Thierry Solère – Porte-parole de l’entre soi

A ce stade de la campagne, le porte-parolat en mission de Thierry Solère n'est plus que la coupable expression d'un certain entre soi.

Thierry Solère Thierry Solère
La campagne présidentielle de François Fillon a le mérite de révéler des pratiques abusives et immorales d’une partie de la classe politique. Porter la parole d’un candidat inaudible par le scandale de ses fraudes exige l’expérience et l’habitus d’un gentilhomme qui partage l’intimité secrète de la corporation. Qu’importe la vérité, en toute cohérence, n’accorde t’on pas mieux sa confiance à un avocat fidèle et complice des mêmes crimes ?

Les dernières révélations du Canard Enchaîné confirment que Thierry Solère s’impose par l’excellence de son profil comme l’unique porte-parole rêvé de François Fillon. Un profil en miroir du sien. Il cumule ses indemnités de député, un salaire de 12 000€ par mois pour un emploi où on ne l’a jamais vu. Un accommodement de lobbyiste très rémunérateur au service d’une industrie dont la commission de déontologie de l’Assemblée (une simple formalité administrative ?) ne relève même pas le conflit d’intérêts.  Doublé d’une facilité à la mode parlementaire d’une banalité affligeante en France : son épouse était son assistante parlementaire et simultanément une employée grassement rémunérée… A rien faire ? Tout est légal, 4400€ mensuel palpables, pour une activité tangible ? Triplons les avantages par la fraude fiscale ou l’inexcusable négligence organisée. La fonction d’élu au service de sa personne devient une rente publique et ses conseils  dans le privée, un impôt personnel pour services rendus. L’entregent et la fonction ont des profits et une fiscalité que la morale ignore.

Ne résumons pas le milieu politique à ces turpitudes, à une fraternelle d’élus en collusions, mais retenons pour le moins que Fillon, Solère et tous les amis unis dans la défense outrancière du candidat incriminé font système.  Et pour preuve, aucun ne se désolidarise. Pas même les plus supposément vertueux qui confortent ainsi l’impression d’une immunité collective coupable. Notons d’ailleurs que les « conjurés » critiques expriment dans leur fronde dînatoire un souci technique électoral et non pas une critique morale. Désespérant, pas un seul ne s’indigne? Une baronnie républicaine sans complexe, isolée dans son milieu en altitude semble à peine consciente de ses dérives. Dans leurs esprits, tout est légal nous affirment-ils, rien n’est moral leur répond l’écho de nos voix, de droite, de gauche. La voracité de leur union-système est insoutenable et jamais le mot « caste » n’a semblé plus approprié pour qualifier l’organigramme des soutiens déconnectés de François Fillon.

A ce stade de la campagne, le porte-parolat en mission de Solère est uniquement celui de cet entre soi. Dédié à la défense en gigogne de sa personne, qui défend le candidat garant des intérêts de ce personnel compromis,  qui défendra les arrangements discrets du milieu et les fera perdurer. Dédié à  soutenir un message de légalité ; à défaut de probité, au-delà du bunker de campagne assiégé par nos doutes légitimes.

Mais concrètement, où porter la parole quand les réunions publiques s’annulent les unes après les autres ? Quand on prétexte d’un « empêchement » de Solère pour annuler sa réunion de jeudi 16 février à Sainte-Apolline ? Quand on ne sait plus dire où se tiendra la prochaine du candidat ?

La campagne est empêchée de fait. La parole inaudible coupée. La seule issue, le renoncement.

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