Emmanuel Macron – Si les migrants avaient des ailes…

Sous l’égide du Conservatoire du littoral, l’ancien camps de réfugiés de la "Jungle de Calais" sera réhabilité en un site d'accueil des oiseaux migrateurs. A quand un projet d'excellence d'accueil des migrants sans ailes? Une start up nation des 'réfugiés'. Si les migrants avaient des ailes, ils seraient dignes d’humanité.

Macron - Affiche campagne à oiseaux Macron - Affiche campagne à oiseaux

Si les migrants avaient des ailes, ils seraient dignes d’humanité.

Des dunes au polder entre les crucifères sauvages, si les migrants avaient des ailes, des nids moelleux de duvet chaud leur seraient offerts pour couche. Du marécage vaseux, on creuserait la tourbe jusqu’aux sources limpides et claires pour offrir des lacs de pluies anciennes et cristallines. On se saoulerait alors d’admirations positives devant ces migrants ailés buvant nos eaux potables dans cet asile de douceur de la côte d’Opale. On laverait notre orgueil d’humains en les observant se doucher de propre, s’habiller de beau, respirer notre air pur et manger gras. Car si les migrants avaient des ailes, on élèverait un phare de vers luisants obèses et comestibles pour signaler du ciel notre pays de cocagne où nous serions si fiers de les voir s’y poser. Et par ce foyer gourmand les guidant vers notre terre promise pacifique, par cet amer lumineux vers ce lieu d’excellence d’accueil, si les migrants avaient des ailes nous serions dignes de leur passage vers d’autres promesses.

Finalement, il suffit qu’ils aient des ailes pour que notre unique désir soit de les captiver. Par toutes les stratégies d’aménagement de voluptés artificielles dans l’espace, par une science du paysage rendu à la nature mais dédiée à la capture de la course folle vers la liberté des oiseaux En Vol!

Paradoxalement, il suffit qu’un migrant n’ait pas d’aile ; mais des pieds, pour qu’une énergie moribonde le chasse du moindre confetti de territoire.  Par toutes les stratégies de battues, d’encerclement, de rafles puis d’invisibilité dans l’espace. Par la destruction de son abri, de sa tente, par le duvet qu’on arrache, par le tapis de sol qu’on benne, de sa couverture qu’on arrose dans l’hiver glacial et par le fantôme de sa place qu’on karchérise. Par le détroussage au matin de ses derniers biens dans les bois en lisière d’un lieu d’excellence d’accueil pour oiseaux migrateurs. Par une ingénierie du harcèlement administratif et policier. Par la violence arbitraire et gratuite de ces derniers ou par l’ordre ignoble d’un préfet qui interdit la distribution de repas et d’eau en pleine canicule. Par une criminalisation des soutiens, des secours, des citoyens volontaires spontanés et des associations. Par un art de la communication achevé, par la démission des grands médias, par l’abandon du débat, par manque de courage politique. Par tant d’autres horreurs ou compromissions combinant à l’infini l’indignité toujours En Marche!

Pourtant la version charme de la pensée complexe du candidat Macron promettait sur la question « réfugiés » une exigence portée au niveau de l’intention urgente que l’on accorde aux oiseaux. Mais l’ambition « d’une politique migratoire emprunte d’humanité et de dignité » du Président Macron s’est subitement volatilisée. Elle s’inscrit dans une continuité appuyée des politiques inhumaines du pire et de l’indignité jusqu’à la privation de nourriture et d’eau au nom du fumeux appel d’air invisible.

Alors Le Défenseur des Droits ; Jacques Toubon, déclarait scandalisé la semaine dernière : « Il faut accorder des droits fondamentaux aux migrants » dont celui « à ne pas être traité de façon inhumaine ! (...) à la base de l’eau et de la nourriture ! » Il soulignait dans l’exclamation tous les manquements coupables « à nos obligations légales, légales ! Et non pas morales… » de notre devoir d’accueil pour « ces personnes qui ont une égale dignité humaine ! » Mardi, un appel unitaire de 27 associations et de syndicats dénonçait « la maltraitance administrative et physique,(…) le sous-dimensionnement structurel du dispositif d’accueil (…) qui s’inscrivent dans une stratégie de dissuasion. » Hier, Médecins du Monde insistait sur l’urgence sanitaire de la situation en interpellant directement le Président : « À l'heure où le Président Macron parle "d'accueil des réfugiés", nous ne voyons qu'indignité, traitements inhumains et violences. Il est temps de mettre en place un plan national ambitieux d'accueil des exilés. »

Un projet d'excellence d'accueil des migrants, avec des lieux de dignité et une ambition vertueuse pour les migrants devenus enfin des ‘réfugiés’. Et l’objectif d’inventer des solutions originales et pérennes avec un soucis de réappropriation de nos rapports humains. Enfin, bien poser les préalables de l’accueil c’est aussi permettre d’ouvrir le débat avec sérénité sur nos destins communs. Ah ! Si les migrants avaient des ailes, ils seraient dignes d’humanité.

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