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Billet de blog 26 nov. 2018

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Le complexe de Massada

L'histoire d'un cercle vicieux : Shoa, Israël , complexe de Massada, re-Shoa . Une boucle de logique qui justifie tout et confine le juif dans une peur atavique : "on doit défendre Israël quoi qu’il fasse parce que nous les juifs sommes en danger permanent" ; "les gens ne nous aime pas et on doit vivre avec."

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Dans la vidéo ci-jointe  https://www.youtube.com/watch?v=Xdrnsl9rmGs  Danielle Sibony, juive, explique à son coreligionnaire Michel Boujenah ce qu’il fait mine de ne pas comprendre.

Dans une intervention télévisée, Michel Boujenah - sacrifiant à la corvée obligatoire imposée par le CRIF à tous hommes célèbres, ou en passe de le devenir, juifs ou de la mouvance SHAF alliée [1] et [2] - déclare : « on est 15 millions de juifs sur la terre (…) qu’est-ce qu’on a fait de mal pour être haï de cette manière ? » .

La copie originale de cette question est gravée dans le marbre du « pavillon de Breteuil » du sionisme en Israël. Jugée essentielle, elle est en outre enracinée dans l’esprit de chaque israélien depuis la prime enfance.

Et ça marche ! Constatez l’horreur racontée avec l’inconscience, le charme et la candeur de l’innocence juvénile endoctrinée (cf. minute 4 :35/8 :45) : « (…) nous [les juifs] avons un seuil de tolérance à la douleur trop élevé ; quand on voit, dans les infos, une maison arabe démolie par l’armée, on se dit que ce n’est pas si grave, on a vécu pire. Nous, on nous a entassés dans des trains et on a forcé des juifs à tuer d’autres juifs. Quand je vois cela à la télé, ça ne me dérange pas, je me dis : et alors ?les Arabes ont plein de maisons ».

Michelle  Sibony  déclare  (minute 3 :59/8 :45) : « on est dans un formatage idéologique terrible qui fabrique des « survivants » pour qui tout est permis ».Dans la mesure où « le monde juif [est considéré], par essence, comme un milieu forcément hostile, il est menacé ». On doit donc se rendre à l’évidence, « personne ne nous aime et on doit vivre avec cela ».

Des enfants en partance pour la Pologne dans le cadre de voyages scolaires sur le thème de la Shoa sont dûment conditionnés par leur encadrement  (minute 3 :19/8 :45) : « les services secrets iront avec vous pour qu’il n’y ait pas de contacts avec la population locale .Vous allez rencontrer des gens qui ne nous aiment pas ».

« C’est une histoire qui fonctionne en vase clos, en un cercle fermé » poursuit Danielle Sibony ; « on part de la Shoa, on arrive à Israël, pour la défense duquel tout doit être fait quoi qu’il fasse parce que, de toute façon, on [le juif] est en danger permanent ».

Il y a comme une névrose dans ce pays qui cultive encore et toujours le complexe de Massada, la citadelle assiégée. Un bouc émissaire est tout désigné : le palestinien, (minute 6 :22/8 :45) « qui n’a pas grand-chose à voir avec la Shoa, mais qui en a subi toutes les conséquences. (…) Il faut maintenir tout le monde sous le danger d’un antisémitisme atavique, génétique, contre lequel on ne peut rien. Vivre sous cette menace permanente fait, de nous, des « survivants » et tout le reste est quelque chose de secondaire, (…) cela fait des victimes des non victimes car les seules victimes, c’est nous. C’est terrifiant comme monde ! ».

Si vous y introduisez la question palestinienne, on vous assène l’estoc du moment : vous êtes un antisémite ! Danielle Sibony s’étonne (minute 6 :57/8 :45): il y a trois choses différentes, le judaïsme, l’antisémitisme et la question, toute coloniale, de la Palestine .Elle s’insurge: « comment pouvez-vous utiliser l’antisionisme pour justifier ce que fait Israël et pour faire taire toute critique sur Israël ». Ce faisant, souligne-t-elle « on réveille un ressentiment chez les gens qui se sentent une identification ou un besoin de soutenir la Palestine ; ils se font traiter d’antisémites à chaque fois qu’ils essayent d’exprimer ce soutien. .On devrait plutôt parler  d’anti-israëlisme  ». Aujourd’hui, poursuit-elle, il y a comme une équivalence logique : « critiquer Israël, c’est être un antisémite. Il est urgent, vital, de déconnecter ce lien parce qu’il empêche de se battre pour plus de justice en Palestine et d’arrêter les incursions israéliennes répétées et meurtrières (…) mais aussi pour lutter contre l’antisémitisme (…) [ cette lutte ] passe par la pratique basée sur des valeurs communes, [universelles] au lieu d’être cette exception fabriquée par l’histoire et par la haine [de l’autre] (…) Je n’ai pas envie d’être une exception , j’ai envie d’être un être humain parmi les autres, j’ai envie de partager des valeurs de respect de l’autre , d’égalité(…) Cela ne veut pas dire qu’on oublie l’Histoire (…) ça veut dire qu’on doit arrêter de la manipuler au service d’une mauvaise cause ».

Quand je vous disais qu’il y a juif et juif.

[1] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment

[2] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/180917/la-coalition-des-interets-particularistes-partie-2

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