Chez Mélenchon, comme chez les autres candidats à la présidentielle, l’école, c’est d’abord le lieu du verbe, de la parole qui permet de se faire valoir, si possible en faisant appel au « vieux bon sens populaire », en ratissant large, très large.

Dans son projet, modestement intitulé « l’école de l’égalité et de l’émancipation », les principes affichés tranchent singulièrement avec les mesures annoncées. Certes, les slogans flottent au vent : l’école doit être « un espace de coopération et d’échanges (…) creuset du peuple en formation », un lieu « d’émancipation individuelle et culturelle », avec comme objectif, « la réussite scolaire et professionnelle. » A moins d’être partisan de l’échec scolaire et professionnel, il sera difficile de désapprouver…

Mais comme souvent en matière scolaire et éducative, les choses se corsent lorsqu’il s’agit de passer aux actes. Bien sûr, il y a les grands classiques : recrutement de 60 000 enseignants (une mesure dont l’effet qualitatif n’a jamais été garanti), augmentation des salaires (facile à mettre en œuvre si les bénéficiaires sont payés en anciens francs ou en monnaie de singe), dédoublement de certains cours etc. Mais pour le reste, il faut bien reconnaître que le projet Mélenchon sur l’école surfe sur la vague réactionnaire déjà très fréquentée par d’autres candidats à la présidentielle (Le Pen, Fillon, Dupont-Aignan, notamment) : de fait, il s’agit de « restaurer », de « rétablir », de « supprimer », dans une rhétorique largement inspirée par la mouvance la plus conservatrice. Ainsi, pour Mélenchon, il faut en finir avec le socle commun « qui défait le lien au savoir », abroger « les contre-réformes du lycée et du collège », les rythmes scolaires en primaire également, l’évaluation par compétences, pour, au contraire, « replacer les disciplines au cœur des apprentissages » (on croirait entendre Natacha Polony), sans oublier, bien sûr, de favoriser le redoublement, considéré comme un « droit » (sic), même si l'on feint d'ignorer que la pratique touche quasi exclusivement les élèves des milieux modestes. Bref, le projet Mélenchon, c'est d'une certaine façon le retour à l’école de 2012… à l’école laissée en place par Fillon.

Ce retour en arrière n’est évidemment pas dénué de préoccupations électoralistes, voire clientélistes : il s’agit d’abord de s’attirer les suffrages des plus conservateurs des enseignants, rétifs aux pourtant bien timides « réformes » du présent quinquennat, des enseignants flattés dans leurs habitudes et leurs façons de faire ; très significatif, d’ailleurs, le fait que le travail en commun, la collaboration, ne soient exigés que des seuls profs du primaire.  

Aucune analyse de fond sur l’échec scolaire, sur les facteurs sociaux qui y conduisent, étayés par un système éducatif qui n’a jamais été conçu pour les classes sociales les moins favorisées, quelques paroles convenues sur la pédagogie sans implication concrète au quotidien, rien non plus sur le fonctionnement autoritaire et pyramidal de la machine Education nationale : le projet Mélenchon sur l’école, par ses silences, ses oublis, ses compromissions, ne remet pas en cause les fondements anciens d’un système scolaire socialement inégalitaire.

Seule réelle nouveauté du projet « éducatif » de Mélenchon, qu’il partage d’ailleurs en commun avec Le Pen : le rétablissement du service militaire, couplé à un service de travail obligatoire d’une durée de 9 mois. Un projet qui en dit long sur la conception que Mélenchon se fait de « l’émancipation » de la jeunesse : une mise au pas en réalité.

 

 

 

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