'Etat. Le gouvernement ouvre les centres commerciaux et les grandes enseignes mais pas les théâtres ni les salles de cinéma. Il déconfine les lieux de culte mais pas les musées ni les centres d'art. Il restera les livres. Ma sélection, forcément subjective, se présente sans hiérarchie aucune.
  1. Réputée pour sa capacité à reproduire à l'identique le monde en images, la photographie est traditionnellement associée à des représentations figuratives. Ce livre s'attache à démontrer le contraire en donnant à voir une photographie abstraite aux multiples facettes, oscillant entre images analogiques et numériques. L'ouvrage compile des œuvres photographiques non figuratives, de photographes renommés comme Wolfgang Tillmans, Thomas Ruff ou Catherine Opie mais aussi de la jeune génération amenée par Constance Nouvel ou Sarah Ritter, pour établir un essai très complet sur l'abstraction photographique. Aux univers visuels inventifs du livre s'ajoutent des entretiens avec les artistes et des textes explicatifs de critiques renommés.

    "La photographie à l'épreuve de l'abstraction" accompagne la triple exposition éponyme qui se tient simultanément au Frac Normandie Rouen, au Centre photographique d'Ile-de-France à Pontault-Combault et à Micro Ondes à Vélizy-Villacoublay. 

    Textes de Nathalie Giraudeau, Directrice du Centre Photographique d’Île-de-France, Audrey Illouz, Responsable de Micro Onde - Centre d’art de l’Onde, Kathrin Schönegg, historienne de la photographie, Véronique Souben, Directrice du Frac Normandie Rouen, Érik Verhagen, professeur en histoire de l’art contemporain, critique d’art et commissaire d’exposition. 

    Bilingue Français / Anglais. Editions Hajte Canz, 2020. 224 pp., 132 ills. 40 euros. Disponible à la commande sur le site de Hatje Canz.

  2. Au cours de sa brève mais prolifique carrière artistique, Charlotte Posenenske a imaginé une approche singulièrement démocratique de l'art minimal et conceptuel. Repensant les moyens et les objectifs de la production et de la consommation artistiques, elle a produit des sculptures modulaires qui sont fabriquées et arrangées industriellement par les consommateurs, plutôt que par l'artiste.

    L'ouvrage, édité à l'occasion de l’exposition "Charlotte Posenenske: Work in Progress"  organisée par la Dia Art Foundation à Beacon, New York, en collaboration avec le MACBA à Barcelone, la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen à Düsseldorf et le Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, largement illustré retrace l'évolution de sa pratique des premières œuvres sur papier à sa série de sculptures produites en série. Ce faisant, le livre évalue l'impact des idées modernistes de l'utopie sur son travail, le situe dans les théories du jeu et de la performance et l'examine à travers le prisme de sa vocation ultérieure de sociologue dans l'Allemagne d'après-guerre. En plus d'une chronologie détaillée qui détaille toute l'étendue de sa vie et de son œuvre, le livre comprend des écrits sélectionnés par l'artiste elle-même.

    "Charlotte Posenenske. Work in progress", 2019, Jessica Morgan, Alexis Lowry (ed.). Textes de Matilde Guidelli Guidi, Liz Hirsch, Alexis Lowry, Isabelle Malz, Rita McBride, Jessica Morgan, Daniel Spaulding, Catherine Wood. Publié par la Dia Art Foundation, 246 pp. 39 euros.

    Disponible à la commande sur le site du Mudam Store.

    UNIQUEMENT EN ANGLAIS.

  3. Parue en 2019, à l'occasion des trente cinq ans du Centre d'art Le Lait à Albi, l'édition rassemble les moments marquants de l'activité du lieu depuis sa création en 1983 jusqu'en 2018. Richement illustrée, elle fait état de la pluralité et de la singularité des expositions et des œuvres, produites pour la plupart dans un même lieu depuis 1990, les Moulins Albigeois, et dans le territoire du Tarn.

    "Chroniques du Centre d'art Le Lait", 432 pages illustrées en couleur, 117 expositions, plus de 200 artistes.

    Contributions de Daniel Buren, Marta Gili, Jackie-Ruth Meyer, Françoise Parfait pour le collectif Suspended Spaces, Ramon Tio Bellido. Préface par Georges-Henry Ser, président du centre d'art. Avant-propos par Antoine Marchand, directeur du centre d'art.

    Bilingue français / anglais Format 22,5 x 28,7 cm. 39 euros.

    Disponible sur place au centre d'art Le LAIT, 28 rue Rochegude (du mercredi au dimanche de 14h à 19h) ou au Carré Public, 6 rue Jules Rolland, 81000 Albi. (Du lundi au vendredi, de 9h à 12h et de 14h à 17h30)
    Ou sur commande auprès du Centre d'art (+ frais de port 11,11 € - Envois en France métropolitaine) 
    Renseignements : 09 63 03 98 84.

    Disponible à la commande en ligne sur le site de helloasso.

  4. C’est l’histoire d’un ensemble photographique anonyme surgi du secret auquel il semblait voué. Soit des centaines de tirages amateurs courant sur une décennie, entre 1996 et 2006, et témoignant du fétichisme de son auteur. Celui-ci se manifeste au travers de clichés de jambes gainées de collants, prises indifféremment dans la rue ou à la télévision. Sa pratique évoque celle de Miroslav Tichy, à la différence que notre auteur devient parfois lui-même acteur. Dans les deux cas – comme fréquemment dans l’art brut – se posent les questions brûlantes de l’artification auquel procède notre regard et de la part d’imaginaire collectif qui infuserait dans pareille mythologie individuelle.

    "Le Fétichiste. Anatomie d'une mythologie". Textes de Marc Donnadieu et Magali Nachtergael. Avant-propos de Christian Berst. 2020, 200 pp. Publié à l’occasion de l’exposition le fétichiste : anatomie d’une mythologie, du 15 octobre au 21 novembre 2020. 25 euros.

    Disponible sur le site de la galerie Christian Berst Art Brut

  5. Pureté et impureté de l’art. Michel Journiac et le sida porte sur le silence des artistes français et du champ des arts plastiques face à l’épidémie du sida au début des années 1990 en France. Revenant sur la trajectoire de Michel Journiac, sur une constellation d’artistes qui lui furent liés et sur un projet d’exposition qui n’a pas vu le jour, cet essai resitue le travail de l’artiste dans le contexte des années 1980 et 1990, « années d’hiver » y compris pour l’art, et plus généralement dans le mouvement de l’« art corporel » et la recherche de formes d’activisme artistique. Pureté et impureté de l’art propose alors de réfléchir à ce qu’un tel silence face au sida dit de l’art français, et aux conséquences bien plus larges qu’il implique, d’hier à aujourd’hui, sur les rapports entre art et politique, entre la création, les luttes sociales, les mouvements culturels et les soubresauts qui traversent une société." Antoine Idier

    « Pureté et impureté de l’art. Michel Journiac et le sida » par Antoine Idier, publié par les éditions Sombres torrents, Aurillac, 2020, 68 pp. Le livre a bénéficié du soutien à l’édition du Cnap en 2019. 8 euros. 

    Disponible sur le site des éditions Sombres torrents.

  6. Il serait illusoire de croire qu'il n'y a qu'un seul Congo qui compose la République démocratique du Congo, pays immense dont les frontières ont été arbitrairement définies par les colons. Doté d'une scène artistique extraordinairement dynamique qui suscite un grand intérêt dans le monde entier, il affiche une production créative qui, nulle part ailleurs ne Afrique, n'est aussi variée en termes de formes, de supports et de matériaux utilisés. Depuis de nombreuses années, les artistes congolais explorent et réfléchissent aux effets du commerce mondialisé, du colonialisme, du prosélytisme et des frontières virtuelles. Pour la première fois, ce livre, publié à l’occasion d’une exposition au Musée Rietberg de Zurich, présente des œuvres d’art et des photographies recueillies par l’anthropologue allemand Hans Himmelheber lors de son voyage au Congo en 1938–1939,. Témoignages de la formidable innovation de l'époque, ils nous renseignent aussi sur le comportement du collectionneur sur un territoire appelé alors Congo belge. Ces objets d'art sont juxtaposés à des œuvres d'artistes congolais contemporains et complétés par des essais qui explorent la fiction du Congo, en tant qu'imaginaire à la fois africain et occidental. Ainsi, le livre relie le passé à l'utopie de la production artistique contemporaine en Afrique centrale. 

    "Congo as fiction : Art Worlds between Past and Present", catalogue de l'exposition éponyme qui s'est tenu au Musée Reitberg à Zurich, du 22 novembre 2019 au 15 mars 2020.

    Michaela Oberhofer (dir.), contributions de Sandrine Colard, Laura Falletta, Christraud M. Geary, Nanina Guyer, Nzomba Dugo Kakema, David Mannes, Michaela Oberhofer, Constantine Petridis, Jens Stenger et Z.S. Strother.

    Editions Scheidegger & Spies, 2019, 328 pp., 413 illustrations couleurs. 48 euros.

    UNIQUEMENT EN ANGLAIS.

  7. Catalogue de l'exposition monographique d'Agnès Geoffray au Frac Auvergne à Clermont-Ferrand, où l'artiste sonde le pouvoir fictionnel des images. Photographie, vidéo, sculpture, textile, elle multiplie les médiums pour créer des pièces à la dramaturgie intense, installant le visiteur dans une atmosphère trouble. Les œuvres d'Agnès Geoffray donnent ce sentiment de « déjà vu » qui leur confère une inquiétante étrangeté. L'ouvrage, d'une qualité remarquable, est à un prix défiant toute concurrence. Le cadeau idéal pour les fêtes.

    Ce livre a été édité par le FRAC Auvergne à l’occasion de l’exposition Agnès Geoffray du 1er février au 3 mai 2020. 

    Texte de Sally Bonn et Jean-Charles Vergne.

    Bilingue Français/Anglais, format 30 x 24 cm, 192 pages. Reproductions couleur. 19 euros. 

    Disponible sur le site du FRAC Auvergne.

  8. « Spilliaert et moi sommes frères de noir. Ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une œuvre et une moustache.
    Ses paysages sont des asiles, ses portraits, les effigies de nos âmes sombres. Avec ses natures mortes, il transcende le réel et rend le banal fantastique.
    C’est un alchimiste  : de la boue et la sombreur, il fait du sublime.
    Spilliaert donne du panache au spleen.
    Pour le côtoyer davantage, j’ai voulu écrire sur lui en partant sur ses traces.
    Ostende, Bruxelles, Paris.
    Ce n’était pas si loin.
    J’espère que vous prendrez le même plaisir que moi à faire sa connaissance. » Eva Bester

    Un portrait inspiré. Un ouvrage précieux. Le complément idéal de l'exposition consacrée aux oeuvres de Léon Spillaert au Musée d'Orsay.

    Eva Bester, "Léon Spilliaert. Œuvre au noir (Ostende1881 - Bruxelles 1946)", Editions Autrement, Essais et documents, 2020, 112 pp., 12 euros. 

  9. "Les auteurs d’Art Brut conçoivent leurs œuvres en marge du champ officiel de l’art et font donc fi de toutes règles ou normes en matière de création. Aussi, l’analyse du thème du cadre dans l’Art Brut proposée par Michel Thévoz se révèle passionnante, car les œuvres choisies en exemple tendent précisément à se soustraire aux cadres, quels qu’ils soient : au sens propre, celui en bois, le « frame » anglais qui entoure la composition, mais aussi celui défini par le support lui-même, voire celui que l’auteur y a tracé ; au sens figuré, le cadre entendu comme l’ensemble des conventions en matière de représentation." Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l'Art Brut, extrait de la préface à "Pathologie du cadre". 

    L'ouvrage sert de catalogue à l'exposition "L'art brut s'encadre" qui devait ouvrir le 11 décembre dernier à la Collection de l'Art Brut à Lausanne dont Michel Thévoz, aujourd'hui âgé de 83 ans, fut le premier directeur.

    Michel Thévoz, "Pathologie du cadre", préface de Sarah Lombardi, Paris, Les Éditions de Minuit, 2020, 160 pages. 18 euros.

  10. Première édition numérique de la photographe Florence Chevallier, "Eblouissement" donne à voir des fleurs des champs et des jardins. Le support apparait idéal pour présenter une nouvelle série d'images que l'artiste charge d’intensité lumineuse et de couleurs saturées, dans le but avoué de créer un trouble et un étonnement face à la révélation d’une nature « surnaturelle ». La photographie, à la faveur de ses mutations numériques, métamorphose l’élément naturel en un langage visuel pictural dont l'artifice détourne le regardeur d’une réalité trop objective. La photographe recherche un effet de merveilleux, de ravissement afin de renforcer la dimension onirique des fleurs saisies dans leur contexte : champs, ciel, soleil couchant, jardin, … L'édition numérique permet d'augmenter la lecture d'un ouvrage imprimé. Ainsi, aux photographies pleinement surnaturelles répondent un extrait d'Inferno d'August Strindberg lu par la photographe, une vidéo de rivière augmentant les photographies des bruit de l'eau et du chant des oiseaux. Un premier chapitre d'une suite, on l'espère, à venir. 

    4,99 euros. Disponible en téléchargement immédiat sur le site des Editions Naima

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