Covid-19 : La mondialisation s’achève entre bio-totalitarisme et décroissance forcée

Réfléchissons à l’actuelle unification virologique de la planète et au rôle du marché qui favorise la libre circulation des microbes. Poursuivons avec l’ambition contemporaine de toute-puissance et la possible nécessité d’un totalitarisme sanitaire et numérique. Regardons enfin la France, pays peut-être le plus centralisé, sa verticalité autoritaire et ses abandons de poste ministériel…

En trois mois, le nouveau coronavirus SRAS-CoV-2 et la coronavirus disease CoViD-19 ont fait le tour du globe et déclenché une crise planétaire sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cet ébranlement anthropologi­que requiert un effort de la pensée pour y faire face et créer du sens. Ici, après avoir abordé cette unification partielle du monde, puis l’origine et la diffusion du virus, il s’agira notamment de réfléchir au rôle du marché. L’extension de la logique marchande et de sa promesse autorégulatrice implique en effet la menace de la libre genèse et circulation de pathogènes.

Plus fondamentalement, la racine de la crise actuelle pourrait se situer dans l’ambition contemporaine de toute-puissance qui compense notre impuissance réelle, ambition qui se concrétise à présent dans nos tentatives de contrôler le monde tridimensionnel en le raplatissant dans des surfaces portables. Sont également en cause notre sentiment de supériorité sur l’Autre, en l’occurrence la Chine, et la désinvolture vis-à-vis des lois de la nature et du virus, somnambulisme professé d’ailleurs un temps par l’auteur de ces lignes… Seront esquissées aussi trois grandes tendances, parfois contradictoires, pour les temps à venir, parmi lesquelles notamment la possible nécessité de développer et d’accepter un totalitarisme sanitaire et numérique face aux milliers de coronavirus et autres microbes inconnus circulant dans la nature.

Concernant plus particulièrement la France, pays peut-être « le plus centralisé de la planète » (Jean Ollivro), la verticalité autoritaire y a atteint… des sommets lors des discours télévisés d’Emmanuel Macron. À côté de facteurs plus notoires, elle est probablement une des raisons de la défaillance sanitaire, laquelle a sans doute également été favorisée par les abandons de poste, momentanés ou définitifs, de onze membres du gouvernement, dont le Premier ministre, lors des élections municipales…

L’unification physique, symbolique et politique de la planète

1. Une fois mis au monde, le virus a vu sa diffusion sur la planète entière, plus rapide que jamais auparavant, assurée grâce à la libre circulation des marchandises et des personnes privilégiées, notamment des touristes, des hommes et femmes d’affaires, des étudiants et même des missionnaires et fidèles de la Tablighi Jamaat, de la Porte ouverte chrétienne et de la Shincheonji Church of Jesus. Cette unification bio-physique du globe s’accompagne d’une mondialisation des réactions, comme si « la société-monde s’imposait enfin à nous consciemment »[1]: sous l’emprise d’un réseau médiatique planétaire et “à temps réelˮ, axé sur la captation des publics et la mise en scène spectaculaire, une même sidération, voire hystérie a saisi simultanément toute l’humanité, engendré différents régimes de confinement pour sa majorité et sommé tous les chercheurs, journalistes et d’autres auteurs de se prononcer. Amorçant un sentiment d’identité global, cette intensité réactionnelle contraste avec la faible mortalité de la Covid-19, sans doute bien moins que 1 % contre 25 à 90 % pour l’infection au virus Ebola ; en Italie comme sans doute ailleurs, 99 % des personnes décédées souffraient d’une ou de plusieurs autres maladies.[2] Enfin, le nombre des décès est pour l’instant très loin des 20 à 100 millions dus à la grippe espagnole en 1918-1919.

Une revanche du vivant contre la techno-science et le marché hégémoniques

2. Concernant l’origine du virus, se présentent actuellement deux explica­tions, non exclusives l’une de l’autre, mais possiblement complémentaires. La première la situe dans l’industrialisation de l’agriculture et notamment de l’élevage, couplée aux déforestations, aux réductions de la biodiversité et au trafic d’animaux sauvages.[3] Liée à la multiplication des zoonoses, la pandémie actuelle a donc été à la fois prévisible et prévue[4] et notamment par la Central Intelligence Agency des États-Unis dès 2005, de façon très détaillée et proche de la réalité actuelle[5].

Une deuxième hypothèse avance la possibilité que le virus se serait accidentellement échappé du laboratoire “BSL-4ˮ ou “P4ˮ (plus haut niveau de sécurité) de l’Institut de virologie de Wuhan ou de l’agence locale “BSL-2ˮ du Centre chinois de prévention et de contrôle des maladies[6] où sont menées des recherches notamment sur les coronavirus transmis par les chauves-souris. C’est à Wuhan que la pandémie a démarré le 17 novembre 2019. Cette éventualité ne peut être abordée dans un esprit serein qu’avec difficultés. D’un côté, elle est brandie par des exilés chinois et leurs partisans qui ont quelques comptes à régler avec le régime de la Chine.[7] De l’autre, elle est combattue par les tenants d’un « complot des anticomplo­tistes » (Frédéric Lordon) qui n’envisagent fake news, infox, etc. que chez des populations ou personnes dominées ou anti-occidentales.[8] Pourtant, un accident ne peut pas relever d’un complot ! Les craintes scientifiquement fondées de la genèse et de la dissémina­tion intentionnelles ou accidentelles d’un pathogène[9] sont ainsi passées sous silence. Le réputé magazine Nature avait exprimé ces inquiétudes à l’égard de l’Institut de virologie de Wuhan à son ouverture en 2017, en rappelant  que le virus du SRAS était sorti à de multiples reprises de lieux pourtant hautement sécurisés de Beijing au début des années 2000.[10]

Quoiqu'il en soit, les deux hypothèses attribuent la naissance et la diffusion du virus à un mode de développement industriel et techno-scientifique irrespectueux des équilibres et limites des milieux naturels.

3. On se souvient que pour Margaret Thatcher, la société n’existait pas (« There is no such thing as society »). On pourrait se focaliser sur l’erreur manifeste de cette affirma­tion (que la Première ministre britannique avait atténuée en reconnaissant l’existence des familles) : en effet, la réalité de la société s’exprime notamment à travers le langage, toujours supra-individuel et supra-familial, qui organise entre autres la transmission de l’histoire commune par-delà les générations. Toutefois, ce qui importe ici, ce n’est pas le faux constat, mais le projet politique qu’il véhicule. Il s’agit de défaire la société en s’appuyant sur la logique du marché supposé autorégulateur, la « concurrence libre et non faussée » et la « libre entreprise ». C’est cette orientation que le virus met en cause, en rappelant que nos vies dépendent du collectif.

Il faut d’abord prendre conscience de ce que le marché n’est pas un arrangement privé mais public. Qu’il puisse exister en dehors d’un ordre social et d’une organisa­tion politique est un pur fantasme, de même que la concurrence est toujours faussée, ne serait-ce que parce qu’elle génère sans cesse des acteurs plus puissants que d’autres qui cherchent alors à modifier les règles du jeu à leur bénéfice. Le marché va donc nécessairement de pair avec une puissance publique, au demeurant fort variable, chargée notamment de développer à long terme les systèmes d’équivalences permettant les interactions sociales et l’échange marchand (temps de l’horloge, carte géographique, poids, mesures et standards, monnaie, droit, etc.).

Néanmoins, lorsque la vie humaine est temporairement dominée par la seule per­spective à court terme des vendeurs et des acheteurs et leurs intérêts respectifs, allant dans le sens d’une circulation toujours plus fluide et rapide des facteurs de productions et des êtres vivants qui les accompagnent, que cela signifie-t-il ? Les acteurs les plus puissants s’imposeront, qu’il s’agissent des entreprises les plus performantes, des plantes et animaux invasifs sur un territoire donné ou des pathogènes virulents comme le nouveau virus. Le mythe du marché intégral et de son autorégulation fabrique un “darwinisme socialˮ bien plus destructeur que Charles Darwin ne l’avait conceptu­alisé pour la nature où l’on peut à juste titre parler d’autorégulation, les biotopes et leurs espèces maintenant un équilibre changeant et respectant certaines limites.

Parmi les êtres humains en revanche, dès lors que la logique marchande et les désirs individuels ne sont plus encadrés par des autorités supérieures, l’espoir d’autorégula­tion débouche sur l’autodestruction. En l’absence de limites, celle-ci découle de la contrainte économique : sous peine de disparition, chaque acteur doit maximiser ses profits à court terme jusqu’à épuisement des ressources et destruction du cadre de vie. Elle résulte également d’un impératif psychologique : chacun doit réaliser sa quête de jouissances, rendue insatiable grâce à la suppression de toute instance de contrôle et de limitation[11].

Un rappel de la mesure contre les fantasmes de toute-puissance sans limite

4. Le décalage entre la faible menace virologique et la virulence des réactions montre que ce n’est pas le virus qui pose problème mais l’extrême vulnérabilité des sociétés “modernesˮ[12], pour au moins deux raisons. Elles sont devenues de plus en plus interdépendantes du fait d’une division nationale et internationale du travail toujours plus poussée, ce qui fait que certains médicaments et produits vitaux ne sont actuelle­ment pas disponibles en France en quantités suffisantes. Puis, elles ont été soumises à la valorisation du capital et à la mise en concurrence de tous contre tous. Ce cadre de plus en plus contraignant impose le raccourcissement à l’extrême des horizons d’atten­te (perspective à court terme se réduisant à quelques millisecondes sur les marchés financiers) et exige la production “en flux tenduˮ pour laquelle une réserve de lits d’hôpital et des stocks de masques ne sont que des coûts à éliminer.

5. Cette dynamique de marchandisation et de “managérialisationˮ du monde en général et des services publics en particulier doit être rattachée à la logique libérale qui s’est développée et renforcée depuis plusieurs siècles dans le monde occidental. Celle-ci comporte deux impératifs : celui de jouir autant que possible[13] et celui d’avoir et d’accumuler toujours plus (pléonexie)[14]. L’avidité ainsi placée au cœur de la vie sociale influence, voire oblige tous les membres de nos sociétés : bien sûr les riches et super-riches (telle la société BlackRock, le plus important gestionnaire de capitaux au monde, qui cherchait encore tout récemment à s’emparer des retraites des Français). Mais aussi le consommateur “lambdaˮ qui court derrière le moins cher (même lorsqu’il ne vit pas dans la misère) et tire jouissance d’une “bonne affaireˮ.

Il ne s’agit pas de méconnaître la pauvreté qui s’étend ni de culpabiliser quiconque, mais de mettre au jour un fonctionnement bien caché. La cupidité est devenue le moteur du monde capitaliste en tant que pendant psychologique individuel de la quête de la performance pour tous et de la nécessité de faire du profit pour les acteurs écono­miques, et cela sous l’emprise de la publicité. Avec un budget mondial d’environ 600 milliards d’Euros en 2019, celle-ci cherche à appâter le client avec de petits prix ou un « rapport qualité ‒ prix » attractif. Fondée sur la séduction, elle légitime le mensonge à grande échelle et en fait la principale compétence de chacun dans ses relations à autrui. Partout, il faut faire de la « communication » et « se vendre » et même des militants qui se disent anti-capitalistes n’informent plus mais font « de la pub ».

À la pléonexie et à la tromperie individuelles correspond sur le plan collectif le projet ‒ espoir ou illusion ‒ de croître. L’objectif de croissance économique est d’abord une opération de camouflage : elle permet de satisfaire la rapacité des plus riches en distribuant des miettes aux classes moyennes et pauvres. Plus fondamentale­ment, l’accumulation, l’accéléra­tion et l’intensité ont « remplacé la quête d’éternité » (Nicole Aubert) qui a disparu avec l’affaiblissement de l’horizon religieux.

6. Cela nous ramène à la possible racine du problème : le mode d’existence dans la Modernité est caractérisé par un désir de toute-puissance[15] qui est d’autant plus despoti­que qu’individus et collectifs éprouvent au quotidien leur impuissance, due à l’interdé­pendance déjà évoquée. Cette quête d’omnipotence passe d’ailleurs surtout par les yeux ce qui explique l’attrait pour les images. Celles-ci promettent en effet le contrôle de la réalité tridimensionnelle en la réduisant aux deux dimensions des surfaces portables, dans la continuité de la carte géographique qui permettait depuis la fin du Moyen-âge la conquête occidentale du monde[16]. Aujourd’hui, le rêve de toute-puissance implique le refus grandissant de toute limite, qu’elle soit écologique, sexuelle ou anthropologique[17], et se manifeste notamment dans les délires transhuma­nistes et les fantasmes d’ “intelli­gence artificielleˮ (laquelle est en réalité parfaitement stupide mais pourra néanmoins réduire la vie humaine à un fonctionnement purement machinal[18]). C’est cette mécon­naissance des limites qui provoque, par un brutal retour du bâton sanitaire, le rappel de la réalité physique et corporelle et de l’humilité qu’elle exige.[19] Peut-être faudrait-il retrouver la sagesse des Anciens : « Pour les chrétiens comme pour les marxistes, il faut maîtriser la nature. Les Grecs sont d’avis qu’il vaut mieux lui obéir. »[20]

Dans une désorientation généralisée, trois grandes tendances

7. Face à la menace sanitaire, individus et populations cherchent à être protégés et rassurés dans les structures sociales préexistantes et les dirigeants des pays tendent à y répondre dans un élan plus ou moins nationaliste[21]. Dès lors que le virus a franchi la frontière, l’invocation de la souveraineté est pourtant peu opérante. À court terme, importe donc la coopération inter- et supranationale[22], laquelle est cependant mise à mal par des comportements de prédation ‒ notamment de masques ‒ entre plusieurs pays (et même à l’intérieur de la France) ; l’Union européenne, il est vrai sans compétence sanitaire, y est peu présente. À long terme en revanche, il est sans doute indispensable que chaque pays retrouve sa souveraineté sur les biens et services essentiels, mais comme cela n’est peut-être pas suffisant sur les grandes étendues territoriales, ce principe devrait possiblement s’appliquer à chaque région.

8. Alors que les pays dirigés par des femmes réussissent mieux face au virus, la propen­sion nationaliste et parfois raciste, en l’occurrence anti-chinoise, secrète des discours guerriers, postures martiales et appels à l’unité nationale, destinés à externali­ser une problémati­que foncièrement endogène. La métaphore guerrière est toutefois creuse : les idées du président Trump de traiter les malades avec des rayons ultraviolets ou de l’eau de Javel relèvent bien sûr du ridicule ; mais le président Macron, lui aussi sans état-major sanitaire, faisait-il beaucoup mieux en côtoyant sans précautions, avec plusieurs de ses ministres au sein de la Cellule interministérielle de crise, six personnes testées positives au virus[23]? Certains dénoncent néanmoins un « État d’exception […] devenu la norme » (le philosophe Giorgio Agamben[24]) et des tentatives d’instaurer un État policier[25] ou voient même un « coup d’État sanitaire » global.[26] Ils peuvent s’appuyer sur de nombreux médecins et scientifiques qui jugent le confinement généralisé comme étant inadapté, voire néfaste pour juguler une menace sanitaire de faible ampleur,[27] même s’ils oublient que dans les pays où masques et tests de dépistage font défaut, c’est peut-être la seule démarche possible face au virus.

Des analyses dénonciatrices aussi larges doivent être considérées avec prudence, étant donné que dans la société capitaliste, même les puissants et les (super-)riches ne “tirent pas les ficellesˮ : « Le capital est un rapport social, non un groupe humain. »[28] Les ré­actions publiques à la crise sanitaire se sont d’ailleurs faites dans le plus grand désordre, au sein de chaque pays et dans la durée. Pour la France, on se souvient que le Président Macron, en sortant au théâtre avec son épouse le 6 mars 2020, exhortait les Français à ne pas « modifier nos habitudes de sortie », avant d’annoncer dix jours plus tard le confinement général. On constate donc, à l’échelle française et internationale, un mélange ou une alternance de négligences et d’autoritarisme, raison pour laquelle « la guerre contre l’épidémie » peut vite muter en une « guerre contre [une partie de] la population »[29].

Cela montre que le monde de plus en plus complexe du fait notamment de ses interdépendances est devenu illisible, même pour les dirigeants.[30] En est également responsable la désaffection, voire l’abandon des recherches essentielles mais non renta­bles dans l’immédiat, notamment dans les sciences fondamentales telles que l’épidémio­logie, les sciences humaines et la philosophie.[31] Le désarroi qui en résulte a été illustré de façon caricaturale par l’incertitude persistante quant à l’intérêt de porter un masque (et lequel), comme si le nouveau virus était le premier microbe à se trans­mettre notamment par la bouche et les narines. Cette orientation à courte vue, l’actuelle gestion de la crise sanitaire et notamment le confinement relèvent ainsi d’une tendance suici­daire de la société capitaliste que l’on peut également remarquer à l’égard du “terrorismeˮ et du réchauffement climatique, deux problèmes tout aussi endogènes que la Covid-19.

9. Trois tendances peuvent être notées. La première concerne la mise en cause de l’industrialisation des productions, de la libéralisation des échanges et de la hiérarchie des métiers. Elle peut invoquer des observations tantôt plaisantes, tantôt alarmantes. D’un côté, on rapporte le retour des dauphins dans les canaux de Venise. De l’autre, qu’en Chine le ralentissement économique dû à la Covid-19 et la réduction de la pollution qui s’en suit aient « sans doute sauvé vingt fois le nombre de vies perdues du fait de la maladie » montre que l’organisation industrielle de la vie est beaucoup plus mortelle que le virus...[32]

Cela s’accompagne d’une stupéfiante leçon : « la preuve est faite, en effet, qu’il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger » (Bruno Latour[33]). Pour la première fois depuis le début de la Révolution industri­elle à la fin du XVIIIème siècle, les êtres humains décident de faire une pause, même si c’est sous la contrainte. Par rapport aux menaces d’effondre­ment des sociétés industrielles dont les innombrables avertissements n’ont jamais été suivis d’aucun effet, c’est « rien de moins qu’un véritable miracle sociologique », « une expérience collective d’auto-efficacité absolument incroyable » (Hartmut Rosa[34]).

Cependant, ces appréciations ne font voir qu’un côté de la médaille. Le revers résulte de ce que nous assistons à une décroissance qui n’est pas volontaire et organisée mais forcée et chaotique. Si le virus ne connaît pas de frontières de classe, de “raceˮ ou de sexe, les populations ne sont pas pour autant égales devant lui et face à la crise. Aux États-Unis par exemple, les Afro-américains sont trois fois plus infectés que les citoyens blancs et leur taux de décès est presque six fois plus élevé.[35] On se rend compte que « nous vivons dans une société où le salaire est inversement proportionnel à l’utilité sociale » (l’écrivain Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012) et que le chôma­ge de masse frappe les populations aux faibles ressources davantage que les couches aisées. Ceux qui sont “au frontˮ sont majoritairement des femmes, le confinement est plus dur pour les jeunes sans chambre individu­elle et d’éventuelles violences policières sont nettement plus vraisemblables contre des personnes pauvres ou “raciséesˮ que contre quelqu’un en “costume-cravateˮ[36]. Pour la formation scolaire et universitaire, la préten­due « continui­té pédagogique » par écrans interposés est un pis-aller, mais aussi un leurre. En effet, le développement de l’intelligence et l’apprentissage se font surtout dans le face-à-face vivant et grâce à la sollicitation simultanée de l’ensemble des fonctions cérébrales, corporelles et affectives. Le télé-enseignement signifie donc de privilégier les jeunes qui reçoivent éducation, instruction et formation physiques dans leur famille tandis que ceux de milieux défavorisés ne disposent plus de l’école pour en sortir.

L’incidence peut-être la plus lourde mais la moins visible du confinement concerne la rationalisation de la (fin de) vie. En interdisant aux proches d’accompagner leurs parents âgés ou malades par la présence physique, il isole un peu plus les générations les unes par rapport aux autres et oblige chacun à porter seul ou en cercle restreint le deuil d’un décès. Donc, il « détruit les structures symboliques fondamentales de la mort ».[37] La mort est ainsi encore davantage éloignée du quotidien, poussant chacun à faire dans sa vie toujours plus abstraction de son ressenti.

10. La deuxième tendance consiste en la consécration d’un “biopouvoirˮ théorisé par Michel Foucault, c’est-à-dire d’un État qui prend en charge la gestion biologique et sanitaire de nos vies[38]. Autrement dit, à partir d’un certain seuil de développement industriel, la prolifération des risques et des dangers variés pourrait imposer un totalita­risme écologique et hygiénique. Celui-ci ne découlerait donc pas du vice d’autorités malveillantes mais de l’intensification impérative du régime autoritaire dont la nécessité avait déjà été proclamée il y a presque cinquante ans pour l’usage à grande échelle de l’énergie nucléaire.[39]

En même temps, se profile la possibilité d’un capitalisme numérique pour une société sans contact[40], la précaution sanitaire faisant des humains des monades isolés. Dans l’après-crise, le télétravail, le commerce en ligne et l’enseignement à distance pourraient se maintenir et même se généraliser. Cela accentuerait probablement les inégalités sociales et culturelles. À la fois parce que les écrans et images du numérique qui sont bidimensionnels relèvent d’un niveau d’abstraction plus élevé que le monde en trois dimensions. Mais aussi parce qu’il faut des ressources mentales importantes pour résister à la puissance addictive du visuel. Le rétrécissement de la sociabilité humaine risquerait en outre de priver de plus en plus d’individus de l’envie de vivre. Enfin, le recours croissant à Internet favorisera probablement l’installation planétaire de la 5G, ce qui constituerait une menace pour la vie humaine beaucoup plus lourde et immédiate que le réchauffement climatique et les diverses pollutions[41].

11. La troisième tendance réside dans la tentation pour les gouvernants et les élites de chacun des pays frappés par la crise, aux régimes politiques variés, d’en profiter pour modifier les rapports de forces au sein de la société et d’alléger notamment les contrain­tes pesant sur l’activité économi­que. Cela peut consister à baisser la protection des consommateurs ou de l’environnement, mais il s’agit surtout de durcir les conditions de travail des salariés et de limiter leurs droits face aux employeurs et notamment celui de faire grève[42], et cela parfois contre la protestation de certains de ces derniers[43]. D’autres pistes qui consisteraient en particulier à utiliser les énormes richesses amassées ces dernières décennies auprès d’un petit nombre d’individus ou les budgets militaires toujours plus étoffés et annonciateurs de grosses destructions ne sont ainsi pas explorées. Simultanément, il peut être intéressant pour un gouvernement, comme lors de toutes les crises, de pratiquer une démarche répressive, ne serait-ce que pour masquer ses défaillances.[44]

En France, les enjeux pratiques mal appréhendés sous le centralisme politisé

12. La Covid-19 nous oblige aussi à interroger l’organisation politique et administrative de la France, car le niveau d’impréparation et d’incompé­tences semble plus poussé qu’ailleurs[45]. Ainsi, le taux de mortalité en France semble plus de quatre fois plus élevé qu’en Allemagne.[46] Puis, il y a les pénuries de masques, de tests de dépistage, de respirateurs, de blouses, etc., largement examinées. Enfin, comment qualifier et comprendre le cafouillage au multiples rebondissements autour du professeur Didier Raoult et de la chloroquine[47]? Que la bataille des égos qui s’y joue et « des aspects peu sympathiques du personnage » (dixit le sociologue Laurent Mucchielli) aient pu occuper le devant de la scène et mettre en doute l’intérêt médical du protocole de soins (avec ses limites) qu’il pratique n’est pas seulement un probable motif d’inculpation pénale après la crise, mais surtout révélateur d’un dysfonctionnement profond du pays.

13. Il faudrait étudier les incidences de sa structure ultra-centra­lisée[48] et de la “politisationˮ des enjeux et des services publics qui l’accompagne, poussées à leur paroxysme lors des allocutions télévisées du président Macron, diffusées par onze chaînes et suivies par plus de 35 millions de personnes le 16 mars et près de 37 millions le 13 avril 2020[49]. Jamais auparavant dans l’histoire de France, une part aussi importante de la population n’a simultanément accordé l’autorité de la domination verbale à un seul. Ce pouvoir sans corps intermédiaires n’est plus pyramidale comme sous la monarchie absolue mais d'aplomb. C’est du panoptisme inversé : ce n’est plus le gardien de la prison conçue par les frères Bentham qui peut voir les détenus sans être vu, mais le chef solitaire qui dirige le pays entier sans voir personne. Cette verticalité s’avère pourtant dépassée et impuissante face à une menace inconnue et complexe dont la maîtrise nécessiterait collaborations et délibérations horizontales. L’incompétence actuelle des gouvernants est l’aveu tueur du déficit démocratique de la Vème République qui a cantonné le « gouvernement du peuple » aux seules élections des dirigeants, écartant ainsi le recours aux compétences du citoyen, par exemple en tant qu’infirmière, médecin ou chercheur.[50]

La “politisationˮ du centralisme peut s’illustrer par deux exemples. D’une part, la plupart des ministères et de nombreuses agences, commis­sions et autres autorités admi­nistratives voient leurs activités périodique­ment perturbées, voire paraly­sées par un changement de dénomination et d’attributions dont les raisons ne sont pas seulement “objectivesˮ ; elles se nichent aussi dans les querelles de pouvoir et les ambitions personnelles des chefs, exacerbées justement par la centralisation...

D’autre part, la professionnalisation de l’action politique, devenue un métier à plein temps souvent pour la vie, pousse les élus et les dirigeants politiques à multiplier les mandats non seulement dans la durée, mais aussi dans l’espace. Ainsi, les hommes et femmes politiques à l’échelle nationale sont sans cesse en train d’alterner entre mandats locaux et centraux. (Il serait bien sûr intéressant de comparer avec d’autres pays occidentaux). Certes, le cumul des mandats a été quelque peu limité ces dernières années et le Premier ministre Édouard Philippe a demandé à ses collègues de quitter le gouvernement s’ils sont élus maire en mars 2020[51]. Mais le Code électoral ne leur interdit pas d’exercer simultanément ce rôle ou celui de conseiller municipal (ou d’autres fonctions électives locales).

Aux élections municipales de 2020 (dont le maintien du premier tour a favorisé la diffusion du virus), étaient alors candidats dix ministres et autres membres du gouverne­ment en exercice dont trois comme tête de liste (parmi lesquels le Premier ministre au Havre).[52] Ici, il ne s’agit pas d’examiner la dimension publicitaire et donc trompeuse de ces candidatures, les membres du gouvernement concernés étant un simple “produit d’appelˮ rarement disposés à le quitter en cas d’élection dans leur commune. Ce qui importe, c’est qu’une partie significative du personnel politique national se voit ainsi absorbé par la compétition et les affaires locales respectives. Cet éloignement des membres du gouvernement de leur fonction nationale pourrait expliquer les nombreuses défaillances actuelles, parmi d’autres facteurs tels que la désaffection à l’égard de la santé publi­que[53] et l’ambition de pousser la réforme des retraites. La problématique pèse d’autant plus qu’elle n’est guère vue dans la sphère politique et médiatique. On s’y focalise sur la seule ‒ et bien sûr légitime ‒ question notamment financière des moyens que peuvent mobiliser les membres du gouvernement dans leur candidature locale (voiture de fonction, collaborateurs, parc informatique, etc.).

Une analyse similaire vaut pour le cas d’Agnès Buzyn qui a démissionné du gouvernement le 16 février 2020 pour conquérir la mairie de Paris : ses déclarations, reproches et possibles manquements ont fait beaucoup de bruit, mais on ne s’est guère interrogé pourquoi et comment, d’un point de vue légal et moral, un(e) ministre peut quitter son poste au début d’une crise majeure, avec pour seul motif sa carrière et l’inté­rêt de son parti, ici LREM. C’est comme si l’on était peu conscient de ce que la direction d’une grosse administration tel que le ministère de la santé exige non seulement de la compétence, mais aussi de l’expérience et de la familiarité, acquises dans la durée, avec les enjeux, les dossiers, les acteurs et les personnes, et de ce que le changement de ministre allait donc entraver l’action sanitaire du gouvernement pendant plusieurs mois, voire des années !

Concrètement, ce handicap a pesé d’autant plus lourd que le 31 janvier 2020, la conseillère santé du président de la République, Marie Fontanel, avait quitté l’Élysée : alors que l’OMS venait de déclarer « l’urgence de santé publique de portée internationale », elle retournait à Strasbourg pour y soutenir la candidature de son mari, tête de liste aux municipales ; sa place à Paris sera restée inoccupée durant tout un mois crucial… Déficit démocratique veut dire aussi que Mmes Buzyn et Fontanel n’auront sans doute pas à répondre de leurs abandons de poste.

Déplacement de l’hégémonie géopolitique ?

14. Au début de la crise, les autorités locales et provinciales ainsi que le gouvernement central de la Chine ont négligé et camouflé les problèmes, mais se sont rattrapés après environ six semaines. Globalement et pour l’instant, les pays du Sud-Est asiatique ‒ outre la Chine avec Hong Kong notamment le Vietnam (jusqu’au 21 août 2020, 25 morts pour plus de 93 millions d’habitants !), Taïwan (7 décès), Singapour, la Corée du Sud et le Japon ‒ font preuve d’une supériorité dans la gestion sanitaire par comparaison avec l’Europe et les États-Unis où prévaut une véritable « incompétence d’État » (Alain Bertho) générant « un colossal fiasco » (Boubacar Boris Diop).

Pourtant, le monde occidental fait preuve d’une double arrogance, par rapport à l’Autre et face à la nature. D’un côté, on s’estime plus démocratique et plus respectu­eux de l’État de droit que la Chine alors que, une fois le virus pris au sérieux, la gestion pratique de la crise, notamment en France, se fait « “à côtéˮ du droit » ou dans « un état vide de droit »[54], voire par le biais « d’un despotisme moderne » (ainsi le professeur émérite de droit public Paul Alliès). De l’autre, les citoyens, habitués par l’illusion de tout contrôler et confortés par des discours se prétendant critiques tels les propos précités de Giorgio Agamben, se sont complu dans un « somnambulisme immunitaire ».[55] L’auteur de ces lignes doit d’ailleurs avouer que sous l’emprise d’une méfiance envers les autorités françaises, il a tardé jusqu’au dernier moment pour reconnaître la matérialité biologique de la pandémie…

La supériorité est-asiatique dans la conduite face au virus témoigne d’un respect de l’ordre, d’un haut degré de confiance de la population envers les autorités et les experts et d’une plus grande aptitude de tous à penser l’intérêt collectif, soutenue par le vécu des épidémies précédentes. Le capitalisme s’y étant implanté plus récemment, ces sociétés ne sont peut-être pas encore aussi déstructurées et atomisées.[56] Dans ces conditions, faut-il s’attendre à un déplacement de l’hégémonie et du centre du monde vers la Chine et ses voisins ?[57]

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Conclure[58] ces quelques pages serait sans doute prématuré, peut-être prétentieux. Pour l’instant, on pourrait simplement retenir deux axes de réflexion. D’une part, il serait judicieux de revigorer “les marchésˮ à l’échelle locale, pour des activités de qualité et d’ardeur à proximité des clients et usagers, et de les mettre sous tutelle au niveau national et international. En particulier, la santé, la médecine et la production de médicaments ne devraient plus permettre l’enrichissement privé au détriment de la collectivité[59], tels des tests de dépistage fabriqués à 12 € et vendus à 112 € en France[60] ou, bien pire, le traitement contre l'hépatite C au prix de 135 $ vendu entre 1 650 et 74 760 $ (suivant les pays) par le géant Gilead[61]. En outre, la recherche médicale devrait être focalisée sur la prévention et détachée de l’industrie pharmaceutique.

La crise actuelle montre plus globalement que les activités de production et de services vitales pour la population ne doivent pas être délocalisées ni abandonnées à quelques multinationales même françaises. Mais elles ne doivent pas non plus être exercées par la puissance publique tant que celle-ci est aussi peu démocratique au sens étymologique du terme (et tant que ses dirigeants sont aussi accaparés par leur carrière). Voilà une invitation à la créativité et au débat pour susciter, expérimenter et institutionna­liser un véritable contrôle populaire sur les secteurs clefs de la vie collective...[62]

D’autre part et sur un ton plus léger, on peut remarquer : « Moins de travail, moins de consommation, moins de déplacements frénétiques, moins de pollution, moins de bruit… espérons de garder ce que cette crise a de positif ! On entend beaucoup de propos raisonnables ces jours-ci, dans tous les domaines. Nous verrons s’ils sont semblables aux résolutions du capitaine Haddock lorsqu’il s’engage à ne plus boire du whisky s’il sort du péril présent. »[63]

Références

[1] Denis Duclos, “Confinés dans la matrice. La nouvelle condition du genre humain ?ˮ, Le Monde diplomatique, juin 2020, p. 22.

[2] V. Jean-Dominique Michel, anthropologue de la santé et expert en santé publique, “Covid-19 : fin de partie ?!ˮ, 18 mars 2020 avec actualisations ultérieures, http://jdmichel.blog.tdg.ch.

[3] V. l’écologue évolutionniste du CNRS Serge Morand, La prochaine peste. Une histoire globale des maladies infectieuses, Fayard 2016, et son interview : “La crise du coronavirus est une crise écologiqueˮ, Libération, 26 mars 2020 ; Sonia Shah, “D’où viennent les coronavirus ? Contre les pandémies, l’écologieˮ, Le Monde diplomatique, mars 2020. P. 1 et 21 ; le parasitologue Jean-François Guégan, “Les changements nécessaires sont civilisationnelsˮ, interview, Le Monde, 18 avril 2020.

[4] V. Robert G. Wallace, Big farms make big flu : Dispatches on infectious disease, agribusiness and the nature of science, Monthly review Press : New York 2016 ; Didier Raoult, Rapport de mission au ministère français de la sante à propos du risque d’apparition de mutants de virus respiratoires, remis le 17 juin 2003, 374 p., https://medecine.univ-amu.fr, et les interviews et l’article à la note précédente.

[5] V. Alexandre Adler (prés.), Le nouveau rapport de la CIA : Comment sera le monde en 2025 ?, Robert Laffont 2009 et 2020, où figure un encadré “Le déclenchement possible d’une pandémie mondialeˮ, p. 256 et 257.

[6] V. David Ignatius, “How did Covid-19 begin ? Its initial origin story is shakyˮ, The Washington Post, 2 avril 2020, et Brice Pedroletti, “Les zones d’ombre de Pékin sur l’origine du virus inquiètentˮ, Le Monde, 18 avril 2020, sur la base de l’avis du spéciali­ste de biosécurité Richard Ebright et du papier universitaire de deux chercheurs, Botao Xiao & Lei Xiao, “The possible origins of 2019-nCoV coronavirusˮ, fév. 2020,  https://web.archive.org/web/20200214144447/https:/www.researchgate.net/publication/339070128_The_possible_origins_of_2019-nCoV_coronavirus.

[7] Par exemple The Epoch Times du 7 fév. 2020 (Olivia Li, “Des internautes chinois et un expert ont des soupçons sur le laboratoire P4 de recherche biologique de Wuhan d’être à l’origine du coronavirusˮ, https://fr.theepochtimes.com) et Gordon Chang, “What is Beijing hiding ?ˮ (entretien), Die Weltwoche (Zurich), 25 mars 2020, www.weltwoche.ch/international ; ainsi que des articles du Washington Times et du New York Post, journaux peu objectifs.

[8] V. par exemple Radio France internationale, “Coronavirus de Wuhan, le danger des infoxˮ, 7 fév. 2020, www.rfi.fr/fr/podcasts/20200207-coronavirus-wuhan-danger-infox.

[9] V. la biologiste Anne Poupon, “De « très méchantes bestioles » en laboratoireˮ, Les blogs du Monde diplomatique, 9 déc. 2011,  https://blog.mondediplo.net, ainsi que les documents évoqués aux notes 2 à 5.

[10] V. David Cyranoski, “Inside the Chinese lab poised to study world’s most dangerous pathogensˮ, Nature, 22 fév. 2017, www.nature.com.

[11] V. le psychanalyste Jean-Pierre Lebrun, Un immonde sans limite. 25 ans après Un monde sans limite [publié en 1997], Érès : Toulouse 2020.

[12] V. l’anthropologue Alain Gras, Fragilité de la puissance : Se libérer de l'emprise technologique, Fayard 2003, et l’entretien dans La Décroissance, avril 2020 (« La rançon de la démesure »), p. 3 et 4.

[13] V. le philosophe Dany-Robert Dufour, La Cité perverse : Libéralisme et pornographie, Denoël 2009.

[14] V. D.-R. Dufour, Pléonexie [dict. : « Vouloir posséder toujours plus »], Le Bord de l’eau : Lormont (33) 2015.

[15] V. la philosophe Corine Pelluchon, “L’épidémie doit nous conduire à habiter autrement le mondeˮ, entretien, Le Monde, 24.3.2020.

[16] V. le philosophe Peter Sloterdijk, Le palais de cristal. A l’intérieur du capitalisme planétaire, Libella/Maren Sell 2006, chap. 18 “Les signes des découvreurs ‒ de la cartographie et de l'enchantement impérial des nomsˮ.

[17] V. J.-P. Lebrun, op. cit. ; l’économiste Serge Latouche, L’âge des limites, Mille et une nuits 2012.

[18] V. Hubert Landier, “L’intelligence artificielle est-elle intelligente?ˮ, Futuribles n° 421, nov. 2017, p. 85-90; Catherine Vidal, Nos cerveaux resteront-il humains ?, Le Pommier 2019, p. 58-66.

[19] V. en ce sens, avec humour, le “Monologue du virus : « Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence »ˮ, Lundimatin n° 234 (en ligne), 21 mars 2020, https://lundi.am.

[20] Albert Camus, L’Homme révolté, Gallimard 1951, p. 241.

[21] Pour la France, v. Philippe Blanchet, “Le COVID-19 comme révélateurˮ, Les mots sont impor­tants (en ligne), 29 mars 2020, http://lmsi.net. Plus largement, le politiste Jean-François Bayart, “Un virus national-libéralˮ, Mediapart, 17 avril 2020, https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart.

[22] V. Wendy Brown, “Les frontières ne sont pas des gestes-barrièresˮ (entretien), Analyse opinion critique (en ligne), 11 avril 2020, https://aoc.media.

[23] V. Yann Philippin et Matthieu Suc, “Plusieurs contaminations frappent la cellule anti-Covid de l’Étatˮ, Mediapart, 17 avril 2020, https://www.mediapart.fr.

[24] Giorgio Agamben, “L’épidémie montre clairement que l’État d’exception est devenu la condition normaleˮ, Le Monde, 24 mars 2020.

[25] V. La Quadrature du Net, “Covid-19 : l’attaque des dronesˮ, 1er avril 2020, www.laquadrature.net/2020/04/01/covid-19-lattaque-des-drones.

[26] Jules Falquet, “Le « coup du virus » et le coup d’État militaro-industriel globalˮ, Mediapart, 30 mars 2020, https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet-0. Suggérant une approche plus dialectique, notamment contre G. Agamben, v. Marco d’Eramo, “The philosopher’s epidemicˮ, New left review n° 122, mars 2020, p. 23 à 28, https://newleftreview.org.

[27] V. J.-D. Michel, “Les décisions de nos gouvernements n’ont probablement fait que retarder l’agonieˮ, entretien, L’impertinent (en ligne), 13 avril 2020, https://www.limpertinentmedia.com ; puis la vidéo anonyme “Coronavirus : les chiffres sont fauxˮ, www.youtube.com/watch?v=izzadeWl3b0, citant de nombreux médecins et chercheurs.

[28] Anselm Jappe, La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction, La Décou­verte 2017, p. 222.

[29] V. le philosophe Alain Brossat, “En guerre ? Ce qui nous arrive 2ˮ, Ici et ailleurs (en ligne), 24 mars 2020, https://ici-et-ailleurs.org, les nombreux récits filmés chez MOHA, “Les exactions policières se poursuiventˮ, Le Paria (en ligne), 28 mars 2020, https://leparia.fr, et ci-après la note 36.

[30] En ce sens J.-D. Michel, op. cit. (ci-dessus note 27).

[31] V. J.-F. Guégan, op. cit., puis le microbiologiste Etienne Decroly, “Coronavirus : « La majorité des projets qu'on avait sur le virus étaient en stand-by » faute de financement, explique un scientifiqueˮ, France info, 5 mars 2020, https://www.francetvinfo.fr.

[32] Marshall Burke, enseignant en science des écosystèmes à l’Université de Stanford (Californie), cité dans Le Monde diplomatique, avril 2020, p. 20.

[33] Le philosophe Bruno Latour, “Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-criseˮ, Analyse opinion critique, 30 mars 2020, https://aoc.media.

[34] Le sociologue Hartmut Rosa, “Le miracle et le monstre – un regard sociologique sur le Corona­virusˮ, Analyse opinion critique, 8 avril 2020, https://aoc.media.

[35] V. Reis Thebault et al., “The coronavirus is infecting and killing black Americans at an alarmingly high rateˮ, The Washington Post, 7 avril 2020.

[36] V. les récits de Ramatoulaye et d’Houssam, Mediapart, 13 et 6 avril 2020, https://blogs.mediapart.fr/remedium/blog, l’histoire de  Ramatoulaye ayant été filmée : https://twitter.com/nader2Binks/status/1240660649572786177?s=20 (17 sec.), ainsi que ci-dessus la note 29.

[37] La sociologue Eva Illouz, “Une rupture dans la façon dont les gens meurentˮ, entretien, Tribune de Genève, 19 avril 2020, https://www.tdg.ch.

[38] V. Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France, 1978-1979, Gallimard & Seuil 2004.

[39] V. Robert Jungk, L’État atomique, les retombées politiques du développement nucléaire, Robert Laffont 1977 ; Sezin Topçu, La France nucléaire : L'art de gouverner une technologie contestée, préface Dominique Pestre, Seuil 2013. Plus largement Ulrich Beck, La société du risque : Sur la voie d'une autre modernité (1986), préface Bruno Latour, Flammarion 2008.

[40] V. le collectif Écran total et al., “Ne laissons pas s’installer le monde sans contactˮ, Terrestres n° 13 (en ligne), 27 avril 2020, www.terrestres.org ; Nicholas Carr, Remplacer l’humain. Critique de l’automatisation de la société, L’Échappée 2017.

[41] V. en détails l’Appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace, www.5gSpaceAppeal.org, et Nicolas Bérard, 5G mon amour. Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles, Le Passager clandestin, juin 2020.

[42] En France, v. la loi d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19, n° 2020-290 du 23 mars 2020. À ce sujet et plus largement sur l'état d'urgence sanitaire, v. Paul Alliès, “Crise sanitaire et crise démocratiqueˮ en cinq épisodes, Mediapart, 7 avril 2020 et s., https://blogs.mediapart.fr/paul-allies/blog.

[43] V. “L’appel [de nombreux syndicats patronaux] des entreprises de T[ravaux] P[ublics] à Emmanuel Macronˮ, 20 mars 2020, www.fntp.fr.

[44] V. l’écrivain Alain Damasio, “La police n’a pas à être le bras armé d’une incompétence sanitaire massiveˮ, Libération, 31 mars 2020.

[45] V. les ré­cits de l’anthropologue Alain Bertho sur son blog chez Mediapart, https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog et notamment celui du 20 avril 2020 : “Ne les laissons plus décider de nos viesˮ, puis Pascal Marichalar, “Savoir et prévoir. Première chronologie de l’émergence du Covid-19ˮ, La Vie des idées (en ligne), 25 mars 2020, www.laviedesidees.fr.

[46] V. les statistiques brutes (bien sûr peu fiables) mises à jour quotidiennement sur le site du Monde : www.lemonde.fr ; Paul-André Rosental, “Un balcon en forêt 2020 : Essai comparatif sur l’épidémie de Covidˮ, Terra nova, 6 mai 2020, http://tnova.fr.

[47] V. Laurent Mucchielli, “Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharma­ceutiquesˮ, Mediapart, 29 mars 2020 avec des mises à jour quotidiennes et une longue enquête d’Ella Roche, https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog.

[48] V. Jean Ollivro, La machine France, le centralisme ou la démocratie ?, Éditions du temps : Pornic (44) 2006.

[49] V. France info, 14 avril 2020, https://www.francetvinfo.fr.

[50] V. Yann Philippin et al., “Masques : après le mensonge, le fiasco d’Etatˮ, Mediapart, 10 et 2 avril 2020, www.mediapart.fr.

[51] V. Loris Boichot, “Municipales: un ministre pourra se présenter, mais pas cumuler s’il est élu maireˮ, Le Figaro, 4 sept. 2019, www.lefigaro.fr.

[52] V. Le Parisien du 13 mars 2020, “Municipales : qui sont les dix ministres candidats ?ˮ, http://www.leparisien.fr. À ce chiffre, d’ailleurs nettement plus faible que d’habitude, s’ajoute un ministre et une secrétaire d’État qui avaient longtemps hésiter à se présenter avant d’y renoncer ainsi qu’au moins cinq membres du gouvernement impliqués dans le soutien à une liste de candidats.

[53] V. par exemple Pierre-André Juven, Frédéric Pierru & Fanny Vincent, La casse du siècle. A propos des réformes de l'hôpital public, Raisons d’agir 2019.

[54] V. la tribune des professeurs de droit “L'urgence des libertésˮ, Libération, 13 avril 2020, www.liberation.fr, puis en grands détails Paul Alliès, op. cit.

[55] Alain Brossat, “L’irrespirable. Ce qui nous arrive 1ˮ, Ici et ailleurs, 19 mars 2020,  https://ici-et-ailleurs.org.

[56] En ce sens, annonçant même un « échec des lumières » occidentales, Taggart Murphy, “East and West. Geocultures and the Coronavirusˮ, New left review n° 122, mars 2020, p. 58 à 64, https://newleftreview.org.

[57] V. l’analyse de différents scénarios chez Fabien Escalona, “La pandémie peut-elle bouleverser l’ordre international ?, Mediapart, 19 avril 2020, https://www.mediapart.fr.

[58] Pour de bonnes analyses d’ensemble, v. aussi Anselm Jappe et al., De virus illustribus. Crise du coronavirus et épuisement structurel du capitalisme, éd. Crise & critique, août 2020 ; puis l’interview de Michel Onfray, 31 mars 2020, https://michelonfray.com, celle de Mike Davis, “Des pandémies et du capitalismeˮ, 9 avril 2020, http://alter.quebec ainsi que les tribunes d’Eva Illouz, “L’insoutenable légèreté du capitalisme vis-à-vis de notre santéˮ, L’Obs, 23 mars 2020, www.nouvelobs.com et de la juriste Monique Chemillier-Gendreau, “Vers des jours heureux...ˮ, Mediapart, 28 avril 2020, https://blogs.mediapart.fr.

[59] V. Alain Bihr, “COVID-19. Pour une socialisation de l’appareil sanitaireˮ, À l’encontre (en ligne), 18 mars 2020, https://alencontre.org.

[60] V. Quentin Ravelli, “Une mine d’or pour les laboratoiresˮ, Le Monde diplomatique, avril 2020, p. 20.

[61] V. Médecins du monde, “5 ans du Sofosbuvir, un manque d'accessibilité inadmissibleˮ, 6 déc. 2018, https://www.medecinsdumonde.org.

[62] V. plus largement Dominique Bourg et al., Retour sur Terre. 35 propositions, Presses univ. de France 2020, et les mesures suggérées par M. Chemillier-Gendreau, op. cit.

[63] Anselm Jappe, “Espérons de garder ce que cette crise a de positif !”, France culture, 6 avril 2020, www.franceculture.fr.

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