Itinéraire d'un enfant placé

Ce soir Arte présente un documentaire de Ketty Rios Palma, qui mérite d'être vu et diffusé largement. Il nous raconte, nous alerte et nous engage à comprendre de l'intérieur la vie d'un enfant dont “le sort” l'a abandonné dès sa petite enfance. On est tous nés quelque part, de quelqu'un et on fait avec... comme on peut! Ce 9 juillet, à 23h25.

             Rarement une camera-documentaire a été aussi près de ce qui se vit dans les familles d'enfants placés et les prises de vue sur le travail socio-éducatif qui les accompagne.

C'est un jeune, Yanie, 14 ans, placé dans une famille d'accueil depuis ses 14 mois. L'Assistante Maternelle, Myriam, atteint l'âge de la retraite, et l'adolescent doit changer de lieu d'accueil. Sa mère, qu'il voit plus ou moins régulièrement depuis sa sortie de prison, dit vouloir mais ne peut pas le prendre et estime qu'il faut qu'il change de lieu à cette occasion et que les liens avec ce couple d'accueil âgé soient sinon interrompus, largement distendus. Elle garde l'autorité parentale et a donc un droit de regard sur l'orientation de son enfant.

C'est difficile pour Yanie, un “sans-famille”, qui en a trouvé une pendant presque 12 ans et à qui on dit qu'il lui faut s'en séparer et s’adapter à une autre. Il a peur et il est dans la difficulté d'exprimer un avis. Myriam et Jacques, qui l'ont élevé ont l'âge de grand-parents, la nouvelle famille, Vlassia (la "mère" d’accueil) et son mari, ouverts et sympathiques ont l'âge de jeunes parents. Yanie confronté aussi à la présence plus fréquente de sa mère et à la presque interruption des liens avec “sa vraie famille d'accueil” va faire des bêtises, des conneries, “péter un plomb”, sera reçu aux urgences psychiatriques, pour pouvoir partir de ce nouveau foyer familial et interrompre les visites chez sa mère.

C'est ce qui nous raconte le film de Ketty Rios Palma, sans jugement mais sans esquiver ce qui dérange, ce qui émeut, ce qui donne à voir des institutions. L'équipe de l'Association Montjoie, au Mans, [Service Éducatif Renforcé d’Accueil Familial], prend beaucoup de précautions pour respecter le droit des parents et on sent bien que dès le départ une certaine ambivalence de l'équipe correspond aussi aux difficultés du dispositif éducatif, de ce jeune confronté au jargon institutionnelle et à sa propre ambivalence sans trop savoir où aller...

Le jeune se parle, nous parle, se filme grâce à une petite camera qui lui a donné la réalisatrice. Il écrit aussi dans son cahier et nous suivons alors sa quête pour que les choses se modifient, mais par où commencer?

Filmé avec beaucoup de discrétion, le moment de la séparation, avec sa première famille d'accueil est d'une intense émotion et la confrontation entre la mère et Yanie autour de son bulletin scolaire, mauvais, donne bien l’acuité de la difficulté et du chemin qui n'a pas été et qui ne sera jamais comblé. Dans la rue, à la sortie du Lycée sa mère le questionne avec dureté, à sa façon. Il ressort la lucidité de sa propre histoire: “... tu veux suivre mon chemin? … Change putain... moi mon problème c'est ma violence mais toi tu as la tchatche, tu n'es pas con, tu es intelligent... sert toi de ça pour t'en sortir dans la vie”...

Ce beau film-documentaire (peut-on le dire ainsi quand il s'agit de la violence et de l'injustice de la vie faite à un enfant...?), ce juste regard de Ketty Rios Palma est dédié à Manu Rios Palma, mon papa”. Et la réalisatrice l'explique dans un entretien à Blog documentaire [http://leblogdocumentaire.fr/] je rêvais de faire un film sur mon père, qui est un enfant de la DDASS. Mon envie était de raconter sa vie actuelle, sa résilience simple. Aujourd’hui, il est heureux, fier de ses enfants, de sa famille. Je voulais montrer que c’est aussi possible de se reconstruire et à quoi ça tient: les bonnes rencontres, un peu de chance… dans une enfance éclatée, montrer quelles sont les lueurs d’espoir”. À travers ce portrait, Ketty Rios Palma partage avec nous l'espoir de résiliences possibles!

www.arte.tv/fr/videos/070823-000-A/itineraire-d-un-enfant-place/*


Aux assises nationales de la protection de l’enfance

Voir ce film c'est se sentir plus près des nombreux enfants que nous croisons sans savoir, ceux qu'on a dit de l'Assistance, après de la DDASS et aujourd'hui de l'ASE. C'est aussi percevoir l'urgence de reconnaître l'importance et la priorité de l'accompagnement de ces jeunes, à qui tout ou presque a manqué, qui se trouvent bien en difficulté souvent aussi du fait des institutions, des disparités de traitement selon les départements.

Lors des récentes Assises nationales de la protection de l’enfance, à Marseille, les 4 et 5 juillet, les travailleurs sociaux ont rappelé les obstacles qui difficulte la mise en place de mesures de protection des mineurs. Dans l'institution de l'ASE c'est le discours des 'techniques managériales' qui s'impose, accompagné de la réduction de moyens humains. L'installation récente d'un secrétaire d’État à la protection de l’enfance, ressemble davantage à un coup d'opportunité dont ce quinquennat nous gratifie, que d'une volonté de répondre aux alertes successives face aux listes d’attente des enfants en danger, dénoncées notamment par les Juges des Enfants de Bobigny voir ici Des Juges “lanceurs d'alerte”!

Sur le quotidien des professionnels de la protection de l’enfance, Laura Izzo et Christophe Anché, ont publié Du côté des enfants en danger, aux éditions des Equateurs (158 pg), qui aborde Le déficit de reconnaissance lié aux difficultés et au stress de ce métier, à son envahissement par des techniques managériales déshumanisantes et au manque criant de moyens, participe de l’effritement d’une profession en perte de sens”. Voir l'article d'Yves Faucoup sur le livre "Du côté des enfants en danger" avec l'entretien que les auteurs ont donné à Radio Libertaire.

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