Petite lettre aux arrogants qui se croient malins

Le clivage droite-gauche est partiellement effacé.

Le clivage droite-gauche est partiellement effacé.

Le champ politique, depuis 2005, tend à se structurer autour du refus ou de l'acceptation des règles (ou plutôt de leur absence) du libéralisme économique et du consumérisme.

D'un côté ceux qui sont à l'aise, plus ou moins, dans ce monde qui devient irrespirable au propre comme au figuré.

De l'autre, ceux qui souffrent, plus ou moins consciemment, de cet ordre des choses.

Ces derniers sont majoritaires en France, comme, par exemple, aux Etats-Unis d'Amérique : les deux candidats de la « mondialisation heureuse » -Fillon et Macron- font 44,01 % des voix.

Partant de ce constat, quelques remarques :

- Le Pen est bien une chance pour ce système inique de se perpétuer, puisque sa présence divise nettement le camp des « perdants ». Et qu'elle permet de verrouiller, croient-ils, l'élection.

- Le Pen a une majorité potentielle si elle réussit à murmurer à l'oreille des « laissés pour compte ». Et force est de constater qu'elle le fait brillamment, où Macron est d'une insondable vacuité et va répétant ses mantras mille fois ressassés. La synthèse lepéniste-nationaliste et socialiste fontionne d'autant mieux qu'il n'y a rien en face.

- Tout ce qui montrera l'arrogance des « puissants » apportera de l'eau à son moulin. Et là encore les erreurs sont manifestes, tant du côté de ce candidat qui se croit déjà vainqueur que de celui de ses appuis de circonstance - journalistes, éditorialistes, politiques…- qui campent sur des positions simplistes, moralisatrices, voire injurieuses. L'injonction morale ne marche plus (ici, un billet ancien qui disait déjà ça). L'arrogance et l'injure confortent un électorat en souffrance dans son rejet d'une « élite », parce qu'elles renforcent son sentiment d'être humilié.

Les journalistes qui se rêvent prescipteurs d'opinion, rêvent. Ou plutôt non : ils sont de plus en plus souvent prescripteurs de l'opinion contraire à celle qu'ils « défendent ».

Je continue de penser que la France Insoumise était, pour un démocrate de gauche, une chance d'éviter la catastrophe. Mais il est un peu tard. Alea jacta estcomme disent les lettrés qui, confondant savoir et pouvoir, se croient malins alors qu'ils ne sont que cultivés.

Les sondages montrent un resserrement. Je fais le pari qu'il va hélas se poursuivre.

Ce matin, sur France Culture, on nous mettait en garde contre un scénario à l'américaine. C'était envisageable, avant le résultat de cette élection. 

Difficile, mais il nous faut y aller. Voter, voter contre.

Malgré la bêtise, malgré l'arrogance.

Et rire de tant d'absurdités et d'inconséquences. 

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