Russie, covid-19 : les établissements médico-sociaux face à la 2ième vague

17 770 cas de covid-19 depuis le début de l’épidémie dans les maisons internats pour personnes âgées ou handicapées.

J’ai évoqué plusieurs fois dans ce bloc la façon dont les établissements sociaux et médico-sociaux russes hébergeant des personnes âgées ou handicapées traversent l’épidémie de covid-19, notamment celui-ci, en avril dernier : l’épidémie débutait alors en Russie, la première vague y a été moins violente qu’en France, mais elle n’a pas été suivie d’un reflux aussi prononcé que celui que nous avons connu cet été. La seconde a maintenant commencé, un peu plus tardivement que dans l’ouest de l’Europe. 

Je reviens sur le sujet, après avoir participé à une table ronde organisée par la commission de la bienfaisance et du travail social et la commission du développement du secteur non lucratif et des associations à vocation sociale de la Chambre sociale de la fédération du Russie (l'équivalent de notre Conseil économique, social et environnemental), ou j’ai donné quelques éléments sur la situation française. J’en ai surtout retiré beaucoup d’informations sur la situation russe. 

Et d’abord, des chiffres sur le développement de l’épidémie dans les établissements d’hébergement de personnes âgées ou handicapés. Taras Vasko, directeur du département de la protection sociale au ministère du travail et de la protection sociale, a indiqué que des cas de covid-19 avaient été enregistrés dans 965 de ces établissements. Leur nombre, en cumul depuis le début de l’épidémie, est de 17 770, dont 5 700 dans le personnel, et donc environ 12 000 parmi les résidents. 

Il n’y a pas de raison de douter de ces chiffres, il faudrait aussi connaitre le nombre des décès. Ils ne sont pas d’un ordre de grandeur fondamentalement différent des chiffres français : selon le point épidémiologique du 15 octobre 2020 publié par Santé Publique France, il y a eu en France 848 signalement de clusters dans les EHPAD et les établissements médico-sociaux de personnes handicapées (cela me semble le périmètre le plus comparable à celui sur lequel portent les chiffres du ministère du travail et de la protection sociale russe). Dans ce même périmètre, Santé publique France fait état de 47 724 cas parmi les résidents, et de 25 777 cas parmi le personnel, soit 68 701 cas. 

Les statistiques russes peuvent paraitre plus favorables que les nôtres, mais le nombre des établissements concernés, le nombre de leurs résidents, et l’âge et la vulnérabilité de ces derniers sont nettement plus élevés en France. Les établissements russes ont connu moins de difficultés pour disposer de masques et de protections individuelles et pour réaliser les tests que ce que nous avons traversé en France, ils en ont néanmoins rencontré d'importantes. Et, s’il fallait chercher une explication de l’écart entre les chiffres russes et français, c’est peut-être dans le choix qui a été de fait de consigner le personnel avec les résidents, par rotations de 15 jours, pour limiter drastiquement les entrées et les sorties des établissements. Cette mesure, appliquée dans tout ou partie des établissements, a donné lieu au versement de primes spéciales aux agents, et une autre information donnée par Taras Vasko est que son coût pour le budget était de 12,5 milliards de roubles (138 millions d’euros) au budget fédéral. 

Les échanges lors de la table ronde, et les questions des auditeurs (virtuels, tout se déroulait on-line, mais nombreux, et représentatifs des établissements et des administrations régionales en charge du social) montraient une très forte sensibilité à la détérioration des conditions de vie et de santé des résidents du fait de la mise en quarantaine des établissements, et de la recherche de solutions pour préserver ou rétablir des activités physiques et intellectuelles et des relations sociales minimales. La pratique du confinement à titre préventif dans les chambres (généralement de 3 ou 4 lits) a été dénoncée, de même que l’absence d’information des résidents sur leurs droits et plus généralement sur ce qui se passait dans l’établissement.

J’ai à plusieurs reprises souligné dans ce blog le rôle de la fondation Starost v radost, et de sa directrice, Ielizaveta Oleskina dans la diffusion de bonnes pratiques, l’appui, y compris matériel, et le conseil aux maisons de retraites et aux administrations régionales russes. La « feuille de route » qu’elle a dressée en conclusion de la table ronde le faisait bien sentir. Elle a appelé notamment les établissements, dans la perspective de la deuxième vague à :

- se doter du stock nécessaire de masques et de protections individuelles

- prendre les contacts préalables pour pouvoir recruter personnels et bénévoles supplémentaires pendant la période de crise

- discuter également avec les hôpitaux proches des conditions et les critères d’hospitalisation des résidents qui auraient contracté le covid-19. 

- se concentrer sur les actions de socialisation et le soutien psychologique aux résidents.

- créer une fonction de coordonateur dans l’établissement, chargé tout particulièrement de l’organisation des espaces et des flux de personnes en cas de flambée de covid-19.

Asi (20 octobre 2020)

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