Porte de la Chapelle: c'est la 35ème évacuation!

Ce matin il pleuvait sur Paris et à la Porte de la Chapelle aussi. Le dispositif policier était imposant. Il l'est toujours pour protéger l'ordre public au cas où ces migrants, ou leurs soutiens, s'aviseraient de protester. L'ordre règne, les bennes sont là et d'autres migrants, ceux-là avec leurs papiers, peuvent se livrer au nettoyage sous le périphérique. C'était la 35ème fois en deux ans!

J'ai traversé le boulevard Ney, là où les organisations humanitaires essaient de servir quelques café chauds, mais le nombre de personnes enfants, femmes, hommes, très jeunes, des poussettes des sacs Tati, Ikea, Quechua, tout est bon dans ces circonstances, sous la pluie écoutaient ce que les interprètes des associations leur proposait.

A deux reprises les agents me demandent si je suis du coin, mais mon allure ne les inquiète guère et me disent à chaque fois Monsieur...

Un bénévole d'Utopia m'expliquait qu'il devait avoir bien plus de mil personnes, dont beaucoup ont été transférés en bus, plus d'une trentaine, dans différents gymnases de Paris et de la banlieue par décision du Préfet. D'après Le Parisien une partie des migrants a été transportée dans le 15ème, à côté de la Porte de Versailles. C'est l'Association Aurore qui gère le campement, il y aurait été installé dans toute «discrétion» sans l'avis, semble-t-il des services municipaux.

Selon le militant d'Utopia ce sont essentiellement des migrants-réfugiés d’Afghanistan, du Soudan, de Somalie et d’Erythrée, qui étaient venus s'y installer depuis la précédente évacuation, le 7 juillet, il y avait alors environ 2.800 personnes.

Tout le monde n'était pas parti dans les bus. J'ai vu de très jeunes, un peu méfiants, il y a de quoi, sous les abris de bus le long de la rue de la Chapelle.

Je suis allé à quelques reprises du côté de la Porte de la Chapelle, au terminus du tram et aussi au métro La Chapelle. C'est la ligne 2 très fréquentée faisant le tour de Paris entre Nation et Pte Dauphine. A la Chapelle le métro est aérien et les conditions d'accès à la station sont des plus confinées et les bousculades, à certaines heures, sont fréquentes. Cela a servi à des manifestations sur les «incivilités» des jeunes hommes autour du square fermé à côté du métro.

Une seule entrée-sortie alors qu'une volonté politique aurait pu décider les travaux permettant une ouverture, toujours en plein air à l'autre bout des quais facilitant ainsi la circulation des passagers. A l'extérieur vers le quartier indien, après le Boulevard de la Chapelle et la rue du Fbg St. Denis, toujours en travaux dans ce croisement, face au théâtre des Bouffes du Nord, il ne semble pas non plus se manifester cette volonté politique d'un aménagement qui faciliterait le trafic. Un jour, un contrôleur de la RATP, en descendant du bus me disait «vous savez dans leur pays c'est comme ça, ça fourmille». Je ne sais pas à quel pays il se référait mais sa conviction était faite. On sait, et là nous avons la démonstration que l'espace urbain n'est pas partout "soigné" de la même façon.

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Nus savons qu'on ne peut pas laisser les personnes, quelque soit leur statut ou origine dans des conditions indignes et dangereuses, comme c'est la cas à Calais (où il a fallu que le Conseil d'état annonce le devoir «de donner à boire à son prochain») ou à Montreuil où, depuis plus d'un an des familles de Roms sont sur le trottoir sans que la Mairie se mobilise (voir le blog de Juliette Keating dont le dernier billet souligne le silence du Maire, un élu du PCF/PG Montreuil, épicétout ).

J'ai d'ailleurs suggéré que Mediapart insère en haut de la rubrique France, dans la colonne du Club, un compteur journalier «à Montreuil: Trois cent quatre vingt cinquième jour que les Roms sont sur le trottoir». Même si je crois peu aux «invectives coup de poing» qui, souvent, ne convainc que les convaincus..., il me paraît toutefois nécessaire de sortir de cette répétition d'actes répressifs envers ces populations qui cherchent à trouver un toit et une loi pour les protéger dans ce pays dont la devise pourrait le laisser entendre. Le dénoncer, le crier haut c'est, me semble-t-il une façon de s'y opposer.

Un appel avait été lancé il y a peu, incitant les personnes à aller voir ce quartier de la Chapelle... «Nous, êtres vivant en ce monde, nous avons besoin d’aller à la rencontre de personnes parfois sublimes, d’humanité, de courage, car par leurs parcours de combattants, ces personnes nous donnent à comprendre comment tenir debout, quoi qu’il arrive. Et, même si nous sommes fatigués d’être intimidés, nous continuerons à nous rencontrer, à nous soutenir et, en groupes d’amis, en famille ou en collectifs divers, à nourrir, héberger, à accompagner à l’hôpital, ou dans le dédale des nasses administratives d’un Droit d’Asile en constant déclin».

Un jour de plus et une nouvelle évacuation en attendant la définition et la mise en place d'une véritable politique d'accueil et de soutien. Les associations comme la Cimade font depuis longtemps des propositions. Aujourd'hui j'ai vu à l’œuvre utopia56.com/fr/accueil mais d'autres associations, voire des bénévoles sans carte,  participent à ces gestes essentiels d'humanité.

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