Être ou ne pas être de gauche à Nice

On m'interpelle encore et toujours sur la désunion de la gauche à Nice. En guise d'ultime réponse, je me souviens...

Beaucoup s'interrogent et m'interpellent sur la division de la gauche à Nice. J'ai déjà expliqué comment les tentatives d'union avaient échouées (lire ici) et je ne vais pas revenir sur ce sujet.

J'aimerais toutefois répondre différemment en partageant ici quelques souvenirs personnels. Et oui, il y a de l'humain derrière tout cela il n'y a pas lieu de le cacher.

Il y a six ans, j'étais encore au parti socialiste que j'ai quitté un an après en claquant la porte en juin 2015. J'étais encore au PS, nous venions de remporter l'élection présidentielle et nous allions de déconvenues en déconvenues avec la politique menée par François Hollande qui allait à l'encontre des engagements de campagne. Mais les municipales arrivant, il fallait faire bloc face à Christian Estrosi, face à une droite très dure que l'on avait bien souvent du mal à distinguer du FN. J'ai alors mené pleinement campagne au sein d'une liste d'union PS-EELV-PRG-MRC malgré, déjà, mes divergences profondes.

Je me souviens de ces soirées de campagne jusqu'à point d'heure, à quelques militants, planchant sur le programme municipal de la 5ème ville de France. J'ai co-écrit de nombreuses pages avec un militant PS dont je tairai le nom, moi commençant une phrase, lui la finissant dans cette émulation intellectuelle si particulière et si belle, propre à ces moments de cristallisation des idées et des projets. Aujourd'hui, six ans plus tard, je le vois retweeter frénétiquement les déclarations de Christian Estrosi et faire du porte à porte pour lui.

Je me souviens de ces séances de tractage avec les militants, dont un autre dont j'étais plus distant et dont je tairai également le nom, est aujourd'hui l'un des fidèles petits lieutenants d'Eric Ciotti.

Je me souviens de nos réunions de validation du programme avec le couple Mottard, dont Patrick est désormais colistier de Christian Estrosi, reniant ainsi l'espoir qu'ils avaient fait naître à Nice en 2001. Et c'est ce même Patrick Mottard qui appelait au début des municipales 2020 à une liste d'union de la gauche derrière Xavier Garcia !

Je me souviens de nos divergences avec Xavier Garcia qui a ensuite soutenu mordicus les pires excès sécuritaires de Valls et qui me soutiendra plus tard que "oui, les Roms n'ont vocation qu'à retourner en Roumanie" et ira jusqu'à défendre la tentative de déchéance de nationalité, reniant lui aussi nos idéaux humanistes. 

Je me souviens de Juliette Chesnel et de Fabrice Decoupigny, aujourd'hui colistiers de  l'affairiste Jean-Marc Governatori, lui qui a désormais purgé ses un an d'inéligibilité, lui qui était prêt jadis à faire campagne avec Brigitte Bardot dont les propos racistes et homophobes étaient déjà notoires, lui qui affirme en débat télé vouloir généraliser les voisins vigilants à Nice. Et je suis juste sidéré de voir Juliette et Fabrice rémunérer des salariés pour diffuser leurs tracts ou faire passer des militants pour des citoyens lambda dans de faux micro-trottoirs...

Je me souviens, bien sûr, de Patrick Allemand, qui a ensuite appelé à voter dès le premier tour de la présidentielle contre le candidat du PS, pourtant issu des primaires PS, Benoit Hamon, et a appelé à voter pour un candidat ultra-libéral, Emmanuel Macron, reniant lui aussi les fondamentaux du socialisme.

Je me souviens aussi de Jean-Christophe Picard et Marc Concas partis à l'époque avec Bettati, futur FN. L'un est aujourd'hui colistier de l'affairiste Governatori et l'autre d'Estrosi !

Je peux le dire en toute franchise, j'ai déjà goutté les joies du rassemblement de "toutes les gauches" et j'en ai encore le goût amer dans la bouche.

J'ai quitté depuis le PS pour rester socialiste et je le suis toujours, fidèle à mes idéaux. Mais, comme l'ensemble de l'échiquier politique a dérivé vers la droite pendant que je refusais de me laisser déporter avec lui, on m'a tout d'abord qualifié de "gauchiste", puis "d'islamo-gauchiste", puis "d'ultra-gauche" et maintenant de "candidat de gauche radicale". A croire que je mange aussi les petits enfants ! Je reste juste fidèle à Jaurès, à Blum, et à l'humanisme élémentaire qui devrait être le lot de tous.

Compte tenu des incompréhensions d'anciens camarades du PS pour qui j'ai toujours et respect et amitié, je vais clarifier une bonne fois pour toutes les choses concernant Patrick Allemand. Patrick, à de nombreuses reprises, par presse interposée et sur les réseaux sociaux, a mis en cause la liste Viva dont je suis membre, parlant à notre propos de "sectarisme" et "d'intolérance". Dans un message Facebook récent du 18 février il nous qualifie de "gauche de témoignage".

J'ai alors posé, publiquement, sur son mur Facebook, cinq questions à Patrick pour clarifier la situation : 

"Bonjour Patrick,

Jusqu'à présent je ne suis pas venu sur ton mur commenter tes propos. Mais si tu mets délibérément en cause la liste dont je suis membre, je vais te répondre. J'ai quelques questions pour toi et je te demande d'y répondre une à une sans en omettre aucune.
1. Penses tu que ton appel à voter Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle, c'est-à-dire un appel à faire perdre les candidats de gauche comme Benoit Hamon et Jean Luc Mélenchon, soit digne d'un homme de gauche et regrettes-tu cet appel et ce vote ?
2. Penses-tu que ta défense indéfectible du mandat de François Hollande et de Manuel Valls soit digne d'un homme de gauche ? Politique libérale comme politique sécuritaire, y compris leur tentative de déchéance de la nationalité ?
3. Comment as-tu pu voter pour une rue Jacques Médecin à Nice, homme politique ouvertement raciste, corrompu et 4 fois condamné à de la prison ferme et regrettes-tu ce vote ?
4. Comment un homme de gauche a-t-il pu s'abstenir et ne pas voter contre le travail le dimanche à Nice ?
5. Comment un homme de gauche a-t-il pu s'abstenir et ne pas voter contre le doublement de Cap 3000 ?

En te remerciant par avance pour tes réponses..."

La non réponse de Patrick est tombée un ou deux jours plus tard : "Cher David, (...) Quant à ta demande péremptoire de répondre à tes questions tu n'es ni mon père, ni mon professeur. C'est le retour de l'inquisition. Au lieu d'un tribunal ecclésiastique, c'est un tribunal militant qui juge qui est de gauche et qui ne l'est pas, un tribunal que tu adorerais présider..."

Tout est dit dans ce non dit : refuser d'expliquer ses prises de positions, refuser d'expliquer ses votes au conseil municipal alors qu'il est élu et donc représentant du peuple... C'est si facile d'appeler à voter contre la gauche, de ne pas défendre les valeurs de gauche en tant qu'élu et de refuser, ensuite, le débat consistant à savoir qui est de gauche et qui ne l'est pas. 

Alors oui, l'alliance avec Jean-Marc Governatori et Patrick Allemand est aujourd'hui impossible. 

Alors oui, je suis fier de faire partie de Viva !, une liste citoyenne présentant une femme à la mairie de Nice, Mireille Damiano, une liste citoyenne soutenue par le PCF, la France Insoumise, Ensemble et Génération.s et dans laquelle je me retrouve pleinement. 

Alors oui, merci de ne plus me parler d'alliance avec celles et ceux qui ont renié un à un les idéaux de la gauche à Nice. 

Les sondages donnent notre liste Viva ! aux portes du second tour. J'appelle l'ensemble des Niçoises et des Niçois humanistes et écologistes à voter en responsabilité, à nous rejoindre, à amplifier notre mouvement et à l’inscrire dans la durée en votant pour nous le 15 mars prochain.

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