Fillon et Le Pen - Nous sommes si unis opposés - Le dialogue des amis

François Fillon et Marine Le Pen sont deux candidats aux emplois fictifs. L’épreuve qu’ils traversent dans les révélations sur leurs abus ont bouleversé le débat. Dans une crise de confiance de l’opinion, ils unissent à distance leurs argumentaires. Le dialogue des amis est un recensement organisé non exhaustif, un florilège de citations vertigineuses entre les candidats et leurs défenseurs.

Marine Le Pen et François Fillon Marine Le Pen et François Fillon
[Le texte en ‘italique’ correspond aux véritables citations des amis insérées dans le dialogue]

François Fillon, debout. Il tourne le dos aux amis. Il prend la pose à l’envers mais face à la lumière, sur le seuil de la salle des pas perdus. L’écho de son verbe amoureux résonne encore entre les murs. Les amis enivrés de ce moment de Vérité sur l’affaire couvrent de leurs rumeurs une opinion incrédule.

L’ami France 2 : ‘… j’aime Pénélope…’.‘Cette émotion qu’on a tous ressentie en écoutant François’. (1)

L’ami des Maires: ‘Il a laissé transparaître son émotion, mais il a été fort.’ (2)

L’ami France 2 : ‘Il a été touché, il a été heurté… C’est rare de le voir comme il a été cet après-midi. À plusieurs reprises, très ému…’ (3)

L’ami de bonne famille : C’est tout naturel, ‘un élu comme François a une responsabilité vis-à-vis de celle qui s’est sacrifiée pour lui, pour qu’il puisse avoir une circonscription tenue, une vie équilibrée, un soutien.’ (4)

L’amie BFM : ‘Pénélope n’a pas demandé à se retrouver au milieu de cette tempête et elle est assez bouleversée.’ (5)

L’ami des champs : Très injuste ‘tempête’ en réalité car ‘en milieu rural, le rôle de l’épouse et celui de l’assistante parlementaire sont difficiles à distinguer.’ (6)

Le spécialiste BFMTV : ‘On peut comprendre le rôle que Pénélope a pu jouer auprès de son époux. Elle était à ses côtés en permanence, elle ouvrait le courrier.(7)

L’ami de bonne famille : ‘Quand vous avez une épouse ou un conjoint qui se sacrifie pour soutenir son élu, que peut-elle faire d’autre que d’en être le collaborateur ?’(8)

Le spécialiste BFMTV : Le sacrifice se confirme, ‘elle ouvrait ses lettres et se chargeait d’y répondre, c‘était très chronophage, elle annotait ou corrigeait ses discours’ (9)

L’amie BFM : Je suis toute ébouriffée. ‘Comme femme, je ressens une forme de solidarité’ et d’admiration jalouse ! (10)

L’avocat : C’est ‘un  travail (…) moins matériel mais qui pour autant est tout aussi réel quand on regarde les choses après coup’ (11)

Le spécialiste BFMTV : En effet, quand on regarde les choses après coup et de plus près ! ‘On nous dit qu’il en recevait beaucoup, une armoire normande pouvait être remplie de lettres en quelques jours.’ (12)

L’amie BFM : Une armoire normande de preuves ! Mais qui ‘On’ ?‘Donnez-nous vos sources ! Qui vous a donné ces éléments ?’(13)

Le rouge encharpé : Alors c’est validé, ‘il a de toute évidence donné des pièces au parquet.’ Des armoires de preuves ! (14)

L’ami de TF1 : Avec tout ça, ‘on ne devrait plus entendre parler des magistrats dorénavant.’ (15)

L’amie BFM : Une armoire normande de larmes solidaires pour toi Pénélope…

François Fillon sur le seuil de la porte, savourant les commentaires sans se retourner, d’une voix à contre-jour : je tiens à vous remercier pour l’objectivité de vos sentiments. Mais je dois vous le dire ; par souci de transparence, vous n’êtes pas les seuls à vous émouvoir face à la Vérité. Votre consoeur ‘s'est manifestée personnellement auprès de mon épouse pour lui dire à quel point elle était choquée de l’utilisation qui avait été faite de ces propos.’

Les amis TV de France en pleurs : Bouhouhou….

Quand soudain ‘Comme une Rock Star’ interrompt les pleurs, les larmes et les ondes : Hé! Ça ronronne du pathos ! On zappe ? Dîtes-moi, une copine me dit que ‘Kim n’a pas téléphoné à Pénélope. Elle vient de nous le confirmer’.(16)  Alors pourquoi ce nouveau baratin ridicule ?  ‘Ma question est assez simple, est-ce que vous avez menti au journal de TF1 et si oui, pourquoi ?’(17)

Dans un silence monumental, François Fillon se retourne d’un coup. Une main sur le chambranle, étourdi : ‘Vous êtes de Médiapart ? C’est ça ?’

Comme une Rock Star: Devine ! 1 2 3 4 5 6 (liens) Alors ?

L’Apathie de la rigueur : Oh diable ! Ils sont là ! Médiapart ! Mais ‘#InventeTonEmploiFictif’ mademoiselle! Où sont les preuves jeune femme ? Journaliste ? ‘Apporteur de preuves chez Médiapart ?’ Les preuves ! Je veux les preuves !...(18)

L’amie BFM : Comme femme, je ne ressens aucune forme de solidarité !

François : Ah, vous me plaisez, l’Apathie !...Vous n’êtes pas de Médiapart ! C’est ça ?

L’Apathie de la rigueur : Oh non ! Je suis journaliste fictif. Je suis fou de preuves car je n’en ai jamais vu. En vérité je vous le dis, je suis livreur de fougasses le soir sur France Info. Et je veux apporter La Preuve à l’antenne. Celle de votre innocence, bien entendu…Ce sont les seules valables. Celles de l’innocence. Les Preuves…

Clac ! Clac ! Clac !…Trois coups de talons de bottes frappent les pavés en terrasse et stoppent brutalement l’éloge de la Preuve d’innocence.

Marine : Ah, vous voilà tous ! Ça n’a aucun sens, ‘François fait l’objet d’une enquête et c’est moi qui fait figure d’accusé !’

Comme une Rock Star : Salut ! (lien)

François : Ne vous plaignez pas. ‘Je suis la cible d'une attaque impitoyable, partiale, 7 jours sur 7, 24/24h, et tout ceci pour des faits anciens, connus, légaux.’

Marine : et pourtant les journalistes ‘sont si complaisants, si dociles avec les riches et les puissants...’

François : Mais je vous le dis ‘On voudrait dans les médias que je sois un 'saint'. En vérité,’ je ne suis, mes amis, qu'un homme, un homme qui n'a pas enfreint la loi, un patriote qui aime son pays et qui lui a donné le maximum de ce qu'il avait dans les tripes.’

Marine : Quelle andouille avec ses tripes ! ‘Leur agressivité, leur ­arrogance, ils ne les réservent qu’à moi.’

François : ‘Est-ce juste ? Est-ce équitable ? Mes amis, (…) C'est à vous de répondre et non au tribunal médiatique. (…) Je n'ai rien à cacher. (…) La transparence ne me fait pas peur, et j’attends que mes concurrents à la présidentielle se montrent aussi clairs que moi.’

Marine : Mais tu peux compter sur moi François ! Je suis tout aussi clair que toi sur le sujet. J’ai voté pour la Loi sur le secret des affaires...

François : …et moi contre la Loi sur la transparence de la vie publique, j’estime que‘c’est du voyeurisme !’ Toi pour, moi contre. Nous sommes définitivement unis en opposition !

Ami complice : Tu as bien fait François, ‘On contrôle plus les parlementaires que les autres, à force de transparence, on va voir à travers.’. Pouf, pouf, pouf… (19)

Fou rire général dans l’Assemblée des amis qui se roulent de suffisance sur le parquet de la salle des pas perdus.

François : Mes amis, un peu de discrétion dans l’épreuve, cela pourrait nous compromettre davantage, mais‘juridiquement, je ne vois pas comment ça peut se produire. On est dans une quasi-voie de fait.’

Marine : Et moi donc ! Ça n’a aucun sens ! ‘Je suis parfaitement innocente, moi et le FN, de ces accusations. »

L’ami des bêtes : ‘Si notre candidat avait tué père et mère, l’intervention de la justice ne souffrirait aucune critique.(..) Mais là, François : ‘ Il respecte la loi.’ (20)

L’avocat :Je dénonce cette injustice, ‘à trois mois des élections, François devrait porter sur ses épaules tout le fardeau des pratiques des parlementaires de la Ve République ?’ C’est une charge écrasante, c’est physiquement impossible, c’est une mise à mort ! (21)

L’ami des bêtes LR: Il faut se le dire, ‘les juges d’instruction sont ; par hypothèse, politisés.’ (22)

Marine :Je suis d’accord avec toi l’ami LR maisce n’est pas une hypothèse. ‘Il existe des juges politisés ! Vous donnez le pouvoir à un magistrat unique de mettre au poteau d’exécution un candidat à la présidentielle. Ça n’a aucun sens ! ».

François : … ‘Au pilori, au bûcher, une mise à mort…’

L’ami tendre LR : Je suis d’accord avec toi Marine. ‘Le fait de poursuivre l'affaire c'est le choix du Parquet d'interférer dans la campagne présidentielle et ça, c'est quelque chose de scandaleux.’ (23)

Marine : Exactement ! Je suis d’accord avec toi l’ami LR, ‘c’est le gouvernement des juges qui pourrait décider qui est, ou qui n’est pas, candidat à la présidentielle.’

François : Les juges sont injustes car ‘tous les faits évoqués sont légaux et transparents. Mais toi l’Apathie, Ta Preuve d’innocence, peut-elle me sauver? Par la fougasse ?

L’apathie de la rigueur : Oui ! Un élu local irréprochable et sincère a déclaré que ‘Pénélope avait même participé à la danse des canards alors qu’elle était enceinte’ (24)… Face à ce témoignage implacable et spontané sur l’effectivité de son travail, aucun enquêteur ne pourra jamais mettre en cause cette Preuve. Enfin,si cette compétence d’assistante parlementaire élémentaire est vérifiée par une danse des canards officielle de Pénélope. Et la démonstration sera faite ! Voilà La vraie Preuve ! Et clouer le bec du Canard, par La Preuve de la danse des…

Pam! Pam! Pam!... Trois coups bâtons frappent sèchement le plancher bois de la salle des pas perdus. Tous les amis sursautent sauf François.

Le Parquet : Nous pleurons encore de joie ici à l’évocation des Preuves chorégraphiques de Pénélope et par conséquent  ‘en tant qu’autorité de poursuite, il est de mon devoir d’affirmer que les nombreux éléments recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure.’ (25)

François feignant la surprise et posant un genou à terre :En vérité, je vous le dis mes amis, ne vous inquiétez pas. ‘Cette annonce n'est qu'un acte de communication qui nourrit le feuilleton médiatique.’

La Parquet, solennel : Notre ‘seule mission (…) est d’appliquer la loi, fondement du pacte démocratique’ (26)

François, se troublant à nouveau : ‘Etre debout ou à genoux? Debout toujours, à genoux jamais!’

Puis, prononçant ces paroles fatales il s’effondre lamentablement au sol. Pam! Pam! Pam! Sa tête frappe trois fois le parquet. Son corps au travers du seuil en comblanchien, ses jambes s’étalent à l’extérieur sur les pavés en granit. Il se redresse lentement sur ses genoux et fuit le parquet de la salle des pas perdus comme dorénavant tous les parquets du monde. Il court debout à genoux en terrasse.

François : Debout à genoux, je vous le dis solennellement : ‘je suis un train qui ne s’arrêtera pas.’ En vérité, ‘je m'en remets donc désormais au seul jugement du suffrage universel.’

Marine :Je suis d’accord avec toi François et ‘il n’est pas question que je retire ma candidature parce que moi, je suis attaché à l’état de droit. Il existe une présomption d’innocence.’

L’ami optimiste LR : Je suis d’accord avec toi Marine ! Je rappelle que la présomption d'innocence existe. Aujourd'hui il faut que le temps de la campagne présidentielle revienne, il faut faire cette campagne.’ (27)

Marine et François appréciant leur proximité dans l’injustice se donnent la main : Nous sommes si unis opposés !

Marine : Vois-tu, de mon côté‘je conteste formellement cette décision unilatérale et illégale (…) en violation de l'Etat de droit.’

L’avocat : ‘l'enquête se déroule en violation des règles de compétence du Parquet, et plus grave encore, du principe de la séparation des pouvoirs’. (28)

Marine : ‘ Le Parlement européen est une structure politique qui a décidé de mener contre les patriotes que nous sommes un combat sans prisonniers.’

François : ‘C’est un coup d’État institutionnel de la gauche au pouvoir.’

Marine : ‘C’est une opération politique !’

François : Tout est légal sauf l’enquête !

Marine : Tout est illégal !

Marine et François mains dans la main : nous sommes si unis opposés !

Marine : Et dans ces circonstances, notons ‘qu’il n’y a pas une différence de degré entre nous, mais une différence de nature.’

François : En vérité je te le dis Marine, j’aime Pénélope. J’aime ma femme comme mon assistante, donc tout est légal.

Marine : Et moi cher François, ‘ j'ai peut-être eu le malheur de tomber amoureuse de mon assistant parlementaire ! Je suis désolée, mais c'est comme ça...’

L’ami France 2 : …en direct… Cette émotion qu’on ressent tous en écoutant Marine et François…

Marine : ‘C’est l’homme de ma vie. (…) Nous ne sommes ni mariés, ni pacsé’ et je suis dorénavant contrainte de trahir mon amour en déclarant ‘qu’il ne s’agit pas d’une relation stable’ pour être conforme au règlement du parlement qui n’autorise pas l’emploi de son conjoint…

François : … quand moi je dois surjouer le mien. Et mettre en scène mon couple amoureux, provoquer l’émotion de l’honnête homme qui a employé sa femme par passion comme l’autorise le Parlement. C’est une différence de nature, je l’admets.

Marine penchée sur François debout à genoux : nous sommes si unis opposés !

François : Tu as pris l’argent à ce lointain Parlement que nos sympathisants méprisent…

Marine : …Tu l’as volé à la France qu’ils espèrent ! 

François : Mais, tout est légal. Ce n’est pas un vol !

Marine : Ta morale est illégale ! Le vol réside dans ton immoralité ! Tu as pulvérisé la confiance dans ce que tu incarnais. Ton corps politique est mort.

François : Et l’illégalité de tes actes serait-elle plus morale?

Marine : Non, bien sûr !

François : Moins mortelle ?

Marine : Oui, bien sûr ! Car j’ai cette beauté du diable dans l’opinion qui me laisse toujours l’avantage politique à chacune de vos turpitudes. Et symboliquement, nos affaires respectives me rendent plus désirable en Présidente que Pénélope en Première Dame. Tu en seras éliminé au premier tour. Nous le savons tous. Comme un train qui ne s’arrêtera pas, à belle allure, un train fou dans le mur ! Et avec chaque brique de ce mur de Droite explosé, jusqu’à la dernière poussière de mortier, j’en élèverai un autre d’une architecture totale.

François : Moi, debout à genoux, en vérité je vous le dis, je ne renoncerai jamais !

Un premier ami, au loin : ‘La candidature de François est une folie pour la droite!’ Nous sortons de l’histoire ! Renoncement !

Marine : Tu vois, ça recommence déjà… Pas un seul ne te critique sur la morale mais électoralement, ils ne sont pas suicidaires. Ils veulent tous t’empêcher. Ne renonce pas, ça m’arrange. En attendant les amis, ‘venez voir ! La vue sur le ‘Park’ est époustouflante. Donald, qui habite juste au-dessus, a exactement la même.’

Marine et François s’éloignent de la terrasse pavée et se dirigent vers les pelouses. Un ensemble cuivrée et des voix de basses de la Garde Républicaine entament un classique déhanché du répertoire militaire…

C’est la danse des canards

L’ami France 2 : …en direct toujours… : Cette émotion qu’on  ressent tous en écoutant Marine, François… La sensualité de l’orchestre militaire pour faire triompher leurs sentiments amoureux dans ces affaires pénibles pour eux...

…qui en sortant de la marre…

L’amie BFM : …en direct… Oui, c’est une épreuve et comme femme, je ressens une forme de solidarité avec Pénélope, Marine, Catherine… (29)

…se secouent le bas des reins…

L’apathie de la rigueur, parlant la bouche pleine de fougasses invendues et de sanglots: … en direct…Je ne trouverai jamais bouhouhouLa bouhouhou Preuve !...

…et font coin coin…

L’amie BFM : …en direct… ‘Avez-vous l’intention de feuilletonner longtemps ce poison lent qui influe sur l’élection ?’(30)

La foule d’illustres inconnus : Oui !

 

Si vous avez raté le premier épisode, ici. Sinon, à lundi prochain.

(1) Laurent Delahousse, journaliste

(2) François Baroin, LR

(3) Laurent Delahousse, journaliste

(4) Gérard Longuet, LR

(5) Ruth Elkrief, journaliste

(6) Pierre Hellier, LR

(7) Une spécialiste police-justice de BFMTV

(8) Gérard Longuet, LR

(9) Une spécialiste police-justice de BFMTV

(10) Ruth Elkrief , journaliste

(11) Me Antonin Lévy, Avocat

(12) Une spécialiste police-justice de BFMTV

(13) Ruth Elkrief, journaliste

(14) Christophe Barbier, journaliste

(15) Christophe Jakubyszyn, journaliste

(16) Elise Lucet, journalite

(17) Ellen Salvi, journaliste

(18) Jean-Michel Apathie, journaliste

(19) Cambadélis, PS

(20) François Goulard, LR

(21) Me Antonin Lévy, avocat

(22) François Goulard, LR

(23) Bernard Debré, LR

(24) Jean-Claude Ragaru , le délicieux Adjoint au maire de Sablé sur Sarthe, LR

(25) Eliane Houlette, PNF

(26) Eliane Houlette, PNF

(27) Damien Abad, LR

(28) Me Antonin Lévy, avocat

(29) Catherine Griset, employee fictive FN

(30) Henri Guaino, LR

(31) Ruth ElKrief, journaliste

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