Russie, VIH : faudra-t-il longtemps attendre de nouvelles recommandations cliniques ?

Les enjeux liés au projet en attente de validation sont majeurs : couverture par un traitement antirétroviral de l'ensemble des personnes vivant avec le VIH, choix des médicaments, gestion des pharmaco-résistances, ...

Dans mon billet d’hier, j’ai évoqué le rôle joué par l’association Contrôle des patients, qui défend le droit aux soins des personnes séropositives et lutte contre les ruptures dans la délivrance des antirétroviraux. Je traduis ici son dernier communiqué, qui laisse redouter un gel des stratégies de traitement en Russie.

Le 30 juin, lors d'une réunion du ministère fédéral de la santé consacrée au projet de stratégie contre le VIH, il a été annoncé qu'Ievgueni Ievguenevitch Voronine, médecin conseil spécialiste en chef du ministère pour le VIH, quittait son poste. Il ne conserverait le pilotage des questions relatives aux enfants séropositifs (ce qu'il a fait jusqu'en 2015). Le chef du Centre de lutte contre le sida et spécialiste en chef du ministère de la santé de la ville de Moscou, Alekseï Izraïlevitch Mazous, prendra sa place au niveau fédéral. 

On souhaiterait savoir si ces mouvements de personnes auront des conséquences sur l'adoption de nouvelles recommandations cliniques pour le traitement du VIH, en cours d’élaboration. C'est le spécialiste en chef du ministère qui est le président de la commission d’experts qui, entre autres, examine les propositions de modification de ces recommandations cliniques.

Rappelons qu’un projet de recommandations cliniques [ici] pour le traitement de l'infection à VIH chez l'adulte a été rendu public en décembre 2019. Et que, malheureusement, au moment où les régions élaborent leurs programmes d’achat de médicaments antirétroviraux pour l’année 2021, il n’est pas validé.  

La communauté des patients a envoyé en temps utile un certain nombre de commentaires et de suggestions sur le projet de recommandations. La veille de la nomination d’Alekseï Mazous, Ievgueni Voronine leur avait répondu qu’une nouvelle version du projet [ici] avait été publiée, qui tenait compte de certains de leurs commentaires et suggestions, pour lesquelles il les remerciait. Le lendemain, il a quitté son poste.

Ces nouvelles recommandations cliniques ont déjà été envoyées au Conseil scientifique et pratique du ministère de la santé, qui aura soit à les approuver, soit à les rejeter, soit à les renvoyer pour modification. Et si le projet est rejeté ou renvoyé pour modification, le « changement de pouvoir » n’aura -t-il pas pour conséquence un « enterrement » de ce projet ? 

Nous espérons que le ministère de la santé travaillera de façon effective et efficiente à l'adoption de nouvelles recommandations cliniques pour le traitement de l'infection par le VIH.

Il m’est difficile, tout particulièrement le format d’un billet, d’analyser l’apport des nouvelles recommandations. Notons cependant que la première version du projet préconise le traitement de l’ensemble des personnes positives, ce qui n’est pas encore le cas en Russie, où le seuil de 500 CD4 continuait à être pris en compte. Elle inscrit également le dolutegravir dans les antirétroviraux de 1ère ligne. Enfin et aussi, compte tenu du niveau des pharmacorésistances du VIH, de 6 à 7 % des patients russes, elle recommande, dans les régions où cet indicateur dépasse 10 %, de tester la résistance primaire aux inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse de la totalité des patients, en particulier si le schéma thérapeutique comprend de l’éfavirenz.

Contrôle des patients semble inquiet de la concrétisation de ces avancées, comme de la suite donnée aux « commentaires et suggestions » qu’il avait faits sur la première version. Espérons qu’elle viendra, et saluons aussi l’obstination de cette organisation, et d’autres, qui dans un travail de terrain et dans des discussions difficiles avec les autorités sanitaires font progresser la prise en charge des personnes séropositives en Russie. 

Et saluons aussi ici le professeur Ievgueni Ievguenevitch Voronine. Son engagement dans la lutte contre le VIH / sida, son attention aux autres et ses qualités d’écoute ne sont pas à démontrer. 

Le professeur Ievgueni Ievguenevitch Voronine en discussion le 21 mars 2020 avec l'association de femmes séropositives E.V.A. © E.V.A. Le professeur Ievgueni Ievguenevitch Voronine en discussion le 21 mars 2020 avec l'association de femmes séropositives E.V.A. © E.V.A.

Pereboï.ru (7 juillet 2020) - Spid.tsentr (31 décembre 2019) - Sida en Russie

P. S. : en complément de ces sources, un lien vers ce billet, qui faisait un point de la situation épidémiologique en Russie à la fin 2019. Pour ceux qui lisent le russe et souhaitent des chiffres plus récents, le point à la fin du premier quadrimestre est disponible, ici

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