Dictature démocratique.

On a été en dictature et les gens ne s'en sont pas aperçus !

"Non une dictature, ça n’est pas ça. C’est pas un endroit où toutes vos libertés sont maintenues, où on a maintenu tout le cycle électoral (...) où vous pouvez exercer vos droits, où on rembourse tous vos tests, où le vaccin est gratuit (...) ça s’appelle pas une dictature, je pense que les mots ont un sens" (Emmanuel Macron)

1/ Les mots ont un sens ?

Les mots ont certes un sens, mais c'est surtout la façon de les agencer entre eux qui fait sens. Parce que le risque, c'est qu'à force de les prétendre gorgés de sens, ils finissent par ne plus répondre qu'à eux-mêmes. C'est d'ailleurs un problème actuellement : on pousse des hauts cris face à qui "dérape" avec les mots ; plus globalement le leitmotiv est d'appeler à bannir toute forme de violence comme étant "has-been"... et en même temps on justifie les yeux crevés lors des manifs. Les mots sont bons à faire taire alors qu'on les emploie aussi pour justifier de ce qu'on veut. Bref, les mots ont un sens, en effet, sauf que rarement plus que les actes.

Or ici Macron joue avec le mot "dictature". Il joue et ne fait rien d'autre. Il joue avec les vieilles images qu'on a tous en tête. Une dictature, ça doit être comme ça, nous dit-il en prenant l'histoire à témoin. Sauf que l'histoire se répète rarement, et en tous cas jamais à l'identique : la Shoah, par exemple, n'est pas reproductible en Europe de l'Ouest tant elle est gravée dans les consciences. De plus, les formes de totalitarisme n'ont pas de raison d'être les mêmes en occident, en Chine ou en Inde (aucune chance qu'à l'instar de l'Inde, un régime autoritaire religieux s'instaure en France). Bref, il est bien plus "raisonnable" de croire qu'un totalitarisme ne pourrait au contraire advenir que sous une forme nouvelle. Et cette nouvelle forme semble être celle d'une "dictature démocratique".

2/ Rappel : covid-19 ou la première escarmouche totalitaire.

Certains d'entre nous ont considéré que la façon de traiter la crise du covid a été totalitaire dès le début. Elle l'a en tous cas été bien plus en France qu'en Chine par exemple, où aucune autorité n'a imposé un traitement unique et où les médecins ont continué à jouer leur rôle habituel (la tradition empiriste y à joué son rôle de garde-fou). Quant à nous, de cet épisode nous ne sommes pas sortis. Le "néo-fascisme" envisagé par certains a historiquement commencé avec le coronavirus.

Pour la chronologie de cette folie, on se rapportera à mes différents billets :

-le premier écrit lors des deux mois suivant l'apparition du covid en France, et répertoriant les choses les plus choquantes : https://blogs.mediapart.fr/aldo-b/blog/200520/dictature-sanitaire ;

-le second écrit un an après, tentant d'expliquer comment les dirigeants ont pu en arriver là (sans verser dans le complotiste) : https://blogs.mediapart.fr/aldo-b/blog/220221/coronavirus-tentative-de-recit ;

-le troisième tentant une hypothèse apte à donner un sens au suivisme général de la presse face aux mots d'ordre du gouvernement : https://blogs.mediapart.fr/aldo-b/blog/160521/frankenstein.

Je ne reviens donc pas ici sur ces points.

3/ Situation actuelle : vaccins ARN et pass sanitaire.

Aujourd'hui, ça fait un moment qu'on nous raconte que le vaccin serait l'unique porte de sortie de crise. La presse mainstream le reprend dans sa totalité comme elle a repris tous les mots d'ordre. Que dit Macron à propos du pass sanitaire : "les libertés sont maintenues". Mais quelles libertés ? Pas celle de choisir son vaccin en tous cas ! On est libres, mais pas de choisir ? Un nouveau concept est né ! Rappelons que ce qui est en jeu avec le pass sanitaire, c'est de pouvoir sortir, aller au resto, au ciné, danser etc, soit ce qu'un temps et face aux attentats Macron vantait comme "l'art de vivre à la française". Or tout ça, ce serait pour inciter à se faire vacciner, nous disent ses sbires. Et c'est là qu'on voit qu'on a encore affaire à un mensonge, parce que si Macron voulait vraiment inciter les récalcitrants à se vacciner, que n'ouvre-t-il pas la vaccination aux vaccins traditionnels ?

Franchement, c'était pas compliqué d'y penser. Et sans doute qu'à part les antivax purs et durs, la plupart de ceux qui n'ont simplement pas envie de jouer les cobayes avec un vaccin expérimental (soit les vaccins ARN), soit en gros ceux qui contestent la politique sanitaire en cours, seraient prêts à se faire vacciner. Moi j'y serais prêt déjà, et sans la moindre hésitation. Or au lieu de ça, Macron assimile les sceptiques face aux vaccins ARN à des antivax ! Encore du bidonnage. Bref, une question de plus en plus insistante se pose : qu'est-ce qu'il veut, ce type ? Au stade où l'on en est, il n'est pas impossible que seul un psy soit en mesure de répondre...

Car ce type de vaccin existe, bien entendu : déjà en Chine où l'on a vacciné des centaines de millions de gens avec (plus d'un milliard de doses injectées), mais ailleurs aussi. Mieux : un vaccin "traditionnel" est en cours d'élaboration en France, et aux dernières nouvelles, l'Europe n'en veut pas ! (quand le Royaume-Uni en a lui déjà passé commande). Le n'importe quoi s'arrêtera-t-il un jour ? La vaccin français (franco-autrichien en fait) s'appelle Valneva et est actuellement en phase III d'essais (https://www.entreprendre.fr/covid-19-pourquoi-leurope-a-t-elle-bloque-le-vaccin-de-la-pepite-nantaise-valneva/)

Note : un vaccin traditionnel consiste à injecter une micro-dose "désactivée" du virus en entier, ce qui permet théoriquement au corps de lutter contre de façon globale. Avantage : on se soucie moins de tel ou tel variant, comme c'est le cas avec les vaccins ARN, qui sont eux focalisés sur la seule protéine Spike (sujette aux variants). De plus, les vaccins traditionnels ne nous plonger pas dans l'inconnu d'éventuelles conséquences à long terme, mais ont aussi semblerait-il 15 fois moins effets secondaires que les ARN ! Inconvénient : il semble qu'ils protègeraient moins que les ARN.

4/ De la dictature sanitaire à la dictature démocratique

Récapitulons : mensonges incessants ; médecins muselés ; ensemble de la presse comme aux ordres ; mots d'ordres érigés au nom de la science en tant que Sainte Vérité : quelle différence avec une dictature , ou du moins un moment de dictature ? Mais le plus terrifiant n'est pas là.

Le plus terrifiant, c'est que les gens ne s'en sont pas aperçu !

La question se pose : comment est-ce possible ? Suffit-il que la presse se taise pour que les gens se trouvent dépossédés des mots, inaptes à se faire leur propre idée des choses ? Comme si faute de pouvoir se représenter les choses, ce qu'ils avaient sous les yeux ne comptait plus car ne pouvait plus faire sens. Pourtant on a vu dès le début les autorités mentir, tricher, faire d'incessantes voltes-faces etc, sans qu'en dehors des masques (eux traités par la presse), ça ne semble les avoir perturbé plus que ça. Ils ont suivi comme si c'était tout droit : aussi absurde qu'elle soit, n'importe quelle explication valait semble-t-il mieux que rien... et sans doute même qu'elle leur semblait faire avancer les choses ! Bref, la seule vraie cohérence à ce stade eût été de ne pas savoir et de l'accepter, de mettre le jugement en stand by.

Sauf que c'est justement là qu'intervient le problème. Mettre des mots, se représenter le monde, les choses, c'est ça la représentation. C'est un monde de savoir, et il semble que rien ne puisse faire que les gens fassent un petit pas de côté, non pour en sortir bien sûr (comment faire ?), mais juste pour prendre un peu de recul. Quelle est donc ce monde qui se dit cartésien et qui s'affole à la moindre incursion du doute, de l'incertitude ? Préférer n'importe quoi plutôt que rien signifierait-il qu'un simple regard de côté pourrait nous amener à des endroits si terribles ? N'y a-t-il donc d'autres solutions que de reculer devant l'obstacle, de regarder ailleurs, bref de couper court à toute abominable possibilité d'intrusion de ce qu'on appelle penser ?

Le risque serait-il de se retrouver face aux questions que pose une civilisation toute entière occupée à juger, à savoir ; une culture où chacun se prétend comme en droit d'avoir une opinion sur tout. Aussi quel est donc ce vice que de vouloir juger de tout ? La question est certes délicate à résoudre, mais une autre se profile en même temps : jusqu'où cette dinguerie peut-elle nous mener ? Et cette fois y répondre est simple depuis le covid : jusqu'à une dictature de la pensée unique, collective, soit l'endroit précis où une dictature démocratique devient possible.

Et l'on voit bien que le problème n'est plus du tout dans les vieilles images qu'on nous agite sous le nez. Le pas de l'oie n'est plus l'apanage d'une armée fanatisée qui devrait nous hanter pour toujours, mais est rythmé par des petits bouts de certitude dans la tête de chacun. Ce n'est plus à d'abominables SS qu'on risque d'avoir à faire face, mais à de braves gens qui ne comprennent tout simplement pas qu'on pense autrement qu'eux. Les récalcitrants ne seront plus d'affreux êtres immoraux mais de simples réfractaires au "bon sens populaire". Car la vraie condition d'acceptabilité des mots d'ordres est qu'ils soient perçus comme "de bon sens".

Le "bon sens" est traditionnellement attribué au peuple, il a toujours été l'arbitre ultime de l'air du temps, celui censé sonner le tocsin quand les choses vont trop loin, quand on atteint les limites à ne pas dépasser, quand "ça se voit"... c'est dire que les autorités s'en méfient. Aussi le politique semble agir aujourd'hui pour récupérer le bon sens à son profit, afin de pouvoir désormais le dicter au peuple. Ne nous y trompons pas, quand on nous parle de science, c'est bien le bon sens qu'on nous agite sous le nez, c'est bien au nom du bon sens qu'on met la science en exergue, qu'on se sert d'elle, et l'on se sert d'elle parce qu'elle a une image incontestable : sûr que le la science, le peuple n'a pas les moyens de la remettre en question ! Le bon sens, c'est donc croire à la science : voilà ce qu'on nous dit. Ne reste alors plus qu'à jouer avec les mots pour faire entendre raison aux gens. Les mots ont un sens, oui en effet. Sauf que là, il n'est plus question que de mots d'ordres : oui monsieur Macron, vos mots d'ordres, hélas, ont un sens.

Mais vous n'en avez pas pour autant fini avec les mots.

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