24 janvier: une journée de piquets de grèves numériques

Salariés du numérique à Mediapart, nous nous mettons en grève ce 24 janvier, en réponse à l'appel collectif au blocage et à l'occupation des plateformes. Nous nous mobilisons en solidarité avec les personnels en lutte d'Openedition, de Tënk, et les personnels du numérique de l'Enseignement supérieur et de la recherche. Explications sur cette dynamique inédite.

C’est inédit, de très nombreux salariés issus de tous les services de Mediapart seront en grève ce 24 janvier contre la réforme des retraites. Des salariés dédiés à la gestion des outils numériques de Mediapart – du service technique, du marketing, des réseaux sociaux, du service abonnés  – se mettent aussi en grève, dans la dynamique de l'appel des travailleurs du numérique à bloquer et occuper leurs plateformes*.

Une mobilisation inédite à Mediapart

La mobilisation est inédite aussi par la forme qu'elle prend dans notre nouveau monde "digitalisé". On découvre, en la faisant, que cette grève n'est pas seulement une mobilisation contre la réforme des retraites, mais aussi contre l'invisibilisation des travailleurs et travailleuses. C'est aussi une mobilisation pour l'exercice du droit de grève à l'ère des machines, du code et des algorithmes. Pour se rendre visible, cette grève occupe donc aussi les espaces numériques.

À Mediapart, en tant que journal au cœur de la révolution digitale, ces questions prennent toute leur place. Toute la journée de vendredi, les réseaux sociaux et le journal seront occupés par les grévistes. La Une sera consacrée uniquement à la mobilisation de 9h à 19h et tout le site sera en accès libre. De leur côté, les community managers occuperont, comme depuis le début du mouvement, les posts Facebook et les tweets des comptes Mediapart pour publier leurs messages de grève. 

24 janvier : journée de blocages et d'occupations collectifs

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Ce début de semaine, un appel plus formel a été diffusé dans nos groupes de discussions pour appeler à un blocage collectif vendredi 24 janvier. La nouveauté, c'est que les travailleurs et travailleuses du numérique s'unissent et agissent collectivement pour leurs retraites, le même jour, par des actions de blocage, occupation ou affichage sur nos sites et plateformes. L'appel prévoit aussi qu'en cas de menace ou sanction d’un employeur suite à cette action, tous les participant·e·s s’engagent collectivement à dénoncer les tentatives de pression de cet employeur.

Ce vendredi, les salariés grévistes de Mediapart participent donc à l'occupation de notre site et de nos réseaux sociaux en solidarité avec les personnels en lutte d'Openedition, de Tënk, la coordination des revues en lutte et des personnels du numérique de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

Voici les participants aux actions de blocage / occupation / affichage de ce vendredi 24 janvier :

- Openedition (https://www.openedition.org/) : popup avec un message de grève et de solidarité ;

- Mediapart (https://www.mediapart.fr/) : occupation de la Une jusqu’à 19h, éditorial sur les retraites par les salariés en lutte, occupation des réseaux sociaux ;

- Tënk (https://www.tenk.fr/) : occupation de la Une par un documentaire et des réseaux sociaux ;

- La coordination des revues en lutte (https://universiteouverte.org/2020/01/19/revues-en-lutte/) ;

- Les comité de rédaction des revues scientifiques :

— Genre sexualité et société (https://journals.openedition.org/gss/) ;

— Volume! (https://journals.openedition.org/volume/) ;

— Carnets de géographes (https://journals.openedition.org/cdg/) ;

— Genre & Histoire (https://journals.openedition.org/genrehistoire/) ;

— Sociologie du travail (https://journals.openedition.org/sdt/) ;

— Transposition (https://journals.openedition.org/transposition) ;

— Continents Manuscrits (https://journals.openedition.org/coma/) ;

— Tracés (https://journals.openedition.org/traces/) ;

- La revue Mouvements (http://mouvements.info/) ;

- Revue francophone sur la santé et les territoires (https://rfst.hypotheses.org/) : affichage d’un texte de grève ;

- La revue scientifique Justice spatiale / spatial justice rejoint l'action (https://www.jssj.org/)

- Les carnets de recherche https://politicsofreligion.hypotheses.org/ et https://geneses.hypotheses.org/

- Le site du laboratoire CNRS CRESPPA (UMR 7217) ;

- https://fight-the-power.sciencesconf.org/ (message de grève) ;

- wof.show (widget de blocage).

[EDIT : nous apprenons que les personnels en lutte d'Openedition subissent des pressions de leur hiérarchie dans l'exercice de leurs droits de grève. Nous allons donc préparer un texte collectif pour soutenir nos camarades et dénoncer ces pressions honteuses]

 

La grève du numérique se construit

Cette journée d'action inédite s’inscrit dans la continuité d’une longue construction de la mobilisation initiée par les travailleurs et travailleuses du numérique depuis le premier jour du mouvement social, le 5 décembre. C'est d'ailleurs le seul aspect positif du mépris gouvernemental : plus il fait durer le mouvement, plus nous nous organisons.

À Mediapart, le service abonnés, situé à Poitiers, compte depuis le début un très grand nombre de grévistes.

De nombreux salariés du service technique ont fait grève et signé l’appel du collectif Onestla.tech « pour une autre réforme des retraites ». Celui-ci met particulièrement l'accent sur la chance que constitue les machines et l'automatisation pour nos vies et pour un nouveau rapport au travail. Il a recueilli près de 2000 signataires aujourd'hui.

En parallèle, les community managers ont trouvé le moyen de faire exister la grève sur leur outil de travail. Leurs journées « d'occupation des réseaux sociaux », de leur outil de travail, a permis de faire émerger une réflexion sur l'exercice de la grève à l'heure du le numérique. On prend conscience que le droit de grève est particulièrement mis à mal du fait de l'isolement et de l'éparpillement des personnes, du fait de la nature des outils numériques qui invisibilisent l'humain, ou encore du fait des statuts des travailleurs (souvent en prestations, freelances, auto-entrepreneurs…) qui expose à la flexibilité et éloigne de ses droits.

Difficile donc d'exercer son droit de grève, un droit pourtant inscrit dans la Constitution depuis 1946. Quelle application aujourd'hui dans le numérique ? Nos précédents appels tentent d'exprimer un droit au blocage ou au piquet de grève numérique, indispensable à l'expression de la cessation du travail dans nos métiers invisibles. Mais peut-on occuper les réseaux ? Peut-on bloquer une plateforme ? Peut-on saboter des lignes de code ? Autant de questions nouvelles que nous nous posons en tant que grévistes (lire à ce sujet notre entretien avec l'avocate en droit du travail Rachel Saada).

 

Poursuivre les rencontres

Nous n’oublions évidemment pas nos interlocuteurs et interlocutrices rencontrés depuis le début de notre action.

En manifestation, nous avons notamment pu discuter avec des grévistes de Radio France, qui sont également en lutte contre le plan d’économies radical que veut imposer la présidente Sibyle Veil. Ils ont aussi décidé d’occuper différemment l’espace numérique en diffusant les podcasts Radio Dedans Dehors. 11 sont déjà à écouter sur leur blog Mediapart ici : https://blogs.mediapart.fr/dedansdehors-radio/blog.

Nous avons défilé derrière la banderole d’Onestlatech où nous avons rencontré de nombreux salariés, free-lances, prestataires, membres de coopératives de développeurs… Ils se mobilisent souvent seuls et mais qui se sont unis sous ce collectif, partagent leurs idées, leurs questionnements et leur volonté de mobilisation. Plusieurs sites ont ainsi affiché que des services pouvaient être ralenti à cause de la grève de certains employés, comme le site gouvernemental https://www.demarches-simplifiees.fr/.

Notre partenaire Tënk, https://www.tenk.fr/, plateforme de documentaires et de films, a également modifié l’accès à son site en ne diffusant qu’une sélection de documentaires. Ce 24 janvier, ils répètent cette action en ne laissant l’accès qu’à un seul documentaire et investiront à leur tour les réseaux sociaux.

Des personnels en lutte d’OpenEdition ont d’abord bloqué la plateforme (6 millions de visiteurs uniques par mois, 6 langues) en renvoyant vers un texte explicatif. Après des remontrances et des menaces de sanctions de la part de leur hiérarchie, ils ont décidé de développer leurs propres outils de communication, notamment sur Twitter : https://twitter.com/oe_lutte

Dans l’enseignement supérieur aussi ça bouge. Des auteurs, contributeurs, lecteurs… ont rédigé une lettre de soutien à OpenEdition et des revues spécialisées en ligne se mobilisent aussi.

 

Pour un piquet de grève numérique !

À travers ces nombreuses initiatives, ces actions et le développement des liens de solidarité entre les personnels du numérique en lutte, la mobilisation ne faiblit pas après 50 jours de conflit social. Au sein de Mediapart même, le mouvement se renforce et solidarise des journalistes et des non-journalistes.

Si vous faites grève avec une application particulière sur les espaces numériques, faites-le nous savoir et venez rejoindre la discussion !

 

* Cet appel a été co-rédigé par les community managers de Mediapart, les personnels en lutte de Openedition et des membres du collectif Onestla.tech. À retrouver ici.

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