70 % des Russes souhaitent une loi contre les violences domestiques

Après plusieurs dizaines de mois de débats dans la presse et sur internet, un sondage de VTsIOM montre que l'opinion russe a basculé : elle considère massivement, à 90 %, que les violences domestiques sont inadmissibles, elle veut une loi pour les prévenir, les combattre et protéger leurs victimes.

Vedomoosti et Znak ont fait état récemment d’un sondage réalisé par le centre VTsIOM (sur VSTsIOM, cf. un précédent billet) sur la perception des violences domestiques en Russie. Je traduis presque littéralement une partie des articles qu’ils ont publiés. Le sondage lui-même ne l’a pas été, en tout cas pas sur le site de VTsIOM, n’apparait qu’une infographie. Ses résultats circulent, et jouent en faveur de la décision de relancer un projet de loi sur la prévention et la lutte contre les violences domestiques, à l’encontre du conjoint, des enfants, ou d’ascendants. Les lobbies traditionalistes, en particulier l’Église orthodoxe, ont fait jusqu’à présent obstacle à ce projet, avec comme argument que l’État et l’administration ne doivent pas intervenir dans la sphère familiale, et que les mesures envisagées, d’inspiration occidentale, remettraient en question le modèle de la famille russe. Un des points clé est la question de l’introduction dans le droit russe de la possibilité pour le juge de prendre des ordonnances de protection des victimes de violence, dont peut-être d'éloigner l'auteur des violences du domicile.

L’enquête faite par VTsIOM montre que ces arguments ne sont pas entendus par la population russe. 70% des personnes interrogées considèrent qu'il est nécessaire d'adopter une loi sur la prévention de la violence domestique. Seulement 7% des répondants s'y opposent : un rapport de un à 10. Un dicton russe dit « Один в поле не воин », on ne va pas au combat tout seul. La roue a tourné.

90% sont convaincus que toute violence physique au sein de la famille et inadmissible et seulement 8% pensent qu'il est possible de frapper son conjoint « dans certaines circonstances ». 50% pensent que la violence domestique ne peut être excusée, même la première fois qu’elle survient (39% sont prêts à le faire pour cette première fois).

Les  réponses des hommes et des femmes varient sensiblement. Ainsi, 52% des hommes et seulement 29% des femmes acceptent de fermer les yeux sur un premier cas de violence  physique. Les femmes sont beaucoup plus favorables que les hommes (80% contre 57%) à l'adoption de la loi et considèrent encore davantage les violences domestiques comme inadmissibles (94% contre 85%). 

40% des personnes interrogées ont eu connaissance de violences physiques dans des familles de leur environnement. et pour cette question l’écart entre les réponses des femmes et des hommes (43% contre 37%) est plus faible. Pour les commentateurs du sondage, le niveau des réponses à cette question montre que la prise de conscience de la réalité des violences domestiques est concrète et factuelle, et ne prend pas racine dans le débat public, dans les média et sur internet. Celui-ci a en revanche contribué à l’affirmation, probablement nouvelle, d’une position morale de rejet massif des violences domestiques, et à l’appel à la loi. 

Le week-end du 15 décembre, des manifestations,ont eu lieu à Moscou et dans les régions en faveur de l'adoption de la loi sur la prévention de la violence domestique.  Ceux qui y sont opposés ont également organisé des piquets. Fin novembre, le Conseil de la Fédération, chambre haute du parlement russe, a ouvert une consultation publique sur le projet de loi préparé par le ministère du travail et de la protection sociale. Jusqu'au 15 décembre, un groupe de travail du Conseil de la Fédération devait examiné les propositions de modification faites sur le projet, sa mise à l’ordre du jour de la Douma d'État sera décidée ensuite. On peut espérer que ce sera le cas.

Vedomosti (15 décembre) -Znak (16 décembre) - VTsIOM (16 décembre, vidéo) - VTsIOM (16 décembre, infographie) - Voir aussi le premier billet de ce blog.

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