Macron et Trump – Mur à mur

Visite d’état entre les présidents Macron et Trump, de la haute voltige protocolaire entre les deux hommes que supposément tout oppose. Car paradoxalement leur traitement de l’immigration les rapproche par leurs solutions respectives extrêmes. Nos bâtisseurs construisent des murs radicaux de différentes natures certes, mais de même degré d’horreur et d’inhumanité.

Macron et Trump - Mur à mur Macron et Trump - Mur à mur
Ce n’est pas le mur vertical de Trump mais le mur horizontal de Macron.

Ce n’est pas un mur matériel mais un mur de moyens.

Ce n’est pas un mur symbole mais un mur effectif qui contrôle les flux.

Ce n’est pas un mur immobilier, mais un mur mobile qui enferme, classe et chasse.

Ce n’est pas un mur de défiance, mais un mur construit sur la confiance, dans la promesse d’une « politique migratoire emprunte d’humanité et de dignité ».

Ce n’est donc pas un mur brut de décoffrage mais un mur poreux de mensonges!

Ce n’est pas un mur imbécile populiste mais un mur froid technocratique.

Ce n’est donc pas un mur de rupture idéologique mais le mur de la continuité précipitée des politiques obscures de l’indignité qui l’ont précédé.

Ce n’est pas un mur de l’ignorance mais un mur qui refuse la pédagogie.

Ce n’est pas un mur prétendument infranchissable mais un mur qui s’affranchit de nos valeurs.

Ce n’est pas un mur qui balafre le paysage mais un mur qui meurtrit nos consciences.

C’est le mur horizontal d’Emmanuel Macron! Un mur en briques de facilités politiques, scellé d’ordres policiers et administratifs expéditifs, talochés du vernis communicant des monstres gentils.

Ce sont des murs d’inspiration politicienne et électoraliste. Ils sont dispendieux et ne résolvent absolument rien. Ce sont des murs de différentes natures certes mais de même degré d’intensité en horreur et inhumanité.

Vertical pour être vu, le mur idiot-bête de Trump s’implantera comme une brute sur l’alignement strict de la frontière du « Country of freedom », pour étancher la fuite d’humains à travers un désert mortel.

Horizontal pour l’invisibiliser, le mur cynique de Macron, enjambe avec un sourire bienveillant les frontières vicieuses du « Pays des droits de l’Homme » pour limiter l’accès à son territoire et refouler massivement les survivants au-delà d’une mer mortelle.

Le mur horizontal de Macron fonde ses deux appuis sur le lointain et le local. Au loin, c’est une ingénierie diplomatique d’accords hors frontières qui organisent la collaboration avec des états suspects, qui délèguent à des autorités corrompues la basse besogne de gardes de camps, de régimenter ce trafic d’humains, son commerce ou l’esclavage. Ils abandonnent à l’arbitraire et au non droit ce flux dans un abus de confiance d’état. Ils élèvent au rang de «  pays tiers sûr » des alliés criminels opportuns pour en faire nos partenaires. Localement à l’inverse, c’est la criminalisation des partenaires, des soutiens accusés de délit de solidarité ou des associations caritatives délégitimées. En pratique c’est une coordination d’horreurs indignes par une ingénierie de violences policières continuelles, par le maillage du territoire, le sous dimensionnement organisé de l’accueil comme repoussoir, la neutralisation du droit d’asile par une optimisation du traitement expéditif, avec bientôt un entretien personnalisé en mode start up nation par visio conférence et un droit d’appel restreint. Les dérives répressives inhumaines réelles en sont la privation d’eau en pleine canicule ou l’arrosage des couvertures dans l’hiver glacial, l’interdiction de distribution de repas, la lacération des tentes, les rafles dans nos rues que l’on appelle « mises à l’abri ». Puis le contrôle des réfugiés captifs, dont l’objectif est l’enfermement systématique dans des centres de rétention administratifs, avec des possibilités de recours limités, jusqu’à leur déportation.

En effet, « la loi sur l'immigration maîtrisée, droit d'asile effectif et intégration réussie » est un tout coercitif. Le Droit d'asile est un mort cérébral.  Au pays des droits de l’homme lustrés avec « humanité et fermeté », la loi permet dorénavant de retenir sans discernement des enfants innocents dans ces prisons des innocents. Le mur horizontal d’Emmanuel Macron est d’une violence répressive aveugle plus terrible encore que la violence symbolique et stupide du mur vertical de Trump. Mur à mur, Macron surpasse Trump dans l'horreur par cynisme opérationnel.

 

Post Scriptum : le jour de la publication de ce billet pendant la conférence de presse Trump - Macron,  le journaliste Gille Paris ( Le Monde) relève : "Donald Trump évoque la lutte contre l’immigration illégale, félicite Emmanuel Macron pour les mesures prises en France"

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Dans la série Macron et les migrants :

"Si les migrants avaient des ailes, ils seraient dignes d'humanité"

"Emmanuel Macron - Bleu piscine rouge exil"

Contact Danyel Gill - ici

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