Le stage Bafa

Cet article explore les conditions pour qu'un stage Bafa soit un espace de formation aux méthodes d'éducation active. Il est paru dans le n° 535 de Vers l'éducation nouvelle, la revue des Ceméa.

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1937, création du premier « stage ». Création à la fois d’une formule nouvelle, d’un concept, et de l’idée qu’une formation courte (mais suffisamment longue), en internat, permettrait d’acquérir les connaissances suffisantes à l’encadrement des colonies de vacances (à l’époque, déjà plus de 300.000 enfants concernés). Si la société d’alors tentait par tous les moyens d’envoyer au grand air les enfants déjà étouffés par l’urbanisation, les logements exigus, souvent insalubres, il faut bien avoir conscience aujourd’hui que l’action s’évaluait plus au nombre d’enfants concernés qu’à la qualité de l’accueil, au grand dam des mouvements éducatifs et des pédagogues promouvant une éducation plus centrée sur l’enfant lui-même.

Il reste nécessaire de rappeler que dans cette France d’avant la dernière guerre mondiale, ce sont les organisations et les associations d’éducation populaire (de toutes obédiences), les municipalités nouvellement dirigées par le parti communiste et à ce moment précis de 1937, le gouvernement du Front Populaire qui tentaient de favoriser le départ du plus grand nombre d’enfants vers les colonies de vacances. Cette volonté de départ, d’éloignement des lieux de vie était première, et si les enfants ne semblaient pas en souffrir (au contraire ?), les mouvements pédagogiques, les pédagogues ne pouvaient pas se satisfaire d’une organisation où parfois un seul adulte pour 40 ou 50 enfants assurait plus une tache de garderie (de gardiennage ?) et de maintien d’une sécurité minimum qu’un rôle éducatif réfléchi. Le programme de la grande majorité des colonies pouvait également se résumer à : promenade, repas, promenade, repas, sommeil, avec certainement des moments de jeux « libres », ou, quand on était en bord de mer, de baignades très « collectives ». (Voir le texte de Denis Bordat en ouverture du livre : Les Ceméa, qu’est ce que c’est ? ).

Le Bafa porte toujours aujourd'hui les valeurs d'une société plus solidaire et plus égalitaire

C’est une volonté commune des partenaires éducatifs (au lendemain de la guerre étaient apparus de nouveaux mouvements, tels que les Francs et Franches Camarades, et surtout les Comités d’entreprises, qui allaient prendre une part quasi prépondérante dans le développement des colonies de vacances) qui conduira l’état à créer le premier diplôme de moniteur et de directeur de colonie de vacances en 1954. Une volonté éducative, une volonté politique précise. Cette création prolonge la volonté de la société de favoriser le départ du plus grand nombre d’enfants (se rappeler qu’en 1947 l’état prenait en charge 90% du cout d’un séjour), avec certes l’objectif de retaper la santé d’enfants venant de subir des privations de tous ordres sur le plan physiologiques, mais également celui de préparer une société plus juste, plus égalitaire. La philosophie, le projet de société qui préside à la création de ce diplôme est celui de l’éducation populaire.

Cette même philosophie restera vivante lorsque le diplôme de moniteur de colonie de vacances deviendra le Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur, en 1973.

Ce qui précède ne peut pas être oublié quand il s’agit de parler des BAFA d’aujourd’hui. Une histoire ne peut se renier aussi simplement. Il faudrait ajouter que la même philosophie a présidé à la création des diplômes professionnels, et ce dès le premier d’entre eux, le Capase , en 1971. On ne peut pas traiter du BAFA si on ne traite pas dans la même dynamique le développement de l’animation, sur ses deux pôles, l’animation professionnelle et l’animation volontaire. L’une ne peut être le sous produit de l’autre, elle en est le complément indispensable, justement dans cet esprit d’éducation populaire.

Gisèle de Failly donc, militante d’éducation nouvelle a crée le premier stage. Le premier centre d’entraînement, qui donnera son nom à ce que nous sommes depuis, les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active. Il devient de fait évident de mettre en relation ces trois termes : stage (BAFA ou BAFD aujourd’hui), éducation nouvelle, méthodes d’éducation active.

Ce sera le filtre d’écriture de ce qu’est un stage de formation aux Ceméa aujourd’hui. Qu’il s’agisse d’un stage BAFA ou BAFD, ou qu’il s’agisse d’une formation aux métiers de l’animation. Les contenus diffèrent, les objectifs de formation diffèrent, pas ce qui fera le squelette du stage.

Chaque fois nous nous trouverons confrontés de fait à une double dynamique, qui a son origine dans la genèse de la formation, plus que dans on ne sait quel choix incontrôlé de formateur : une formation à une fonction, délimitée par des réglementations, des contextes, des enjeux politiques, sociaux ou sociétaux, et une formation de la personne.

Il a été dit depuis longtemps que tout acte de formation était un acte de transformation. Cela reste valable pour toutes les formations, quel que soit le domaine.

Mais pour être un lieu de formation de la personne, un stage doit être inscrit dans le cadre fondateur de l’éducation populaire. Le projet politique de l’éducation populaire était et reste bien de participer à l’évolution d’une société non seulement plus juste et plus égalitaire, mais également ou l’éducation de chacun est l’affaire de tous. Une société où l’éducation n’est pas une affaire de spécialiste, soient ils éminents, mais bien le fait de démarches complémentaires de multiples acteurs, regroupant autant les apprentissages scolaires, que les temps de loisirs, que la vie sociale et culturelle, que la vie quotidienne et familiale. L’éducation est de tous les instants….

Nous pouvons maintenant nous plonger au cœur d’un stage BAFA. Les textes officiels cadrent la formation en ces termes (ce qui pourrait tenir lieu de programme) :

- Assurer la sécurité physique et morale des mineurs

- Participer, au sein d’une équipe, à la mise en œuvre d’un projet pédagogique en cohérence avec le projet éducatif dans le respect du cadre réglementaire des accueils collectifs de mineurs

- Construire une relation de qualité avec les mineurs qu’elle soit individuelle ou collective

- Participer à l’accueil, à la communication et au développement des relations entre les différents acteurs

- Encadrer et animer la vie quotidienne et les activités

- Accompagner les mineurs dans la réalisation de leurs projets.

Auxquels s’ajoute cette consigne : à l'issue de chaque étape, le stagiaire établit un bilan pour préparer l'étape suivante.

En se rappelant que cette formation se réalise en trois étapes, d’une durée totale de 28 jours. C’est à la fois extrêmement peu, et peut être suffisant (à l’exception du stage pratique qui mériterait d’être prolongé, la pratique sur le terrain restant le plus sûr moyen de transformer ses capacités en compétences, et d’affiner ou d’élargir ces dernières).

Suffisant si on accepte de garder deux ou trois choses à l’esprit : les accueils de mineurs, quelle que soit la forme, sont dirigés (et l’ont toujours été) par des professionnels de l’éducation (enseignants, éducateurs, soignants etc… et aujourd’hui professionnels de l’animation), ils sont organisés dans leur très grande majorité par des associations, des municipalités, ou autres organismes d’éducation populaire appuyés sur un projet éducatif et puisant dans les racines de ce projet éducatif à la fois une association démocratique de tous les acteurs à sa réalisation, et un contrôle tout aussi démocratique de ce qui se passe dans les séjours.

Les jeunes souhaitent montrer qu'ils sont responsables

Les accueils de mineurs (anciennement centres de vacances et de loisirs, rappelons le, pour plus de confort de lecture) sont le lieu le plus sécurisé qui soit de vacances et de loisirs des enfants et ce depuis toujours. Cela est vrai parce qu’ils sont (ont été ?) un lieu dans lequel des parents confient (confiaient) en toute confiance leurs enfants à des organismes qui étaient leur prolongement éducatif (aux parents). Il est nécessaire de se souvenir que les comités d’entreprise sont organisés par les syndicats qui ne peuvent être que les représentants des parents, que les associations d’éducation populaire associent de fait les parents et que les municipalités ne peuvent être étrangères ou extérieures aux parents citoyens et administrés.

Suffisamment longue si on accepte cette idée que les jeunes s’engageant dans la formation BAFA, à quelques exceptions près, le font au nom d’une motivation profonde, consciente mais mal exprimée : prendre sa place dans la société, en prouvant que même à 17 ans (et certainement plus tôt), on est en capacité de prendre en charge totalement, sur un temps court, l’éducation des plus jeunes dans les temps de vacances ou de loisirs. Ce qui, convenons-en, n’est pas rien ! Dans tous les sondages, dans toutes les enquêtes, ces jeunes disent non pas qu’ils souhaitent montrer qu’ils peuvent être responsables, mais bien qu’ils le sont !

Suffisamment longue enfin si on veut bien se souvenir qu’il ne s’agira pas de devenir un professionnel de l’éducation (le BAFA est et doit rester un diplôme non professionnel), mais bien de pouvoir mettre tout son enthousiasme, son énergie, et des compétences bien spécifiques au service d’un projet, d’un travail d’équipe, dans lequel on ne doit avoir à tenir que cette place là, celle d’être le cadre, le moteur, l’aiguillon des projets des enfants. Non pas les tenants d’une science de l’éducation, non pas des spécialistes aguerris de l’activité pouvant déverser de haut un savoir hors de portée. Faire partie du cadre, être des partenaires conscients et responsables de l’activité (nous y reviendrons), de la vie quotidienne, de la vie collective et bien évidemment de la sécurité, des sécurités des enfants.

Que se passe-t-il alors dans un stage BAFA ?

Nous aurions envie de dire : une belle aventure ! Une belle aventure, non aventureuse. Une aventure qui peut ouvrir d’autres chemins. Une aventure qui fonde, et qui prolonge.

Les stagiaires, dans leur très grande majorité, sont encore inscrits dans des cursus scolaires multiples. Ils sont de fait (et cela est vrai également pour ceux d’entre eux qui ont quitté le cadre scolaire) inscrits dans un type de relation aux adultes, ou à la société, qui tient plus d’une relation dépendante, hiérarchique que d’une relation basée sur autre chose que le pouvoir. Ils vont découvrir, puis agir, dans l’espace des 8 premiers jours de la formation (durée du stage de formation générale) qu’il peut exister d’autres formes de relations, basées sur la confiance, le respect de chacun des protagonistes, mais aussi sur son propre engagement à se prendre en charge. En tant que mouvement d’éducation nouvelle, notre engagement premier, dans tous les actes de formation, est de faire en sorte que chaque stagiaire soit acteur de sa propre formation. Tout autant qu’acteur de la formation des autres, tant il reste vrai et permanent que sa propre prise en charge ne peut se réaliser que dans le cadre d’un groupe.

Être acteur de sa propre formation, non pas en tant que lubie illuminée d’une équipe de formateurs, mais bien en tant que projet de formation, conduisant de fait à devenir un animateur conscient de sa propre responsabilité, et de ses moyens, de ses capacités ! Un animateur qui aurait vécu un stage de formation générale à suivre un programme de formation pré établi et gravé dans le marbre ne pourra que suivre le même type de programme sur son terrain de stage pratique, ce qui ressemble fort peu à un projet pédagogique (en tous cas dans notre compréhension du terme !).

Cela implique que le stage, dès son ouverture, va installer un cadre à la fois précis et lisible, souple et facilitant qui va permettre à chacun non pas de se demander pourquoi il est la (il le sait !), ou ce qu’il attend de la formation (y’a-t-il quelque chose de plus passif que d’attendre ?), mais bien de délimiter ce qu’il peut et ce qu’il doit, dans l’espace des 8 jours, acquérir, améliorer, perfectionner, pour être en capacité de prendre sa place lors de la première expérience pratique. Et ce même s’il a déjà une pratique. Le premier stage de formation doit lui donner les moyens, même limités, d’analyser sa pratique, ce qui restera le plus sûr moyen de savoir où il va et d’éviter les grosses bourdes.

Il est alors nécessaire de partir du postulat (qui n’en est pas un !) que chaque stagiaire porte avec lui des compétences. Qu’il a une histoire, un vécu. Qu’il n’est pas une pate molle que l’équipe de formateur va modeler à l’image qu’elle se fait d’un archétype idéal de l’animateur (ce que l’inconscient collectif porte allègrement). Mais qu’il porte également avec lui une ou des représentations de ce que sont les enfants (seraient ils donc si différents que « moi » ?) et de ce que sont les accueils de mineurs (ah! le poids de l’ « activisme de loisirs » véhiculé par les médias et la « tradition » !) qu’il va falloir mettre à distance pour prendre conscience de la place du loisir et des vacances dans la société, et du rôle éminemment éducatif de ces accueils là.

L’entrée en formation devient alors un cheminement très organisé entre des temps d’approches des activités et de l’activité (nous y reviendrons), des temps d’appropriation de l’environnement du stage (refuser que les stages de formations BAFA puissent être des stages « hors sol » facilitera l’implication dans l’environnement des accueils de mineurs), et d’appropriation des contenus, (modulables en fonction des besoins repérés de chacun), des temps de construction du groupe, qui deviendra le moteur de la formation, et des temps de prise de recul sur tout ça, des temps dit d’évaluation, qui rendent l’activité du stage et sa propre activité conscientes et cohérentes.

Le stagiaire participe à l'élaboration du programme

Il sera nécessaire que chaque stagiaire participe à l’élaboration des règles de vie (meilleur moyen de se les approprier), participe à des temps d’analyse du vécu collectif (sous des formes favorisant la prise de parole, ou de mise en mots, ce qui n’est pas obligatoirement la même chose) pour que le stage devienne « son » stage. Participer à des réunions d’analyse de journée permet aussi, en les analysant, de prendre la mesure et d’acquérir des compétences dans l’organisation des réunions d’enfants, qui, sur le terrain, auront les mêmes objectifs de pouvoir s’exprimer sur son vécu et de participer à l’élaboration de ses propres vacances.

Il est donc nécessaire que le stagiaire participe à l’élaboration du programme de formation, la fameuse grille de stage qui représente le projet d'organisation et de déroulement des temps et contenus de la formation du début jusqu'à la fin du stage

Rien ne s’y oppose. Le contenu, le programme défini par les textes est très largement ouvert. L’équipe de formateur doit fixer un cadre permettant l’association des stagiaires à la construction du contenu. Mais que les choses soient claires : il ne s’agit pas de se quereller sur la sempiternelle grille ouverte ou fermée, grille vierge ou remplie ! Il s’agit de trouver des formes d'organisation permettant à chaque stagiaire d’aller au bout de son projet de formation, qui ne peut que lui être personnel ! C’est une démarche qui implique un suivi de chacun, un accompagnement, et la maîtrise des dynamiques inhérentes à un groupe. Or cette maitrise ne peut qu’être le fait de l’équipe de formateurs, tout autant que la maitrise du cadre de formation.

C’est là toute la différence que nous revendiquerons en tant que mouvement d’éducation nouvelle. Agir sur le cadre de formation, agir sur l’environnement, pour agir comme levier de transformation des personnes.

Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active… Les Ceméa revendiquent une conception de l’activité à mille lieux des archétypes contemporains.

Pour les mouvements d’éducation concernés et pour les Ceméa en particulier, l’activité se veut novatrice ; les techniques, les méthodes, tout un ensemble pédagogique rattaché à l’activité humaine est mis au point, travaillé, expérimenté, critiqué sans cesse développé et loin de « l’occupationnel ». L’activité, dit Gérard Houzard, n’est donc pas un « concept fumeux mais fondamentalement une attitude qui projette un individu ou un groupe. Activité, implique donc un choix délibéré. Inviter sérieusement à l’activité conduit au dialogue, à l’échange, à la remise en question et rend inopérant l’argument d’autorité ; réciproquement, l’activité suppose participation effective, recherche, expérimentation. » « La culture générale naît de l’expérience pratique, » rappelle Robert Lelarge.

L’ensemble du stage de formation est basé sur cette conception de l’activité. Et c’est cette conception de l’activité humaine (et humanisante) qui sera développée, vécue et analysée tout au long des rencontres qui seront organisées avec de multiples activités. Pas les activités de « colos » dans l’acception triviale du terme, pas les activités technicistes dont nous savons, en tant que mouvement d’éducation, qu’elles restent loin des besoins et des préoccupations des enfants eux-mêmes, mais des activités qui fondent.

Peu importe qu’elles soient à la mode ou pas, à la condition qu’elles soient en lien avec les pratiques du moment, avec l’évolution des supports d’activités. Il y aura donc une rencontre avec les activités manuelles, avec les activités d’expressions, avec les activités physiques, avec les activités de découvertes de l’environnement. Il y aura une rencontre avec les formes actuelles de l’activité. Point d’exclusive, les nouveaux médias doivent faire partie des activités, les nouvelles formes de jeux également, dussent-elles être vidéo !

Il y aura pratiques de jeux, de multiples jeux et d’analyses de ces jeux pour commencer de comprendre en quoi le jeu et l’activité ludique restent indispensables au développement du petit d’humain, bien loin encore une fois des caricatures et des raccourcis que notre société marchande tente de véhiculer. Une rencontre dans et par la pratique, puis un changement d’axe ou de point de vue en prenant le recul nécessaire à la compréhension de ces activités, enfin un choix qui s’opérera au hasard des rencontres profondes entre histoire individuelle et activités pratiquées. Ensuite commenceront les acquisitions des compétences nécessaires au soutien des activités des enfants.

Tout un cheminement qui nécessite autant une préparation rigoureuse de la part de l’équipe d’encadrement dans le choix des activités proposées que le respect du choix opéré, ou des choix multiples des stagiaires. C’est cette activité qui deviendra le vecteur de la formation. C’est à partir des pratiques analysées en stage que le stagiaire prendra petit à peti conscience que toute activité d’éducation est le fait d’un choix politique, que cela conduit à une conception de la société, et qu’être animateur de vacances et de loisirs, ne serait ce que sur un temps court, a des enjeux de cette ampleur. Et qu’il y participe !

Autre originalité de la formation BAFA : la relation éducative

Certes, l’équipe de formateurs a une responsabilité formelle : celle de mettre en œuvre un programme de formation, dans un cadre réglementaire précisé. Elle aura la responsabilité de valider ou non la formation, d’ouvrir ou non la suite de la formation au stagiaire. Pour autant, rien n’implique une relation hiérarchisée. D’abord parce que les formateurs ne sont en rien responsables des stagiaires ! Ceux-ci seront couverts, dans la pratique des activités de la formation par la couverture en responsabilité civile de l’organisme de formation, mais ils gardent toutes leurs responsabilités, pénale puisque d’évidence ils en ont l’âge légal, et civile sous le couvert de celle de leurs parents. Il conviendra donc de fait d’oublier cette belle phrase d’ouverture, qui parfois peut échapper : « ici, vous serez considérés comme des personnes responsables », puisqu’ils le sont !

Responsabilité de l’équipe de formateur ? Oui, une responsabilité éducative, une responsabilité « morale », nous préférerions dire une responsabilité politique.

Justement celle qui consiste à mettre en place un cadre et une relation dans lesquels n’interviennent aucunes relations ou rapports de pouvoir. S’il doit y avoir une relation d’autorité, gageons que ce sera l’autorité que confère la maitrise de telle ou telle activité, ou de la dynamique de formation. Cela nécessitera la mise en place de structures de travail qui petit à petit autonomisent un stagiaire à qui jusque là la société, dans l’organisation qu’elle a choisi de son cadre scolaire a peu fait appel à sa capacité d’initiative.

Décréter d’emblée, en ouverture de formation, que chaque stagiaire est acteur de sa propre formation, et le laisser croupir dans un désert où il ne pourra construire que des murs de sable tient de la plus éhontée des manipulations. Lui dire, de l’extérieur de lui-même, qu’il est responsable, autonome et acteur de sa formation et (pour faire léger) de celle des autres tient de la même démarche.

Mettre en place un cadre, des outils, qui petit à petit, tout au long de l’activité du stage amènent le stagiaire à se construire sa propre compréhension, ses propres outils, le conduit non seulement à sa propre prise en charge, mais lui permet d’inscrire le stage dans une formation à une citoyenneté active.

Et là peut être se trouve le nœud de ce qu’est le BAFA, depuis sa création, et souhaitons pour longtemps encore. Une action qui intervienne sur la société, en impliquant toute une partie de la jeunesse dans une démarche d’intégration citoyenne, tout en permettant l’organisation et la pratique de loisirs éducatifs.

La formation BAFA, nous le disions en ouverture, participe de la formation de l’individu et de la personne. Non pas que cela soit dans le programme, ou le cadre des contenus. Mais parce que la pratique de la formation, telle que nous avons tenté de la définir, au travers d’une conception de l’activité qui parle d’activité humaine, d’"agir" comme le définit Tony Lainé porte en elle-même un projet de société. Celui défini par les conceptions et les valeurs de l’éducation populaire. Et dans ce cadre, avec ténacité, nous ajoutons les valeurs de l’éducation nouvelle.

Alain Gheno


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