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Billet de blog 5 oct. 2021

STRATÉGIES UNITAIRES FACE AU BLOC BOURGEOIS ET IDENTITAIRE #2 ORGANISER LE BOYCOTT

Lors de chaque élection présidentielle, 70 à 80% des votes exprimés au premier tour sont systématiquement jetés à la poubelle. La critique du monarchisme présidentiel fait consensus au sein d'un pan très large de la société et nous verrons comment il est possible de profiter de cette période électorale très particulière pour renverser la table et tout révolutionner !

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MÉFIANCE ET DÉGOÛT
L’abstentionnisme est voulu, l’apolitisme est fascisant

Le premier parti de France
Dans notre première publication, nous présentions les principales clés pour comprendre et donc éviter et faire éviter aux autres le "piège à con" qu’est en train de nous tendre la classe dirigeante, son nouveau "casse" électoral.
La stratégie est celle du choc quotidien qui va toujours plus loin dans le but de nous provoquer, nous distraire, nous déboussoler, nous dégoûter ou nous assommer à la longue. Les fake-news s’enchaînent plus vite que les démentis et le confusionnisme est principalement politique, c’est à dire que la confusion générale est volontairement entretenue par cette classe dominante, les médias et politiciens à son service, pour nous faire détourner le regard de cet insupportable séparatisme bourgeois et cette guerre de classe qu’ils souhaitent faire perdurer.
Les peurs et les divisions sont alimentées continuellement au sein de la population, rendant tout compliqué et inévitable, et générant un désintérêt croissant envers la chose commune.

 Le mauvais film qui tourne en boucle à la télévision est chaque jour un peu plus éloigné de la réalité que nous vivons au quotidien, mais cette réalité qui est la nôtre est elle-même toujours plus éloignée de ce que l'on voudrait vraiment au fond de nous !
Même en remuant ciel et terre nous constatons que les nouvelles idées et tendances politiques qui émergent de la société civile, sur l'écologie, le patriarcat ou les violences policières, se confrontent systématiquement à un véritable mur, comme l’ont démontré les résultats des "conventions citoyennes" sur le climat ou ceux du Grand Débat, disparus dans la nature…
Cette plaisanterie qui dure depuis trop longtemps, les espoirs trahis des différents partis, les échecs successifs de nos luttes sociales, le manque de perspectives dans un futur peu rassurant, mais surtout l’emprise sur nos corps, nos esprits et sur nos proches de cette société aliénante et abrutissante, fascisante et pourrissante, font que beaucoup finissent soit dans le camp de l’extrême droite, par excès de haine ou d'ignorance, soit se désintéressent complètement du cirque politico-médiatique et viennent gonfler les rangs de l’abstention, les deux tendances grimpantes de ces dernières années. L’une est devenue la coqueluche des médias puisqu'elle ne remet pas du tout en cause notre système politique ; quand l’autre relève du scandale et est accusée de miner la démocratie, on comprend bien pourquoi ! Pourtant, lequel de ces deux gestes est le plus efficace ?

12 millions de Français ne sont pas allés voter au second tour en 2017, et parmi eux 10 millions avaient voté à gauche au premier tour ! Les abstentionnistes sont donc bien plus nombreux que les électeurs d'extrême droite, et plus de gauche, première information ! Depuis plusieurs années, dans l'ensemble des élections locales et européennes l’abstention réunit plus de 50 % des inscrits, c’est à dire plus de 20 millions d’électeurs, obtenant le plus souvent la majorité simple et battant ainsi en nombre les électeurs du parti élu, celui-là même qui prétendra ensuite représenter l'ensemble de la nation de manière monarchique. Si l'on prend en compte l'abstention, moins de 20% des votants ont choisi Emmanuel Macron au premier tour alors que tous les autres présidents de la 5ème République, à l'exception de Jacques Chirac, ont recueilli plus de voix que lui, mais aucun n'a dépassé les 30 % depuis 1969... Nous pouvons en conclure que lors de chaque élection présidentielle, 70 à 80 % des votes exprimés, si ce n’est plus comme nous le verrons, sont systématiquement jetés à la poubelle !
En effet il faudrait soustraire au 20% d’Émmanuel Macron le taux de "vote utile" au premier tour mesuré selon les sondages entre 27 et 45 % ! Sur cette base nous pouvons estimer qu’un peu plus d'un électeur sur dix a réellement voté POUR Macron à la présidentielle de 2017 ! Mais le score que l’on retient toujours est celui gonflé lors du second tour, où la grande majorité des électeurs du président gagnant vote CONTRE son opposant. On nous parle alors de "majorité" des français alors qu'au final tous les courants d'opinion sauf un, le sien, sont systématiquement écartés du pouvoir ! 



L'Assemblée Nationale pourrait venir contre-balancer ce triste constat, mais depuis l'instauration du quinquennat, la majorité parlementaire est désormais toujours du même camp que le président. L’élection législative qui représentait un certain mode d'expression, de sanction, voire d'alternance, a été placée dans le mois qui suit la présidentielle et n’est devenue qu’une confirmation de cette dernière, un vote sans réel enjeu qui consiste uniquement à offrir une majorité au nouveau président élu. C'est souvent par la suite l'argument principal ou le slogan utilisé par les candidats en lice pour cette "majorité présidentielle", c'est même parfois le nom qu'ils donnent à leur parti !
Dans la théorie, les assemblés ont trois fonctions : écrire la loi, planifier le budget et contrôler l’exécutif, mais dans les faits, ces trois fonctions sont depuis bien longtemps complètement fictives. Le parlement est totalement incapable de faire passer quoi que ce soit qui déplaise au gouvernement, et mises à part quelques très rares exceptions, il ne peut modifier la trajectoire d’un texte, dont près de 7 promulgués sur 10 sont à l’origine des "projets de loi" tombés de Matignon. En France, les élus des assemblées, c’est à dire ceux ne faisant pas partie d’un exécutif, n’ont finalement aucun pouvoir concret, soit quand même 9 élus sur 10 !
En théorie, le Parlement pourrait renverser le gouvernement en utilisant l’art. 49 de la Constitution, mais une motion de censure n’a abouti qu’une fois dans l'histoire, en 1962, en réaction à la décision du Général de Gaulle de soumettre au référendum l’élection du président. Le Général a donc dissous l’Assemblée Nationale… La majorité présidentielle n’a donc aucun intérêt à renverser le gouvernement pour se voir dissoute dans la foulée et la fonction de contrôle du gouvernement est de fait vidée de sa substance.

 Échec et mat !
L’extrême gauche (NPA et L.O) est ainsi totalement réduite au silence malgré sa forte présence dans les luttes ouvrières. L’opposition parlementaire (Insoumis et PCF) est diabolisée en permanence, ses recommandations ne sont jamais prises en comptes et ses propositions rejetées systématiquement. Certains de ces députés peuvent se montrer certes combatifs, souvent seuls contre tous à proposer des avancées sociales et défendre nos droits, mais quels changements ont-ils réussi à imposer, et quel projet ont-ils pu stopper ? Leurs discours peuvent être parfois poignants mais, tout comme ceux du député Robespierre pendant la Révolution, ils ne parlent qu’à un peuple absent et ne rencontrent dans l’hémicycle que mépris et arrogance. Tout ce cinéma participe à une mise en scène de l’exercice du Pouvoir, une farce parlementaire qui n’est qu’une chambre d’enregistrement de l’agenda du président-monarque.


Emmanuel Macron a su tirer profit à merveille de tous ces dispositifs qui ont été pensés et mis en place avec comme principal objectif celui de maintenir le statu quo : pour que rien ne change jamais pourrait-on penser ! Il est même allé plus loin en organisant le mépris, le dégoût et donc la montée de l’extrême droite et de l’abstention, directement depuis le sommet de l’État, comme nous l’avons vu avec le scandale Adrexo ou avec le choix des prochaines dates de scrutin en pleines vacances scolaires. Par ce biais, il tente à réduire drastiquement le vote des classes populaires et favoriser à nouveau la victoire du seul bloc vraiment mobilisé : le bloc bourgeois (Voir la théorie du vote censitaire de Bertrand Mertz). En effet, les études démontrent que les plus forts contingents d'abstentionnistes se trouvent dans les segments de la population les plus défavorisés et marginalisés, précisément parce qu'on y sait très bien et depuis trop longtemps, que les élus, presque tous issus des classes supérieures, ne représentent pas leurs intérêts. Ce texte souhaite vous présenter différentes manières de, déjouer ce plan, renverser la situation et convertir cette majorité silencieuse et complètement légitime en une véritable force politique. 



Politiser l'abstention
Pour cela, il nous faut commencer par mettre en lumière ce qui peut parler à tous les abstentionnistes. Dans le "Baromètre de la confiance politique", une étude réactualisée régulièrement par Sciences Po, à la question : "qu’est-ce que vous éprouvez d’abord quand vous pensez à la politique ?", méfiance et dégoût arrivent largement en tête, loin devant tous les autres sentiments, dont 81% sont négatifs ! À la question quels qualificatifs caractérisent le mieux votre état d'esprit actuel ? Lassitude, Morosité et Méfiance arrivent en premier ! 85% des personnes interrogées affirment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens ! 63% ne considèrent pas que le gouvernement soit capable de prendre les bonnes décisions, chiffre qui monte à 70% pour ce qui est de la confiance en l’État ! 74% pensent que les politiques menées servent les intérêts de quelques privilégiés et ressentent principalement de l’inquiétude et de la colère envers elles. 74% déclarent ne pas avoir confiance dans le président, avec des chiffres équivalents pour les autres postes au gouvernement, une confiance en chute libre depuis l’élection d’Emmanuel Macron et qui atteint les 90% quand il s’agit des partis politiques !

Il n’est pas surprenant de voir la nouvelle campagne de Marine Le Pen démarrer sans l’étiquette du R.N, le nouveau parti qui n’a déjà plus la côte. Xavier Bertrand ne peut plus se présenter sous l'étiquette LR depuis qu’il a lâché son parti au moment du scandale Fillon. Macron a déjà annoncé que s’il se présentait il ne le ferait pas sous l’étiquette LREM, comment le pourrait-il ? On a déjà vu aux municipales, puis aux départementales et régionales, comment l’étiquette LREM avait discrètement été mise sous le tapis. Hidalgo ne peut plus non-plus se présenter sous l’étiquette P.S, parti qui a trahi toutes les idées socialistes une fois au pouvoir. Elle a d’ailleurs choisi de ne pas aller s'afficher au congrès de son propre parti, le seul qui la soutient comme candidate, une première… 

Autres chiffres révélateurs de cette crise politique : en 2020, les élus ont été la cible de 1276 agressions, plus de trois agressions par jour, un chiffre en hausse de 200 % par rapport à l'année précédente... L'image et le statut du politicien a changé, mais aussi celui du policier qui le protège. La confiance est rompue, la crédibilité et le respect se perdent, et ce constat de méfiance et de dégout nous pouvons et devons le planter dans le décor de manière unitaire tout au long de la campagne qui vient. C’est à la fois un terrain fertile sur lequel peuvent visiblement se retrouver une majorité de français, mais c'est aussi celui sur lequel le politicien se retrouve le plus en difficulté à l'heure de nous demander de voter pour lui. La méfiance et le dégoût ça parle au plus grand nombre en même temps que ça creuse la ligne de tranchée. C'est en tout cas le ton choisi pour nos premiers textes.
Les étiquettes ont été gommées, tout comme les programmes qui sont devenus une question secondaire alors que la plupart des candidats en liste sont très majoritairement impopulaires, très isolés, et se présentent souvent pour l’unique raison de maintenir leur appareil de parti (prestige, subventions, postes…), ou alors se positionner en vue des élections suivantes. Ces partis sont pourtant tous devenus très minoritaires en comparaison aux grands partis d'antan. En attendant, tous participent à ce double effet qui en dégoute plus d’un et donne à d’autres l’illusion du choix démocratique. Ils ne sont pourtant jamais autant mis à nus qu’en période électorale, celle également où l’État tout entier a le plus de risque de vasciller. Cette période devrait donc représenter la période idéale pour renverser la table et faire valser tout ce jeu de petits chevaux.

Seulement beaucoup se sont déjà démotivé face à un tel spectacle. Comment peut-on vouloir encore s’impliquer ou recommander à quiconque d’y croire, d'aller se lancer dans un tel nid de vipères et batailler pendant des mois à contre-courant, dans des conditions complètement déloyales et trop souvent humiliantes, quand il est évident que la classe dominante possédant la finance, les médias et les instituts de sondage pré-déterminera les chances de chacun, son degré de visibilité, le traitement qui doit lui être accordé… ? Comment ne pas comprendre tous ceux qui ne s’impliqueront plus, volontairement ou pas, les abstentionnistes par principe, et ceux qui ont préféré la vie loin de cette "chose commune" qu'on appelle République ? 




Nous nous distinguerons à partir d’ici des personnes qui seraient réellement "apolitiques", un terme qui, comme nous l’apprend le Dictionnaire des Idées de l'encyclopédie Universalis, traduit aujourd’hui "essentiellement une attitude de désintérêt à l'égard de la vie politique, dont la tendance à l'affaiblissement des conflits idéologiques semble être la principale responsable". Ce désintérêt s'exprime dans l'apathie politique, passivité qui permet d'expliquer que certains puissent continuer de voter tout en refusant les autres engagements politiques. L’apolitique se complet dans le confusionnisme actuel, et si la vie politique lui parait si compliquée, il est ravi qu’il y ait des gens pour s’en occuper pour lui…
Ce que nous proposons ici est clairement tout le contraire : générer de l’intérêt et de l’engagement pour le bien commun, tout en restant indépendants des partis politiques et de leur compétition. Nous sommes apartisans. Certains affirment que tout est politique. Ce qui est sûr, c’est que le vivre ensemble est politique, et donc la personne qui se dit apolitique s’exclue de la communauté en affirmant se désintéresser de son bon fonctionnement. Nous sommes persuadés qu’une grande majorité de ces personnes emploient très mal le terme "apolitique" et que ces abstentionnistes espèrent au fond d’eux-même un monde meilleur, y réfléchissent et souvent luttent pour lui, d’une manière ou d’une autre. Les Gilets Jaunes sont peut-être ce qu’il y a eu de plus "politique" ces dernières années et c’est à tous ces déçus de LA politique (lié à la conquête et l'exercice du pouvoir) qui reste concernés par LE politique que s’adresse en priorité ce texte. 

Cependant, nous sommes également persuadés que c’est ce piège de l’apolitisme qui a creusé la tombe des Gilets Jaunes en les empêchant de s’organiser sérieusement. On nous dit des Gilets Jaunes qu'ils n'ont pas d'issue politique alors que n'importe quelle assemblée locale pouvait discuter d’une idée ou mesure à adopter, d’une initiative ou action à réaliser à échelle nationale, se mettre d’accord dessus localement et la proposer à l’ensemble des autres assemblées, notamment en passant par sa coordination régionale pour avoir plus de poids ou à travers les "Assemblées des assemblées" (Ada’s) qui se tenaient régulièrement. Exceptées quelques rares actions coordonnées de grande envergure comme celle de bloquer plusieurs péages simultanément le 29 juin 2019, les Gilets Jaunes n’ont peut-être pas assez pris la mesure de ce "pouvoir" politique dont il est question ici : pas celui de gagner des élections et occuper des postes importants, mais celui de transformer concrètement la réalité que nous partageons.

Nous sommes de la même manière persuadés que c’est encore ce piège de l’apolitisme qui mine encore les mouvements actuels contre le passe sanitaire, où l'on a pu voir les manifestants qui tentaient de faire le liens avec la crise sociale se faire exclure des cortèges pour leurs discours trop "politiques", et par des personnes qui ne semblaient pas du tout dérangées par la présence de groupes antisémites ou royalistes. Dans la situation actuelle, nous sommes obligés de reconnaître que ce même piège de l'apolitisme contribue à la grimpée du fascisme en empêchant la constitution d’un front clair contre l’extrême droite et ses idées, dans nos manifs et nos réseaux sociaux.

Si l’on veut lutter contre l’extrême droite, il nous faut d’abord lutter contre l’apolitisme qui n’est que passivité, le désintérêt qui n'est qu’ignorance, le nihilisme qui prépare le fascisme. S’en foutre, laisser faire, ou se positionner pour les élections suivantes, comme le font certains leaders politiques, est le signe évident d’un privilège manifeste par rapport aux millions de français qui auront à subir le racisme, le sexisme ou encore l’homophobie d’un gouvernement réactionnaire. C'est aussi un privilège pour les rares personnes que la politique anti-sociale de Macron ne semble pas affecter. Pour finir, à ceux qui ne croiraient plus en l’espèce humaine, ou en notre capacité collective à comprendre et réagir face aux attaques de la classe dominante et ses extrêmes, nous leur recommandons particulièrement la lecture de nos textes, qui nous prouvent justement tout le contraire, ainsi que cette lucide réflexion de Frustration Magazine intitulée "Pourquoi dire que les gens sont cons, c’est con".

Heureusement pour nous, la vie démocratique du pays, c’est à dire l’information, l’éducation et le débat, la contestation, l’organisation et la transformation du réel, ne se limite ni à la farce électorale, ni à l’action du gouvernement. Et s’il y a une vraie leçon à tirer de l’histoire, c’est que le pouvoir n’agit que s’il y est contraint par des forces qui lui sont extérieures…


DES CONTRE POUVOIRS POPULAIRES
Si ce n’est pas nous, qui ? 
Si ce n’est pas maintenant, quand ?

La bataille médiatique


Francis Dupuis-Déri, un des principaux auteurs abstentionnistes contemporains, nous donne tout l’argumentaire de l’abstentionniste dans "Nous n'irons plus aux urnes" où il se demande comment en déposant dans l’urne un simple bulletin de vote, qui s’y perdra dans le flot de millions d’autres bulletins, peut-on sérieusement espérer influencer la vie politique du pays. Pour lui les résultats sont prédéterminés par des caractéristiques démographiques, socioéconomiques ou culturelles de l’électorat local ; ainsi, bon nombre d’électeurs peuvent voter à chaque élection sans jamais voir leur parti se hisser au pouvoir. 

En résumé le résultat final dépend surtout de la sociologie du pays et des possibles basculements importants d’électeurs d’un bord à l’autre, il est donc uniquement conditionné par la "fabrique de consentement", c’est à dire que l’électorat se fabrique. La réalité, il faut se l’avouer, c’est que depuis quelques années, ce sont des électeurs d’extrême droite que la classe dominante fabrique à la chaîne, pour ne pas dire du raciste, de l’islamophobe, de l’anti-féministe, de l’anti-gauchiste primaire ou de l’anti-écolo… 

Prenons l’exemple de la chaîne de télévision CNews, propriété de Vincent Bolloré, grand exploiteur du continent africain, qui propage en continu les idées et les éléments de langages de Marine Le Pen ou d’Éric Zemmour depuis des années, sans pour autant que ce considérable temps d’antenne ne soit comptabilisé par le CSA, l’organisme chargé de surveiller l’audiovisuel. Sur le cas précis du polémiste Éric Zemmour, et à défaut de CSA, c'est Arrêt Sur Images qui a calculé son temps de parole non compté dans les quotas de l'élection présidentielle depuis les premières rumeurs de sa candidature jusqu’à la récente décision du CSA. Il se compte en fait en jour ! Douze jours ou 254 heures qui ne seront pas rééquilibrées en tendant le micro à un candidat d'un autre bord politique. Ce manque de pluralité vient s’ajouter aux condamnations répétées de ce délinquant multi-récidiviste et de cette chaine complice pour leurs appels réguliers à la haine

L’extrême droite a désormais sa chaîne officielle, une première en France, un organe de propagande "xénophobe" déjà signalé pour son manque de pluralité et qui perverti complètement la compétition. Après avoir fait disparaître la chaine d’info i-télé suite à une longue grève de ses employés, puis avoir liquidé l’ensemble de l'investigation et de la subversion sur le groupe Canal, jusqu’où ira Bolloré, lui qui envoie désormais ses têtes d’affiches les plus nauséabondes marcher triomphalement sur la radio Europe1 qu’il vient de dépecer, après avoir fait fuir à nouveau le gros de sa rédaction (86 journalistes) ? Qui pour protéger la vie démocratique du pays de ce genre de personnages qui terrorise l'ensemble de la profession et de ces puissantes forces réactionnaires ?
Vincent Bolloré porte actuellement la dernière estocade à Arnaud Lagardère et Médiapart affirme que jamais une telle concentration horizontale et verticale n’a été réalisée dans le monde des médias et de la communication, un signe supplémentaire de notre effondrement démocratique : "Vincent Bolloré va disposer, dans cette période cruciale des élections présidentielles et législatives, d’une multitude de titres et de moyens audiovisuels, sans aucun contrôle et aucune entrave. Sauf si les différentes autorités de régulation lui imposent des restrictions, ce qui ne s’est jamais fait jusqu’alors, le CSA allant jusqu’à entériner le projet de rapprochement entre TF1 et M6 sans piper mot. Chacun préfère maintenir la fiction que toutes les sociétés agissent de façon indépendante et autonome jusqu’à ce que tous les feux verts soient donnés. Ce qui a parfaitement été démontré chez Europe 1, notamment depuis que Vincent Bolloré a pris le pas dans le groupe Lagardère… Il y a quelques années encore, une telle concentration horizontale et verticale de titres, de canaux, de moyens dans les médias et la communication aurait suscité un tollé et provoqué des mesures dans le monde politique. Aujourd’hui, les mêmes assistent passivement à la concentration inexorable entre quelques mains de tous les moyens d’information et des groupes de presse, sans même demander l’application des lois existantes. Ce n’est qu’une traduction supplémentaire de la capture du discours et des politiques publiques par quelques puissants, prêts à tout, jusqu’à la diffusion des propos les plus nauséabonds."


Pourquoi Bolloré finance-t-il à la fois Hanouna et Zemmour, se demande Daniel Schneiderman d’Arrêt Sur Images ? Quelle cohérence entre les deux ? “L'un détruit, l'autre reconstruit” lui répondit un jour le sociologue Michel Wieviorka. "L'un, chaque soir, détruit à coups de masse toutes les hiérarchies (du savoir, de la légitimité, du pouvoir). L'autre, sur les ruines, reconstruit un grand parc à thèmes garanti sans basanés, un “Grandshommesland”, où Louis XIV et Napoléon remplacent Mickey et Donald". 
Sous de faux airs subversifs, Hanouna le soit-disant anti-raciste invite quotidiennement les principales figures de l’ultra droite française et défonce à coup de burin toutes les digues érigées contre le fascisme et les idées d’extrême droite depuis plus d’un siècle.

 Tout ce que nous décrivons ici n'est rien d'autre qu'une véritable "bataille culturelle" dans laquelle chacun de nous doit prendre part.
La parole d’extrême droite, c’est à dire xénophobe et antirépublicaine, est non seulement considérée comme acceptable depuis quelques années mais elle est désormais priorisée dans l’actualité des médias et dans l’agenda du gouvernement, un renversement de nos valeurs qui nivelle la politique et l’information, mais aussi l’éducation et la culture générale du pays par le bas, paralysant tout le débat public depuis déjà bien trop longtemps. La question à se poser au delà de qui doit "gouverner" c’est : dans quelle France voulons nous vivre ? À quoi ressemblera le pays dans quelques années à ce rythme là ? Nous avons pu observer à quelle vitesse ces fameuses digues ont sautées, nous entrainant dans une crise politique sans précédent et une pente directe vers le fascisme. Ces idées haineuses se répandent de foyer en foyer, contaminant jusqu’à nos proches, et avec la méfiance et le dégoût, l’urgence anti-fasciste est le deuxième constat que nous devons planter dans le décor pendant cette campagne. Voilà un autre terrain sur lequel nous pouvons nous retrouver que l’on soit abstentionniste ou militant de parti, pour nous ériger en contre-pouvoir, faire barrage et nettoyer toute cette confusion, voilà aussi un terrain sur lequel notre adversaire se retrouve désarmé.
Mais ne soyons pas dupes non plus sur le fait que l’ensemble des autres médias appartenant à la classe dominante militent activement pour le bloc bourgeois, aujourd’hui en grande partie identitaire. Les matinales radio sont des lieux stratégiques de l’espace médiatique et selon des chiffres publiés par Médiamétrie, les libéraux et l’extrême droite auront, sur un mois et demi observé, capté au total 86% des invitations politiques des cinq principales interviews matinales de ce pays !
Combien de chroniqueurs sont présentés comme de simples "invités" malgré le fait qu’ils soient très régulièrement présents sur les plateaux et militent clairement pour les forces réactionnaires du pays ? Combien d’entre eux sont présentés comme de simple "consultants" sans que l'on ne précise jamais d’où ils parlent réellement, c’est à dire, sans faire référence à leur militance dans un parti ou une famille politique.


À l’image du philosophe Raphael Enthoven, la droite a toujours été plutôt Hitler que Blum, plutôt Marine que Mélenchon. La chaîne très droitière LCI peut diffuser un discours de Zemmour en intégralité et en direct, puis reconnaître simplement une "erreur de format". Zemmour y estimait pourtant que "les immigrés (...) se comportent en colonisateurs", y établissait "une continuité entre les vols, viols, trafics, jusqu'aux attentats de 2015", y assurait que "ce sont les mêmes qui les commettent pour punir les koufars, les infidèles", y "jugeait" que "dans la rue les femmes voilées et les hommes en djellabahs sont une propagande par le fait, (...) comme les uniformes d'une armée d'occupation rappellent aux vaincus leur soumission", y appelait, aussi, les jeunes Français à "se battre pour leur libération". Zemmour et LCI peuvent souffler car dire cela n'est pénalement pas répréhensible, s’inquiète à nouveau Daniel Schneiderman dans Arrêt sur Image, signalant l'impuissance manifeste du CSA.
Zemmour peut réhabiliter les races, c’est à dire affirmer que Noirs et Blancs appartiennent à deux "races" différentes et insinuer qu’il y aurait une "hiérarchie" entre les cultures, le tout à une heure de grande écoute sans que ni la présentatrice Isabelle Giordano, ni la chaine ARTE, ni même le CSA ou le gouvernement sarkoziste de l’époque ne relève l’aberration. Au-delà de la question du racisme décomplexé se pose aussi celle de la qualité intellectuelle du débat quand un Zemmour peut affirmer droit dans les yeux de Jacques Attali au cours de l’un de ses grands shows que TF1, propriété du milliardaire Martin Bouygues, est une chaîne de gauche, ou quand Pascal Praud assimile en permanence la "gauche" française à la "bien-pensance" d’une Léa Salamé, la petite groupie des grands patrons. Rappelons aux chiens de garde de l’extrême droite et à tous les confus qui les écoutent régulièrement que la droite extrême représente 73,1 % des invités politiques de la matinale de France Inter, la gauche seulement 4,6 %… La discipline journalistique n’est souvent plus qu’un lointain souvenir, tout comme la menace du CSA, alors que ces contre-pouvoirs devraient constituer un rempart solide face au rouleau compresseur de la droite et ses extrêmes.


Le service public demeure de son côté la voix officielle du gouvernement en place (et pas de la "gauche" comme le prétend l’extrême droite), il se fait donc complice actif de sa stratégie de "lepenisation" : tout en présentant les partis et les idées d’extrême droite comme acceptables, compatibles avec la République, il marginalise systématiquement ceux de la (vraie) gauche et des écologistes, comme il le fait depuis toujours contre les mouvements sociaux. Il n’y a qu’à comparer le débat de la primaire d’EELV organisé par Médiapart sur internet, où les différentes visions de l’écologie de chaque candidat ont pu être mises en évidence et se confronter entre elles ; et le véritable traquenard proposé par notre pitoyable service public, dans lequel toutes les questions écologistes ont été évitées de manière à imposer les thèmes du bloc bourgeois et identitaire : 18 minutes pour la laïcité et les "valeurs républicaines", soit la plus longue séquence, rien sur le dérèglement climatique…
Natacha Saint-Cricq, directrice de l’information sur le service public et intervieweuse lors de ce lamentable épisode, regrette cependant d'avoir évoqué par erreur le burkini, croyant citer Sandrine Rousseau qui avait mentionné... le voile, quelques secondes avant. Aucune question n'est posée sur la situation environnementale malgré la récente publication du sixième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), nous informe à nouveau Arrêt Sur Images. Le service public (pour lequel nous cotisons tous et qui devrait donc nous appartenir) ne remplit plus du tout sa mission pédagogique depuis qu’il est géré comme une entreprise soumise aux lois de la concurrence et que son "patron" est nommé par le CSA dont le directeur est lui-même nommé par le Président. Quelles revendications tirer de cette situation dramatique et comment les imposer lors de cette campagne, alors que la droite extrême et l’extrême droite proposent maintenant de privatiser le service public ?
Il nous faut très sûrement commencer par dénoncer le prisme bourgeois hégémonique dans les médias principaux comme conséquence logique de la concentration des médias : cette vision fataliste du capitalisme que l’on nous impose, le fameux slogan "il n’y a pas d’alternative", celui de l’austérité dictée par l’Union Européenne pour payer la dette, celui de la croissance toujours nécessaire pour pouvoir augmenter le pouvoir d’achat, de la concurrence et du privé qui serait compétitif et bien plus performant que notre service public mal géré, celui de la flexibilité parce que le travail coûterait trop cher, etc.

 Ce travail passe forcément par la promotion des médias indépendants de ces grands groupes, c’est à dire hors de la logique concurrentielle et publicitaire, car encouragés, par exemple, par des dons solidaires, comme à Mediapart. Avec le Canard enchaîné, ils sont trop souvent seuls à révéler des dossiers qui ont pourtant réussi à faire tomber plusieurs ministres.
C’est bien du fait du sérieux de leur travail, de la menace qu’ils représentent, que ces médias restent trop souvent ignorés du reste de la presse, parfois directement discrédités par des éditorialistes et systématiquement diabolisés par l’extrême droite et les membres du gouvernement. Cette diabolisation fonctionne efficacement auprès d’une grande partie de la population poussée inconsciemment à s’auto-convaincre, et parfois avouer bêtement un anti-gauchisme primaire et une servitude volontaire, pire, un anti-intellectualisme. François Fillon s'est dit victime du «tribunal médiatique», son camp a fait huer la presse lors de ses meetings et ses proches ont lancé une fausse rumeur concernant la fille d’Edwy Plenel, de Médiapart, qui, avec Le Canard enchaîné et d’autres médias, a révélé les affaires liées au candidat lors de la dernière présidentielle.
Lutter contre l’idiocratie qui s'installe et essayer d’inverser la tendance en imposant le travail des médias libres dans le débat public et dans la bataille politique doit être un de nos axes principaux de réflexion et d'action, à l’image du Média qui lance une campagne pour une Matinale Populaire afin de contre-balancer le prisme bourgeois pendant les élections. Pour ceux qui préfèrent la vidéo au texte on peut aussi citer la nouvelle chaine Blast de Denis Robert dans un style plus offensif, qui prépare de belles surprises pour la campagne et qui semble avoir besoin de plus de dons pour se stabiliser financièrement ; la Rédaction de Mediapart qui décrypte l’actualité tous les soirs à 19h dans son émission "À l’air libre" ; l’équipe de Back Seat qui cible un public plus jeune, tout comme son chroniqueur politique USUL qui fait déjà ce travail chaque semaine chez Médiapart dans "Ouvrez l'Élysée", ou sur sa chaine Twitch ; également la revue Regards qui propose du très bon contenu sur Youtube. 
La télé fait partie du problème, et le meilleur moyen de faire décrocher les gens autour de nous c'est de populariser nos propres médias !

À lire :
ANNEXE #1 COMMENT GAGNER LA BATAILLE MÉDIATIQUE ?
Parce que l'information indépendante et de qualité a un prix, le site La Presse Libre permet de s’abonner à plusieurs sites de presse en ligne en un seul paiement et à un tarif préférentiel. La Coordination Permanente des Médias Libres propose une carte des médias libres et des outils pour créer son propre média. De notre côté, nous préparons un document qui présentera plus en détail ces nombreux médias, outils et réseaux et vous invitons à participer à ce projet en partageant vos liens dans les commentaires ou par message. Pour ce qui est de la critique des médias, Arrêt sur Images joue les "boeuf-carottes" des médias, et nous aide depuis une vingtaine d’années à repérer les grosses ficelles ou déconstruire les éléments de langage de la classe dominante, l'abonnement vaut vraiment le coup. 
Dans une version plus militante, Acrimed, l’Association de Critique des Médias, participe à la relance du débat public sur des propositions concrètes de transformation de ce qu’elle nomme l’"ordre médiatique existant", notamment celle de dissoudre le CSA pour le remplacer par un Conseil National de tous les Médias. Dans la bataille également Pierre Rimbert qui propose depuis plusieurs années dans le Monde Diplomatique son Projet pour une presse libre, et l’économiste Julia Cagé, avec son essai "L’information est un bien public", dans lequel elle plaide pour une gouvernance démocratique dans les médias, impliquant tant les journalistes et salariés que les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. 


Manuel Bompard dénonce, lui et son groupe parlementaire F.I, les modes de calculs frauduleux des instituts de sondages, qui éliminent notamment toutes les personnes qui ne sont pas sûres d’aller voter à 100%, mais dénonce aussi l'impuissance et le manque de volonté de la commission des sondages, ses nombreuses contradictions voire une incompétence sur des sujets qu’elle est censée maîtriser, ce qui peut inquiéter sérieusement. Ces sondages malhonnêtes participent à la construction d’une réalité politique et se montrent très utiles, par exemple quand ils sont publiés juste avant et juste après un débat comme celui entre Mélenchon et Zemmour, histoire d'imposer un récit. C’est également sur ces sondages truqués que se base le CSA pour décompter les temps de parole des différents candidats !
Jean-Luc Mélenchon pointe aussi les énormes écarts entre deux sondages qui rendent perplexes nombre d’observateurs et d’électeurs dont beaucoup mettent en cause les entreprises qui les réalisent, les soupçonnant de manipulation :"Bien sûr, il est troublant de voir que les variations n’atteignent jamais le score attribué au Président de la République. Cette constance semble même signifier que si tous sont d’accord sur ce point, alors l’affaire est entendue. Mais d’aucuns en déduisent que certains sondeurs comme IPSOS et IFOP n’auraient pas envie de mordre la main qui leur donne à manger car ce sont ces deux entreprises qui ramassent l’essentiel des contrats de sondages du gouvernement qui se chiffrent par millions d’euros. D’autres soupçonnent que les liens de parenté du directeur des études de IFOP avec le président de la République influent sur son jugement. Toutes ces critiques me semblent passer à côté du vrai problème posé."
Dans un tout autre style militant, le projet Sleeping Giants (les géants endormis) nous montre comment organiser le boycott des chaines vecteurs de haine en interpellant les entreprises qui diffusent leurs publicités dans ces organes proches de l’extrême droite et en jouant sur leur image de marque. Des reportages comme ceux de Complément d’Enquête peuvent aussi avoir de lourdes conséquences car le public est au rendez-vous, comme dernièrement en faisant chuter les revenus d’un site complotiste. Il est également possible d'effectuer des signalements ou d'aller faire beaucoup de bruit directement devant ces médias, ce qui avait suscité beaucoup d'attention médiatique lors des manifestations contre la propagande islamophobe déployée par Éric Zemmour sur Cnews, sans pour autant provoquer son départ de l'antenne.
Comme nous l'avons vu, les propositions concrètes en la matière ne manquent pas mais on voit bien que la classe politicienne actuelle n’a aucun intérêt à les mettre en œuvre ou répondre à ce genre de manifestations. Ce "quatrième pouvoir" médiatique est depuis déjà plusieurs siècles le principal outil de la classe dominante pour assoir son règne permanent, comme nous le prouvent les actuelles manœuvres de Xavier Niel qui cherche à consolider une dynastie. Il nous faudra donc dénoncer et continuer de dénoncer : dénoncer systématiquement la supercherie de notre système politico-médiatique, complètement soumis à la classe dominante, en particulier des programmes très populaires comme TPMP ou Quotidien ; dénoncer aussi systématiquement l’aspect déloyal de la compétition électorale, preuve à l’appui, et l’absence presque totale de pluralité dans les médias et de contre-pouvoirs institutionnels ; imposer cette critique et ces propositions concrètes aux différents candidats lors de la campagne qui vient, tout cela doit faire partie de nos priorités et de nos premières victoires, nous y œuvrerons ici en tout cas. Nous verrons au cour des prochains chapitres que cette victoire est l'une des conditions essentielles pour obtenir par la suite toute la légitimité de contester le résultat des élections et le futur président élu. 

Il s’agit d’une guerre d’information, d'une véritable bataille culturelle, et ce qui est en jeu est tout simplement l'âme de la France ! Chacun d’entre nous, qu’on le veuille ou non, est engagé dans ce conflit intellectuel et représente déjà un média à lui-seul, c'est à dire un vecteur d’information auprès de son entourage. Certains d’entre nous ne sont peut-être plus motivés à descendre militer dans la rue, d’autres n’ont peut-être juste plus le temps, mais dans ce cas précis, l’index reste toujours la meilleure arme et des dizaines de partages peuvent être réalisés chaque jour en quelques secondes. Il n'y a pas de secret, pour qu'une information perce le plafond de verre médiatique il faut la partager massivement sur les réseaux sociaux.
De notre côté, en dénonçant au quotidien les incohérences et les failles démocratiques de ce système politique qui régit toujours plus de détails de nos vies, ces mensonges et scandales, cette corruption systémique, ce glissement autoritaire, mais également en promouvant ces nombreuses alternatives qui existent, notre Revue 100% Apartisane cherche depuis plus de dix ans à politiser les consciences vers cet éveil citoyen nécessaire à la révolution démocratique. Nous vous invitons, à travers nos différents canaux mais aussi au-delà, à partager et participer à ce travail de contre-propagande qui déconstruit le prisme bourgeois et identitaire, et à multiplier ce type de laboratoire d'idées en amont des prochaines élections, à travers des agoras sur les places publiques, des forums sur les réseaux sociaux, des lives, des tribunes comme celle-ci... 


La Bataille Judiciaire
Si cette guerre médiatique est cruciale, et si l’on ne peut plus se fier au CSA pour contrôler sa dérive fascisante, que pouvons-nous encore attendre du reste de nos contre-pouvoirs ? Que peuvent encore espérer de l’IGPN les nombreuses victimes de la violence et du racisme policier, cette police chargée de contrôler ses propres collègues et qui classe sans suite la quasi totalité des plaintes ? Que faire de ces appels récurrents des Défenseurs des droits successifs, des ligues de Défense des Droits de l'Homme françaises et internationales qui s’égosillent en vain contre la violence d’État qui s'abat de manière terrifiante sur nos mouvements sociaux et, depuis bien plus longtemps, dans nos quartiers populaires ?


À nouveau, nous ne pouvons compter que sur nous même. L’association INDEX réalise des contre-expertises indépendantes afin de rétablir rigoureusement la réalité du déroulé de ces trop nombreux drames, grâce notamment à des reconstitutions 3D et des enquêtes vidéos qui ont déjà permis de mettre en lumière les circonstances de la mort de plusieurs victimes de la police, comme Adama Traoré, Zineb Redouane ou encore Gaye Camara. Un travail minutieux de reconstitutions, indispensable et nécessaire face à la propagande et aux mensonges de la police. Afin de garantir son indépendance, l'association est exclusivement financée par des dons et n'accepte, bien entendu, ni aide de l'Etat ni celle des familles de victimes. Une campagne de collecte de financement participatif est actuellement en cours pour soutenir cette initiative.
Bien évidemment, toujours, toujours, filmer la police ! Une application mobile est disponible pour filmer les interventions des forces de l'ordre sans que celles-ci puissent effacer les images. Dénoncer le coût, les dangers et l'inefficacité des caméras de surveillance, faire du lobbying pour l'arrêt du financement de la police, limiter l'intrusion de la police dans nos communautés et construire des communautés fortes avec des ressources à offrir, autant de manières d'affaiblir la Police que nous avons listé et développé pour vous sur notre plateforme Discord.
 
Comment croire en la promesse républicaine d'égalité face à cette justice à deux vitesses, celle qui est tellement dure avec les faibles et faible avec les forts qu’elle n’est pas même capable de juger les pires escrocs de l’hexagone de leur propre vivant ? Sarkozy, qui nous a toujours imposé la tolérance zéro, lui qui prône l’exécution de toutes les peines, n’a pas effectué sa nuit en garde à vue. Les policiers l’ont gentiment laissé rentrer chez lui d’un clin d’œil, une scène digne du film Fight Club… Blague à part, Nicolas Sarkozy a réellement pu bénéficier d'une suspension de cette procédure contraignante pour passer la nuit à son domicile ! Et pourtant on l'entendra longtemps pleurnicher, lui et tous ses fidèles lieutenants, pour ces quelques heures "humiliantes". Il continue de faire trainer sa condamnation alors qu’il ne risquera sûrement au final que le port d’un bracelet électronique, un sort ridicule quand on mesure le pouvoir du personnage...
Après avoir passé les dernières années en toute tranquillité, Alexandre Benalla, le garde du corps du président qui s’est déguisé en policier pour aller "défoncer" du gauchiste, vient lui aussi d’être enfin jugé mais n’a écopé que de prison avec sursis et de 500 euros d’amendes, malgré l’ampleur du scandale qui serait bien trop long à résumer ici… 


"Pourquoi, comme Jérôme Cahuzac en son temps, François Fillon a-t-il été pile-poil condamné à deux ans de "prison ferme", et non deux ans et un mois, trois ans ou plus ?" se demande l’avocat Juan Branco. "Parce que cela permet de s'assurer qu'il ne mettra jamais un pied en prison, tout en donnant l'impression au peuple qu'une lourde peine lui a été infligée. M. Fillon, reconnu coupable d'avoir volé plus d'un million d'euros à ses concitoyens, ne s'est en effet pas vu décerner un mandat de dépôt, qui seul aurait en ces circonstances impliqué son incarcération".


Les époux Balkany, Chirac, Pasqua, il s’agit toujours du même prisme bourgeois dont nous parlions plus tôt, celui selon lequel le "col blanc", le notable, est trop digne pour mériter la prison, voire même pour porter l’étiquette de "coupable". Comment prétendre vouloir faire la guerre à la petite délinquance de quartier quand la grande délinquance est installée aussi confortablement dans tous les salons des ministères ? Voir l’actuel et inquiétant dynamitage de la justice financière par Eric Dupond-Moretti dont la presse, mis à part à nouveau Médiapart, ne semble pas vouloir parler... Offshore Leaks, Panama Papers, Football Leaks, OpenLux, Pandora Papers, qu’est ce qui a changé malgré toutes ces révélations ? À partir de combien de constats l’indignation peut-elle, voire doit-elle, laisser la place à la colère ? Pour Médiapart, ceux qui, au sommet du monde, doivent lutter politiquement contre la tragédie de l’évitement de l’impôt, qu’il s’agisse d’optimisation ou de fraude, ne sont pas la solution, mais le problème. Non seulement on n’apprécie pas nos dirigeants, mais il apparait de plus en plus évident qu’on ne les nécessite pas non plus ! Notre manière de faire, solidaire et autogestionnaire, fonctionne beaucoup mieux, mais il semble aussi vraiment qu’on ne peut pas faire pire qu’eux !
S’il n’y a plus de justice pour les forts c’est à nous de nous emparer de ces affaires et faire en sorte que cette question résonne tout au long de la campagne. Interrogeons la population sur le fait que ce soit des associations comme ANTICOR, qui doivent lutter contre la corruption jusqu'au sein du gouvernement et contre la foudre que ce dernier lui applique. Chacun d’entre nous peut envoyer à cette association des informations sur de possibles malversations dans notre commune ou notre entreprise et il est important de soutenir la soutenir car elle ne vit que de vos dons !
“Aujourd’hui, les plaintes pénales sont devenues le seul contre-pouvoir qui résiste à la configuration citoyenne et démocratique”, c'est ce qu'avance Arié Alimi de plaintecovid.fr, cet agrégateur de plaintes qui nous permet de mettre collectivement nos décideurs face à leurs responsabilités dans la désastreuse gestion de la crise sanitaire (voir les aveux d'Agnès Buzin). Plus d'une centaine de plaintes visant des ministres ont déjà été déposées auprès de la Cour de justice de la République et des décideurs publics sont également ciblés dans la plupart des tribunaux français, notamment Buzin, Véran et même Édouard Philippe. Ce n'est bien sûr qu'un début, continuons le combat contre nos dirigeants qui ont beaucoup de sang sur les mains et élargissons-le aux patrons qui poussent au burn-out, aux entreprises qui contaminent, aux banques qui escroquent...
Mais gardons en tête que si la course à la vaccination semble imposée par "Big Pharma", il est vain de s’en prendre seulement à ces multinationales, si le poids de la dette est un facteur majeur de précarisation, il est inutile également de s'en prendre uniquement aux divers organismes financiers qui spéculent avec nos vies. Si les pratiques insaisissables de ces fantômes transnationaux ne sont pas légitimes, elles sont bien rendues légales par nos gouvernements sans lesquels elles ne seraient rien ! Ce sont eux les responsables de l’injustice fiscale, de la destruction des services publics, de l’empoisonnement du vivant, de notre servitude à travers l’endettement, ce sont eux, et ils ont des noms et des adresses !
C’est une véritable course contre la montre avec ce gouvernement car, entre temps, et à la quasi-unanimité précisons-le, le Sénat a choisi de valider une loi amnistiant les élus employeurs et fonctionnaires. Selon l’article adopté, "nul ne peut voir sa responsabilité pénale engagée du fait d’avoir, pendant la durée de l'état d'urgence sanitaire […] pour faire face à l'épidémie de Covid-19, soit exposé autrui à un risque de contamination par le coronavirus SARS-CoV-2, soit causé ou contribué à causer une telle contamination". En pleine crise sanitaire, le Sénat a surtout modifié l’Art. 68 qui permettait la destitution du Président dans un silence médiatique assez terrifiant ! Et ça continue, le Conseil d’État propose actuellement de limiter le champ de la responsabilité pénale des politiques en temps de crise. L’institution constate que durant la crise du Covid-19 « la crainte d’une mise en cause pénale semble avoir paralysé » de nombreux responsables publics et privés. De la bataille judiciaire il nous faut (aussi) passer à la bataille politique.
La bataille politique
Cette caste nous entraîne surtout depuis quelques décennies dans une lourde crise de l'engagement politique en France, alors que les peuples du monde se réveillent et que nous sommes une immense majorité à ne plus croire en l’efficacité de ce système politique.
Mais qui va mener la vie dure à nos élus si ce n’est pas nous même ? 


Au niveau local, une simple petite équipe suffit et des outils existent pour suivre les mesures et décisions néfastes prises par nos élus. NosDéputés.fr est un site qui synthétise les différentes activités législatives et de contrôle du gouvernement des élus de la nation et essaie de donner aux citoyens de nouveaux outils pour comprendre et analyser le travail de leurs représentants et encore bien d’autres outils existent comme la Table des scrutins publics, la page Regards Citoyen, l'Observatoire de la démocratie participative ou le lobbying citoyen. Il ne tient qu’à nous de commencer à organiser ce rapport de force local, ce contre-pouvoir populaire, ce facteur d’incommodité qui rappelle à la classe politique qu’elle est sous surveillance citoyenne, et qu'elle ne peut pas se permettre de voter des lois qui vont à l'encontre de l’intérêt général. Si ces politiques n’ont pas peur de la justice, qu’ils aient peur du Peuple ! Cela peut passer par la tenue d'un média local pour recueillir, archiver des preuves, les dénoncer mais aussi par l'organisation d'actions médiatiques et/ou physiques pour déranger l'élu dans sa vie publique, par courrier ou directement à son domicile privé. Nous verrons dans notre prochaine publication que c’est ce genre de petites équipes qui peut avoir un rôle décisif au cours des prochains mois.

S'ériger en contre-pouvoir, c’est affirmer en actes une nouvelle légitimité, extra-légale et conflictuelle, tout en proposant une autre voie possible. Ces médias indépendants et lanceurs d’alerte, ces actions collectives en justice et ces cabinets d’avocats militants, ces syndicats combatifs qui organisent le rapport de force dans les entreprises, ce tissu associatif et ces tiers lieux qui préparent le monde d’après, ces collectifs qui font le job au quotidien, contre la violence sociale en distribuant de la nourriture ou en ouvrant des abris, contre des plans néfastes, en occupant des zad qui arrivent, parfois, à mettre à bas des projets d’aéroport, et tous ceux qui exposent l’État et le capitalisme pourrissants, luttent aussi pour changer la situation et proposent des alternatives concrètes qui, même si elles ne sont pas forcément appliquées viennent au moins nourrir le débat. Ils sont donc des piliers essentiels à la vie démocratique du pays et il nous incombe à chacun de promouvoir ces initiatives au service de la communauté, partager leurs appels et l’ensemble de leur travail, surtout pendant cette campagne qui s’annonce très tourmentée. Soyons solidaires, inspirons-nous les uns les autres et faisons bloc quand il faut !
Nous allons voir maintenant comment ceux qui alertent, boycottent, manifestent et s’organisent en contre-pouvoirs peuvent et doivent unir leurs forces concrètement. 

Car à quoi ressemblerait le pays sans toutes ces bonnes volontés, pourrait-on se demander ? Seulement réfléchissons une seconde à quoi il ressemblera suite à un nouveau quinquennat anti-social, c’est à dire précarisant et fascisant comme celui de Macron ou quelqu'un de pire ! S’en foutre, laisser faire, ou se positionner pour les élections suivantes comme le font certains leaders politiques, est le signe navrant d’un privilège manifeste par rapport aux millions de français qui auront à subir le racisme, le sexisme ou encore l’homophobie d’un gouvernement réactionnaire. Car tous ces efforts sont loin de suffire au vue de la crise flagrante de notre système judiciaire et de l’ensemble des institutions. 


Quel crédit pouvons-nous encore accorder au Conseil Constitutionnel qui a validé des campagnes dont il avait la preuve qu’elles étaient frauduleuses (Chirac et Balladur, Sarkozy et probablement Macron) ? Autre gros chantier qu'il semble urgent de prendre en main celui du financement des partis. Après la publication des comptes de campagne de 2017, l’économiste Julia Cagé expliquait comment les règles actuelles de financement favorisent les préférences politiques des plus riches et elle nous proposait plusieurs moyens d'y remédier. Les dizaines de millions d’euros nécessaires pour constituer un parti d’envergure nationale, avec une présence réelle dans les localités, et pour se lancer dans une campagne présidentielle font que ce sont les partis et candidats qui sauront le mieux se soumettre aux exigences de la finance qui obtiendront le plus de fonds et les plus gros moyens de propagande. Il faut donc obtenir l’aval des "possédants" mais aussi celui de la classe politique déjà installée au pouvoir, les fameuses 500 signatures, ce qui représente une véritable aberration : un système de cooptation, en plus d’un coût énorme et d’une perte de temps et d’énergie qui n’est pas mise dans la campagne des idées…


Le Conseil Constitutionnel a aussi validé pratiquement toute la politique antiparlementaire, autoritaire, liberticide et identitaire de Macron ? Dès qu'ils ont pu, les membres de cette institution (qui rappelons-le touchent une rémunération deux fois supérieure à ce que prévoit la loi) ont toujours cherché à protéger les ultra riches et les multinationales de la moindre tentative de réguler leur action ou de lutter contre la fraude. Il s’acharne aussi régulièrement à réduire le pouvoir déjà insignifiant du Parlement.

Ni le Parlement, ni le Conseil d’État ou le Conseil scientifique n'ont pu faire barrage à l’opportunisme du chef de l'État au cours de la crise sanitaire. Et quand exceptionnellement sa propre majorité se divise sur une question et que le vote échoue au Parlement, il demande tout simplement… un nouveau vote ! Après s’être vu à quatre reprises refuser le droit de surveiller la population avec des drones (deux arrêts du Conseil d’État, une décision de la CNIL et une décision du Conseil constitutionnel), le gouvernement est revenu une cinquième fois à l’attaque ce mois-ci. Alors que le texte est quasiment identique à celui censuré par le Conseil constitutionnel en début d’année, les parlementaires n’ont pas hésité à le voter une nouvelle fois, une énième preuve qu’il n’y a rien à attendre du Parlement pour nous protéger des dérives sécuritaires du gouvernement affirme la Quadrature du net, l'association de défense et de promotion des droits et liberté sur Internet.

Comment croire enfin en cette République dont on a de cesse de nous sermonner les vertus mais qui semble complètement incapable d'identifier et donc de savoir comment réagir face au fascisme qui arrive pourtant en klaxonnant ?
Quand toutes les digues auront sauté, que restera-t-il de notre "bel esprit républicain" pour faire face, ensemble, au pire, que nous le voulions ou pas ? Peu importe ce qu’il adviendra, cet électorat xénophobe qui se radicalise à longueur de journée va rester, lui, quand l’ouragan des élections sera passé. 


Il est donc urgent de s’organiser face à la menace fasciste, certes, et nous dédierons un prochain travail sur cette question, mais cette menace imminente n’est-elle pas la preuve même de la faille de nos institutions ? Pourquoi ne pas profiter de cette crise historique pour renverser le système une bonne fois pour toute ?
Chaque jour, en face, on invente de nouveaux rouages pour nous en empêcher et le temps presse. Avec "Où en est-on de la question du pouvoir ?", le Média militant ACTA nous offre un texte majeur dans lequel il se fait clair qu’aujourd’hui, n’importe quelle expérience de contre-pouvoir qui dépasse un certain seuil de puissance se trouve sous la menace de son écrasement par la force et cite Frédéric Lordon quand il affirme que "s’il y a une leçon à tirer du traitement infligé à Notre-Dame-des-Landes en 2018, c’est que, même locales, les expérimentations ne seront plus tolérées".

Face au renforcement sans précédent de l’appareil répressif et du pouvoir présidentiel, le glissement autoritaire de la gestion de l’État et la militarisation de celle de l’ordre public ; et face au fascisme auquel la classe dominante semble vouloir nous préparer, la question du Pouvoir, à prendre ou à détruire, doit être clairement posée avant de prétendre appeler à quelconque révolution, à un énième ultimatum ou à une grève générale massive. L'article s’interroge sur le fait que nous n’avons pas la moindre idée claire sur le sujet du Pouvoir, constate même "une réticence idéologique, si ce n’est un refus pur et simple de s’y confronter". Or on ne peut pas selon l’auteur, aujourd’hui, "laisser s’installer la conviction qu’il faudrait refuser par principe toute prise du pouvoir, ou pire encore, la conviction que de ce problème, il ne faut pas se préoccuper". Car derrière ce refus il y a "l’acceptation implicite que la dictature financière que nous impose la classe dominante est ici pour durer"

"Les marges de manœuvre semblent se réduire à tel point qu’il est tout à fait impensable d’imaginer l’État consentir à une dynamique de contre-pouvoir proliférante qui menacerait son équilibre même. (…) si le camp révolutionnaire ne parvient pas à constituer une force organisationnelle en mesure de se confronter à la destruction de l’État bourgeois, il s’expose tôt ou tard à son propre anéantissement. Ce que l’intégralité de l’expérience historique nous montre, c’est que les classes possédantes se battront de manière acharnée et ne reculeront devant aucun moyen pour conserver leurs privilèges. Et que la sous-estimation de ce point, du côté des révolutionnaires, n’a jamais conduit qu’à des désastres.


Le socle ultime du pouvoir des classes dominantes, c’est le règne de la propriété privée des moyens de production, dont la machine d’État est le garant en dernière instance. Ceci ne va pas s’évaporer, ni ne se laissera ensevelir. C’est pour cela que la prise du pouvoir d’État est, à un moment ou à un autre du processus révolutionnaire, incontournable : pour déraciner ce socle, pour briser le droit bourgeois. Pour ratifier, traduire en norme les éléments émancipateurs nés « dans le ventre de la vieille société », les généraliser à tout le corps social. Il faut donc un élément « en plus » par rapport au seul niveau du contre-pouvoir de masse : une force offensive capable de déterminer la rupture."
Au delà de la nécessaire contestation du gouvernement qui peut durer ainsi une éternité, au delà de tout ce travail social qui vient compenser l’absence de l’État, ou réparer son action néfaste, nos contre-pouvoirs populaires doivent également se mettre en ordre de bataille et unir leurs compétences pour arriver à porter un coup final à ce système oppresseur avant qu’il ne nous désintègre définitivement, commencer à dessiner entre eux ce à quoi pourrait ressembler le monde d’après, un contre-projet à celui existant, ou tout du moins une nouvelle voie claire vers laquelle avancer et construire ensemble. Car c’est bien la mort de nos structures militantes et de nos contre-pouvoirs populaires qui est annoncée avec un nouveau quinquennat fascisant à la Macron, ou directement fasciste à la Zemmour…


DES ALTERNATIVES DÉMOCRATIQUES
Le monde d’après n’est pas à inventer, il existe déjà !


Une Vérité Immuable


Comment prendre, réformer ou détruire le Pouvoir ?
Cette question n’est pourtant pas toute neuve, elle doit même être aussi vielle que l’homme ! Depuis toujours des hommes ont cherché à s’organiser, décider ensemble, résoudre des conflits de la manière possible, et nous pourrions commencer à ressortir ici le superbe essai "Pour une anthropologie anarchiste" de David Graeber sur les formes de démocratie primitive, revenir sur la Grèce antique, citer Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat Social où se trouvent déjà de nombreuses clés, ou ces premiers parlementaires républicains qui ont alerté sur le caractère purement illusoire de la représentation politique, comme le célèbre Maximilien Robespierre, pour qui "c’est seulement par fiction que la loi est l’expression de la volonté générale" dans la nouvelle République française. Ayant déjà été assez long nous reviendrons dans notre prochaine série "Devoir de Mémoire" sur toute cette chronologie et nous intéresserons ici uniquement aux travaux contemporains de réflexion ou exemples de ce que pourrait être concrètement une démocratie réelle. 


Ce travail s’est naturellement accéléré depuis l’arrivée d’internet, une révolution technologique qui s’est vite accompagnée de révolutions politiques un peu partout dans le monde ! Si la démocratie s’est toujours heurtée à une impossibilité technique, celle de ne pas pouvoir réunir autant de monde comme on pouvait le faire dans l’agora athénienne, l’accès à l’information et à la communication internationales a permis l’émergence de nouvelles pratiques et exigences démocratiques, comme nous l’a prouvé l’effervescence générée en 2005 pendant le débat autour du projet de Constitution Européenne. Si cet épisode a créé une fracture entre le Peuple et la classe politique, affaibli la croyance en notre système électoral et démontré un manque incontestable de souveraineté de la population française sur l’avenir du pays, il est aussi la preuve qu’il existe un "Peuple" qui peut s’informer, réfléchir, débattre et arriver à formuler un "non majoritaire" envers et contre toute une classe dominante, politique et médiatique en faveur du "oui". Comme quoi, ce qui est le plus souvent considéré comme une défaite du "Peuple" peut se convertir en un exemple de victoire populaire, celle de l’intelligence collective sur la machine de propagande des possédants.
Nous allons voir que nous cumulons beaucoup plus de victoires populaires que ce que nous pensons
 !
Vint ensuite la crise financière de 2008 avec de forts mouvements contre la dictature financière et par conséquent pro-démocratie. À Athènes, berceau (occidental) de cette pratique, sur la place occupée de Syntagma face au Parlement et dans une centaine de villes espagnoles avec les indignados de "Democracia Real Ya !", pour une "démocratie réelle maintenant", puis dans le monde entier avec Occupy et son slogan "This is what democracy looks like" (c’est à ça que ressemble la démocratie), et donc en France avec les indignés/occupy qui prônaient déjà l’assembléarisme et ont décidé lors des présidentielles de 2012 d'organiser des marches à travers la France, notamment pour promouvoir la Constituante…
Quand Nuit Debout a pris la place à son tour, la méthode était déjà bien rodée et si les Gilets Jaunes étaient au départ un peu déconnectés de la "tradition" militante de gauche, plus compromis dans l’action que dans la pratique décisionnelle, les Gilets Jaunes ont eu l’intelligence de rapidement poser la question démocratique au centre de leur combat. Le R.I.C s’est imposé comme la première des revendications du mouvement, ce qui d’ailleurs a eu raison de la droite et de l’extrême droite qui rodait dans ses rangs. 


À travers le monde ces deux dernières décennies, des millions de gens se sont r-assemblés sur les places pour repenser nos institutions, notre rapport au Pouvoir et nos pratiques démocratiques. Ces mouvements populaires, et très souvent multitudinaires, ont permis d’importants recueils de doléances auprès des populations, de profonds débats et des travaux qui ont abouti à la production de textes fondateurs définissant des principes universels et des revendications ou exigences "minimums" qui valent encore parfaitement aujourd’hui. Au fil des époques et malgré la distance, malgré aussi le fait qu’aucun de ces mouvements n’ait voulu reprendre comme base de départ les avancées des mouvements précédents, voulant repartir de zéro à chaque fois, nous pouvons retrouver à travers ces textes les mêmes principes d'autonomie, de transparence, d'inclusivité, d'horizontalité, de pacifisme (au sein de nos structures), de recherche de consensus primant sur le vote, etc... Les mêmes revendications y furent décidées et ont illustré de la même manière les pancartes que l’on soit au Chili ou au Liban, à Hong Kong ou en Islande : constituante et référendums, fin des privilèges et irréprochabilité des exécutants, limitation de la richesse et justice fiscale, services publics de qualité et socialisations, nécessité de remettre la question écologique au centre de nos décisions, d’encadrer la création de profits…


Tout cela nous amène à penser qu'il existe une grande vérité immuable dans toute cette recherche de réponses aux enjeux du vivre ensemble, une logique même que nous devrions nous efforcer de rechercher en osant assumer une certaine maturité de nos luttes, malgré notre "marginalité" prônée dans les médias traditionnels. Ces thèmes sont NOS thèmes et sont ceux du moment, pas seulement notre petite lubie que nous voudrions imposer au reste du monde comme certains, mais des thèmes majoritairement soutenus par la population et d’autant plus légitimes qu’ils ont une portée universelle et historique. Ce sont ces thèmes, ces principes et exigences, ces revendications et mesures concrètes qui peuvent nous permettre de fédérer largement au sein de la population, ce sont aussi eux qui nous permettent de désarmer politiquement tous les candidats du système qui refuseront d’en faire des priorités. Voilà le quatrième terrain sur lequel nous pouvons nous retrouver et agir ensemble.

La situation était sûrement différente il y a quelques décennies, mais il est incontestable que nous disposons aujourd’hui de suffisamment d’éléments pour mettre clairement en évidence les failles de notre système politique mais aussi pour imposer dans le débat public et dans l’agenda politique des propositions abouties. Il est désormais possible pour le peuple d'intervenir directement dans les affaires publiques, voire de tout révolutionner s'il s'en donne réellement les moyens. Nous n’avons certes jamais été aussi désintéressés de la politique politicienne, par contre, nous n'avons jamais été aussi nombreux dans la rue, sur les blocages ou les ronds-points et sur les réseaux sociaux, à apprendre et pratiquer à notre échelle la vraie démocratie, celle qui est directe, locale, à taille humaine, et qui s'invente au jour le jour par la base et pour la base. (Appel pour des Jours Heureux chez Médiapart)

De retour dans notre précieuse enquête de Science Po sur la confiance de la population envers nos politiciens, l’idée que "des citoyens devraient pouvoir imposer un référendum sur une question à partir d'une pétition ayant rassemblé un nombre requis de signatures" recueille 72% d’approbation, 70% sur le fait qu’"il devrait y avoir des référendums sur la plupart des questions importantes", 60% soutiennent les Gilets jaunes, 72% pensent que ce mouvement porte les revendications d’une majorité de français. Face à l’arnaque du "Grand Débat" organisé par Macron, un "Vrai Débat" avait été lancé par les Gilets jaunes à travers une plateforme "ouverte à toutes les thématiques", contrairement aux quatre thèmes choisis par le gouvernement. Suite à 44 000 inscriptions, 25 000 propositions et 1 million de votes enregistrés, plusieurs propositions ont émergées dont voici les dix principales :

1. Suppression des rémunérations et privilèges de tous les élus (y compris le Président de la République) après la fin d'un mandat.
2. Référendum d'initiative citoyenne (RIC) dans la Constitution.
3. Casier vierge pour les élus.
4. Prise en compte du vote blanc ou nul en tant que suffrage exprimé et invalidation d'une élection, s'il est majoritaire.
5. Nationaliser les autoroutes amorties.
6. Indexation des salaires et des pensions, arrêt de l'augmentation de la CSG et hausse du seuil de pauvreté au niveau du SMIC afin de revaloriser les pensions et les retraites.
7. Pénaliser et lutter contre l'évasion et la fraude fiscale.
8. Supprimer le CICE ou le limiter aux petites entreprises et remboursement des sommes perçues s'il n'y a pas de création d’emplois.
9. Obliger les parlementaires à être présents lors des votes. En cas d'absence, retenues sur leurs indemnités
10. Interdiction du lobbysme au Parlement et dans les institutions.

Sans surprise, quand on compare ces propositions très actuelles avec par exemple ces deux textes des indignados espagnols, consensuels entre des dizaines de milliers de personnes à Barcelone et à Madrid il y a plus de vingt ans, on retrouve quasiment les mêmes principes et revendications, sans parler des modes d’action. 

Depuis le premier confinement, différents collectifs comme Le Monde d’après, la Maison de la Grève, le Mouvement des Abstentionnistes, quelques syndicalistes et autres insoumis ont cherché, comme beaucoup d’autres durant cette période (Plus Jamais ça, le CNRR, le CNNR...), à penser ce fameux "monde d’après", en proposant et en centralisant des propositions concrètes mais aussi des méthodes d’action et d’organisation provenant des différentes entités du corps social, incluant mouvements, associations, partis ou syndicats, en les approfondissant au cours de débats pour en dégager des mesures politiques et actions populaires concrètes, sur des thématiques aussi diverses que le logement, l’éducation, les médias ou la sécurité. Nous vous invitons à découvrir ce laborieux travail dans notre "Assemblée Permanente Pensons l’après" sur la plateforme Discord, à vous en inspirer ou à y apporter votre petite contribution.
Parmi les propositions qui ont attrait à la transformation de notre système de gouvernance politique et de nos institutions on retrouve à nouveau la nécessité de pouvoir censurer les élus et les assemblées élues par la mise en place de contre-pouvoirs comme le référendum révocatoire d'initiative citoyenne, la chambre des citoyens, le tirage au sort comme l’élément d'une démocratie active, les conventions ou conférences de citoyens à chaque niveau ou il y a des décisions… Il est toujours question de redonner le pouvoir politique, celui de décider et agir, à l’ensemble de la population. N’importe quel habitant doit avoir la possibilité de faire des propositions de lois soumises à l’ensemble de la population par voix référendaire après avoir recueilli un certain nombre de pétitions.
Article 3 est une association qui agit exclusivement dans le but d’obtenir pour le peuple le seul outil selon elle qui lui permettra d’exercer pleinement sa souveraineté quand il le jugera nécessaire. Sa pétition en ligne a déjà atteint plus de 300 000 signatures. Pour mettre fin à l’impuissance politique des citoyens, Article 3 propose une solution simple et efficace : compléter le texte de loi qui suit avec les mots en bleu. « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum d’initiative citoyenne, en toutes matières y compris constitutionnelle et de ratification des traités ; cet article ne peut être modifié que par voix référendaire. »
Article 3 ne remet pas en cause le principe de la représentation qui caractérise nos institutions actuelles, mais affirme seulement haut et fort que pour mériter l’appellation de « démocratie » représentative, cet outil de démocratie directe qu’est le référendum d’initiative citoyenne doit être instauré, y compris pour tout ce qui concerne la Constitution, les traités et la souveraineté nationale.
Le RIC constitutionnel a l’avantage de pouvoir modifier la constitution et d’aller ainsi vers une réelle démocratie directe avec la possibilité d’introduire à tout moment des RIC législatifs, abrogatifs et révocatoires. Les élus devront être comptables de leurs actions devant le peuple dont ils ont obtenu la confiance et en cas de défaillance, il est nécessaire qu'ils puissent être démis de leur fonctions si une fraction de citoyens le propose et si une majorité d'électeurs l'exige. Cette mesure doit s'appliquer à tous les élus, jusqu'au président de la République qui en France ne peut être démis par personne en cours de mandat ni même être jugé.
L’aspiration à la responsabilité des élus fait consensus, comme la dénonciation de la culture de l’impunité qui rejaillit sur l’ensemble de la classe politique où l’on peut voir chaque élu se comporter comme un petit monarque local. Parmi les 257 préfets, plus de la moitié ne sont affectés à aucun territoire, certains n’ont même aucune mission et sont juste payés à ne rien faire. Il est aussi souvent question du "mandat impératif", celui où le pouvoir est délégué à une organisation ou un individu élu en vue de mener une action définie dans la durée et dans la tâche, selon des modalités précises auxquelles il ne peut déroger. Il s’oppose au mandat représentatif. Révocable, il permet un grand contrôle du peuple sur ses élus, ce qui en fait un outil important pour les partisans de la démocratie directe. En effet, il implique plus de concertation en amont sur des programmes qui devront forcément être plus réalistes. Il implique également des dispositifs de suivi de l’action du gouvernement de manière à alerter et rectifier le tir si la trajectoire ne va pas dans le bon sens.
La question de l’indépendance de la justice, celle de la République des humbles, revient aussi très souvent, par exemple l’exigence d'un casier vierge en matière de corruption et un salaire maximum pour pouvoir se présenter à une élection.

Tout au long de ces nombreux travaux dont nous parlons il apparait toujours une réelle nécessité de décentraliser les différents pouvoirs (exécutifs, législatifs et judiciaires) afin de privilégier l'échelon local, donner la souveraineté politique, économique voire monétaire aux assemblées locales ou aux collectivités territoriales. Beaucoup se focalisent sur une institution non démocratique particulière comme l’Union Européenne, sans dénoncer en même temps l'état français comme étant tout aussi non-démocratique. Par ce biais certains "souverainistes", "patriotes" et autres "nationalistes" visent à faire croire que tous nos problèmes viennent de l'UE, comme si l'État français n'était pas lui aussi au service de la bourgeoisie. L'échelon de l’État-Nation semble pour certains celui à faire sauter pour pouvoir véritablement tourner le dos aux institutions supranationales comme l'UE et arriver à remettre le nez dans le local.
Des outils concrets

La Belle Démocratie est un de ces collectifs qui a pour volonté de redonner un sens à la démocratie en proposant "des outils, des expériences et des réflexions communes pour agir sur nos territoires et reprendre le pouvoir pour le partager. Sa raison d’être : construire une démocratie ancrée dans les lieux de vie, co-construite par tou·te·s, sans rapport de domination, dans une totale transparence, pour restaurer le bien commun".
À voir également le documentaire "Démocratie(s) ?" du collectif DataGueule qui est parti rencontrer des "citoyen·ne·s qui travaillent à insérer plus de démocratie dans leur quotidien" en France mais aussi en Grèce, en Islande, en Belgique ou encore en Espagne.
On peut ainsi se rendre compte que de nombreuses alternatives au vote existent et sont étudiées et pratiquées au sein de nos structures comme le tirage au sort, qui a fait ses preuves par exemple lors de la Convention Citoyenne pour le Climat où nous avons pu voir 150 personnes tirées au sort ont pondu ensemble un programme de transition écologique plus intelligent, populaire et efficace que tout ce qu’ont produit les différents sommets et ministères de la transition écologique ces dernières décennies. Le tirage au sort repose sur l’idée que tout citoyen peut et doit être habilité à régir les affaires de la cité, ce qui est le principe même de la démocratie (modèle athénien). Le peuple est un gisement colossal d’intelligence, donc de compétence, totalement inexploité et l’intelligence collective, dont nous parlons régulièrement dans nos textes, est toujours supérieure à l’intelligence individuelle, même celle d'un spécialiste. C’est ce que l’on a appelé "la sagesse des foules" qui est l’exact inverse de l’irrationalité des masses exploitée par les totalitarismes. L’incompétence supposée du peuple est donc une absurdité alors que l’expertise, tout aussi supposée, du politique semble n'est pas non plus établie...
Nos politiciens sont bien des professionnels mais de la conquête et de la conservation du pouvoir, pas forcément de son exercice.
 Ils doivent être arrivistes, avides, cyniques et sans scrupules, fourbes et menteurs, mégalomanes mais ne doivent pas forcément faire preuve de probité, être honnêtes ou à l'écoute. Ils sont rarement élus mais plus souvent nommés directement par le président ou l'un de ses ministres selon des considérations qui n’ont absolument rien à voir avec l’intérêt général. Leur principal intérêt, comme nous l'avons déjà vu dans notre première tribune, est de profiter le plus et le plus longtemps possible du système, tout d’abord parce que la politique est une carrière avec salaire de luxe, enveloppes garnies et indemnités de frais généraux, ainsi que de nombreux autres avantages, le tout non-imposable, et sans aucune obligation professionnelle, d’horaires de bureau, ni même de travail concret à fournir ! Il est facile de comprendre qu'aucun d’entre eux n’ait envie de commettre un faux pas et revenir à son ancienne profession...

Le tirage au sort permettrait par exemple, comme le propose dans une tribune le politologue Thomas Guénolé, de remplacer le sénat par une assemblée tirée au sort en tant que nouvelle deuxième Chambre du Parlement, aux côtés de l’Assemblée Nationale. "Cela ferait de la France le tout premier pays à incorporer à son pouvoir législatif une forme radicale de démocratie directe : la stochocratie, c’est-à-dire le choix des responsables par tirage au sort. Surtout, cela permettrait de remplacer une Chambre aussi coûteuse qu’inutile – le Sénat –, par une Chambre véritablement à l’image de la population française, d’où des effets vertueux en cascade".

Joe Castor propose directement de "Supprimer l’élection présidentielle" ! Dans ce texte à lire absolument il parle de techniques de scrutin alternatives qui permettraient de rapprocher cette élection d'une conception exigeante de la démocratie (classement des candidats, choix multiples, vote par désapprobation, etc.) rendant ainsi possible une expression plus fidèle de la volonté populaire. Des mesures mises en œuvre notamment en Australie depuis 1918, en Irlande et en Slovénie pour l'élection des députés. Un avantage majeur du vote préférentiel utilisé en Irlande est qu'il permet au citoyen de conjuguer le vote stratégique (en faveur d'un des candidats favoris) avec le vote de conviction (en faveur du candidat dont il se sent le plus proche). L'électeur peut ainsi exprimer les nuances et la complexité de sa position politique, selon des modalités rendues impossibles par le simple choix d'un candidat unique. 

"Pour autant, cette amélioration ne résout pas le défaut majeur de l'élection présidentielle, qui lui est intrinsèque : une personne ne peut pas, à elle seule, en représenter plus de soixante millions. Pour y remédier, nous n'avons pas d'autre solution que de dépolitiser la fonction présidentielle. Celle-ci serait alors réduite à un rôle essentiellement symbolique, sur le modèle allemand : un président qui représente l'unité et la continuité de l'Etat, garantit le fonctionnement des institutions et assure un dernier recours pour rétablir l'ordre en cas de crise majeure. Un président consensuel, qui n'exercerait pas le pouvoir exécutif et qui serait élu par le parlement pour un mandant à durée étendue. Un président en fin de compte assez semblable aux rois des monarchies constitutionnelles de si nombreux pays européens, l'hérédité en moins.

Une question reste alors en suspens : la nomination d'un chef de l'Etat presque purement symbolique justifie-t-elle encore la tenue d'une élection au suffrage universel ? Selon l’auteur, le problème n'est pas tant celui des moyens engagés pour l'organisation de l'élection, et du risque d'une sollicitation excessive des électeurs, mais surtout celui d'une potentielle concurrence entre deux autorités (président et assemblée) qui disposent de la légitimité issue du suffrage universel. C'est pour éviter une telle situation de conflit qu'il me paraîtrait préférable de supprimer, simplement, l'élection du président au suffrage universel. On m'objectera que, ceci fait, le problème de la malreprésentation resterait entier. En effet, la manière dont nous élisons nos députés entraîne une sévère distorsion de la représentation et un brouillage de l'offre politique. En dépolitisant la présidence, nous n'aurions alors fait que la moitié du chemin. Car si le parlement devient le lieu central de la vie démocratique, une solution permet alors de représenter chaque courant d'opinion dans une proportion égale au soutien qu'il reçoit de la part du peuple... cette solution, c'est le passage à la représentation proportionnelle".

Aujourd’hui, si l’électeur n’est pas satisfait, il n’a en effet qu’un seul choix : l’abstention. Chloé Ridel explique que le jugement majoritaire permet de s’exprimer entièrement sur l’offre politique, ce qui peut favoriser la mobilisation électorale. Fini donc le vote utile puisque l’électeur peut juger positivement plusieurs candidats. Fini aussi le vote blanc car s’il est l’expression d’un rejet de tous les candidats, l’électeur peut s’exprimer à travers une évaluation négative de tous les candidats. Autre atout : celui de laisser la chance aux petits candidats face aux partis dominants, selon Rida Laraki, directeur de recherche au CNRS et co-inventeur de ce mode de scrutin avec Michel Balinski, ancien mathématicien et directeur de recherche au CNRS. 

Ce mode de scrutin rend donc obsolète les jeux d’alliance et l’émiettement des voix n’est plus à prendre en compte. Dans ce cas, en 2017, Yannick Jadot n’aurait donc pas eu à se retirer de la campagne présidentielle en ayant peur de piquer des voix à Benoît Hamon. "Ça change la campagne électorale, mais aussi la manière de faire de la politique. Il y a une demande à parler des idées et plus des personnes". Mais ce scrutin n’est pas exempt de tout défaut puisqu’il rend très difficile la compréhension du départage final pour l’électeur et ne résout pas la question des abstentionnistes qui ne se reconnaissent plus dans la politique.



Certains ont choisi de porter ces revendications à travers une campagne électorale, comme les électeurs du Parti Pirate, les insoumis ou les supporters de La Primaire Populaire, qui cherchent à unir les différentes gauches autour d’un socle de mesures communes pour qu'elles aient une chance de passer le premier tour. Ce projet fonctionne d’ailleurs avec le vote majoritaire et ses propositions ont été élaborées avec les partis de gauche excepté le NPA (qui a refusé) mais aussi avec des associations, et intègre les principales propositions du Vrai Débat des Gilets Jaunes ou de la Convention Climat. 

Parmi elles nous retrouvons à nouveau la nécessité de restaurer la confiance dans notre démocratie par des mesures d’urgence comme celle d'instaurer par une loi organique la reconnaissance du vote blanc contraignant, la proportionnelle aux législatives, la limitation à deux mandats consécutifs pour toutes les charges publiques, le changement en profondeur des modalités de financement des partis pour plus de transparence et indépendance et la création de bons pour l’égalité démocratique, que chaque citoyen pourra allouer chaque année au mouvement politique de son choix lors de sa déclaration de revenus. 
Réécrire les règles du jeu

Le candidat vainqueur de cette campagne populaire devra également s’engager à diriger le pays vers une sixième République écologique et la fin de la monarchie présidentielle avec, dès l’été 2022, sur la convocation d'une convention citoyenne pour le renouveau démocratique – sur le modèle de la Convention Citoyenne Climat – destinée à déterminer comment rééquilibrer les pouvoirs du président et du parlement, s’engage à permettre l’intervention populaire dont notamment la question du RIC délibératif, changer les visages du parlement grâce à des critères de représentativité, réduire la technocratie, mieux prendre en compte le long terme, poser la question du droit de vote à 16 ans et constitutionnaliser la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif.
Certains collectifs ont même commencé à se saisir de cette question de la constituante depuis déjà plusieurs années et dans de nombreuses villes, en organisation des "Ateliers Constituants" dans le but de réécrire la constitution mais aussi d'augmenter notre niveau de conscience politique et de connaissance des textes actuels. Avec son projet de 6ème République, la France Insoumise propose sûrement le travail le plus abouti pour le simple fait qu’elle dispose de beaucoup plus de moyens que les autres initiatives citées précédemment.
Si nous avons expliqué précédemment le danger que peut représenter l’apolitisme, il faut garder en tête qu’être apartisan veut seulement dire être indépendant de tout parti politique. N’adhérer à aucun parti ou s’organiser en dehors de ces structures ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’inspirer du travail de groupes parlementaires, du programme d'un parti, peu importe l’année ou le pays, ou de révélations de personnalités politiques comme François Ruffin quand il expose les malversations de Bernard Arnaud ou Manuel Bompard sur l’aspect frauduleux des modes de calcul des sondages, sans forcément adhérer à l’idéologie de la personne ou du parti en question. 

C’est tout d'abord à ça que doivent servir les partis, pas à se disputer des sièges et à courir derrière nos voix, mais à recueillir les revendications populaires qui émergent de la société et travailler les dossiers avec des personnes qualifiées sur ces sujets pour les rendre applicables, en l’occurrence des juristes, pour le sujet traité ici.
Ce parti en particulier des Insoumis reconnait lui-même avoir entièrement pompé son programme au sein des différents mouvements démocratiques cités précédemment, ceux qui ont permis à des partis populistes d’accéder au pouvoir comme Syrizas en Grèce, Podemos en Espagne ou Morena au Mexique. Pourquoi ne pas récupérer à notre tour ce travail au sein de nos luttes ? 

Parmi elles nous pouvons retenir la nécessité de mettre en place un plan de séparation de l’argent et de l’État :
    •    Supprimer le monopole du déclenchement de poursuites judiciaires par l’administration fiscale en cas de fraude, quelle qu’elle soit : la justice doit pouvoir enquêter librement, même contre l’avis du ministre
    •    Interdire le pantouflage et durcir les règles contre les conflits d’intérêts : tout haut fonctionnaire souhaitant travailler dans le privé devra démissionner de la fonction publique et rembourser le prix de sa formation s’il n’a pas servi au moins dix ans ; supprimer le concours externe de l’ENA pour toute personne n’ayant jamais travaillé ; allonger les périodes d’interdiction d’exercice d’une fonction privée après avoir exercé une activité publique dans le même secteur
    •    Combattre l’influence des lobbys dans le débat parlementaire, interdire l’entrée du Parlement aux lobbyistes et les cadeaux aux parlementaires
    •    Rendre inéligible à vie toute personne condamnée pour corruption
    •    Appliquer les recommandations anti-corruption d’Anticor et Transparency International
    •    Mettre fin à l’usurpation de la parole des patrons par le MEDEF et fonder la représentativité des organisations patronales sur la base d’élections, comme c’est le cas pour les syndicats de salariés
    •    Organiser l’élection des administrateurs de la Sécurité sociale par les assurés eux-mêmes

Donner aux citoyens le pouvoir de faire la loi ou de révoquer ceux qui la font :
    •    Par le référendum d’initiative citoyenne, les citoyens qui réunissent suffisamment de signatures ont le droit de révoquer des élus, convoquer une Constituante, proposer ou abroger une loi
    •    Droit de vote à 16 ans, vote obligatoire et reconnaissance du vote blanc
    •    Droit de vote des résidents étrangers en situation régulière aux élections locales comme en bénéficient déjà les ressortissants des pays de l’Union européenne  
    •    Obligation de recourir au référendum en cas de modification de la Constitution ou d’adoption d’un nouveau traité européen
    •    Défendre les libertés communales et abolir la loi NOTRE

Instaurer un régime parlementaire :
    •    Gouvernement responsable devant le Parlement, qui le nomme
    •    Élection de l’Assemblée nationale au scrutin proportionnel
    •    Remplacement du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental par une Assemblée du long-terme, compétente sur l’aspect écologique et social des lois

Nous pouvons y retrouver également l’urgence de l'adoption d’une loi contre la concentration dans les médias et pour leur démocratisation :
    •    Protéger le secteur des intérêts financiers et politiques par un durcissement du statut juridique des rédactions et l’introduction d’une charte déontologique dans la convention collective
    •    Favoriser les coopératives de journalistes et de lecteurs/spectateurs/auditeurs, attribuer des fréquences aux médias locaux et associatifs
    •    Réserver les aides publiques à la presse aux médias d’information, mutualiser les outils de distribution (imprimeries, serveurs, distribution)
    •    Élire au Parlement les Présidents de France Télévision et Radio France 
    •    Transformer le « Conseil de déontologie des médias » en véritable contre-pouvoir citoyen
    •    Assurer une protection des sources
    •    Contre la «sondocratie», interdire les sondages dans les jours précédant les élections

UN NOUVEAU "MAXIMUM"
Notre meilleure arme pour converger et pour gagner !


Si certains ont choisi de porter ces revendications au sein d’un parti, d’une association ou d’un syndicat, c’est leur choix et qu’ils le fassent, de toute façon c’est déjà le cas et personne ne peut les en empêcher. Cela ne peut être que positif dans la situation actuelle, servir notre cause commune, et toute division ou affrontement entre nous au sujet des différentes méthodes employées pour faire triompher ces idées que nous partageons tous ne seront que contreproductifs. Que ces revendications résonnent pendant la campagne également à travers ces porte-voix encartés dans des institutions ; que les travailleurs en lutte et syndicalistes s’emparent de ces revendications, ils n’en ont pas le choix s’ils ne veulent plus continuer à se confronter à un mur toujours plus épais ; que les différents mouvements sociaux, contre les violences policières ou l’islamophobie, les Gilets Jaunes, les jeunes pour le Climat, les associations et tous les contre-pouvoirs que nous avons présentés plus haut, s’emparent de ces revendications démocratiques s’ils veulent continuer à exister ou obtenir un jour satisfaction face au renforcement sans précédent des forces réactionnaires. 

Voilà une occasion de converger avec ces millions de français qui soutiennent les revendications des Gilets Jaunes, en particuliers le RIC et celles qui concernent la refonte de notre système politique et la fin des privilèges pour les élus, converger aussi avec tous ces bâtisseurs de démocratie qui posent des pierres petit à petit depuis 2005, à travers les indignés, Nuit Debout ou le mouvement alter-mondialiste, converger avec ces 7 millions d’insoumis qui ont soutenu ces propositions aux dernières élections présidentielles, ces centaines de milliers de participants à la Primaire Populaire, au parti du vote blanc et autres initiatives qui cherchent à réinventer la démocratie, ces 70% des français pensent que la démocratie ne fonctionne pas bien, un chiffre en très nette progression depuis l’élection d'Emmanuel Macron et sa dérive autoritaire et anti-parlementaire. 

Dans la France de 2021, que l’on soit de gauche, de droite et souvent à l’extrême droite, voire même députés marcheurs, un consensus semble nous rassembler : celui CONTRE la monarchie présidentielle et donc POUR la nécessaire refonte de nos institutions politiques, un contexte favorable historique (merci Macron !) et une hégémonie culturelle dont nous devons absolument tirer profit !
Nous sommes majoritaires à contester notre système électoral et notre Vème Constitution, 63% à demander l’ouverture d’un processus constituant, nous devrions donc commencer à concentrer notre énergie sur ces "conditions de la Révolution" qui peuvent se manifester de manière croissante au cours des prochains mois.

 Cette élection tombe à point, certains l’espèrent même depuis presque 5 ans ! Elle nous offre en effet la meilleure vitrine possible pour pouvoir exposer ces idées, et donc converger, faire bouger les lignes, mais surtout la meilleure fenêtre d’action pour mettre en berne ce système électoral défaillant ainsi que les différentes tentatives de prise de pouvoir des nombreux candidats qui veulent le maintenir. Luttons autour des mêmes exigences démocratiques, chacun à notre manière, mais aussi luttons ensemble contre tous ces politiciens et médias qui ne veulent pas les entendre. Voilà encore des terrains de jeux sur lesquels nous retrouver et nous amuser ensemble, peu importe la couleur de notre maillot, pour abattre un ennemi commun et initier un véritable processus transformateur et unitaire.

Dans notre prochaine publication, nous nous intéresserons à la manière d'élaborer des stratégies solidaires de "Résistance" personnalisées pour chacun de ces possibles candidats du système, chacune de ces familles politiques au service de l'oligarchie, toujours archives à l’appui. Nous vous invitons à participer à nos réunions "Stratégie" où nous réfléchissons chaque semaine aux différentes manières de leur mener la guerre sur les réseaux sociaux et via nos propres médias comme on l'a déjà dit mais aussi dans la rue et à travers l'action directe. Mettons en commun nos idées et inspirons le plus de gens possible à agir, seuls ou collectivement, car comme on l’a vu, c’est à nous de leur faire la vie dure, à nous de nous organiser localement en groupe d’action, que ce soit pour les suivre sur tous leurs déplacements, détourner leurs affiches ou cibler leurs permanences… C’est à nous de manifester ce rejet de diverses manières plus ou moins créatives, plus ou moins radicales pour percer le plafond de verre médiatique et mettre la bourgeoisie réellement en difficulté. La campagne est déjà lancée et il est plus que temps de commencer à organiser le chahutage général ! 


Si on essaye de le faire depuis des années maintenant, pourquoi ne pas profiter de cette période idéale, où le pouvoir est le plus affaibli ? Macron était déjà à terre, le voici à mendier des voix. Portons-lui le coup fatal, à lui et à tous ces candidats en manque de popularité qui veulent nous endormir pour nous garantir le même futur ! Il suffit d’écouter les discours d’Olivier Faure, de Fabien Roussel, d’Arnaud Montebourg ou d’Anne Hidalgo sur le séparatisme et le communautarisme pour comprendre que le bloc bourgeois et identitaire s’étend du Front National de la famille Le Pen au Printemps Républicain des sociaux-traitres du P.S, et même au-delà… Gilets Jaunes, gilets verts, gilets rouges, gilets noirs, nous sommes déjà unis et d'autant plus légitimes car notre heure a sonné ! Si cet effort commun de résistance au bloc bourgeois et identitaire, de résistance au fascisme, qui est en essence le contraire même de l’idée de démocratie et de progrès, devient en plus force de proposition émancipatrice auprès de la population, pour basculer d’une pente fascisante vers un processus vertueux et révolutionnaire, nous ne pouvons que nous en réjouir et en bénéficier. 


Et si cet effort commun fini par faire gagner un candidat qui porte ces mêmes revendications de rupture, les abstentionnistes et apartisans ne pourront que s'en réjouir également, car ils auront la tâche bien plus facile pour imposer à ce président dit progressiste leur propre agenda, qu’il soit insurrectionnel ou syndical, plutôt qu’à un Macron, une Le Pen ou n’importe quel autre candidat du système. De toutes les façons, dans ce cas exceptionnel où un tel candidat l’emporterait, il nous faudrait à nouveau nous unir pour maintenir le rapport de force face à la puissance de feu réactionnaire et aux différents garde-fous qui s’opposeront à de telles mesures. 

Comme l’explique Public Sénat, le scénario selon Mélenchon se confrontera au même mur rigide de nos institutions et nécessitera forcément, au bout du compte, un "rapport de force pour outrepasser le barrage du Conseil Constitutionnel". Pour Frédéric Lordon, même si un gouvernement de rupture gagnait les élections, il serait très difficile de maintenir le rapport de force face au pouvoir de la finance et des médias à son service. Qu'un candidat progressiste puisse remporter des élections présidentielles en France semble il est vrai très utopique pour beaucoup de gens. 
Quand on voit l’actuel acharnement contre la France Insoumise, comment imaginer la violence qui s’abattrait sur le pays si Mélenchon passait le premier tour, et pire s’il gagnait les élections ! Rien de tout cela n'est possible sans un mouvement populaire massif qui accompagne, protège et impose ce processus révolutionnaire collectif bien au-delà de la scène médiatico-politique. 

Cet élan démocratique s’inscrit dans le processus historique démarré en 1789, il n’en est que le prolongement discontinu, à travers les gilets jaunes, les autonomes, les constituants, mais aussi les insoumis et autres partisans de la rupture. Peu importe notre couleur politique, nous sommes des "camarades" si nous partageons ce même combat et la voie la plus saine et productive est surement celle de se rassembler autour de cette nécessaire refonte de nos institutions et de ces contre-pouvoirs qu’il nous faut reconstruire ensemble. Certains choisiront donc la voie des urnes derrière la promotion d’une figure politique, d’autres choisiront de "hacker" la campagne, c’est à dire de profiter de tout ce dispositif médiatique et de cette attention unique de la population aux questions politiques pour imposer, d’une manière ou d’une autre, ces sujets dans le débat public, voire de poser des ultimatums à la classe dirigeante comme le propose par exemple la candidature Akira ou la pétition "Nous ne voterons pas pour vous si…".

Nous parlerons dans la prochaine publication de la voix des urnes, nous questionnerons la stratégie de la France Insoumise pour engager son processus constituant et sa révolution citoyenne, celle qui semble consister simplement à voter pour Jean-Luc Mélenchon, mais nous nous adresserons ici en priorité à ceux qui ne croient plus à la voie légale, ceux qui recherchent l’horizontalité ou qui en ont assez d’être toujours gouvernés, même dans des structures dites "révolutionnaires". Il est bien plus important que cette population qui ne croit plus aux partis, parce qu'elle les estiment "tous pourris" ou déconnectés du Peuple, fasse elle-même ce travail de porter, chacun à sa manière, ces revendications révolutionnaires auprès de la population ! Si les abstentionnistes par principe, les anarchistes et autres anti-systèmes ne votent pas, ça ne veut pas dire qu’il ne faille pas participer à la révolution démocratique du pays et à ce gros travail de prise de conscience et de mobilisation autour de la nécessité d'une refonte de nos institutions (ce qui n'est d’ailleurs pas vraiment en train d'être réalisé par aucun des partis politiques comme nous le verrons). 


La mission de l’abstentionniste "par principe", de l’apartisan, de l’alter-mondialiste, du gilet jaune ou de tout déçu de la politique, doit être celle de partager le fruit de tout ce travail et promouvoir les propositions concrètes et abouties qui existent déjà, organiser des conférences sur des exemples réels de constituantes dans le monde et dans l’histoire, notamment sur ce qu’il se passe actuellement au Chili, sur le referendum en Suisse, ou le processus démocratique que traverse depuis quelques années l’Islande ; innover avec des actions qui marquent et arrivent à imposer ce travail dans le paysage politique tout au long de la campagne. Dénoncer les profondes failles de notre système médiatique et politique et imposer ces solutions qui sont nombreuses, ainsi qu’un plan B tel que l’option de la constituante, comme une revendication majoritaire et non-négociable, sont les deux conditions essentielles pour obtenir toute la légitimité, par la suite, de refuser un faux duel entre deux candidats qui n’en tiendrait pas compte.

Mais cet effort commun doit surtout nous permettre de préparer la suite, car il faut se le dire, il y a de très fortes chances pour que rien ne se passe comme chacun l’avait prévu. En effet, dans l’histoire, jamais un candidat de rupture avec la logique capitaliste ou avec la cinquième république n’est arrivé à passer le premier tour des présidentielles, d’où la nécessité de nous préparer à une possible nouvelle défaite du camp social, même si cette idée relève très souvent du défi pour les militants de partis politiques. Forts d’avoir pu nous unir face au bloc bourgeois et identitaire malgré nos différences, forts d’avoir pu imposer dans la campagne l’idée que ces thématiques sont soutenues par une grande majorité de français depuis des années, nous serons bien plus en capacité et en légitimité d’organiser les pas suivants, notamment la posture face à un énième faux duel entre deux candidats du bloc bourgeois et identitaire au deuxième tour, ainsi que la résistance face aux futures politiques du vainqueur !

La nécessité de commencer à construire ce grand mouvement majoritaire ne devrait faire de doute pour personne et une des manières qui semble la plus évidente pour y arriver est de converger autour de ce socle démocratique clair : POUR un processus constituant CONTRE la monarchie présidentielle. Pourquoi un processus constituant ? Parce que, pour mettre en place la reconnaissance du vote blanc, le RIC, le tirage au sort, le vote majoritaire ou la fin des privilèges pour les élus, un processus de réécriture de nos règles constitutionnelles est de toute manière nécessaire. Demandons directement le "Maximum" ! Et que ce Maximum non-négociable nous montre le chemin tel un phare au milieu de la tempête qui s’annonce pour les prochains mois. Qu’il nous permette d’éviter de tomber dans les pièges de la classe dominante, de nous déconcentrer par toute l’agitation que les forces réactionnaires nous préparent, les manipulations de la droite et les galipettes des nombreux usurpateurs qui se disent de gauche. Lutter directement pour la constituante c’est aussi nous éviter de nous entre-déchirer à cause de nos différentes visions de la démocratie, élections ou tirage au sort, localisme ou jacobinisme, un débat intéressant mais une division inutile aujourd'hui car la constituante sera ce que les constituants en feront... dans quelques années ! Notre nécessaire posture unitaire face à ce que la classe dominante nous prépare pour ces élections n'à rien à voir avec ces détails techniques. 


Pour finir, notre 5ème Constitution a déjà été retouchée 24 fois depuis sa création, ce travail n’a donc rien d’impossible comme le pensent certains. Rappelons qu’à deux reprises dans ce pays nous avons pu assister à la tenue d’assemblées constituantes pour rédiger une Constitution, donc quand on parle Constituante on renoue également avec notre histoire commune, n’en déplaise aux nombreux réactionnaires qui cherchent actuellement à réécrire l’Histoire de la Révolution. Les "citoyens" sont déçus du système représentatif, n’y croient plus, s’en détournent, voire le contestent, il faut donc le moderniser pour le rendre plus démocratique, le raisonnement est très simple à comprendre pour tout le monde, même chez les plus modérés. Cette revendication commune et non-négociable sera donc un moteur de la lutte qui nous permettra non seulement de rassembler des millions de déçus de la politique mais surtout de tenir tête et ne rien lâcher jusqu’à son obtention, jusqu’à la Victoire !

UN MOUVEMENT ABSTENTIONNISTE
Pour le boycott massif d'un nouveau faux duel

Tous pourris ?
Certains parmi nous affirment qu’il ne faut pas voter parce que cela donne de la légitimité à un processus électoral déloyal et à la victoire d'un président "du système" (ou d'un président tout cours). Emmanuel Macron aurait certes bénéficié de beaucoup moins de légitimité pour jouer à Jupiter ces cinq dernières années si son score avait été réellement ridicule… 

Ces abstentionnistes "par principe" ne votent plus justement parce qu’ils sont très conscients du caractère frauduleux de notre système médiatico-politique et ne croient pas ou plus à la "révolution par les urnes", celle que prône Mélenchon avec la 6ème République par exemple. 
Or, force est de constater qu'il n’y a pas de mouvement populaire des "abstentionnistes par principe", pas au-delà du mouvement anarchiste en tout cas, et celui-ci reste assez marginal en France. Il y a une abstention massive qui progresse, mais elle n’est pas en "mouvement", c’est à dire portée par des militants avec des revendications précises et au travers d’actions concrètes. 

Cette situation, nous ne pouvons que la regretter et vouloir essayer de la changer d’ici avril 2022, en essayant par exemple d’unifier les abstentionnistes "sous-politisés", ceux dont la condition génère un désintérêt croissant qui les mène vers l’apolitisme, et les abstentionnistes "sur-politisés", souvent anarchistes sans le savoir, ceux dont l’analyse leur fait comprendre qu’ils ne veulent plus être les dindons de la farce. Une prise de conscience des raisons de l’abstention constitue un préalable à la structuration d’un mouvement abstentionniste, un mouvement qui en aucun cas ne peut adhérer à la démocratie représentative. 

Mais à nouveau si l’on prend en compte le poids de ce mouvement anarchiste ou "abstentionniste par principe" dans l’opinion publique actuelle, ses possibilités ou même son absence de stratégie pour convaincre et changer le cours des évènements dans les prochains mois, une telle posture au premier tour, aussi légitime soit-elle, ne nous semble pas pouvoir créer un consensus large au sein de la population. D’une part, parce que l’élection présidentielle est celle qui intéresse le plus les français et recueille le plus de participation, d’autre part parce que l’enjeu du barrage face à l’extrême droite va être plus alarmant que jamais cette année-là, mais aussi parce que certains (rares) candidats portent des revendications de rupture avec notre 5ème République et avec la logique capitaliste, ainsi qu’une posture claire face aux idées d’extrême droite. 

Appeler à boycotter le premier tour, c’est partir en guerre uniquement contre des "camarades", c’est à dire ceux qui luttent pour le même "Maximum" et contre l’extrême droite, on peut penser à tous ceux qui militent aux côté d'Anasse Kazib de Révolution Permanente, de Philippe Poutou du NPA, de Florence Artaud de L.O, de Jean-Luc Mélenchon de la F.I, ou ceux qui soutenaient Sandrine Rousseau de EELV, sans parler des nombreux supporters de la Primaire Populaire, les différentes initiatives comme la reconnaissance du R.I.C ou du vote blanc… Ces gens-là se montreront sourds à des appels de boycott dès le premier tour ayant déjà leur propre stratégie électoraliste. Dans un tel contexte, choisir cette voie en reviendrait à n’être qu’un des nombreux acteurs de la division du camp social, en plus de favoriser la victoire du bloc bourgeois et identitaire, comme on l'a vu précédemment.

Ces candidats et initiatives de rupture ne peuvent pas être classés parmi le bloc bourgeois et identitaire. Ils sont en rupture avec la logique néolibérale dictée par l'union européenne et ont une posture claire contre la montée du fascisme, deux points qui les différencient des autres. On peut bien sûr penser ce que l'on veut de ces personnages, de leur ego, de leur patrimoine, ou même de la farce électorale, mais le "tous pourris", celui qui insinue que tous ces candidats courent pour les ultra riches ou les forces réactionnaires du pays, c'est faux et ça participe au confusionnisme, et donc à la montée de l'extrême droite. Critiquons-les sur leur rapport à la question démocratique, ou sur leur déconnexion des mouvements sociaux, mais n'effaçons pas la vraie ligne de rupture qui est la lutte des classes, celle que l'on veut justement nous faire oublier.

Comme nous l’avons vu dans le texte précédent, en face, la solidarité de classe est le pilier de la bourgeoisie et se manifeste d’autant plus en période électorale. Les riches et tous ceux qui aspirent à le devenir (et ils sont nombreux), qu’ils gagnent 5000 euros par mois, 50.000 ou 5 millions, savent voter sans faille à droite de manière unitaire et gagnent presque à tous les coups. La plupart de leurs candidats et militants se montreront sourds face à nos exigences populaires et nos appels à la révolution démocratique, écologiste et sociale, surtout les plus extrêmes d’entre eux, ceux de Marine Le Pen, Éric Zemmour, Florian Philippot… (même si nous verrons que certains sont encore sauvables et comment).


Vote blanc ?
Parmi nous d’autres appellent plutôt à voter blanc et même s’il n’y a là non plus aucun "mouvement populaire du vote blanc", cette revendication est soutenue par une grande majorité de français. Les plus organisés d’entre eux sont surement ceux du Parti du Vote Blanc qui nous invitent dans leur campagne à "exprimer notre insatisfaction par ce bulletin blanc, nous avons conscience que votre vote ne sera pas pris en compte dans les résultats du scrutin. Il n’empêchera pas l’accès au second tour à deux candidats, pas plus qu’une abstention majoritaire ne l’aurait fait. Mais en mobilisant la colère des citoyens jusque dans les urnes, nous pourrons transformer le ras-le-bol populaire en raz-de-marée électoral. Quel que soit le vainqueur du second tour, il lui sera impossible d’ignorer le chiffre de la contestation qui aura été clairement exprimée par les électeurs. Il est là, l’intérêt du bulletin blanc. Son message ne laisse place à aucune autre interprétation possible : nous exigeons une autre politique !"

L’avantage de cette solution du vote blanc est en effet qu’elle permet de quantifier le % de français qui rejettent les deux candidats finalistes. On peut s’autoriser à supposer que ces votants auraient sûrement préféré que les choses se passent autrement, ou qu'ils aimeraient, dans l’idéal, une troisième voie, mais rien n’indique dans ce vote blanc l’envie de réformer nos institutions, en tout cas rien au-delà de la reconnaissance du vote blanc. "Nous exigeons une autre politique" que celles que nous promettent les deux candidats, mais pas forcément un autre système politique… 

Ce qui est sûr c’est que le premier message que nous envoi la personne qui vote blanc c'est tout d’abord qu’elle croit en notre machine électorale (celle-là même qui ne reconnait pas le vote blanc), mais qu’elle ne soutient juste aucun candidat proposé. En plus de cela, le résultat de ce vote blanc sera ajouté de manière proportionnelle à chacun des candidats, donnant ainsi plus de légitimité aux vainqueurs mais aussi au processus électoral, celui-là même que nous cherchons à discréditer.

Il nous parait difficile d’identifier et de quantifier les différentes motivations du vote blanc, et de ce fait, difficile de donner un sens politique révolutionnaire au vote blanc d’ici l’élection. Le vote blanc est certes plus légitime que l’abstention dans le sens où la personne fait l’effort de se déplacer pour exprimer son opinion, mais il ne prend pas en compte les nombreux français qui n’auront pas la possibilité matérielle de se rendre aux urnes, même pour manifester leur rejet. 

Pour finir, le résultat du vote blanc n’est pratiquement pas commenté le soir de l’élection, alors que celui de l’abstention est sondé minutieusement, attendu à l’avance et commenté longuement les jours qui suivent. On cherche d’ailleurs à l’expliquer, à lui donner un sens politique, à savoir de quoi elle est le nom, ce qu’on ne fait pas pour le vote blanc. Nous estimons également que l’abstention à un sens politique même si elle est composée en grande partie de gens "apolitiques", car ce désintéressement général d’une si grande partie de la population envers le bon fonctionnement du reste de la communauté représente un échec évident de notre système dit démocratique et du "pacte républicain". Et nous n’avons même pas parler des 10 millions de français non-inscrits ou mal inscrits sur les listes électorales !
Une déclaration de "non vote"

Lors de nos débats Stratégie, nous avons beaucoup débattu de cette question entre abstention et vote blanc et nous continuerons de le faire très sûrement avec les nouveaux membres qui nous rejoindront. Mais nous sommes déjà d’accord pour dire que dans la situation actuelle, abstention et vote blanc constituent le seul acte électoral qui s’attaque directement à la source du pouvoir représentatif, qui remet en cause sa légitimité. Ils ne doivent donc pas s’opposer mais s’additionner. Pour y remédier nous avons également analysé les différentes manières de quantifier l’abstention politique, celle de contestation, voir celle qui pourrait soutenir ce nouveau "Maximum", et réfléchir à comment transformer ce comptage en véritable moteur du mouvement d’abstention, comment aussi transformer l’abstention en un véritable "acte politique" et un outil dans la bataille, passer d’une abstention passive à une abstention active et interactive. 


Dans "No Vote ! Manifeste pour l’abstention", Antoine Buéno propose la mise en place d’une plateforme internet sur laquelle les citoyens pourraient signer une déclaration de "non-vote". Elle pourrait par exemple ressembler à ça : "Je ne vote pas parce que le système représentatif est illégitime. Il ne représente pas le peuple. Étant essentiellement conservateur, il défend prioritairement les intérêts des puissants. Le peuple est en conséquence légitime à agir pour contrecarrer ses décisions."
"Bien commode pour contourner les lacunes de la législation actuelle sur le vote blanc et d’affirmer qu’il s’agit bien d’un acte politique et non d’une démission citoyenne, et ce, sans gonfler les chiffres de participation et donc sans légitimer les politiques. Il pourrait également être possible de renseigner les raisons de son abstention pour en éclairer le sens. On peut même aller beaucoup plus loin. Imaginons qu’une telle plateforme permette aux abstentionnistes déclarés de formuler et hiérarchiser les propositions de réformes qu’ils souhaiteraient voir mises en œuvre. Une négociation pourrait alors s’ouvrir avec la classe politique : nous, abstentionnistes déclarés, pouvons revenir aux urnes, et voter pour vous si vous vous engagez à mettre en œuvre telle mesure". La masse critique nécessaire pour peser pourrait ne pas être très élevée compte tenu du fait que les élections peuvent se jouer à quelques centaines de milliers, voire quelques dizaines de milliers de voix...


Cohérence et unité
Nous réfléchissons dans toutes ces directions et plutôt que d’exposer ici tous les détails de ces opérations, nous vous invitons plutôt à venir en débattre avec nous lors de notre prochaine réunion Stratégie. Quelques consensus peuvent déjà être établis ici malgré nos différentes postures au premier tour : 

    •    8 français sur 10 refusent un nouveau duo Macron - Le Pen et une grande partie de ces gens-là ne voudra pas (re)voter Macron, pas après avoir réalisé qu’il ne représentait aucun barrage, mais au contraire une passerelle directe vers le fascisme.
    •    75% des français (pas des inscrits) pensent qu'une lutte vigoureuse contre le racisme est nécessaire. Ceux d’entre eux qui peuvent voter ne le feront pas non plus pour l'extrême droite, et une grande partie s’abstiendra probablement dans une telle situation.
    •    Nous partageons un constat de crise politique fascisante (en plus de la crise économique, écologique et sociale) et l'urgence d'une refonte de nos institutions et de notre système électoral, pour ne pas parler de "révolution démocratique", comme les 86% de français qui veulent la reconnaissance du vote blanc, les 69% qui se déclarent favorables à l’instauration d’un droit au RIC, les 63% qui sont pour la convocation d’une assemblée constituante chargée de réécrire la Constitution… (Sondage IFOP)
    •    Nous partageons aussi le constat que notre système médiatico-politique fait systématiquement barrage à toute remise en cause de ses institutions tout en installant confortablement le fascisme d'un autre côté et qu’il nous faut démontrer que la compétition est déloyale, que la machine est biaisée et que la ligne de fracture ne se situe pas entre un pseudo "front républicain" et des "extrêmes", mélangeant la famille Le Pen et les communistes, mais bien entre le camp de la rupture et celui de la continuité antisociale et fascisante. C’est donc à nous d’élargir ce constat à tout le bloc bourgeois et identitaire car, comme nous l’avons vu, aucun des candidats qui le constituent ne représente un quelconque barrage face au fascisme qui vient, et encore moins un rempart face aux politiques d’austérité qui veulent faire payer la crise aux travailleurs. 

Nous constatons la nécessité d’imposer ce "Maximum" pendant la campagne et que la meilleure manière qu’il mobilise largement, c’est que nous le fassions chacun à notre manière, sans nous entre-déchirer comme à chaque élection. Bien au contraire, nous aurons :

    1.    respecté le choix de chacun au premier tour, tout en portant la critique sur chaque candidat, Mélenchon inclue, notamment au sujet de ce "Maximum" : la question de la démocratie, dans leur programme comme au sein de leur parti, 
    2.    participé activement à la campagne, même de manière a-partisane, pour imposer ce "Maximum", la nécessité d'une refonte de nos institutions, comme LE thème du moment, celui porté par une grande majorité de français et sans lequel les autres aspirations majoritaires, sociales, écologiques, économiques n’ont aucun avenir,
    3.    respecté la tenue même du processus électoral du premier tour, tout en démontrant que la machine est faite pour faire barrage à toute idée de rupture et ne favorise que les candidats du sytème, ceux qui veulent maintenir la même politique économique ou écologique actuelle au sein de la 5ème République,

Pour toutes ces raisons, nous serons ensuite, forts de notre cohérence et de notre campagne menée de manière unitaire sur les enjeux majeurs du moment, en toute légitimité d’appeler à boycotter un second tour entre deux candidats du sytème qui ne prennent pas en compte cet enjeu majeur exigé par le plus grand nombre : notre "Maximum". Ce ne sera pas un appel à l’abstention venu de mauvais perdants, ce sera un appel légitime soutenu par une grande majorité de la population dans une situation de crise politique sans précédent, venu de personnes qui auront annoncé cette crise tout au long de la campagne en démontrant la malhonnêteté du processus.


La démocratie représentative sous notre 5ème République est celle des perdants. C’est la dictature d’une soit-disant "majorité" de "vainqueurs", qui a tous les droits sur une soit-disant "minorité", qui restera "perdante" les 5 années suivantes. Nous avons déjà démontré chiffre à l’appui que la réalité est légèrement différente et que nos dirigeants ne représentent en fait que très peu de chose face à la volonté de changement d’un peuple en colère depuis bien trop longtemps. Faisons-le savoir en refusant de leur donner notre voix, mais plus que cela, en nous abstenant massivement c’est à dire en organisant dès aujourd’hui le boycott qui discréditera ce système électoral malhonnête, rendra illégitime toute victoire, et légitime nos luttes futures contre ce nouveau président qui sera impopulaire, peu importe le résultat. 


12 millions de Français ne sont pas allés voter au second tour en 2017, 10 millions d’entre eux avaient voté à gauche au premier tour, auxquels il faut rajouter les 4 millions qui ont fait l’effort de se déplacer pour voter blanc ou nul. Si une majorité des inscrits a bien voté pour Emmanuel Macron au second tour (40%), ils sont 32% à ne pas s’être déplacé dans l’isoloir.  Et si l’on ajoute à ces 32% les 8% de personnes qui ont voté blanc ou nul, on obtient le même pourcentage que celui des personnes qui ont voté pour Emmanuel Macron… Si le score pouvait paraitre serré en 2017, il est certain que nous pouvons être bien plus nombreux le 10 avril 2022 au soir du premier tour pour organiser le barrage face à un faux duel entre deux candidats du bloc bourgeois et identitaire, et nous serons des millions au Grand Soir du 24 avril 2022 pour faire tomber ce nouveau président réactionnaire !





Comptabilisons l’abstention contestataire, additionnons-la aux millions de votes blancs et nuls et lançons une grande campagne de boycott pour que ce président ne puisse pas dépasser ce score, un objectif très atteignable quand on sait qu’Emmanuel Macron a fait 8 millions et demi au premier tour et 20 millions au deuxième. 
Si la plupart des médias nationaux joueront le jeu et défendront cet usurpateur, nous pouvons compter sur nos médias indépendants, nos contre-pouvoirs populaires mais aussi sur la presse internationale pour pointer du doigt cette imposture et soutenir le mouvement de contestation que nous préparons, celui pour une 6ème république ou une deuxième commune, en tout cas pour une première Démocratie réelle !

Ce scrutin se jouera bien, quel que soit le nombre de votants. Dans les scrutins publics en France, il n'y a pas de quorum requis, comme pour une Assemblée Générale d’Entreprise. Mais si cette élection ne souffrira d’aucune contestation juridique, ce président très mal élu traînera forcément comme un boulet ce score misérable, à commencer par les élections législatives qui suivent dans la foulée et durant lesquelles nous aurons un grand rôle à jouer également. 

À minima, il devra chercher comment compenser son manque de légitimité électorale en asseyant sa légitimité politique, en essayant de se gagner l’opinion, de moins cliver, de mieux présenter, en misant sur la concertation… Toute cette guerre de l'image ne va pas l’aider s’il doit en plus faire face à des mouvements sociaux massifs le contestant, des grèves, des émeutes, des occupations ou des zones autonomes qui sortent de terre un peu partout. Il passera du statut de mendiant durant toute la campagne, à celui de pris en otage, durant ces semaines avant son intronisation. Si cette abstention n’a pas d’impact sur le résultat et la victoire qui en découle, il y a fort à parier qu’elle aura un impact sur la gouvernance du pays et le niveau de répression qui pourra être porté contre les manifestants. Nous aurons l’occasion de parler de ce mouvement populaire révolutionnaire lors d’un prochain texte.

Ce qui est sûr c’est que le soir du premier tour, cet appel sera entendu par les millions de "perdants" à qui l'on aura à nouveau volé l’élection, toujours preuves à l'appui, ces militants du camp de la rupture, peu importe le parti, plus tous ceux bien plus nombreux qui ne se seront pas rendu aux urnes ou auront suivi notre appel, ceux que l’on aura réussi à comptabiliser, auxquels il faudra ajouter ceux qui auront voté blanc ou nul, les non-inscrits (sur les listes électorales), mais aussi les centaines de milliers de gilets jaunes et toute cette majorité plus du tout silencieuse qui souhaite un changement de système électoral. Ne les laissons pas passer, ni le fascisme de Le Pen, ni la droite extrême à la Macron, et terminons-en avec cette 5ème République poussiéreuse. 

Avec l’urgence d’un côté et la légitimité du nombre de l’autre, mettons la crise politique en lumière et menons la bataille de manière unitaire.


Construire la menace
De la même manière qu’il nous faut construire ce "Maximum" auprès de la population, et la réalité d’un boycott large et populaire, il nous faut également construire cette menace du boycott général auprès de la classe dominante, en lui adressant, pour le coup, un clair ultimatum ! Que la machine comprenne que si elle s'oppose de nouveau à la volonté du peuple, celui-ci n’aura d’autre choix que de la saboter, par tous les moyens possibles. Si elle fait barrage à ces idées et aux millions de français qui les portent, à travers ses sondages truqués, son manque de pluralité, sa diabolisation du progressisme, sa stratégie de la tension, ce fascisme qu’elle nous prépare, en gros si elle joue trop "au con" au premier tour, ça va vraiment "chier" au deuxième tour ! 

Du boycott des élections au boycott général il n’y a qu’un pas et il existe tout un ensemble de situations qui peuvent rendre possible cette grève civique massive, au-delà du simple fait de ne pas aller voter, comme celles par exemple qui peuvent conduire le Conseil constitutionnel à invalider tout ou partie des résultats d’un bureau de vote. Ces sujets, qui peuvent difficilement être approfondis ouvertement ici, sont régulièrement discuter lors de nos réunions hebdomadaires. Comment participer seul, depuis chez soi, comment créer un groupe d’affinité, comment participer en tant que groupe d’action ou en tant qu'organisation à une stratégie coordonnée à échelle nationale, nous aborderons tous ces thèmes dans notre prochaine publication.
Nous nous adresserons cette fois-ci aux électeurs et nous y parlerons de la meilleure stratégie à adopter au premier tour, des possibles unions à gauche, de la question du vote utile dans une situation qui semble exceptionnelle… Il reste donc bien plus à dire mais ce qui est sûr et que ce texte vient de démontrer, c’est que nous disposons désormais d’une date, d’une revendication ou "Maximum" pour converger et garder le cap, de différents modes d’actions qui restent à développer en privé et d’un objectif stratégique, cette grève civique générale à laquelle nous dédierons nos prochains travaux, celle qui inclue l'abstention (mais pas que) pour bloquer le pays, créer une crise politique dont la seule issue serait un processus constituant vers une refonte de nos institutions.


Une date car dans 6 mois, quoi qu'il arrive, il va falloir se mobiliser physiquement dans la rue, que ce soit pour faire barrage à un nouveau président autoritaire, un qui nous promet déjà de nous faire payer la crise et de focaliser toute la colère générée par ces politiques anti-sociale sur les français de confession musulmane ; ou alors il faudra faire face aux forces réactionnaires, ces groupes néo-nazis, ces soldats et flics factieux, ces polémistes et toute cette "facho-sphère" qui n'acceptera pas la défaite et qui semble maintenant bien organisée. Tout ça s’organise, et nous pouvons passer les prochains mois à essayer de mobiliser contre un passe sanitaire qui de toute façon sera appliqué et maintenu, un passe qui n’est qu’un détail de la société de contrôle que nous prépare la droite et ses extrêmes, nous pouvons passer les prochains mois à exiger un hôpital public "un peu plus" de qualité, exiger "un peu moins" de fermeture de lits, "refuser" la réforme des retraites ou de l’assurance chômage, mais Macron n'écoutera rien et nous le savons. Nous pouvons aussi passer les prochains mois à nous faire la guerre chacun derrière notre candidat favori ou pour l’abstention dès le premier tour, Macron s'en délectera !
Mais nous pouvons aussi commencer à organiser la bataille pour faire tomber la 5ème République et le bloc bourgeois dans 6 mois, ce qui sonne tout de suite bien plus intéressant. Arrêtons de fatiguer les rares personnes encore motivées avec des appels à la grève perlée ou des ultimatums qui n'en finissent jamais, et concentrons-nous sur ce grand défi qui nous est lancé à tous et dans lequel chacun peut avoir son propre rôle à jouer.
Ce travail commence pour nous ici et maintenant avec ces tribunes qui chercheront à dessiner un imaginaire révolutionnaire collectif jusqu'au soir des élections et même au-delà, mais aussi en constituant une communauté qui participe activement à ce travail d’articulation entre un plan d’action général et la création de cellules locales, qui organisent la réflexion, diffusent la contre-propagande et montent des actions percutantes. Nous vous invitons à venir en discuter toutes les semaines dans nos rendez-vous "Pensons l’après" sur Discord ou à travers nos différents réseaux sociaux, mais aussi autour de vous, auprès de vos proches et des gens que vous aimez, sur vos propres réseaux sociaux et au sein de vos collectifs. Nous ne manquons pas d'idées, à nous maintenant d'y mettre les moyens ! Cette lutte est la nôtre et c’est celle du moment !


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