Alan Emrey
Abonné·e de Mediapart

82 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 nov. 2020

Alan Emrey
Abonné·e de Mediapart

Covid19 et Vaccination : un rappel de la grippe porcine de 1976

En 1976, une campagne massive de vaccination de masse avait été menée aux Etats-Unis de crainte d'une pandémie par une grippe porcine. L'autorisation de mise sur le marché avait été délivrée en urgence. Ca vous rappelle une situation actuelle ? Petit retour sur cet événement tragique.

Alan Emrey
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

NOTE : Je suis pro-vaccin.

En ces temps de recommandation de vaccin contre le SARS-Cov2 et les demandes d'autorisation en urgence, je pense qu'il est important de rappeler cette épidémie (?) de 1976 mais surtout ses conséquences sanitaires. 

Je me suis servi de ces différentes sources pour écrire ce billet : 1 , 2 , 3.

En janvier 1976, 13 soldats sont hospitalisées dans le Fort militaire Dix aux Etats-Unis et l'un d'entre eux décède. Mi-février 1976, l'analyse des échantillons prélevés par le CDC (Centers for Disease Control) révèle qu'il s'agit de la grippe porcine H1N1, souche qui serait apparentée à celle de la grippe espagnole. Réunion d'urgence entre l'armée, CDC, FDA (Food and Drug Administration), Département de la Santé et NIH (National Institutes of Health). Ainsi débute la crainte d'une épidémie comme en 1918.

Mi-mars 1976, la transmission homme-homme est évoquée et les autorités conseillent une vaccination massive considérant qu'une vaccination contre cette grippe porcine ne devait pas présenter d'effets adverse sérieux.

Mi-mai les compagnies d'assurance refusent d'assurer les fabricants de vaccin contre d'éventuels problèmes. Les fabricants menacent d'arrêter la production. Le président de l'époque Ford accepte de couvrir les entreprises.

21 Juin, le NIH annonce des résultats positifs pour les essais cliniques (sur 7000 personnes, on est loin des 164 demandés aujourd'hui par la FDA à Moderna, Pfizer... pour déposer leur demande d'autorisation) mais sans données scientifiques sur les enfants et jeunes adultes !

Au 1er octobre, la vaccination débute. Moins de 15 jours plus tard, 3 personnes âgées décèdent après vaccination à Pittsburgh (on ne saura jamais si cela résulte de la vaccination) et le programme de vaccination est arrêté immédiatement dans 10 états.

Mi-novembre, une augmentation de l'incidence de syndrome de Guillain-Barré (maladie auto-immune inflammatoire) est rapportée au Minnesota.

Le programme est annulé le 16 décembre. En 10 semaines, environ 25% de la population des Etats-Unis (45 millions de personnes) a été vaccinée. Environ 450 cas de syndromes de Guillain-Barré ont été rapportés. L'incidence dans la population non-vaccinée était d'environ 0,97/million /mois. Il a été estimé que l'incidence d'un Guillan-Barré suite à cette vaccination s'établissait entre 4,9 et 11,7 /million, soit jusqu'à 10 fois plus.

Au fait : en juillet 1976, Anthony Morris, un chercheur à la FDA avait été renvoyé pour insubordination car il avait émis des doutes quant à la sûreté du vaccin.

Conclusion

Tout le monde voulait bien faire. Mais on est allé plus vite que la musique. Il faut prendre note de l'histoire.

Que se passe-t-il en ce moment ?

  • des communiquées de presse sans données scientifiques (billet sur Pfizer/BioNTech mais je pourrais faire copier/coller pour Moderna) qui font monter les actions mais qui aux yeux d'un public inquiet et de politiciens aux aguets ont valeur de démonstration scientifique.
  • les Etats/UE (c'est-à-dire les citoyens) qui s'engagent à couvrir les fabricants en cas de problème.
  • des Etats/UE qui achètent des vaccins sans preuve d'efficacité et sans recul quant à leur sûreté.
  • des campagnes de vaccination annoncées alors qu'il n'y aura que deux mois de recul sur les vaccins
  • aucune donnée sur le moyen terme quant à l'efficacité ou la sûreté de ces vaccins
  • surtout avec des gens qui croient que vaccin signifie retour immédiat à la vie d'autrefois et qui pensent qu'aller au ski et faire des courses dans telle ou telle enseigne sont des choses absolument indispensables.

Je vous invite à lire mon billet précédent sur les challenges de la vaccination et regarder mon schéma de la démarche scientifique.

Je ne dis en aucune manière que les vaccins contre le SARS-Cov2 sont dangereux ou inefficaces. On n'en sait rien et c'est bien ça que je pointe.

J'écris ce billet pour expliquer qu'il faut donner du temps au temps. Si les protocoles d'essais cliniques comportent différentes étapes et certaines durées, ce n'est pas pour le plaisir de la bureaucratie mais pour éviter les mauvaises surprises.

Il en va de notre santé et de la crédibilité des fabricants, des politiciens et des autorités de contrôle. Il faut être certain de l'efficacité et de la sûreté des vaccins sinon on ne fait que donner des armes aux complotistes et autres anti-vaccin.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo, 5 ans après : notre émission spéciale
Le 5 octobre 2017, un mot-dièse va faire le tour de la planète : #MeToo (« moi aussi »), une expression pour dire haut et fort les violences sexistes et sexuelles. Cinq ans plus tard, les rapports de domination, de pouvoir, ont-ils vraiment changé ?
par À l’air libre
Journal
MeToo, plus de cinq ans d’enquêtes
Parmi les centaines d’articles publiés et émissions réalisées par Mediapart, ce dossier rassemble une sélection d’enquêtes marquantes, du monde du travail à celui de la musique, de la politique au cinéma, et fait la chronique des défaillances de la justice.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Face aux affaires, l’opposition s’indigne, l’exécutif se terre
Les dernières mises en cause par la justice de deux figures du pouvoir, Alexis Kohler et Éric Dupond-Moretti, sont venues perturber mardi la rentrée parlementaire. Face à des oppositions plus ou moins véhémentes, l’exécutif et la majorité en disent le moins possible, en espérant que la tempête passe.
par Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Exécutif
Kohler, Dupond-Moretti : et soudain, il ne se passa rien
Le président de la République n’a pas jugé nécessaire de réagir après l’annonce du procès à venir de son ministre de la justice et de la mise en examen de son bras droit. Il mise sur le relatif silence des médias. Et ne s’y trompe pas.
par Michaël Hajdenberg

La sélection du Club

Billet de blog
La grande nostalgie
Les nostalgiques de l'ère fasciste s'en donnent à cœur joie pour ressortir les reliques de l'époque. Dimanche matin à Porta Portese, le plus grand marché aux puces de la capitale, j'ai trouvé un choix impressionnant de memorabilia de l'ère Mussolini.
par D Magada
Billet de blog
Après les élections, vers le post-fascisme
Aujourd'hui, en Italie, l'institutionnalisation du fascisme va porter l'agression raciste et patriarcale à un niveau supérieur. Avec cette combinaison du fascisme et de la technocratie, le gouvernement Meloni ne sera probablement pas simplement un gouvernement Draghi plus raciste. Nous verrons dans quelle mesure les alliances internationales, l'Union européenne et la Présidence de la République pourront limiter et contenir les dégâts. 
par Bruno Montesano
Billet de blog
Ouvrir les yeux sur le fascisme qui vient
Un peu partout, « la loi et l’ordre » s’imposent, sous une forme directement inspirée des années 40 comme Italie, ou de façon plus insidieuse, comme chez nous. De L’écofascisme au post-fascisme en passant par l’autoritarisme policier ultra-libéral, c’est cinquante nuances de brun. Et il va falloir commencer à sérieusement s’en inquiéter, si on ne veut pas voir nos gosses grandir au son des bottes.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
L'Italie post-fasciste : en marche vers le passé
La victoire du post-fascisme, déflagration annoncée, menace nos systèmes démocratiques imparfaits et l'Europe qui subit une guerre de conquête et un bouleversement interne avec ces extrêmes-droites qui accèdent au pouvoir. Faut-il attendre les catastrophes pour crier ? La remise en cause de vieux réflexes ne demandent-elles pas une actualisation pour agir sur notre époque sans se renier ?
par Georges-André