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Billet de blog 13 déc. 2021

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Référendum 2021 : Le « non » a perdu 5 783 voix

Les résultats officiels sont désormais publiés sur le site du haut-commissariat à Nouméa. Nous pouvons donc commencer à voir ce que nous disent les chiffres.

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On nous annoncé hier une victoire écrasante du « non ». En fait, l’importance du vote « non » est en perte très nette perte de vitesse. Cela explique en partie la précipitation à tenir ce scrutin, envers et contre tous. Avec presqu’un an de plus, la dégringolade du « non » aurait été encore plus forte et le « oui » l’aurait emporté. De plus, il faut mettre les 75 720 voix pour le non d’hier face aux 2 747 suffrages pour le oui et aux 103 483 abstentions de 2021, soit 106 230 électeurs qui ne sont pas prononcés pour le « non ». En 2020, pour mémoire, les mêmes chiffres étaient de 81 503 non, 71 533 oui et 25 881 abstentions.

À quoi sert aujourd’hui, avec l’appel à non-participation de l’ensemble des indépendantistes, de vouloir comparer ex abrupto les non et oui entre 2020 et 2021 ? Cela n’a aucun sens, à part celui de faire plaisir aux Loyalistes et à Macron.

C’est cela la conception de la démocratie de la république française, tout fait pour que la consultation ne puisse pas se dérouler comme il se devait et comme s’y était engagé, rappelons-le, le Premier ministre, Édouard Philippe :

« L’accord de Nouméa prévoit que, en cas de non au deuxième référendum, il est possible de tenir  un troisième référendum dans les deux  ans qui suivent le deuxième. Nous avons exclu que cette troisième consultation puisse être organisée entre le milieu du mois de septembre 2021 et la fin du mois d'août 2022. Il nous est collectivement apparu qu'il était préférable de bien distinguer les échéances électorales nationales et celles propres à l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Le choix du calendrier après la deuxième consultation constituera donc un enjeu majeur. Le Gouvernement et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ont à cet égard évoqué la nécessité de poursuivre le dialogue tout au long de ce processus. » (Déclaration du Premier ministre Édouard Philippe, le 10 octobre 2019 à l’issu du 19e comité des signataires de l’accord de Nouméa)

La seule chose réellement comparable est le nombre de « non ».

Le « non » régresse dans toutes les communes du territoire

Il n’est pas une commune, même celles du Grand Nouméa, qui voit le non décliner en nombre de suffrages exprimés. 75720 non rapportés aux inscrits, cela ne donne au final que 41,07 % des électeurs appelés à voter le 12 décembre 2021. Y a-t-il là matière à crier victoire comme l’ont fait hier responsables politiques loyalistes, président de la république et la quasi-totalité de la presse ? Je ne le pense pas. Il demeure que 58,93 % de ce corps électoral concerné n’a pas voté non, c’est-à-dire le maintien au sein de la France. Les déclarations de Macron (voir notre billet d’hier) sont donc bien excessives et si paternalistes :

« Ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester ! »

« La France est fière d’être votre patrie. Elle renouvelle pour vous ce soir son engagement à vous protéger »…

À ce titre, voyons les communiqués du Comité stratégique indépendantiste de non-participation[1] qui rassemble toute la mouvance indépendantiste de Kanaky-Nouvelle-Calédonie qui dénonce, lors d’une conférence de presse (lundi 8/11/2021 2021), « une rupture de parole de l’État français, une consultation anxiogène, biaisée et mal préparée ». En voici quelques autres extraits :

« La population intéressée s’est prononcée à 85,69 % alors que notre pays était covid-free. Cet extraordinaire taux de participation et un Oui à 46,74 % démontrent la forte implication et l’intérêt des populations concernées, bien au-delà du seul peuple premier. »

« Nous, les partisans du oui [à l’indépendance], souhaitons que cette ultime consultation de l’accord de Nouméa se déroule dans un climat serein et apaisé […] ce ne sera pas le cas »

« [Ils] respecteront [donc pas le résultat] et […] si nécessaire, ils pointeraient devant la communauté internationale les manquements d’un État [français] qui ne tient pas parole. »

Banderolle à Ouvéa devant le marché annexe de Fayaoué, à côté de la gendarmerie © David Omniwack de Gossanah-Ouvéa

Nous donnons en pièce jointe le dernier communiqué (en date du 13/12/2021) qui revient sur les résultats de la veille. En remerciant « l’ensemble de l’électorat en faveur de l’indépendance qui n’a pas participé à ce scrutin », il salue le calme de la journée, notamment :

«  Le comportement de notre jeunesse a été exemplaire, à la hauteur de l’enjeu et démontre qu’elle est digne de confiance face à la provocation. Les consignes ont été respectées même si tout a été fait pour qu’un incident se produise. »

Il note l’érosion[2] de l’électorat loyaliste pourtant seul sur le terrain médiatique, avec une campagne fade et pleine de dénigrement, voire de racisme, et leurs clips de campagne ont dû être retoqués[3].

Le CSI-NP affirme sa position de ne pas discuter actuellement avec l’État français et attendra « le renouvellement du gouvernement français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté ». Et de conclure, comme notre billet d’humeur d’hier :

Le CSI-NP affirme sa position de ne pas discuter actuellement avec l’État français et attendra « le renouvellement du gouvernement français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté ». Et de conclure, comme notre billet d’humeur d’hier :

« Le discours d’Emmanuel Macron pour “valide” les résultats ne fait pas honneur à la France. Chacun doit en tirer désormais les conséquences. »

Communiqué du CSI-NP sur les résultats du référendum du 12/12/2021 © CSI-NP (pdf, 192.6 kB)

Tableau 1. – Les chiffres du non 2021 (Provinces Nord et îles Loyauté)

© Isabelle Leblic

Tableau 2. – Les chiffres du non 2021 (Province Sud dont Grand Nouméa)

© Isabelle Leblic

Merci de nous avoir lu

À suivre sous peu

Salutations anticoloniales

Isabelle Leblic

[1] En sont membres : le Front de Libération national kanak et socialiste (FLNKS), le Parti travailliste (PT), les nationalistes du MNSK, la Dynamique unitaire sud (DUS), l’Union syndicale des travailleurs kanak et exploités (USTKE), la Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP), le Front de luttes sociales (FLS).

[2] Il ne faut pas négliger que, sans doute, certains, même dans le camp du non, ne sont pas allés voter, en respect du deuil kanak. 

[3] car, comme le note sur son blog Jean-Michel Guiart, « le choix du non à l'indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, consiste à réaffirmer un ordre social préétabli, comme empreinte coloniale ».

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