Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

304 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 août 2022

Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

Russie : devant les maternités, contre la guerre

Une action de Résistance féministe anti-guerre, pour proclamer devant un pouvoir qui ment, qui trompe et qui tue l’inviolabilité de la vie humaine. Résistance fragile, encore minoritaire, matinale, peut-être minuscule, on le devine sur ces photographies. Mais terriblement courageuse.

Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans mon dernier billet, j’ai pu donner l’impression de reprendre à mon compte l’idée d’une complicité de la population russe à la guerre décidée par Vladimir Poutine. Je ne le faisais pas, je ne crois pas d’ailleurs aux responsabilités collectives, il suffit de celle des individus et des états. Et, si je devais tirer une conclusion de cet ordre de l’analyse du sociologue russe que je rapportais, je l’adresserais à nous Français, en forme de questions : savons-nous vraiment ce qu’est le totalitarisme dont nous nous croyons curieusement protégés, savons-nous vraiment jusqu’où peut mener la constitution artificielle de l’autre — qu’il s’agisse de l’étranger, de l’immigré, d’une religion, d’une nation— en ennemi, savons-nous nous protéger de la propagande d’État, savons-nous vraiment protéger — chez nous — les libertés d’autrui et les droits humains ? Ou prendrons-nous gaillardement un jour la suite de l’Allemagne d’hier et de la Russie d’aujourd’hui ?

Mais revenons à la Russie. Malgré la répression, malgré les arrestations et les condamnations, malgré la peur que le pouvoir russe instille dans les esprits, une partie des Russes continue à exprimer, en Russie, son hostilité à la guerre. Et ceci est aussi tangible que les sondages d’opinion, et doit tout autant être rappelé.

C’est le cas de Résistance féministe anti-guerre (Феминистское антивоенное сопротивление), que j’avais évoquée dans ce billet puis dans celui-ci. Ses militantes ont affiché début août devant des maternités russes, dans au moins trois villes, Ijevsk, Moscou et Saint-Pétersbourg l’inscription « tu n’accouches pas d’un fils pour [qu’il fasse] la guerre » («ты родила сына не для войны»).

#TuN'AccouchesPasD'UnFilsPourLaGuerre © Résistance féministe anti-guerre
#TuN'AccouchesPasD'UnFilsPourLaGuerre (Ijevsk) © Résistance féministe anti-guerre
#TuN'AccouchesPasD'UnFilsPourLaGuerre (Moscou) © Résistance féministe anti-guerre
#TuN'AccouchesPasD'UnFilsPourLaGuerre (Saint-Pétersbourg) © Résistance féministe anti-guerre

Il s’agissait de proclamer devant ce pouvoir qui ment, qui trompe et qui tue l’importance et l’inviolabilité de la vie humaine. Il s’agissait aussi d’en appeler à l’héritage des mères et des femmes qui ont protesté contre les guerres d’Afghanistan et de Tchétchénie et demandé le retour des soldats. Il s’agissait de dire que si rien ne changeait en Russie, alors ce serait ceux qui naissent aujourd’hui qui feraient dans vingt ans une autre guerre.

Résistance fragile, encore minoritaire, matinale, peut-être minuscule, on le devine sur ces photographies. Mais, terriblement courageuse, elle est l’honneur du peuple russe. Et, après l’horreur et l’effondrement, elle laisse espérer une autre vague, qui balaiera le Kremlin.

Adresse Telegram de Résistance féministe anti-guerre : t.me/femagainstwar

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte