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Cinq seuls-en-scène qui ont marqué 2018

Le seul-en-scène, exercice singulier et spécifique au théâtre mérite une place à part tant sa réussite repose sur la performance de son interprète qui est aussi souvent son propre metteur en scène et auteur. Et si le nombre l'emportait sur le genre pour une fois? Sa propre metteuse en scène et autrice donc!
  1.  "Longwy Texas" de Carole Thibaut à la Maison des Metallos. Avec ce seule en scène, Carole Thibaut raconte par l'intime le bassin minier lorrain en confrontant les souvenirs sublimés de la petite fille qu'elle était à l'implacable historicité des archives familiales. Dans ce récit de la fin d'un monde où la sidérurgie assurait la fortune locale, la domination masculine niait aussi aux femmes une existence propre. Bouleversant.

  2. "Le grand sommeil" de Marion Siefert à La Commune - CDN d'Aubervilliers. Marion Siefert interroge la part sombre de l’enfance. Fruit d’un spectacle qui n’a pas eu lieu, « Le grand sommeil » suit les élucubrations d’une jeune adolescente qui, par dérives successives, sera tour à tour insolente, obscène, monstrueuse, sans concession avec les adultes. Helena de Laurens, époustouflante révélation, incarne magistralement cette femme enfant.

  3. "D'autres" de Tiphanie Bovay-Klameth au Centre culturel suisse. Tiphanie Bovay-Klameth signe un premier spectacle en forme de performance où seule en scène, elle incarne les membres d'un village vaudois. D'une tépidité toute romande, elle manie un humour à contre temps qui désamorce les peines et magnifie les joies d'une vie quotidienne en forme d'autofiction où le point de départ, le deuil d'un père se meut en hommage à la communauté. La révélation de l'année.

  4. "Clouée au sol" de Gilles David aux Déchargeurs. Epoustouflant monologue performé tambour battant par Pauline Bayle, magistrale de force et de détermination. Pilote de l'US Air Force assignée après son accouchement à guider un drone dans le confort d'un bureau et la proximité familiale, elle perd peu à peu pied à mesure que les frontières entre les deux mondes s'estompent.

  5. "Inflammation du verbe vivre" de Wajdi Mouawad (reprise) à La Colline - Théâtre National. Seul en scène magistral contant les pérégrinations intérieures du metteur en scène, en proie au doute lorsque la mort sépare les hommes. Cette odyssée est aussi celle d'un pays à genoux qui avait autrefois offert la démocratie au monde. Hommage à l'ami disparu, partout la mer et toujours des oiseaux.

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