François Fillon - En vérité, je vous le dis…

Les révélations sur les abus de François Fillon ont littéralement pulvérisé sa candidature dans une crise de confiance légitime de l’opinion. L’épreuve est violente pour l’homme autant que pour le public sidéré simultanément par le capharnaüm des réactions. Le dialogue des amis est un recensement organisé non exhaustif, un florilège vertigineux entre Fillon et ses défenseurs.

François Fillon à Caen François Fillon à Caen
Vainqueur de la Primaire de droite réussie et dès lors président virtuel aux emplois fictifs, François Fillon est pris dans la tourmente. Les révélations sur ses abus ont littéralement pulvérisé sa candidature dans une crise de confiance légitime de l’opinion. L’épreuve est violente pour l’homme autant que pour le public sidéré simultanément par le capharnaüm des réactions. Le dialogue des amis est un recensement organisé non exhaustif, un florilège de citations vertigineuses entre Fillon et ses défenseurs.

[Le texte en ‘italique’ correspond aux véritables citations des amis insérées dans le dialogue]

Dans une salle des pas perdus, à la tribune, les mains accrochées au pupitre.

- François Fillon : Mes amis, ‘Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte’.  Mais entendez bien ma preuve : ‘Je l’aime, je la protégerai, et je dis à tous ceux qui voudront s’en prendre à elle qu’ils me trouveront en face’.

Puis, reprenant ému : En vérité, je vous le dis, ‘C'est une femme qui ne fréquente pas les couloirs de l'Assemblée nationale’.

- Une amie : Ah! Je le savais! ‘Si on n'a pas vu Mme Fillon, c'est parce qu'elle était dans la Sarthe!’ (1)

- Un ami : Et j’ajouterai pour élucider ce mystère, ‘vous l'avez moins vue que madame Chirac. Pourquoi ? Parce que son tempérament, à madame Fillon, c'est la discrétion. Mais elle accompagne son mari dans la circonscription depuis toutes ces années.’ (2)

- L’Avocat : Exactement! Ô discrétion, car ‘François Fillon n'avait pas de permanence. Sa permanence se trouvait à son domicile.’ (3)

- François Fillon : En vérité, je vous le dis, ‘elle me faisait remonter les évolutions de notre société.’ 

- L’Avocat : Ô noblesse de la politique locale! Ô proximité, ‘faire remonter les voix du terrain, des électeurs…’ (4)

- Un autre ami : De plus il s’agit d’être opérationnel, moi-même‘sur le terrain, j'ai besoin de quelqu'un qui s'occupe de la gestion de la permanence, d'avoir un carnet de chèques, de pouvoir régler les travaux, le ménage. (…) Il faut arrêter de vouloir stériliser les parlementaires. (5)

- L’Avocat : Et dans ces nobles tâches, ‘Ô martyr docile, innocente condamnée dont la ferveur attise le supplice’ (6): ‘le travail d'un collaborateur parlementaire n'est pas forcément tangible!’ (7)

- Un bref ami : Pas forcément tangible ? Vous n’êtes pas sérieux! ‘Venez voir chez moi, si ma femme ne travaille pas! Elle nettoie même les chiottes de la permanence!’ (8)

- François Fillon, solennel : Alors, parce que c'est mon épouse, elle n'aurait pas le droit de travailler? Imaginez un seul instant qu'un homme politique dise qu'une femme, comme le dit cet article d’une grande misogynie, ne sait faire que des confitures. Toutes les féministes hurleraient! »

 

Abandonnant son pupitre ; il descend une marche de la tribune.

- François Fillon : En vérité, je vous le dis, ‘ma femme travaille pour moi depuis toujours, depuis 1981.’

- Un ami : Je confirme, ‘Pénélope Fillon a toujours secondé François.’ (9)

- Une amie : Il faut se l’imaginer, ‘elle collait des affiches, elle était super active.’ (10)

- Un ami tendre : Il me l’a envoyé (sic) ‘et elle est venue, elle a fait des photos, elle a fait un discours.’ (11)

- Un autre ami : Je me souviens, ‘lorsqu’ils étaient plus jeunes, François n’avait pas pu se rendre à un événement, elle s’était rendue à sa place et avait même participé à la danse des canards alors qu’elle était enceinte.’ (12)

- L’avocat : Ô danse déhanchée des canards! Ô preuve Enchaînée contre le Canard!

- Un ami étourdie : ‘ j'ai souvent vu Pénélope Fillon participer aux travaux de François Fillon, y compris en de multiples circonstances à l'Assemblée nationale.’ (13)

- François Fillon énervé, relevant la tête : Non ! Non ! En vérité, je vous le redis, j’insiste, ‘c'est une femme qui ne fréquente pas les couloirs de l'Assemblée nationale.’ Mais alors, pas du tout!

- Un ami urgent conciliateur : Ne nous fâchons pas mes amis sur ces contradictions fictives! De toute façon ‘cette affaire fera pschitt!’ (14)

- Une amie : Ecoutez, qu’importe! ‘Je pense qu'à partir du moment où quelqu'un a un travail à effectuer et qu'il l'effectue bien, on n'a pas besoin - et c'est même dangereux - de regarder qui il est exactement.’ (15)  Ni d’où il le fait! Cela revient au même!...

- Un ami justicier : sans dire que ‘si on interdit aux politiques d'employer leurs conjoints il faudra le faire pour les épiciers, les bouchers.’ (16) Cela revient au même!...

- Une amie : interrompant le justicier, ‘Vous savez, si vous commencez, ça veut dire qu'un jour ou l'autre on va finir par dire qu'il est anormal qu'un commerçant travaille avec ses enfants, ou qu'un artisan travaille avec ses enfants, ou qu'un industriel travaille avec ses enfants, ou qu'un acteur travaille avec ses enfants, ou qu'un journaliste travaille avec ses enfants. Il faut se méfier.’ (17). Car tout cela revient au même!...

- Un ami : Qu’ils travaillent avec leur enfants ou pas, il faut se méfier des journalistes! Ils ne relèvent même pas qu’un ‘médecin ou un chirurgien qui opère avec sa femme infirmière, avec la Sécurité sociale, il vit à 80% avec de l'argent public.’ (18) Cela revient au même!

- Un ami qui dénonce : Cette ‘campagne de matraquage médiatique, (...) c’est de l’attaque à charge!’  Regardez, comparez : ‘Quand le président de la République Hollande a embauché comme ministre sa conjointe – personne n’a rien dit – avec un salaire de 10.000 euros par mois…’ (19) Cela revient au même!

- Un ami sénateur : ‘Ça me parait assez improbable comme chiffre, mais je ne suis pas à l'Assemblée nationale.’ (20)

- Un ami organique :Avouons au moins cette vérité désagréable, ‘cette affaire, c’est parce que les politiques ne sont pas assez payés!’ (21)

- Un ami de bonne famille : Evidemment! Il faut le dire, c’est même un sacrifice car ‘Pénélope Fillon, dans le secteur privé, compte tenu de sa formation, aurait certainement gagné deux fois plus qu’elle n’aurait gagné en tant qu’assistante de son mari (…). Donc relativisons.’ (22)

- Un ami sénateur paritaire : A cet égard, j’ajouterai avec honneur qu’’un collaborateur parlementaire - c'est d'ailleurs le motif de fierté chez nous - gagne en moyenne, 3.250 euros brut pour les femmes et moins de 3.000 euros pour les hommes. Ça doit être un des rares cas où les femmes sont mieux traitées que les hommes. » (23)

 

Abandonnant son pupitre, puis la tribune, il s’avance sur scène.

François Fillon : « Oui, mes amis,  nous pouvons être fier ! N’est ce pas la preuve que ces accusations sont misogynes ? En vérité, je vous le dis, « mon épouse est remarquable, elle est exceptionnelle, vous n’imaginez pas à quel point elle souffre qu’on puisse penser qu’elle n’a pas respecté les règles.’

- Un ami : Mais enfin François, ‘Pénélope a un contrat de travail. Elle a des fiches de paye. Tout est légal.’ (24)

- Un ami : ‘On est dans un Etat de droit. Tout est légal.’ (25)

- Un ami furtif dans ses pensées à lui-même : Selon le droit…euh… ‘Il  dirait à tout le monde ‘Elle ne faisait que repasser mes pantalons', qu'on ne pourrait rien lui reprocher!’ (26) Donc euh… Tout est légal!

- Un ami fidèle : ‘Tout est légal.’ (27)

- Un autre ami : ‘Tout est légal.’ (28)

- Tous les amis ensemble : Tout est légal!

 

Abandonnant son pupitre, la tribune, puis la scène, il évolue entre les colonnes de la salle des pas perdus.

François Fillon : En vérité et pour preuve, ‘je veux dire à Pénélope que je l’aime (…).

Suivant cette démonstration implacable,  il profite de ce long moment d’émotion et de sincérité puis reprend : En vérité, je vous le dis, ‘Si on veut m’attaquer, qu’on m’attaque droit dans les yeux, mais qu’on laisse ma femme en dehors de ce débat politique.’

- Un ami : T’inquiètes, ‘je pense que les Français vont se lasser de ce pilonnage : la nature politique de cette opération est très visible.’ (29) 

- Une amie probe sur elle : ‘En ce qui nous concerne, nous avons été livrés aux chiens pendant un an en pleine campagne. Mais nous avons été élus au premier tour. Ça veut dire que, si vous faites bien le job, les électeurs deviennent imperméables au harcèlement médiatique. Il y a de l'affectivité entre eux et nous. Donc ils n'en ont rien à foutre de ce qui vous est reproché. En creux, cela veut aussi dire qu'il y a une perte de crédibilité des médias.’ (30) En particulier de Médiapart!

- Un très vieil ami : Relativise, ne cède pas ‘sois candidat même si tu es mis en examen : regarde, moi je m'en fous!’ (31)

- L’ami étourdie : ‘Ce n'est pas un hasard que ces révélations interviennent en pleine campagne, on tente de perturber le fonctionnement de la démocratie.’ (32)

- L’amie probe sur elle : En effet, ‘c'est inquiétant pour notre démocratie. Les Français sont suffisants et prétentieux. Nous prétendons dans le monde entier incarner la démocratie la plus aboutie. Là, je ne suis pas sûre que nous donnons l'exemple.’ (33) En fait, nous sommes dirigés par ces officines : le Canard et Médiapart!

- Une amie : De toute façon, ‘si on continue comme ça avec l'affaire Fillon, la France va devenir une dictature soviétique.’ (34)

- L’amie probe sur elle : ‘Ce que je vois aujourd'hui, c'est un mélange entre 1789 et le régime de Vichy : 1789 parce qu'il y a un tribunal populaire remplacé par un tribunal médiatique et Vichy parce qu'il y a des délations tous azimuts.’ (35) Encore le tribunal Médiapart!

- L’ami mondain et inculte : Tribunal de l’injustice! ‘Imaginons que Fillon soit innocent, le mal est fait.’ (36)

- Un ami : Décidemment, ‘Le populisme est très à la mode en ce moment. Les citoyens qui applaudissent sur ces sujets-là et qui se disent: "tous pareils, tous pourris", se trompent. » (37)

 

Abandonnant son pupitre, la tribune, la scène, puis les colonnes, Fillon s’approche d’une porte de la salle des pas perdus.

François Fillon : « En vérité, je vous le dis, ‘plus que ma personne, qui est dans le viseur, c'est une haute idée de la France qu'on veut abattre en vol.’

- Un ami : ‘Ce n'est pas seulement toi qui est en jeu, c'est la séparation des pouvoirs. C'est l'indépendance du pouvoir législatif.’ (38)

- Un ami tendre : sans dire que ‘c'est anormal que l'on vienne perquisitionner chez des députés parce qu'il y a des dossiers qui ne regardent personne.’ (39)

- Un ami : ‘Ce qui est  en cause aujourd’hui et qui me choque, c’est la liberté du député à pouvoir gérer ses affaires comme il l’entend, au nom du mandat qu’il a reçu du peuple. C’est le fonctionnement institutionnel et constitutionnel de l’Assemblée qui est en cause.’ (40)

- Un ami : ‘Ce que je constate aujourd’hui, c’est que le président de l’Assemblée nationale donne son autorisation pour faire entrer les enquêteurs. Je suis assez surpris par cela. On n’est quand même pas dans une affaire de grand banditisme.’ (41)

- Les amis : Non! Tout est légal!

- L’ami encombrant : ‘L'enquête doit être courte, sinon il s'agira d'une intrusion de l'autorité judiciaire.’ (42)

- Le porte-parole : ‘Il y a 2 poids 2 mesures, les puissants ne sont plus protégés !’ (43)

- Un ami des bêtes : et pourtant ‘la séparation des pouvoirs ne devrait pas être un vain mot...’, non ? » (44)

Abandonnant son pupitre, la tribune, la scène, puis les colonnes, une porte de la salle des pas perdus s’ouvre.

François Fillon s’exclame : en vérité, je vous le dis, ‘C’est un coup d'Etat institutionnel’.

Tous les amis en choeur : ‘Tout est légal ! (…) C’est une chasse à l’homme !’

Pénélope : En vérité, je vous le dis, ‘nous ne parlons quasiment jamais de politique à la maison.’ ‘Les gens savent que je ne m'implique pas dans l'action politique de mon mari’. ‘Je n'ai jamais été son assistante parlementaire ou quoi que ce soit de ce genre.’ ‘Je ne m'occupe pas non plus de sa communication, hi hi hi...’

La foule : Renoncement !

 

L'épisode suivant du Dialogue des amis : François Fillon et Marine Le Pen - "Nous sommes si unis opposés"

Les amis, illustres inconus par ordre d'apparition, sont :

(1) Une amie - Florence Portelli – Maire de Taverny, LR

(2) Un ami - Thierry Solère – Député LR

(3) L’avocat - Antonin Levy - Fils de BHL et avocat (dans le bon ordre)

(4) L’avocat - Antonin Levy - Fils de BHL et avocat

(5) Un ami - Jean Pierre Door, député LR

(6) Charles Baudelaire -  Le Léthé dans Les fleurs du mal.

(7) L’avocat - Antonin Levy - Fils de BHL et avocat

(8) Un ami - Patrice Carvalho, député PCF

(9) Un ami - Bruno Retailleau, Sénateur LR

(10) Une amie – Karine Le Marchand, journaliste

(11) Un ami tendre – Bernard Debré, Député LR

(12) Un ami - Jean-Claude Ragaru , Adjoint au maire de Sablé sur Sarthe, LR

(13) Un ami étourdi – Bernard Accoyer, Ancien président de l’Assemblée générale, LR

(14) Un ami - Bruno Retailleau, Sénateur LR

(15) Une amie – Michèle Alliot-Marie, Députée européenne, LR

(16) Un ami - Dominique Bussereau, Député LR

(17) Une amie – Michèle Alliot-Marie, Députée européenne, LR

(18) Un ami - Dominique Bussereau, Député LR

(19) Un ami - Jacques-Alain Bénisti,  député LR

(20) Un ami sénateur - Gérard Larcher, président du Sénat, LR

(21) Un ami organique - Alain Minc

(22) Un ami de bonne famille – Gérard Longuet, Sénateur LR – Fondateur du groupuscule d’extrême droite « Occident ».

(23) Un ami sénateur paritaire - Gérard Larcher, président du Sénat, LR

(24) Un ami tendre - Bernard Debré, Député LR

(25) Un ami - Eric Ciotti, Président du Conseil Général Alpes Maritime, LR

(26) Un ami furtif – Julien Dray, Député PS

(27) Un ami tendre - Bernard Debré, Député LR

(28) Un ami - Eric Ciotti, Président du Conseil Général Alpes Maritime, LR

(29) Un ami - Philippe Bas, Sénateur et Président du Conseil départemental de la Manche, LR

(30) Une amie probe sur elle – Isabelle Balkany, 1er Adjointe au maire de Levallois Perret, LR

(31) Un très vieille ami – Serge Dassault, Sénateur LR

(32) Un ami étourdi – Bernard Accoyer, Député LR

(33) Une amie probe sur elle – Isabelle Balkany, 1er Adjointe au maire de Levallois Perret, LR

(34) Une amie – Michèle Alliot-Marie, LR

(35) Une amie probe sur elle – Isabelle Balkany, 1er Adjointe au maire de Levallois Perret, LR

(36) L’ami mondain et inculte – Philippe Val, menteur professionnel

(37) Un ami - Pascal Allizard, Sénateur LR

(38) Un ami - Jacques Myard, Député LR

(39) Un ami tendre – Bernard Debré, Député LR

(40) Un ami - Jacques Myard, Député LR

(41) Un ami - Jacques Myard, Député LR

(42) Un ami étourdi – Bernard Accoyer, Député LR

(43) Le porte parole - Philippe Vigier, porte parole LR

(44) L'ami des bêtes - François Goulard, Président du conseil départemental du Morbihan, LR

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