Russie, covid-19 : les statistiques de décès corrigées

L’agence fédérale des statistiques, Rosstat, a publié le nombre de décès de personnes atteintes du covid-19. Il est de 37 908 d’avril à juillet 2020, soit presque trois fois plus que la statistique officielle (13 963 décès dûs au covid-19).

Telle qu’elle ressort des statistiques communiquées par le gouvernement, la situation épidémiologique en Russie se caractérise par un nombre de décès du covid-19 relativement faible, par rapport à la population, et par rapport au nombre de cas confirmés (celui-ci étant en revanche élevé, en raison d’une politique de dépistage massif). On en voit l’illustration dans le graphique ci-dessous, qui compare le nombre des décès par million d’habitants dûs au covid-19 pour les États-Unis, L’Union européenne et la Fédération de Russie. On y voit aussi qu’une autre caractéristique de la Russie est que le nombre de ces décès ne se réduit que lentement, ce qui témoigne probablement de la persistance de l’épidémie et de sa diffusion sur le territoire fédéral.

 © Daniel Mathieu / Our world in data © Daniel Mathieu / Our world in data

Cette situation a conduit à présumer l’omission ou la dissimulation volontaire d’une partie des décès, notamment en indiquant comme cause des pneumonies communautaires, ou extra-hospitalières. La mairie de Moscou a voulu éteindre la polémique en faisant le choix de la transparence, en rectifiant le nombre des décès dûs au covid, sur la base des examens médico-légaux, qui semblent être systématiques, et en publiant également le nombre des décès de personnes atteintes du covid-19, mais dont il n’avait pas été considéré comme la cause de la mort. J’ai évoqué ces questions dans plusieurs billets, ici, ou encore ici.

Le relais est pris au niveau fédéral. L’agence fédérale des statistiques, Rosstat, a publié le nombre de décès de personnes atteintes du covid-19. Il est de 37 908 d’avril à juillet 2020, soit presque trois fois plus que la statistique officielle (13 963 décès dûs au covid-19). La répartition de ces décès sur le quadrimestre est de 2 825 en avril, 12 669 en mai, 12 335 en juin et 10 079 en juillet. 

Les 10 079 décès de juillet se répartissent eux-même de la façon suivante :

- 4 863 ont pour cause direct le covid-19, et la présence du virus a été confirmé par test, avant ou après le décès. 

- 1 059 ont été imputés au covid-19, malgré l’absence de test positif, compte tenu d’autres éléments cliniques. 

- pour 1 191 patients, le covid-19 n’est pas la principale cause du décès, mais il a eu une incidence significative sur le développement de complications mortelles d’une autre pathologie.

- pour 2 966 personnes, le covid-19 n’a pas été la cause du décès et n’a pas contribué à de telles complication. 

Les autorités de santé sont prises en porte-à-faux pour avoir communiqué sur la faible létalité du covid-19 en Russie : sur la base des 839 981 cas confirmés au 31 juillet et de ces 37 908 décès de patients atteints du covid-19, elle serait de 4,5 %. Il s'agit de toute façon d'une mortalité apparente : attendons cependant de connaitre l'incidence réelle de la maladie.

Ces statistiques de décès relèvent d'un ou deux crans la courbe de la Russie dans le graphique inséré au début de ce billet, sans en changer la forme. Elles ne sont pas surprenantes, et restent inférieures à ce qui a été constaté dans d’autres pays (avec un peu 30 000 décès, la France se situe à un niveau comparable, bien qu’avec une population deux fois inférieure).

Par ailleurs, Alla Samoïlova, la directrice générale de Roszdravnadzor, l’agence fédérale russe de surveillance de la santé, avait indiqué courant juin que près de 500 soignants étaient morts du covid-19 en Russie, beaucoup plus que le chiffre du ministère fédéral de la santé. Elle a de nouveau surpris son auditoire dans un séminaire à Sotchi en dénonçant des anomalies dans l'enregistrement des décès survenus dans les hôpitaux reprofilés pour le covid-19 : « il y a des hôpitaux où 100 % des décès sont codés covid-19, il y en a d’autres où c’est 0 % ». Elle a souligné que des analyses de la mortalité y seraient conduites dans ces établissements, et qu’il faudrait en tirer « des conclusions pour l’avenir ». 

Le ministre de la santé, Mikhaïl Mourachko, a répondu sans zèle que ces problèmes ne concernaient pas l’ensemble du pays, qu’un certain temps était nécessaire pour déterminer la cause du décès, et qu’ensuite les statistiques seraient mises à jour. On s’y emploie.

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