Le BAFA*… ou l’histoire du stage

// BAFA // Peut-être avez-vous rencontré les Ceméa à l'occasion d'un stage BAFA ? Le stage, acte fondateur des Ceméa, tour à tour, appelé session, module, semaine, etc., mérite qu’on revisite, à l’occasion de ce quatre-vingtième anniversaire, les éléments qui ont fait son succès et sa pertinence.

 © Ceméa © Ceméa
Avril 1937… Une « expérience » pédagogique inédite se déroule en Provence. Il s’agit du premier « Centre d’entraînement pour la formation du personnel des colonies de vacances et des Maisons de campagne des écoliers ». Cette initiative sociale et associative répond au besoin désormais pressant de former des cadres. Son titre souligne d’emblée son ancrage dans la pratique et le vivant et s’inscrit pleinement dans une démarche d’éducation populaire. Cette formation donnera naissance au diplôme de « moniteur et de directeur de colonie de vacances » en 1946 et deviendra plus tard, le Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur en 1973. Aujourd’hui, quatre-vingt-quinze mille jeunes par an sont concernés par cette formation !

De cette première expérience, avec une soixantaine de « stagiaires » naîtront les Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active).

Le stage, acte fondateur de notre existence, tour à tour, appelé session, module, semaine, etc., mérite qu’on revisite, à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, les éléments qui ont fait son succès et sa pertinence.

La sémantique des Ceméa induit en effet, derrière le mot « stage » : la prise en compte de la complexité des processus d’apprentissage, de vie affective des groupes, de la diversité des personnes accueillies, une formidable richesse de pratiques et un modèle pédagogique, toujours pertinent visant la transformation sociale.

La mécanique du stage

 © Olivier Chauprade © Olivier Chauprade

Unité de temps, de lieu, d’espace, le stage fonde sa cohérence en alliant une démarche, un projet collectif « rêvé », conduit par une équipe pleinement engagée dans sa réalisation, un cadre matériel et temporel en cohérence avec des objectifs porteurs de sens et des stagiaires « en formation1 », constituant un groupe.

Ce choix, de l’expérience collective, valide la pertinence des apprentissages socialisés et permet le développement de nouvelles compétences sociales, essentielles pour s’occuper d’autrui. Pour que de réelles interactions aient lieu et contribuent à la formation, la qualité du climat socio-affectif revêt un caractère essentiel, les relations entre les formateurs et les « se formant » constituent donc des interactions décisives. Le corollaire : l’existence d’un temps minimum à la construction de ces nouvelles relations avec ces nouvelles personnes dans un cadre qui, bien que rassurant, est nouveau. Notre conception de la formation2 valorisant l’expérience personnelle et collective par la pratique, associée à la démarche de projet nous y aident grandement. On devine, dans ce cadre, que le choix de l’internat, pour une formation courte, est particulièrement pertinent. L’intensité de la situation permet l’appropriation rapide et densifiée du cadre qui autorise la prise de risque nécessaire pour engager le processus de formation. Se former, c’est se trans-former, se dé-former, c’est donc accepter un angoissant déséquilibre, « un entre-deux », le soin apporté à la construction d’un cadre rassurant, respectueux, garantissant une confiance mutuelle est donc déterminant pour permettre l’engagement sans lequel aucun apprentissage n’est possible. C’est à ces conditions que les stagiaires, bénéficiant d’un environnement propice, une fois le cadre posé, connu et partagé pourront conduire leur propre trans-formation. Cet « entre-deux » permet alors à chacun, de devenir « auteur »3 de son projet de formation. J. Biarnès4 compare la formation à une migration : « S’il est vrai que nous ne pouvons nous découvrir que dans le regard de l’autre, et découvrir l’autre que par une interrogation sur soi, alors toute formation d’adultes est un lieu où se joue fondamentalement une problématique interculturelle », ce n’est pas la moindre des expériences.

Le BAFA et l'animation volontaire

Encadrer des enfants et des adolescents à l’occasion des congés scolaires et des temps de loisirs est pensé, ici, comme un engagement éducatif, social dans le cadre d’une activité temporaire : les centres de vacances et de loisirs. Ces espaces-temps éducatifs sont tout aussi formateurs pour ceux qui les encadrent que pour ceux qui y sont accueillis ; ils sont une occasion pour la jeunesse de prendre place dans la société. 

 © Olivier Chauprade © Olivier Chauprade

C’est une conception de l’animation que nous appelons l’animation volontaire. La professionnalisation massive du secteur, notamment depuis ces vingt dernières années, entraîne cependant de fortes distorsions par rapport à la philosophie initiale de ce brevet. Dans une société du chômage de masse et de la précarité organisée, le BAFA devient, dans l’animation, un sésame « pseudo-professionnel », symbole d’une paupérisation effective. Cette confusion est aggravée par le refus des gouvernements successifs de créer un véritable statut de volontaire de l’animation. Cette philosophie du volontariat demeure pour autant d’une formidable modernité ; en témoigne les réflexions associées à l’émergence de l’idée du revenu universel à l’occasion de la Présidentielle 2017. C’est bien parce que cette activité de co-éducation n’est pas d’abord une source de revenu qu’elle peut être volontaire et ouverte à tous.

C’est dans ce contexte, a l’occasion de ses 80 ans et pour occuper la prochaine décennie que j’emprunterai ma conclusion à A. Sirota5, qui propose de « remettre le stage sur le métier, de revisiter ce qu’il permet, d’en ré-appréhender les dimensions, les potentialités, les fondamentaux et les complexités. On oublie vite quand on est pris par la routine, les pressions idéologiques et financières. C’est une voie à redécouvrir en parlant ensemble dans des espaces de ré-élaboration appropriés, afin que les formateurs des Ceméa redonnent au stage, leur joyau, toute sa portée possible ».

Patrice RAFFET et Laurent MICHEL

 

* Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur

1Ce qualificatif désigne ici autant le statut et la situation que le processus de formation à l’œuvre pour la personne

2Pour aller plus loin : Alain GHENO Le stage BAFA Vers l’Éducation Nouvelle (VEN) n°535 – juillet 2009 et Patrice RAFFET L’éducation nouvelle et la formation des animateurs V.S.T n°124 érès – 4ème trimestre 2014

3Jean-Pierre BOUTINET Tensions et paradoxes dans les conduites de projet Les cahiers de l’Actif – N°266/267 juillet -Août 1998

4Jean BIARNÈS Le stage de formation est une migration Migrants - Formation n° 69 juin 87

5André SIROTA Qu’est-ce qu’un stage ? Vers l’Éducation Nouvelle (VEN) n°533 janvier 2009

 


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