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Billet de blog 28 juil. 2018

Benalla et Macron - Banal été d'une affaire d'État

Pour la première fois, l’homme dont tout le monde parle s'est exprimé. Il porte la première moitié du nom d’une affaire d’été, si ce n’était que la seconde est celle du président Macron, et donc d'une affaire d’état.

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Benalla-Macron - Banal été d'une affaire d'état

Pour la première fois, l’homme dont tout le monde parle s'est exprimé. Il porte la première moitié du nom d’une affaire d’été, si ce n’était que la seconde est celle du président Macron, et donc d'une affaire d’état.

La brute nous explique sa « grosse bêtise » par les détours de l’éloge des violences arbitraires ou du simple « fait divers ». Il prétend avoir la maîtrise du geste, comme le maladroit imbécile l’adresse des experts. Benalla, banal Garde du corps, affûté comme un vigile ubérisé d’un soir à MacDo, mais opportun garde du corps du corps physique du dernier monarque républicain. Il n’est pas doué de la même précocité que son protégé dans son rôle, ni par sa technique grossière ni par ses dispositions morales à la fonction. Au point que, dans l’écoeurement, nous serions presque à notre tour  légitimement pris « d’une envie de citoyen pour aider à appréhender le délinquant » du Président pour sauver ce corps politique. Finalement, à ce degré d’incompétence, à ce stade des révélations, à ce niveau d’impunité, on se demande (pardon, toute la France se demande !) qui est le protégé de l’autre dans cette histoire d’été ?

En direct sur TF1, l’interview en différée. C'est-à-dire fabriquée comme un spot de communication où la parole est découpée, remontée en séquences, avec autant de prises nécessaires, prompteur au poing.
Mais le tralala de Benalla ; bref artifice médiatique, se heurte « en même temps » à la disponibilité sur les réseaux sociaux de plusieurs vidéos qui multiplient les démonstrations : non pas d’un professionnel cherchant avec contrôle à maîtriser un individu mais l’acharnement d’une brute épaisse ultra violente sur une personne n’opposant aucune résistance.
Alors, le baratin différé de Benalla l’embrouille, se heurte encore et simultanément aux révélations par Libération ; extrait vidéo à l’appui, d’autres exactions au Jardin des Plantes sur d’autres personnes. Fin de l’exercice de propagande élyséenne en mode ORTF.

Bien évidemment, la place du coupable sous nos yeux, du personnage central du feuilleton national de l’été est dans les commissions d’enquêtes parlementaires. Ces auditions offrent de croustillants morceaux de mensonges et de contradictions dont nous avons tous perdu le compte.  Mais paradoxalement, ce sont de grands moments de vérité contrairement à la pathétique tentative d’explication en direct différé d’hier soir. D’ailleurs les audiences record sur la chaîne LCP témoignent de l’intérêt des français sur le fond de l’affaire. Jusqu’aux derniers marchés de nos villages, on délaisse la rumeur des fontaines en allant à la source, on redécouvre le fonctionnement de nos institutions avec un certain réconfort dans l’épreuve de vérité qui se joue.
Benalla est La théorie du ruissellement illustrée façon Macron, où les coups physiques de l’Elysée pleuvent directement sur les gens ordinnaires avec impunité au service de sa propre promotion. L’Affaire Benalla-Macron est le démolisseur d’opinion qui sera parvenu à mettre fin à la longue hallucination collective de son immunité éditoriale planante. Il marchait sur l’eau comme un patineur habile, il coule comme un monstre gentil dans la piscine hors-sol de son Palais.

La fin d’un rêve qu’il nomme « tempête dans un verre d’eau » où le cauchemar de la brutalité inouïe indéfendable est élevée au grade de banalités d’état.

A Propos de : «Le seul responsable c'est moi. Qu’ils viennent LE chercher !» lire Emmanuel Macron – Ils, c’est Nous ! Le, c’est lui !

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