Covid-19 : premier bilan et retour d'expérience

Cette crise sanitaire est très violente partout dans le monde et impacte la quasi-totalité de la population mondiale à degrés divers et variés, y compris les personnes n'ayant jamais contracté le virus. Cet article a pour objectif de dresser un premier bilan de cette pandémie, d'analyser les erreurs commises et d'en tirer les leçons pour les prochaines pandémies.

1) Erreurs inaugurales ayant conduit à cette pandémie

1.1 Un coronavirus d'origine animale s'étant transmis aux humains

Il paraît aujourd'hui clair que le SARS-CoV-2 est un virus d'origine animale ayant évolué pour se transmettre très efficacement au sein de la population humaine. Cela serait du aux interactions entre les animaux sauvages et l'être humain, qui sont favorisés par l'empreinte croissante de l'espèce humaine sur la nature, qui favorise alors la transmission de virus d'animaux sauvages vers l'espèce humaine via des animaux domestiques.

Ainsi, il convient de limiter l'empreinte humaine sur les territoires sauvages, notamment en luttant contre la déforestation et plus généralement en conservant à l'état naturel un maximum de territoires.

Toutefois, même en limitant notre impact écologique, on ne peut certainement pas prévenir de manière absolue le passage de virus d'animaux vers l'espèce humaine (même si on peut en limiter le risque).

1.2 Un début de propagation très discret

Nous avons commencé à entendre parler du Covid-19 en janvier 2020 avec la vague épidémique qui a touché la région de Wuhan en Chine. Pourtant, on a récemment découvert que le virus circulait déjà à l'automne 2019, y compris en Europe, sans que personne n'en parle à l'époque. En effet, la plupart des contaminations débouchant sur une absence de symptômes ou des symptômes bénins, l'essentiel des premier.e.s contaminé.e.s n'ont pas pris de précautions particulières pour éviter la transmission du virus.

1.3 Inconscience de la circulation déjà active du virus au moment de sa détection

Le virus a été identifié début janvier 2020 à Wuhan, où une vague épidémique importante s'abattait. A l'époque, on pensait que le virus ne circulait qu'en Chine et qu'il était loin de l'Europe, au vu des informations qu'on recevait et du fait qu'on ne s'intéressait pas particulièrement à ce virus. Ainsi la plupart de la population européenne était inconsciente de la circulation du virus en Europe jusque fin février voire début mars. Les autorités ont par ailleurs été défaillantes dans l'information des populations avant fin février et avaient souvent minimisé le danger. Et c'est seulement quand la situation est devenue réellement critique que des mesures réellement drastiques ont été prises.

2) Mesures prises pour endiguer la propagation du virus

Des mesures ont donc du être prises pour lutter contre la propagation du virus, et elles étaient très contraignantes voire liberticides. Néanmoins, il est difficile d'endiguer la propagation sans ce type de mesures. La question est donc de trouver le meilleur équilibre possible entre la santé publique (sans oublier la santé mentale) et les libertés publiques, et cela n'est pas simple.

Je précise que mon avis s'applique au Covid-19, et que je serai amené à prendre des positions différentes pour d'autres pathogènes à l'origine de pandémies.

2.1 Tester, tracer, isoler : la meilleure mesure, à condition d'en avoir les moyens...

L'isolation des personnes contaminé.e.s permet d'éviter des contaminations. Pour cela il est nécessaire que les personnes contaminé.e.s soient au courant de leur situation afin de pouvoir s'isoler, et donc de tester toutes les contaminations suspectes : à savoir les personnes symptomatiques et les contacts à risque. Cela implique donc d'être en capacité de tester et d'obtenir les résultats des tests le plus rapidement possible, et ensuite de pouvoir rapidement tracer et inviter les cas contacts à se faire tester. Cette capacité dépend :

  • des moyens intrinsèques que sont les réactifs et le personnel de laboratoires pour tester, analyser et communiquer les résultats, et le personnel de l'assurance maladie afin de tracer les cas contacts ;
  • du niveau de circulation du virus : plus le virus circule, plus il y a besoin de tests et plus il y a de cas contacts. Ainsi les laboratoires peuvent se retrouver débordés au point que le délai pour obtenir un test ainsi que les résultats soit excessivement important et que les résultats soient obtenus une fois que la personne n'est plus contagieuse (et n'ait donc plus aucun intérêt à s'isoler) et a contaminé du monde.

Des débats ont également lieu sur l'opportunité de rendre obligatoire l'isolement des personnes contaminé.e.s et sur d'éventuelles sanctions. Avant de réfléchir à d'éventuelles sanctions, il faut d'abord s'interroger sur ce qui peut compliquer l'isolement sans qu'il y ait mauvaise volonté des personnes contaminé.e.s. Par exemple, ces personnes doivent obtenir un arrêt de travail pris en charge à 100% et sans aucun jour de carence ni aucune perte de revenu. Il faut aussi qu'un service de livraison à domicile gère les courses essentielles en cas de produit essentiel manquant. Concernant d'éventuelles sanctions, le non-respect d'un isolement est susceptible de contribuer à la propagation de l'épidémie et de contaminer des personnes fragiles ayant des formes graves. Des sanctions sont donc à envisager mais pas n'importe lesquelles. Une fois qu'une personne contaminé.e n'est plus contagieuse, elle ne pourra plus contaminer qui que ce soit et donc ne représente plus aucune danger en liberté : ainsi les peines de prison pour non-respect de l'isolement n'ont strictement aucun intérêt. Les amendes sont elles davantage justifiées, mais elles risqueraient de pénaliser davantage les petits revenus par rapport aux revenus élevés alors que le préjudice est le même quelque soit le revenu. En revanche, des travaux d'intérêt généraux ayant au contraire pour objectif d'endiguer la propagation du virus me semblent très clairement être la sanction la plus adéquate : cela se traduirait essentiellement par du travail pour l'assurance maladie dans le traçage des cas contact. Le nombre d'heures à effectuer dépendrait de la gravité de la violation de l'isolement (très important en cas de participation à une fête regroupant des centaines de personnes en lieu clos sans masques ni gestes barrières, mais très faible (voire nul s'il n'y a pas eu besoin d'utiliser des transports publics ou de passer par des rues très fréquentées) en cas de promenade seul dans la nature). Néanmoins, le risque avec des sanctions potentielles est que les personnes renoncent à se faire tester de peur d'être soumis.e.s à l'isolement obligatoire.

Si les capacité du système "tester, tracer, isoler" sont dépassées, il est alors nécessaire de recourir à des mesures plus liberticides à grande échelle, tout en continuant de tester massivement et de tracer autant que possible les cas contacts.

 

2.2 Les mesures contraignantes voire liberticides à grande échelle

De telles mesures ont été rendues nécessaires et mises en place dans de très nombreux pays. Leur acceptabilité était très forte au début puis a diminué au fil du temps. Parfois, les mesures ont pu être contradictoires (par exemple la possibilité d'aller boire un verre dans un bar bondé en enlevant son masque et parallèlement l'obligation de porter le masque dans des rues désertes) voire inutilement contraignantes.

Le tableau suivant que j'ai pu trouver dans plusieurs journaux en ligne donne une bonne estimation des niveaux de risques de transmission du Covid-19 selon les situations :

risque-transmission-covid-19

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il me paraît un bon outil pour définir les mesures contraignantes voire restrictives de liberté afin de limiter la propagation du virus. Il démontre notamment l'utilité du masque, de la distanciation physique et de l'aération, mais montre aussi que le masque n'est pas toujours suffisant.

La question est de savoir où on place le curseur, et cela doit dépendre du risque de croiser quelqu'un contaminé au Covid-19 et donc du taux d'incidence. En effet, n'oublions pas que même dans une situation extrême tel qu'un lieu bondé, mal ventilé et où les gens crient et restent longtemps, qu'il n'y aura aucune contamination si aucune personne contaminée ne se trouve à l'intérieur.

Évaluons maintenant les diverses mesures qui ont été prises

2.2.1 Les obligations de port du masque

En France, il n'y a eu aucune obligation de port du masque avant le déconfinement du 11 mai 2020 et au début de ce confinement les pouvoirs publics expliquaient qu'il n'était pas recommandé de porter un masque en population générale. A partir du 11 mai 2020 les masques sont devenus obligatoires dans les transports publics et dans les commerces l'imposant. A partir du 20 juillet le masque est devenu obligatoire dans tous les lieux publics clos. Ensuite, le port du masque s'est étendu à des nombreuses rues au mois d'août et aux lieux de travail hors bureaux individuels le 1er septembre. Au mois d'août, on expliquait qu'on imposait le masque partout dans la rue pour éviter le reconfinement, avec les résultats que l'on connaît.

Le port du masque correctement (recouvrant le nez et la bouche) limite les gouttelettes et les aérosols que l'on rejette par la respiration et qui sont susceptibles de contenir le Covid-19 et de le transmettre aux autres. Ainsi, si tout le monde porte le masque correctement dans les lieux fréquentés, cela protège tout le monde. La question qui se pose sur le port du masque n'est pas si OUI ou NON il faut porter un masque mais dans quels cas il faut porter un masque.

A ma connaissance, ce sont dans les lieux mal ventilés, avec une importante densité de personnes et là où les gens parlent fort que les risques de transmission du virus sont les plus importants. Dans ces lieux, le port du masque limite grandement les contagions.

En revanche, les contacts silencieux et de courte durée dans des lieux extérieurs bien aérés et peu fréquentés sont à très faible risque de transmission, même sans port du masque. Or, dans la plupart des espaces extérieurs, et même dans la plupart des rues de Paris, les personnes sont la plupart du temps éloignées de plusieurs mètres les unes des autres. Dans ce cas, le port du masque n'a pas d'intérêt particulier, et ce quelque soit la situation épidémiologique. Il est donc stupide de rendre obligatoire le port du masque "dans tout l'espace public" d'une ville, car cela conduit à rendre le masque obligatoire dans des rues très peu fréquentées, voire dans des lieux tels que le bois de Boulogne, le bois de Vincennes, le parc de Sceaux, la forêt de Meudon, les calanques de Marseille... Néanmoins, le masque obligatoire peut faire sens dans des rues étroites très fréquentées ou l'air circule peu, au moment où la fréquentation de ces rues est importante.

Toutefois, le masque possède plusieurs défauts :

- il est désagréable à porter (certes c'est beaucoup moins contraignant que d'être intubé, mais on est content quand on peut l'enlever) : en conséquence, cela explique que le masque soit souvent mal porté. Le port obligatoire du masque sur tous les lieux de travail en dehors des bureaux individuels et dans tous les lieux de cours pour les étudiant.e.s, lycéen.ne.s et collégien.ne.s, bien que nécessaire, risque donc fortement d'être mal appliqué et donc de générer quelques contaminations malgré tout ;

- on ne peut pas manger, boire ou fumer avec un masque : il est donc impossible d'imposer un port du masque permanent dans les bars et restaurants ;

- les masques engendrent une pollution, étant donné qu'ils sont souvent jetés n'importe où et aussi qu'ils sont tellement légers qu'ils s'envolent facilement au moindre petit vent. Les masques ne sont donc pas souhaitables sur les plages qui sont des lieux souvent ventés où les masques peuvent s'envoler facilement, et où en plus l'air circule facilement et où les UV limite la survie du virus. Les plages ne sont pas a priori des lieux à fort risque de contamination, même en cas de densité importante ; par contre ce sont des risques d'envol de masques importants, vers la mer s'il s'agit d'un vent de terre, comme c'est souvent le cas sur le littoral méditerranéen ;

- les masques coûtent cher : ce n'est pas un argument contre le port du masque car on peut défendre la gratuité des masques ou à défaut un plafonnement des prix beaucoup plus strict des prix. Par exemple, en Italie, les masques chirurgicaux sont plafonnés à 0.50 € l'unité, ce qui reste encore beaucoup trop cher mais c'est le pays européen où le plafonnement est le plus strict.

Compte-tenu de ces éléments, j'estime que le port du masque doit être obligatoire à tout moment dans tous les lieux clos excepté les domiciles, les lieux de restauration et les débits de boisson, et les bureaux individuels (ou même doubles si les 2 personnes sont d'accord pour ne pas porter de masque entre elles).

En revanche, en extérieur, en dehors de certains cas particuliers telles que des rues bondées et/ou étroites ou des événements particuliers drainant beaucoup de monde tels que des manifestations, le masque n'a pas à être obligatoire. Les arrêtés rendant le port du masque obligatoire dans toute une commune 24h/24 sans prise en compte de la fréquentation des différents lieux sont donc des impostures. Par exemple, le non-port du masque sur les marches du parvis de la Bibliothèque François Mitterand alors qu'il n'y a personne à 10 m autour ou dans une rame de métro bondée est passible de la même amende de 135 € alors que les risques de contamination ne sont pas du tout les mêmes (dans le premier cas le non port du masque ne pose aucun problème alors que dans le second cas le risque de contamination est important). De plus, une salle de restaurant pleine où tout le monde mange en même temps et donc sans masque est bien plus à risque qu'un jardin public où une personne seule bouquine sans masque sur un banc à plusieurs mètres de toute autre personne, alors que la verbalisation sera possible dans le second cas. Par ailleurs, rendre le masque obligatoire partout à l'extérieur favorise des rassemblements à domicile et donc dans des lieux clos plutôt qu'en extérieur, ce qui est contre-productif.

Enfin, il serait bon de prendre acte de l'échec de la stratégie du "tout-masque". Si l'efficacité du masque pour protéger les autres est clairement démontré, force est de constater que la plupart des gens l'enlève dès qu'ils le peuvent et que certain.e.s le portent mal (en-dessous du nez) y compris dans les transports bondés. Par ailleurs, il est totalement illusoire de penser que lors des rassemblements amicaux et/ou familiaux que le masque soit porté en permanence. La seule chose crédible est de limiter le nombre de personnes lors de ces rassemblements. Bref, il aurait fallu davantage miser sur les espaces extérieurs et la distanciation physique dans ces espaces plutôt que sur le masque (par exemple, piétonniser les rues à forte fréquentation piétonne de manière à augmenter l'espace entre les personnes). Même si je crois à l'efficacité du masque, je pense qu'il ne faut pas trop miser dessus dans notre stratégie de lutte contre l'épidémie, mais qu'il faut être absolument être intransigeant dessus dans les lieux clos très fréquentés.

En résumé, il faut rendre le masque obligatoire là où il est nécessaire, et seulement là où il est nécessaire. Il faut également garantir la gratuité des masques tant qu'il y a des obligations de port du masque, ou à défaut des prix suffisamment bas.

 

2.2.2 Les mesures de confinement et les fermetures d'établissement

Lors des confinements du printemps et de l'automne 2020 en France, on observe une très nette diminution du nombre de nouveaux cas journaliers. Pour ce dernier confinement, cela est en dépit du fait que la plupart des activités professionnelles se soient maintenues. Néanmoins, dans certains pays (Inde ou Amérique latine), les mesures de confinement n'ont pas réellement fonctionné et n'ont pas empêché la propagation du virus. Dans ces pays, il y a souvent une économie informelle et une absence totale de compensation financière pour l'arrêt de ces activités, ce qui fait que le confinement ne peut pas être réellement respecté.

Par ailleurs, si le soutien aux mesures de confinement était très élevé pendant la 1ère vague, le soutien y est plus faible lors de cette seconde vague même s'il reste majoritaire. Par ailleurs, beaucoup de mesures restrictives ont été mises en place dans les 2 mois précédents le reconfinement (dans l'espoir justement d'éviter ce reconfinement selon le gouvernement) entre l'extension du port du masque à des zones peu fréquentées, puis la fermeture anticipée puis complète des bars, puis le couvre-feu à 21h d'abord dans plusieurs métropoles puis dans la moitié de la France et ont engendré un certain ras-le-bol, exacerbé pour ceux qui ont connu des pertes de revenus liés aux restrictions.

Pour autant, on ne peut pas nier que les bars et restaurants sont les lieux les plus à risque de transmission du Covid-19, étant donné qu'il n'est pas possible de manger ou de boire avec un masque et que les gens parlent assez fort. Ainsi, les fermetures des bars et des restaurants sont nécessaire quand la circulation du virus est importante. En revanche, l'intérêt d'une fermeture à 22h au lieu des horaires normaux semble relativement limité. Par contre, on peut envisager de n'ouvrir que les terrasses lors des beaux jours étant donné que le virus se propagent beaucoup moins à l'extérieur qu'à l'intérieur. Enfin, en période où la circulation du virus est suffisamment faible pour que les bars et restaurants puissent être totalement ouverts, il faudrait rendre obligatoire les cahiers de contact afin de pouvoir faciliter la recherche de cas contacts en cas de Covid-19. Pour les musées, les théâtres et les cinémas, le port du masque permanent est possible, même si on ne peut pas exclure que des personnes portent mal le masque et s'il ne faut pas oublier aussi de limiter la capacité selon la situation épidémique. A défaut de traçage des contacts, il serait intéressant que chaque personne fréquentant suive ce lieu sur les réseaux sociaux et ces lieux informent de la survenue de cas dans leurs établissements sur ces mêmes réseaux sociaux.

En ce qui concerne les établissements scolaires, le risque de propagation du virus n'y est pas négligeable mais un arrêt total de l'enseignement en présentiel n'est pas tenable sur une longue durée. Ainsi, en dehors des périodes de confinement, il est important de trouver un bon équilibre entre le présentiel et le distanciel. Ainsi, pour les écoles maternelles et primaires, il est préférable que l'enseignement hors confinement soit au maximum en présentiel, mais que le distanciel garde une part importante dans les collèges et les lycées afin d'éviter l'engorgement des établissements scolaires et de rendre le masque obligatoire dans l'établissement scolaire. Néanmoins, en cas de confinement, tous les établissements scolaires doivent fermer, car il n'est pas cohérent d'interdire à des enfants de voir leurs amis en dehors des cours si les établissements scolaires sont ouverts.

En résumé, lors qu'on n'est plus en mesure de tracer les contacts afin des les isoler, seul le confinement permet de diminuer de manière importante la propagation du virus. Toutefois, le confinement n'étant pas une mesure anodine, il n'est pas souhaitable qu'il s'éternise dans le temps. Il nous faut donc des confinements les plus efficaces possibles et l'objectif doit être un taux de reproduction R le plus proche possible de 0 de manière à ce qu'ils n'aient pas besoin de durer très longtemps. Cela doit donc se traduire pas la limitation la plus forte possible des contacts et donc l'interdiction de tout rassemblement privé mais aussi l'arrêt d'un maximum d'activités professionnelles non télétravaillables. Ainsi, il faut envisager la fermeture de tous les commerces même alimentaires pendant une période de 2 semaines maximum. Pour cela, il est nécessaire que ce confinement soit annoncé suffisamment à l'avance pour que les gens puissent faire leurs réserves de produits essentiels pour 2 semaines, prévoir un système de livraison en cas de nécessité et par contre rouvrir dans tous les cas les commerces après ces 2 semaines (il n'est pas raisonnable de demander de faire des réserves pour plus de 2 semaines). De plus, les abattoirs devraient fermer pendant ces périodes (et même au-delà) étant donné que ce sont des lieux où des foyers épidémiques se forment très facilement et qu'on peut se passer de viande pendant quelques semaines. Les abattoirs devraient pouvoir fonctionner uniquement si la situation épidémique permet l'ouverture des bars et des restaurants.

Pour résumer, les mesures de confinement sont les seules susceptibles de limiter la propagation du virus en cas de vague épidémique mais elles ont des effets dommageables en matière de santé mentale et d'accentuation de la pauvreté et ce sur plusieurs aspects : l'isolement forcé, la perte de revenus, et le manque d'activité physique... Néanmoins, la peur d'être contaminé et de contaminer les autres n'est pas meilleure pour la santé mentale. Ainsi, les mesures de confinement se doivent d'être :

  • drastiques quand elles sont mises en œuvre en matière de réduction des contacts sociaux avec notamment l'arrêt de la plupart des activités professionnelles non télétravaillables sauf celles ne pouvant pas s'arrêter sans préjudice grave pour la sécurité et la santé des personnes et celles ne donnant lieu à aucun contact social ;
  • être de durée limitée pour être acceptées et scrupuleusement respectées lorsqu'elles sont en vigueur (néanmoins même des confinements au rabais et pas toujours respectées peuvent parfois fonctionner comme celui qu'on connaît en France actuellement) ;
  • ne pas restreindre excessivement les sorties hors du domicile s'il s'agit juste de prendre l'air ou faire de l'activité physique sans côtoyer des personnes extérieures au domicile : la question du confinement est de rester loin des autres et non chez soi. Par exemple, les attestations pourraient n'être obligatoires que pour les trajets en voiture ou en transport (voire en vélo dans les zones les plus densément peuplés) ;
  • avoir des compensation financières suffisantes pour les activités contraintes de s'arrêter pendant les périodes de confinement car les travailleurs de ces secteurs n'ont pas à être pénalisés financièrement du fait de ces arrêts ;
  • envisager la suspension des loyers et des mensualités de crédit, a minima pour activités arrêtés, (et dans les villes où le logement est très cher, car l'intérêt d'y habiter diminue très fortement pendant les périodes de confinement) ;
  • être annoncées (parfois avec un préavis d'une ou 2 semaines) dès lors qu'elles sont devenues inéluctables au vue de la propagation du virus et non se persuader excessivement longtemps qu'on peut éviter un reconfinement et attendre que les admissions à l'hôpital et en réanimation soient très importantes.

A l'issue de ces périodes, les restriction doivent être allégés, mais l'allègement doit être en fonction de la situation épidémique en sortie de confinement. A minima, au bout de 2 semaines, les commerces doivent rouvrir et les établissements scolaires au bout de 4 semaines (avec des protocoles sanitaires stricts et un bon équilibre entre enseignement présentiel et distanciel) avec autorisation de rassemblements privés de 6 personnes.

En revanche, il faut absolument éviter les mesures de confinement trop peu efficaces et qui s'éternisent, car cela conduit à augmenter la lassitude de la population et donc diminuer le respect de ces mesures et alors ne pas diminuer le nombre quotidien de contamination, ce qui conduit alors à continuer les mesures et à amplifier de plus en plus la lassitude de la population. C'est pourtant dans cette situation que l'on se situe actuellement en France. Par ailleurs, le virus n'étant pas plus contagieux la journée que la nuit, les couvre-feux n'ont aucun intérêt à part contraindre les gens sur les horaires, car ils ne font décaler les interactions sociales dans le temps. Ainsi, si on estime qu'il est nécessaire de mettre en œuvre des mesures de freinage conséquentes, c'est qu'il faut aller vers un vrai confinement. Si au bout d'un mois et demi de confinement, on considère qu'il faut en sortir par un couvre-feu, c'est que le confinement n'a pas été suffisamment réussi. Par ailleurs, sortir seul dans la rue pendant les heures de couvre-feu, sans avoir aucune interaction sociale, ne contribue en aucun cas à la propagation du virus, même en cas de sortie "sans motif valable". Dans beaucoup de pays européens, les autorités se voient aujourd'hui contraintes de durcir encore les mesures faute d'efficacité des confinements au rabais du mois de novembre.

En résumé, dès lors que la circulation du virus est incontrôlable, il faut sans attendre annoncer un confinement drastique, à une échéance suffisamment proche, qui sera suffisamment efficace pour baisser très rapidement la circulation du virus et donc permettre un déconfinement rapide, ce qui évitera une trop grande lassitude vis-à-vis des mesures contraignantes voire liberticides qui s'éternisent.

 

2.3 Quel contrôle démocratique souhaiter pour les mesures contre la propagation du virus ?

Les mesures pour lutter contre la propagation du virus sont très contraignantes voire liberticides, il est donc nécessaire qu'un contrôle démocratique soit correctement mené afin que les mesures soient adéquates et acceptées par la population. Il faut aussi qu'il y ait un débat démocratique sur les mesures qui sont prises car il s'agit là de choix politiques. Dans mes propositions sur la 6ème République, je détaille les dispositions de ce que serait l'état d'urgence. Pour résumer, il est nécessaire que :

  • les mesures contraignantes voire liberticides soient validées a minima par une assemblée citoyenne tirée au sort parmi les listes électorales ;
  • les mesures locales soient décidées au niveau de l'échelon local et non par le gouvernement national ;
  • les discussions avant prise de décision n'ont pas à être soumises au secret défense : que je sache, un virus n'est pas doté d'une intelligence qui lui permettrait de s'adapter aux mesures prises pour limiter les contacts !

 

3) Comment être prêt pour la prochaine pandémie ?

La première chose à faire est de prendre les mesures pour limiter les risques d'apparition de maladies émergentes, telles qu'arrêter les élevages intensifs et limiter drastiquement la déforestation. Toutefois, ces mesures ne garantissent pas une sécurité parfaites par rapport à ce risque. Il faut donc être en permanence prêt pour une nouvelle pandémie. Cela passe par plusieurs choses :

  1. Avoir des capacités de dépistage très importantes, que ce soit en PCR, antigénique et même en sérologique : il faut s'attendre à ce qu'un pathogène (virus, bactérie, champignon, parasite...) émergent soit découvert lors d'une forme grave. A sa découverte, il faut se demander si le pathogène circule déjà activement ou non. Cela implique d'être en mesure de déterminer rapidement d'où vient la contamination de la personne faisant une forme grave. Il faut être en mesure de déterminer le plus rapidement possible le risque de faire une forme grave nécessitant une hospitalisation, ainsi que le taux de reproduction naturel R0 : cela permet de déterminer l'impact sanitaire potentiel d'une épidémie et de déterminer l'opportunité de mesures contraignantes pour lutter contre la propagation du pathogène. Par exemple, si le R0 est inférieur à 1 ou si le risque de faire une forme grave justifiant une hospitalisation est inférieur à 1/1000, il n'est visiblement pas nécessaire de prendre des mesures contraignantes sur la population générale contre la propagation du pathogène. Au contraire, si le risque d'être hospitalisé en cas de contamination est de l'ordre de 10% et que le taux de reproduction naturel est de 2, il sera nécessaire de recourir à des mesures contraignantes pour lutter contre la propagation du pathogène ;
  2. Avoir une bonne capacité hospitalière : cela passe à la fois par des moyens matériels et humains. En ce qui concerne les moyens matériels, il faut disposer d'une capacité de production à proximité, que ce soit en matière de respirateurs ou de masques. Pour les moyens humains, cela nécessite de former davantage de personnel médical, mais cette formation prend du temps. Néanmoins, on peut augmenter significativement le nombre d'infirmier.es dans 3 ans et de médecins dans 9 ans. On a besoin que le personnel médical soit excédentaire par rapport aux besoins normaux en dehors des périodes d'épidémie. Cela ne dispensera toutefois pas de prendre les mesures de lutte contre la propagation de l'épidémie ;
  3. Disposer de boucliers sociaux suffisants (par exemple d'un revenu universel d'existence et d'un logement (cf. mes propositions pour que le logement soit abordable un peu partout)) pour palier aux arrêts d'activité pouvant être nécessaires ;
  4. Être en capacité de trouver le plus rapidement possible des traitements et des vaccins : pour les traitements, une fois qu'on a découvert un nouveau pathogène, il est nécessaire de tester in vitro le maximum de médicaments connus afin de savoir si certains ont une chance d'être efficaces et une fois qu'on a vu quels médicaments connus sont efficaces in vitro, il faut lancer le plus rapidement des essais cliniques afin de déterminer lesquels sont réellement avantageux afin de pouvoir les administrer massivement. Il faut aussi réfléchir à de nouveaux protocoles d'essais cliniques afin d'accélérer les choses en cas de pandémie par rapport aux protocoles habituels lors qu'il s'agit de médicaments existants. Concernant les vaccins, il est nécessaire que la recherche soit au maximum publique et se concentre sur plusieurs pistes, et de disposer de capacité massive de production de vaccins à proximité.

 

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